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01/12/2007

Faut-il sauver la gauche ?

Le récent virage à 180° de Lutte ouvrière, proposant comme à Saint-Brieuc, Besançon, Angers, Orléans, mais aussi dans le Nord et le Rhône, de faire alliance aux municipales avec le PC, voire avec le PS, au sein de listes d’union de la gauche ne constitue pas une exception au sein de la " gauche radicale ". Ce qui surprend c’est que l’initiative vienne de LO qui s’était jusqu’ici mis à l’écart de toute problématique de " rassemblement". Souvenons nous de son refus de rejoindre le camp des " nonistes " en 2005 et de les suivre ensuite dans l’hypothétique tentative de présenter une candidature commune à la présidentielle. Jusqu’alors, LO ne mangeait pas de ce pain là. Mais qu’est-ce qui aurait radicalement changé dans la situation politique pour qu’ils en soient réduits à de telles extrémités et finalement à se renier ?

Ils nous disent avoir rejoint nos analyses, explique-t-on à la direction du PCF. Au  moment où les coups de Sarkozy pleuvent dru, il ne faut pas que la gauche se divise. Ils vont même jusqu’à parler gestion, ce qui est nouveau. " Adepte le plus souvent de la tactique du cavalier seul, LO aurait donc été finalement convaincue de l’urgence du recours à la vieille " tactique du Front unique ouvrier " chère aux trotskistes au moment même ou la LCR lui tournerait le dos. Car c’est en filigrane, ce qu’il faut comprendre à ce langage codé. Longtemps la LCR fut en effet partisane d’œuvrer au rassemblement de la gauche, pas sur les bases du programme commun, de l’union de la gauche ou de la gauche plurielle mais sur celles d’un programme dit de transition où étaient concentrées toutes les mesures d'urgence sociale d'une période.

Donc si l’on comprend bien LO, ce n’est pas eux qui auraient changé mais la LCR. Sauf qu’à cette proposition d’alliance, LO ne pose aucune condition. C’est en quelque sorte une opportunité " technique " qu’ils proposent au PC, LO gardant sa totale indépendance de critique. On est donc à mille lieues de la tactique du FUO. Explicitement, elle n’aurait qu’une seule justification : au moment d’une offensive sans précédent de la droite et du patronat, la perte d’une mairie communiste aurait un effet dévastateur sur le moral des travailleurs. Ainsi, LO en venant au secours d’un PC moribond, ferait office de pompier pour ne pas désespérer un peu plus la classe ouvrière. Avec cette complication que dans bien des cas, c’est le PS qui chercherait à ravir sa place au PC. LO s’interposerait alors pour empêcher que la gauche se déchire. Les bons apôtres !

Il faut rapprocher cette curieuse initiative de celle des anciens collectifs antilibéraux rangés aujourd’hui sous la bannière de " Maintenant, à gauche ! ". Avec un gros bémol cependant. Ces derniers, contrairement à LO, ne proposent pas, du moins en apparence, une alliance sans principes. Pour eux, en effet : " l’objectif est de faire converger l’ensemble de la gauche de transformation sociale pour que son projet renouvelé ambitionne de devenir majoritaire à gauche. Pour y parvenir, pas d’échappatoire : il faudra bien que cette gauche devienne de façon durable force politique ". Mais au final, de quoi s’agit-il sinon de continuer à alimenter l’illusion que le PS et ses alliés pourraient encore constituer aujourd’hui une force d’opposition crédible. La seule différence entre LO et les " antilibéraux ", c’est que les premiers n’y croient pas une seconde et que les seconds font comme si une telle hypothèse était possible. En bref nous sommes là face à deux opportunismes.

Pour LO, ruminant son échec de la présidentielle, il s’agit à tous prix de se refaire une santé et d’avoir des élus. Pour sauver les siens, le PCF, pensent-ils, ne crachera pas sur les quelque 1, 2 ou 3 % des voix de trotskistes qui n’exigeront d’eux en retour aucune conditions et surtout pas celle de ne pas s’allier avec le PS en cas de besoin, lui-même étant prêt au mariage avec le MoDem. Pour les " antilibéraux ", tout aussi mal en point après la débâcle de la candidature Bové, c’est, en quelque sorte, une seconde chance qu’ils se donnent. Mais comme ils ne représentent rien, eux aussi iront à Canossa.

