Avertir le modérateur

09/04/2008

Qui veut de Die Linke ?

Combien sont-ils exactement en France les partisans déclarés d’un Die Linke à la française ? Si l’on en croit Christian Picquet, membre (minoritaire) de la direction de la LCR, qui publie une tribune dans Marianne, ils ne seraient pas légion : " À la gauche du social-libéralisme, bien que les scrutins de mars aient attesté qu'il existait bien en France un espace politique similaire à celui qu'a révélé Die Linke en Allemagne, c'est le statu quo qui menace. On en devine d'ores et déjà les conséquences : la poursuite, au PS, d'une coexistence chaque jour moins lisible, entre les tenants d'une alternance molle et l'aile militante qui, ainsi qu'elle l'a prouvé dans la bataille du "non" de gauche au traité constitutionnel européen, n'a pas renoncé au changement social ; le retour de la direction du PCF à l'immobilisme et à une posture identitaire, au nom de l'illusion selon laquelle ce courant demeurerait la "troisième force" d'un pays qui n'en compte plus vraiment que deux ; la réduction de la visée stratégique de la LCR à la proclamation d'un nouveau parti qui, s'il reste confiné au seul espace de l'extrême gauche, ne disposera pas des moyens de bouleverser le rapport des forces à gauche et d'y disputer l'hégémonie dont jouit par défaut la rue de Solferino. "

Constat amer mais parfaitement exact et qui devrait inciter Christian Picquet à poser la question : " Pourquoi ? " Essayons pour notre part d’y voir plus clair.

Pour la gauche du PS, prétendre comme le fait Picquet qu’une " aile militante, ainsi qu'elle l'a prouvé dans la bataille du "non" de gauche au traité constitutionnel européen, n'a pas renoncé au changement social ", c’est aller vite en besogne. Difficile de mettre Fabius, Emmanuelli, Weber, Mélenchon et Filloche (pour ne citer qu’eux) dans le même panier. Admettons cependant que Mélenchon et Filoche répondent aux critères. Or si Mélenchon évoque bien ici et là l’hypothèse Die Linke, Filloche en revanche y est farouchement opposé.

Passons au PC. L’épisode de la candidature commune à la présidentielle a suffisamment montré que le PC ne visait dans cette opération qu’à phagocyter le mouvement antilibéral et à en prendre la direction. L’échec cuisant qu’il a subi ne l’incitera pas à y revenir. Il faut donc se faire une raison. Le PC restera encore longtemps sous sa forme actuelle, accroché à un PS qui fera tout pour le maintenir à flot dans cette position de vassalité.

Ne reste plus que l’extrême-gauche, et la mouvance alter et antilibérale. Et là encore les partisans d’un Die Linke à la française sont minoritaires.

En fait les conditions d’existence d’un tel parti ne sont pas réunies. En Allemagne c’est le refus du SPD de gouverner avec son aile gauche et l’ex-PC de l’ex Allemagne de l’Est - le SPD préférant s’allier avec la CDU d’Angela Merkel - qui a permis la création de Die Linke. Comme on voit mal dans quelques mois ou quelques années le PS gouverner avec l’UMP, il est fort à parier que les choses resteront ainsi longtemps en l’état.

On se demande donc à quoi peuvent servir, dans ces conditions, les appels comme celui de Picquet ou encore des ex collectifs du 29 mai ? C’est bien pourquoi, quelque périlleux soit-il, seul le projet de la LCR garde une cohérence. C’est même à terme, si la réussite vient, la seule possibilité pour inciter les autres courants à sortir du " statu quo ". Un petit parti de 7.000 à 8.000 membres pèserait en effet beaucoup plus que tous ces prêches dans le désert. Et l’on pourrait, dés lors, parler peut-être plus concrètement de cette hypothèse.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu