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30/11/2007

Paupérisme

Le taux d’activité des femmes de 15 à 64 ans est passé entre 1975 et 2005 de 51,5 % à 63,8 % tandis que celui des hommes diminuait, tombant de 82,5 à 74,5. Dans le même, le travail à temps partiel est passé de 6 à 18 % de l’effectif salarié total. (La France en faits et chiffres – Insee) Tout ceci a contribué à faire stagner le salaire moyen depuis les années 1980 touchant plus souvent les jeunes et les femmes. C’est ce qui ressort d’une longue étude publiée par l'Insee et qui démontre que le revenu salarial net moyen (secteurs public et privé) a stagné sur la période 1978-2005, à 16.800 euros. Selon Les Echos, qui en rend compte, "ce nouvel indicateur, plus proche de la réalité du marché du travail, reflète la précarisation de l'emploi". Cette tendance, précisons le, n’est française mais touche tous les pays développés, en particulier les Etats-Unis.

On trouve dans Les Echos une autre donnée chiffrée qui illustre bien le malaise social actuel : " Le pouvoir d'achat par ménage n'a progressé que de 0,8 % l'an dernier, un rythme trois fois moins rapide que le pouvoir d'achat global (3,2 %). En évolution par unité de consommation (qui colle au plus près de la composition des ménages), la progression est encore souvent inférieure d'environ 1 point à la mesure globale. " En clair, tandis qu’une minorité voit son pouvoir d’achat exploser, la majorité tire la langue. Ainsi " entre 1998 et 2005, les salaires ont progressé de 5,3 %, les revenus fonciers de 16,2 % et les revenus des capitaux mobiliers de 30,7 % ". Encore que on ne prend là en compte que les salaires et pas les revenus de ceux qui ont perdu leur emploi ou qui touchent des minima sociaux.

Le Président n’est pas sans connaître cette réalité. Il sait aussi pertinemment que son " travaillez plus pour gagnez plus ! " n’est qu’une entourloupe, l’objectif étant plus précisément de travailler plus mais en abaissant parallèlement le coût du travail. En fait Sarkozy prolonge et accentue une politique économique qui a été initiée dès la fin des années 70, y compris par les socialistes quand ils étaient au pouvoir. Du moins lui le dit crûment, sans détours, et plus les mois et les années passeront et plus cette politique produira les dégâts sociaux dont le drame des banlieues populaires n’est qu'un exemple parmi les plus criants.

29/11/2007

Sarkozy des sous !

Je me souviens de Pompidou. " Pompidou des sous ! ", entendait on dans les manifs. C’était avant 1968. On commençait à s’inquiéter, vaguement, du chômage. Combien étaient-ils au juste ces extraterrestres : 200.000, 300.000 ? J’en avais même rencontré un dans le Nord où la vieille industrie textile commençait à battre de l’aile. Mais nous, les jeunes des " classes moyennes ", avions bien autre chose en tête : la guerre au Vietnam, la mort du Che. En fait nous ne rêvions que d’une seule chose : faire péter la sape de plomb du gaullisme triomphant.

Quarante ans après. Je vais bientôt avoir 60 ans. Je fais partie de cette tranche d’âge qui devra travailler quatre ans encore pour prétendre à une retraite complète. La réforme Balladur est passée par-là. J’ai même dû, à 59 ans, changer d’orientation, trouver une formation qui n’a rien à voir avec ma qualification et un parcours professionnel de 35 ans dans la même branche. Hier j’étais cadre. Je gagnais 3.000 euros mensuel. Dans quelques semaines, quelques mois, je serai ouvrier, smicard. Je ne rêve plus d’un monde meilleur, plus ouvert, plus libre. Je cherche seulement à boucler mes fins de mois.

Je sais aussi que Sarkozy n’en lâchera pas un. Evidemment, la conjoncture l’inquiète. Sa cote en baisse, la stagnation de l’économie, ses " réformes " contestées, le moral des ménages qui fout le camp… mais Sarkozy ne fera pas faire marche arrière. Cette société inégalitaire à laquelle il aspire est à ce prix. Un jour ça va payer, doit-il penser. Il a tout misé là-dessus. Que la consommation des ménages ait été depuis longtemps le seul moteur de la croissance, qu’à cela ne tienne. La vraie " rupture " est là. Pas un sou pour le Travail. Tout pour le Capital.

Résultats d’une enquête réalisée les 21 et 22 novembre 2007 pour le Figaro-Magazine auprès d'un échantillon national de 1000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à leur domicile. Extraits :

* En ce qui concerne la lutte contre la hausse des prix, pensez-vous que l'action du gouvernement est : Pas efficace : 87 %
*
En ce qui concerne la lutte contre le chômage, pensez-vous que l'action du gouvernement est : Pas efficace 73 %
* Quand vous regardez la manière dont évoluent la France et les Français, avez-vous l'impression que les choses vont en s'améliorant ou au contraire qu'elles ont tendance à aller plus mal ? Elles ont tendance à aller plus mal 73 %
* Pensez-vous qu'il va y avoir dans les deux ou trois mois à venir beaucoup ou peu de conflits sociaux ? Beaucoup de conflits sociaux 76 %

28/11/2007

L’ordre règne à Villiers-le-Bel

Sarkozy a été égal à lui-même. Hormis la promesse qu’une instruction judiciaire sera ouverte (ce qui était la moindre des choses), c’est le discours de la répression qui a prévalu. Comme si le pouvoir n’avait plus d’autres ressources. Car quand bien même il aurait annoncé un énième plan (il y en a déjà deux en cours, celui de Borloo et celui d’Amara) qui l’aurait cru. La banlieue croule sous les plans ; dix-sept ou dix-neuf ministres de la Ville s’y sont déjà collés et le résultat est là.

Et la rengaine continue. " Zone de non-droits, mafias, trafic d’armes et de drogue, islamisme… ", sauf qu’à chaque fois, ceux que l’on attrape n’appartiennent pas à la " race " des voyous ou des terroristes en herbe. Ce sont pour la plupart des jeunes en formation ou qui ont un travail, souvent précaire, mais sans condamnation, comme ce jeune pris alors qu’il dévalisait les rayons confiserie d’un magasin. Cela n’empêche nullement certains journalistes et policiers de parler de plans établis, de guérilla urbaine et d’escalade de la violence. Et qu’est-ce qui justifie une telle démesure dans les propos ? Un tir à la chevrotine contre un policier. Généralement les voyous utilisent d’autres armes mais peu importe : " Cette fois, on a voulu tuer ! " Propos évidemment absurde. Quand les voyous tirent ce n’est évidemment pas pour manifester leur colère et généralement ils ne ratent pas leur cible.

Mille policiers et un hélicoptère pour une poignée de jeunes. A quand l’armée et les chars ?

27/11/2007

Les réprouvés (suite)

" Criminels ! " (Applaudissements à " gauche "). Huit jeunes écroués, quatre déjà condamnés. A un drame social et humain, la Société répond par la trique et la prison. Quand une moitié du pays va bientôt s’empiffrer et se gaver (pas de problème de pouvoir d’achat de ce côté là), l’autre souffre. Le chômage moyen dans ces zones tourne autour de 10 % mais à 40 % pour les moins de 25 ans. Si l’ensemble des jeunes français vivait dans les mêmes conditions, aurions nous droit au même discours ?

Qu’est-ce qui se passe d’ailleurs dans les universités et les lycées ? L’angoisse est la même, la colère presque identique, seuls changent les actes de la révolte. Dans les quartiers populaires manque cette culture politique qu’ont acquise certains jeunes plus favorisés qui connaissent, à un degré moindre, les mêmes problèmes. La Société module sa réprobation. Pour les uns ce ne peut être que des délinquants ; les autres ne sont que des extrémistes. Affaire de dosage.

Que va faire Sarkozy ? Le discours de la répression – celui qu’il a toujours tenu – ne suffira plus cette fois. D’autres (Fillon, Alliot-Marie) l’ont fait à sa place, par acquis de conscience et parce qu’ils n’ont aucune autre réponse à fournir. Et Dati avec sa loi contre la récidive ; et Amara et son plan anti-glandouille ! Ces émeutes c’est leur échec et celui de toute la classe politique. Et ils le savent et l’opinion aussi. Ça ne peut plus durer ainsi.

26/11/2007

Les réprouvés

Alors que des "témoins" auraient confirmé la version des policiers… " Je cite Le Monde. J’aurais pu citer RTL ou Europe 1 ou Le Figaro ou France 3. Aujourd’hui c’est à Villiers-le-Bel ; il y a deux ans, c’était à Clichy-sous-Bois ; il y a quinze jours ou une semaine c’était à… En fait qu’importe le scénario et les responsabilités factuelles ou que la police soit ou non en cause (quelle promptitude des médias à dédouaner la police !), c’est un peu toujours la même histoire. Contrairement à ce que j’ai encore (comme toujours) pu entendre de la bouche de commentateurs de l’incident, il ne s’agit pas de trouver des excuses. Les faits sont là. Il y a entre les forces de l’ordre et la population jeune des quartiers populaires des banlieues un rapport de haine permanent.

