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14/04/2008

Le PS sur la voie italienne

Quel contraste entre l’enthousiasme (si, si, vous avez bien entendu, voir Libération) des médias français pour ces élections italiennes réduites à un affrontement factice entre une gauche " hyper recentrée " et une droite " berlusconisée " - vive le bipartisme, disaient-ils - et l’accueil que lui ont réservé les électeurs italiens : une participation en baisse (même si les Italiens votent plus que les Français) et la victoire probable de la honte des chefs d’Etat européens, déjà deux fois au pouvoir avec le succès que l’on sait.

Les deux camps avaient à quelques détails prêts le même programme, mais pour les médias français l’intérêt était ailleurs. Voici, en résumé, comment Le Monde analysait hier l’enjeu du scrutin dans un éditorial : " (…) le paysage politique italien est en mutation. Sous la houlette de Walter Veltroni, la gauche démocratique s'est rassemblée sans s'embarrasser d'alliés dans les différents avatars des rescapés du communisme. Ce refus risque de lui coûter le pouvoir, mais il peut contribuer à faire progresser le bipartisme dans un pays célèbre pour ses coalitions contradictoires et éphémères. Ce serait un immense progrès, qui devrait être consolidé par une réforme de la loi électorale. "

En clair, il s’agissait pour la " gauche " de se débarrasser de tout ce qui de près ou de loin la rattache encore à une gauche sociale. Car c’est comme ça qu’il faut comprendre " sans s'embarrasser d'alliés dans les différents avatars des rescapés du communisme ". La conclusion de l’éditorial est à ce titre sans ambiguïté : " (…) le gouvernement de centre-gauche mené par Romano Prodi n'a pas démérité. S'il est désavoué par les électeurs, c'est au contraire parce qu'il a su engager des réformes courageuses que l'équipe précédente, justement présidée par M. Berlusconi, avait négligées. Il s'est heurté à des intérêts catégoriels et n'a pas pu mener à bien la mue d'un système économique qui a naguère été performant, mais qui est maintenant à bout de souffle. "

C’est dans cette même voie (" courageuse ") que s’est engagé la " gauche " française. Bertrand Delanoë était d’ailleurs venu récemment à Rome pour saluer son ami Walter Veltroni en ces termes : " Le projet de Veltroni est celui d'une Italie du XXI siècle. Son offre est courageuse, c'est une personnalité qui a une dimension morale, ce qui me paraît utile pour l'Italie aujourd'hui. " Il y a deux ans Ségolène Royal avait fait le voyage à Rome avec la même ferveur. Prodi l’avait emporté. Déjà, à l’époque, les médias s’étaient réjoui de l’aggiornamento de la " gauche " italienne, espérant que le PS français en ferait de même. Mais il faut croire que ce n’était pas encore assez. Veltroni a donc poussé plus loin l’éradication du peu qui restait de social dans son programme. La prochaine fois, c’est juré, Veltroni proposera à Berlusconi un gouvernement d’union nationale.

P.S. : Sur RTL plusieurs journalistes, dont un correspondant de journaux italiens, se sont félicité de la défaite de "la gauche de gauche" à ces élections. Pour qui ne connait rien à la complexité du paysage politique italien, voilà qui déjà ne veut rien dire car il n'y a pas en Italie de "gauche de gauche" en construction, sinon récemment ("Gauche critique"). Mais c'est surtout faux. Car c'est l'inverse qui s'est produit, la prétendue "gauche de gauche" (Refondation) s'était noyé dans une grande coalition avec le centre gauche sous la houlette de Prodi. Veltroni, cette fois ci, a procédé différemment, il s'est présenté avec sa seule formation, le Parti démocrate, fusion entre une partie de l'ex parti communiste et la gauche des ex démocrates chrétiens (Margherita), sans plus de succès d'ailleurs. En deux ans, deux tactiques saluées à chaque fois par certains socialistes français comme la voie à suivre, ont abouti à un échec.

Commentaires

Dans votre post précédent du 09/04/08, vous écriviez :
"Comme on voit mal dans quelques mois ou quelques années le PS gouverner avec l’UMP, il est fort à parier que les choses resteront ainsi longtemps en l’état." (c'est-à-dire sans parti "antilibéral"de type die Linke allemande, en France)
Dans celui-ci vous dites :
"Le PS sur la voie italienne"et :
"La prochaine fois, c’est juré, Veltroni proposera à Berlusconi un gouvernement d’union" .
Y a pas là comme une petite contradiction ?

