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30/03/2008

Marx licencie Bakounine

Le Monde puis Marianne (mais d’autres suivront), se sont fait l’écho du règlement difficile d’un problème interne à la LCR sous l’intitulé " La direction de la LCR licencie son principal opposant ". De quoi s’agit-il ?

Christian Piquet, membre du bureau politique de la LCR, avait depuis plus d’une vingtaine d’années un statut de permanent, c’est-à-dire qu’il était rétribué pour accomplir certaines tâches politiques, entre autre la direction de Rouge. Mais depuis plus de deux ans, Christian Picquet est également la figure publique de l’opposition (minoritaire) à la ligne politique (majoritaire) de l’organisation. C’est son droit mais ce n’est pas sans conséquence. La première étant que notre " appareil ", comme certains ont bien voulu qualifier notre petit noyau de permanents, fort de 4,5 postes (généralement à temps partiel) ne peut se permettre trop longtemps de voir une partie de son temps consacré... à combattre la ligne majoritaire (à plus de 80%) de la LCR. Dans aucun parti une telle anomalie serait permise.

Sauf qu'à la LCR le débat en tendance est organisé. Même la plus petite a ses représentants nationaux et des moyens financiers pour son expression. Mieux, toute tendance a la possibilité de se maintenir en tant qu’opposition publique. C’est le cas pour celle que dirige Christian Picquet. C’est ainsi que LCR-Unir (nom publique de cette tendance) a obtenu un budget et un ½ poste de permanent.

Voilà donc " l’affaire ". On aurait pu en rester là. Mais Christian Picquet a voulu porter le problème sur la place publique considérant qu’il s’agit d’un réglement de compte politique, prétextant même de son ancienneté, comme s'il s'agissait d'un banal conflit entre un salarié et son employeur. Ce qui n'est pas le meilleur des arguments. Vingt-huit ans permanent, c'est au moins vingt de trop (mais il n'est pas le seul dans ce cas) dans une organisation qui milite pour la rotation dans les responsabilités politiques. Mais Christian Picquet est toujours membre de la direction nationale au titre de la minorité, et s’il le souhaite il est tout à fait possible qu’il occupe ce ½ poste de permanent.

En fait tout ceci advient au moment même où la LCR, après avoir obtenu d’excellents résultats à la présidentielle, se lance dans la construction d’un nouveau parti. Rappelons à ceux qui ne le savent pas que cette tendance minoritaire est également POUR la construction de ce nouveau parti, elle diverge seulement sur les moyens et les rythmes. C’est du moins ce qu’elle a défendu à l’intérieur de la LCR. Sauf que publiquement elle dit l’inverse. Dans les tribunes qu’elle signe, dans les déclarations qu’elle fait, aucune mention de ce projet. En revanche, elle s’affiche avec d’autres courants (le plus souvent des individualités) qui militent quant à eux pour tout autre chose : un rassemblement de toute la gauche qui irait de Besancenot à…. En fait on ne sait pas exactement jusqu’où. Ce dont on est certain c’est qu’il irait jusqu’au PS. Encore que, rien n’est clair dans ce que disent ces militants. ET pour faire quoi au juste ? " La renaissance d'un espoir ne peut davantage procéder d'une addition de partis que d'un rassemblement autour d'un seul d'entre eux. " (Dans une tribune récente dans le Monde). Voyez la précision de l’objectif !

C’est un peu le côté tragi-comique de cette affaire. Christian Picquet défend une ligne politique dont on peut facilement montrer qu’elle ne tient à pas grand chose. Que représentent aujourd’hui les anciens comités antilibéraux de la présidentielle ? Qu’ont-il fait depuis la campagne Bové ? C’est avec la LCR, et le plus souvent avec les moyens financiers de la LCR et l’impact national de Besancenot, qu’ils ont pu se présenter dans une quarantaine de villes aux dernières municipales. A Clermont-Ferrand, où la LCR locale est la plus en pointe dans l’opposition aux thèses majoritaires, on n’a pas fait appel entre les deux tours à José Bové (ou à Picquet) pour soutenir la liste de Alain Laffond mais à…. Olivier Besancenot. Et puis nationalement que représente ces courants très divisés entre eux et dont on a bien du mal à percevoir les ambitions et les projets ?

Ainsi, la presse nationale se fait les gorges chaudes d’un petit incident sans grand intérêt politique mais qui donne néanmoins du grain à moudre à tous ceux (et ils sont nombreux) qui n’ont aucune envie de voir se construire à gauche, une autre force politique, anticapitaliste, indépendante du PS et de ses alliés. Que Picquet se soit prêté à ce jeu est regrettable, désolant, dérisoire, minable. Quarante ans de militantisme à la LCR pour en arriver là !

Mais rien de neuf sous le soleil. L’histoire du mouvement révolutionnaire est parsemé de ces petites " affaires ". En son temps Marx " licencia " Bakounine. Et quel était l’objet du litige ? La construction du parti. Marx militait pour un grand rassemblement de toutes les forces révolutionnaire de son temps (blanquistes, socialistes, communistes, possibilistes, proudhoniens, anarchistes, allemanistes...) dans une même organisation : l’AIT (Alliance internationale des travailleurs). Ce qui est en gros notre projet. Bakounine y était opposé et trouvait tous les prétextes pour combattre ce projet. C’est pourtant ainsi que se réalisa à l’aube du 20ème siècle l’unification du mouvement ouvrier.

PS : Besancenot n'est pas Marx tout comme Picquet n'est pas Bakounine. Ni l'un, ni l'autre n'avaient d'ailleurs dans ces temps anciens les faveurs de la grande presse qui se souciait fort peu de ces querelles groupusculaires. En outre il fallut attendre 1905 pour qu'en France, du moins car c'était déjà fait en Allemagne, le mouvement socialiste s'unifie, mais au final c'est bien Marx qui emporta le morceau.

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