Mais qui l’alimente ? Il suffit de parcourir l’article du Monde, et l’on aura compris. L’enquête est à peine commencé qu’elle est déjà close : " L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargé de l'enquête sur des faits "d'homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger", a écarté, pour l'instant, la responsabilité des policiers dans l'accident. " Les seules sources : la police, la procureure de la République de Pontoise et autres sources judiciaire. Ce matin, sur toutes les radios, c’était avec la même insistance que l’on expliquait que les deux jeunes n’avaient pas de casque. Souvenons nous qu’il y a deux ans les médias s’étaient, avec la même précipitation, contenté de la première version de la police ; version que le ministre de l’Intérieur de l’époque avait confirmée également.

Et quand bien même aujourd’hui la seule version retenue serait la bonne, qu’importe, ce n’est plus le problème. Car aujourd’hui ce que l’on condamne ce sont uniquement les réactions de ce que certains journalistes appellent les " barbares ". Ce n’est donc même plus la question de la vérité judiciaire qui est en cause. Ils s’en fichent. Seules leur importent les violences. C’est comme si un seuil avait été dépassé. Désormais on ne veut plus voir les causes de cette " fracture " mais uniquement ses effets.

On peut même établir un parallèle entre la situation des banlieues, les conflits sociaux récents ou la " contestation " dans les universités. D’un même élan, les médias unanimes réprouvent les " barbares ", les extrémistes et les " privilégiés " des régimes spéciaux. Tous sommés de renter dans le rang. Un reportage sur France2 donnait le ton. C’était à propos des universités. En Grande-Bretagne, apprenait-on, ce que souhaite le gouvernement français (la loi sur l’autonomie), est entrée en vigueur il y a dix ans. Et ça marche : les universités sont désormais financées par l’Etat, les entreprises privées et les droits d’inscription (jusqu’à 6.000 euros). On voyait même dans le reportage un laboratoire d’université travailler directement pour son financier. Une belle démonstration de ce que à quoi veulent précisément échapper les étudiants qui contestent cette loi. Mais puisque l’on vous dit que c’est ça l’avenir…

25/11/2007

Arlette et les socialistes

Lutte ouvrière proposerait ses bons services aux socialistes et aux communistes pour garder ou reconquérir des municipalités. Ce n’est pas un gag. Voici le message que la section de LO de Saint-Brieuc a transmis à la tête de liste du PS local : " Dans le contexte d’offensive brutale de la droite et du grand patronat, nous serions ouverts à l’idée de participer à une liste commune avec d’autres forces de gauche (…) Notre participation à votre liste pourrait peut-être contribuer à la reconquête de la municipalité ". Des démarches identiques auraient eu lieu, semble-t-il, à Lorient et Angers.

Initiatives locales ? Que non ! C’est bien une démarche nationale même si Arlette Laguiller précise qu’ " il n’y pas de consigne générale, chaque structure locale de LO discute au cas par cas, selon les villes et en fonction de la réalité sur le terrain, avec l’ensemble de la gauche. " Parallèlement LO exclue toute alliance électorale avec la LCR (qui proscrit toute alliance avec le PS), prétextant qu’elle ne veut pas être assimilée à sa démarche de construction d’un " nouveau parti anticapitaliste ".

Construire une vraie force d’opposition, anticapitaliste, révolutionnaire n’entre donc pas les projets de cette organisation qui prétendait lors de la campagne présidentielle être la seule représentante des " travailleurs ". En revanche donner un coup de main aux sociaux-libéraux et à leurs alliés pour garder leurs " biens ", ne pose aucun problème aux " cœurs purs " de Lutte ouvrière.

L’opportunisme en politique quand on y goûte, on y revient. Est-ce le début de la fin pour ce courant politique qui ne nous avait pas habitué, contrairement au PCI (Parti des travailleurs), l’autre courant représentant du " trotskisme pur et dur ", à de telles acrobaties.  A voir si le PS répondra favorablement à une telle invitation. Il est vrai que les 1 ou 2 % supplémentaires apportés par LO pourrait être dans certains cas une aide précieuse pour l’ancienne gauche plurielle. Elle apparaîtra pour le moins, à tous ceux qui luttent dans ce pays et ne se bercent plus d’illusion sur cette " gauche " qui a acquiescé à la " réforme " des " régimes spéciaux ", comme une gifle.