Écrit par : Rudenz | 15/04/2008

Il n'y a aucune contradiction. En Italie la "gauche", celle du PD de Veltroni, a rompu avec le reste de la gauche (la "gauche de gauche"), sciemment, délibérément. Veltroni a appelé cette opération « le massacre des nains ». Il ne reste plus qu’à concrétiser cette victoire en travaillant avec Berlusconi à une réforme électorale qui perpétue le bipartisme et empêche la gauche de gauche de peser électoralement.
Ce PD est en sens très proche du nouveau Labour de Blair qui lui aussi a écrasé sa gauche. Dans le PS les choses n’iront pas si loin pour l’instant. Non pas parce que la gauche du PS résiste, mais parce qu’il existe avec la LCR (mais aussi avec LO et les antilibéraux) un pôle d’extrême-gauche autrement plus solide et déterminé. Surtout parce que, contrairement à l’Italie, cette gauche de gauche, essentiellement autour de la LCR a su résister aux sirènes d’un grand rassemblement fourre-tout qui a conduit la coalition autour de Prodi à l’échec. La droite du PS ne peut donc se permettre de pousser sa gauche à la sortie. Mais de ce fait, la gauche du PS va continuer à se maintenir dans son parti. Dans l’immédiat, il n’y a que là, qu’elle peut avoir des élus et exister.

Écrit par : Gilles | 15/04/2008

Oui, oui. Mais alors ne dites pas : "Le PS sur la voie italienne"... Moi je pense que la majorité du PS est bel et bien, d'ores et déjà, dans la voie italienne et je ne suis pas du tout sûr comme vous que les "nains" français, à savoir la "gauche" du PS (qui au juste?), la LCR, LO et les antilibéraux (tiens tiens, ils existent donc ?), constituent un garde-fou. Ségo & Cie ont montré ce dont ils sont capables en matière de respect des valeurs démocratiques et politiques lors de la campagne électorale et du plan B du TCE. Et ça continue de plus belle en ce moment-même au parlement sur le débat du nouveau contrat de travail. Je crois qu'une partie de "massacre de nains" stimulerait bien son désir d'avenir. Si certains dans et hors PS ont besoin du PS pour exister, l'inverse n'est pas forcément vrai. Ceux-là, quand ils se retrouveront totalement à poil, se diront peut-être à ce moment-là que La Gauche (Die Linke) ça pourrait être un début d'alternative...

Écrit par : Rudenz | 15/04/2008

Peut-être aurait-il fallut mettre un point d’interrogation. Disons que c’est la direction qu’a pris la « gauche » française mais que rien n’est encore joué. Mais pour revenir à Die Linke, n’oubliez pas que Lafontaine a fait ce choix par défaut, parce que le SPD refusait de gouverner avec lui, parce que la gauche du SPD était opposée à certaines des réformes préconisées par Schröder ; qu’aux élections la droite était minoritaire en voix. Si Die Linke existe c’est justement parce que le SPD a fait le choix d’une coalition avec la droite. Mais Die Linke serait prêt à gouverner avec le SPD, à condition que le SPD soit un peu plus à gauche. N’oubliez pas aussi que Lafontaine a gouverné avec Schröder. Lafontaine c’est au mieux un Emmanuelli, au pire un Fabius. C’est bien pourquoi un Die Linke à la Française serait une erreur comme le fut Refondation en Italie. La rupture avec la « gauche » du renoncement doit être franche et nette, sur des bases clairement anticapitalistes, assorties d’un refus de participation à un gouvernement sous direction socialiste.

Écrit par : Gilles | 15/04/2008

D'abord merci d'avoir pris la peine de me répondre par deux fois aussi longuement. Ce débat complexe mérite d'être prolongé, mais ailleurs et autrement, comme c'est le cas du reste à la LCR et dans les collectifs unitaires, dont je ne pense pas que la direction PS ("socialistes" du renoncement) se sente plus proche que de la LCR, question "bases clairement anticapitalistes".

Écrit par : Rudenz | 16/04/2008

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