Au travers de ces deux exemples, est posée finalement la question suivante : faut-il sauver cette gauche agonisante ou en reconstruire une autre ? Pour le PS, la cause est entendue. Plus jamais il ne renoncera à son programme social libéral. Quant au PC, on a vu avec quelle duplicité il a tenté durant la campagne présidentielle d’instrumentaliser les "collectifs" pour négocier un accord avec le PS. Mais les " travailleurs ", qu’en pensent-ils ? Ce que n’ont pas compris LO et les " antilibéraux ", c’est que depuis longtemps déjà, de ce côté là, ont a perdu tout espoir. La défaite de la gauche en 2002 et 2007, n’a pas d’autres explications : dans leur majorité, les " travailleurs ", c’est-à-dire les ouvriers et les employés, ont lâché cette gauche là et voté à droite ou à l’extrême-droite. Et qu’est-ce qui aujourd’hui pourrait leur laissé espérer qu’il y a encore dans ces partis quelque chose à sauver ? Rien.

Commentaires

Je trouve votre commentaire de la situation tout de même très partisan ! Et mettre dans la même sac LO et la gauche qui veut réunir autour de l'idée de transformation sociale n'est pas juste, même si dans les deux cas il y a du flou artistique.

Par contre je suis assez d'accord sur les deux dernières phrases de votre billet, mais j'y inclurais pour ma part la Ligue qui est plus, me semble-t-il, portée par les couches moyennes déclassées (particulièrement les jeunes) que par les ouvriers.

Écrit par : juliette dze | 02/12/2007

Partisan, oui dans le sens où je suis à la LCR. Je ne mets pas LO et "Maintenant à gauche" dans le même sac, mais j'estime qu'ils ne posent pas tous les deux la bonne question : "faut-il sauver la gauche ?". Pour ma part, je pense qu'il n'y a plus rien à sauver, qu'il faut donc construire un nouveau parti de la gauche mais sur d'autres bases en revenant à l'origine même de ces partis qui travaillaient à la transformation de la société. Quant à la LCR elle n'est pas "portée par les couches moyennes déclassées" mais majoritairement implantée dans la fonction publique (plus de 60%). L'idée du nouveau parti c'est bien de s'ouvrir à d'autres couches, ouvrières, employées. La fonction première de ce nouveau parti c'est de repartir à la conquête de ces couches sociales que la gauche a délaissé.

Écrit par : Ajamais | 02/12/2007

Mais n'est-ce pas notamment dans la fonction publique qu'on trouve ce membres des couches moyennes qui ont un fort sentiment de déclassement. Par exemple, passer un concours de niveau Brevet des collèges alors qu'on a une licence ?

Écrit par : juliette dze | 02/12/2007

Vous m'entraînez à revoir là tout un pan de l'histoire même du mouvement ouvrier où les "déclassés" on joué un rôle souvent majeur. Blanqui ou Lénine était des déclassés. Marx également. Mais pas Jaurès. Lui c'était plutôt le rôle de l'intellectuel intégré qui se met au service d'une cause. C'est aussi toute la question de la "professionalisation" du militantisme. Je suis pour revenir justement à un parti qui exprime une condition, exclue du pouvoir, de la politique, de l'économie, alors qu'elle joue un rôle social majeur. Notre projet de parti large et de masse est précisément en rupture avec la vieille idée de la politique comme une carrière ou une profession.

Écrit par : Ajamais | 02/12/2007

"mouvement ouvrier où les "déclassés" on joué un rôle souvent majeur."

Oui c'est vrai. Mon propos ne visait pas à les disqualifier mais plutôt à qualifier la spécificité de la Ligue et poser la question : où sont les ouvriers ? Car, malgré tout, j'ai tendance à penser qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même et que les ouvriers sont, comme les autres groupes sociaux pour eux-même, mieux à même de dire quelles sont leurs revendications, aspirations, les mieux à même de construire leurs moyens de luttes, etc. avec leurs mots, leur imaginaire, leur dynamisme, etc.

Pour ce qui est de votre projet (collectif), je ne peut qu'applaudir mais je dois vous avouer que je ne ressens pas la Ligue comme cela actuellement.

Écrit par : juliette dze | 02/12/2007

Les français ,comme le reste du monde ,ne veulent pas d'eux .Ils ne veulent pas revenir au 19éme siècle.

Écrit par : virgilant | 07/12/2007

Le 19éme siècle c'est fini.Les français n'en veulent plus.

Écrit par : virgilant | 07/12/2007

Virgilant,
le 19ème n'a même pas commencé:
c'est 2007 qui est presque fini.

Écrit par : elodie | 14/12/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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