23/11/2007

Besancenot, l'incontournable

Besancenot serait-il finalement le principal bénéficiaire du dernier conflit social ? C’est un peu ce que semblent suggérer de nombreux commentaires. Articles dans Le Monde, Libération, Le Figaro, Marianne, thème d’éditoriaux radiophoniques ou de débats entre " experts " à la radio ou sur des plateaux télévisés, le " Facteur " est devenu incontournable.

Phénomène conjoncturel ou durable ? Pour Jarreau dans Le Monde d’aujourd’hui c'est entendu : il n'y aura pas de suite. Il est bien le seul à penser ainsi. Plus prudents ses collègues se contentent d’observer et estiment que tant que durera la crise du PS, un espace politique restera ouvert pour la gauche radicale. Ils établissent à cet effet un parallèle entre le phénomène Le Pen qui durant vingt ans tailla des croupières à une droite désorientée jusqu’à ce que Sarkozy arrive, et l’embellie actuelle que connaît la figure médiatique de la LCR, conséquence directe de la guerre inaudible des chefs du PS.

Mais la politique n’est pas qu’une affaire de vide à remplir. Si le PS est muet aujourd’hui, ce n’est pas faute d’avoir des leaders potentiels (c’est le trop plein) ou des idées, c’est tout bonnement parce que ses idées sont en gros les mêmes que celle de la droite au pouvoir et que les hommes ou les femmes qui postulent à retourner aux affaires y ont déjà fait leur preuve ou pourraient être, pire encore, tout aussi bien dans l’actuel gouvernement. Alors il y a question de la " méthode ". Hollande n’a trouvé que ce seul reproche à faire à Sarkozy. Mais qu’aurait pu faire de plus le PS s’il avait été au pouvoir ? Aurait-il mieux réussi ? Ce n’est même pas sûr.

Cependant loin de moi l’idée que la droite néo-libérale et la gauche sociale libérale soient interchangeables. La formule qui fait florès actuellement c’est : " Entre Besancenot et nous (l’UMP), il n’y a rien. " C’est une paraphrase d’un discours fameux de Malraux prononcé en 1949 à propos des communistes alors tout puissants et des gaullistes qui tentaient de revenir au pouvoir. Ce que l’on oublie de dire c’est que c’était faux. Les gaullistes durent patienter près de dix pour revenir aux affaires et l’alliance que les communistes passèrent dans les années 70 avec le PS fut pour eux le début de la fin.

En vérité il y a bien un espace pour la gauche sociale libérale (n’enterrons pas le PS), mais cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas parallèlement un terrain propice pour construire à la gauche de la gauche, un autre parti, anticapitaliste et révolutionnaire. Evidemment, pour nos journalistes politiques c’est une absurdité, un anachronisme, un fantasme, car il n’y a pas pour eux d’autre horizon que l’économie de marché à laquelle tout le monde est sommé de se rallier, même ceux qui en pâtissent. Et c’est bien là l’enjeu à terme.

Au-delà du phénomène politico-médiatique, la question posée par l’effet Besancenot c’est celle du ralliement ou non des classes sociales exploitées et paupérisées au projet libéral. Depuis 1981, c’est cette question qui taraude la base sociale des partis de la gauche réformiste (PC compris). C’est la raison pour laquelle, une partie de l’électorat ouvrier et populaire a trouvé un expédiant dans le vote Le Pen ou s’est réfugié dans l’abstention ; c’est aussi ce qui a contribué à la victoire de Sarkozy en mai dernier.

Cet électorat - 15 millions de personnes – c’est après les retraités, le plus gros bataillon du corps électoral. En 1981, Mitterrand en ralliait 70 %. En 2007 la droite et l’extrême-droite s’en attribuaient ensemble 65 %. Mais cet électorat ne peut être qu’insatisfait. Par nature il ne trouvera jamais son compte dans une politique qui ne peut que le maintenir dans son état. C’est là où l’effet Besancenot prend tout son sens. En s’appuyant sur une conjoncture favorable, la petite LCR, si elle s’en donne les moyens, en construisant un vrai parti et pas une petite avant-garde, peut, peut-être, offrir à cet électorat une raison durable d’espérer d’autres lendemains. A suivre.

22/11/2007

Thibault le héros

La gauche " moderne " (social libérale) sort de ce conflit ragaillardie. Exit Chérec, le patron de la CFDT, désormais has been. Le nouveau héros c’est Bernard Thibault, salué unanimement pour avoir ramené les cheminots à la raison. Et la droite d’applaudir. Enfin un syndicalisme " responsable " ! Soit. Hier encore, les mêmes pensaient que " la gauche radicale " voulait " déborder les directions syndicales en généralisant le mouvement. " (Sylvia Zappi dans Le Monde).

Il est vrai que le patron de la CGT tente depuis longtemps d’imposer sa vision d’un syndicalisme " réformiste " à une base rétive et qu’il est loin le temps où la confédération était tenue par les tenants d’un syndicalisme " dur ". Encore que toutes ces considérations sont relatives. Souvenons nous de Séguy en juin 1968 et rappelons à tous que c’est en juin 1936 que Maurice Thorez prononça à l'assemblée d'information des communistes de la région parisienne ce discours fameux : " Si le but est d'obtenir satisfaction pour les revendications de caractère économique, tout en élevant progressivement le mouvement des masses dans sa conscience et son organisation, alors il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n'ont pas encore été acceptées, mais si l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles et les plus importantes des revendications. "

Comme quoi, rien de neuf sous le soleil de France, le " réformisme " s’est toujours bien porté bien qu’il ait revêtu à certaines occasions des couleurs plus vives. Mais nous ne sommes ni en juin 36, ni en juin 68. Nous ne ferons donc pas le procès d’un dirigeant syndical qui savait comme tout le monde que " tout n’était pas possible " en cette période de vaches maigres et qu’il aurait fallu une mobilisation d’une toute autre ampleur pour faire revenir l’ensemble des régimes de retraites à 37,5 annuités.

Néanmoins, en acceptant dès aujourd’hui d’aligner les régimes spéciaux sur le régime général, avec encore une dose de spécificité puisque l’alignement se fait en réalité sur le régime des fonctionnaires, le syndicalisme français s’est mis une belle épine dans le pied, ouvrant grande la porte au vent mauvais d’autres " réformes " : au passage de 40 à 41 puis 42 annuités et au glissement progressif vers une retraite à 61, 62… 65 ans, de fait. Les salariés de ce pays auront donc perdu d’ici peu tous les acquis de ces vingt-cinq dernières années. Car que ferons désormais nos syndicalistes " responsables " face à la menace qui se précise de remise en cause des 35 heures, reformulée il y a peu par Laurence Parisot ?

20/11/2007

Baroud d’honneur ou prémisse d’une vague de fond ?

Au soir de cette journée de grève des fonctionnaires, sur fond, depuis une semaine, d’une paralysie importante des transports publics, on peut s’interroger sur l’avenir du mouvement social. Plusieurs précisions. Premièrement ce mouvement ne mobilise que des catégories qui ont un lien direct ou indirect avec l’Etat. Deuxièmement, c’est un mouvement fort mais dont l’ampleur est quand même relative comparée à 1995 par exemple. Troisièmement le pouvoir ne peut pas reculer sur l’essentiel. Sa " majorité " ne le comprendrait pas. Surtout cela signifierait pour lui une révision à la baisse de ses projets à terme.

Le " mouvement " ne doit donc pas perdre de vue que le pouvoir ne bougera pas sur le fond, sauf à se trouver face à une mobilisation plus large englobant non seulement les catégories déjà partiellement en branle mais aussi des secteurs significatifs du privé. Or nous sommes à cette heure très loin du compte. Certes les cheminots tiennent encore bon mais il n’y a pas parmi les organisations de fonctionnaires la volonté de faire la jonction. Cette disjonction est préjudiciable aux deux mouvements. Mais elle sera maintenue, car ce qu’espèrent les fonctionnaires (du moins leurs organisations) c’est que le pouvoir lâche " quelque chose " sur le pouvoir d’achat. Ce qu’a laissé entendre Sarkozy. Quant au privé, nous assistons bien à quelques mouvements, mais ils sont très isolés.

Néanmoins il faut bien comprendre que le pouvoir pensait certainement il y un mois qu’il ne rencontrerait pas une telle opposition et qu’il devient urgent de la circonscrire au plus vite. Pour lui l’alternative est la suivante : ou il paye le prix de ses erreurs d’appréciation en cédant rapidement un maximum de compensations aux cheminots, gaziers, électriciens et traminots pour la perte de leurs " régimes spéciaux ", et sur le pouvoir d’achat aux fonctionnaires, – ne cédant en revanche ni sur les 40 années, ni sur les suppressions de postes –, ou il continue à jouer au chat et à la souris avec le mouvement, en tentant de rejeter sur " une minorité " (" Une petite minorité ne saurait imposer sa loi à une majorité, ni dans les services publics, ni dans les universités… ") la responsabilité de l’échec des négociations.

Il semble, si l’on entend bien le discours de Sarkozy d'aujourd’hui, que le pouvoir va tenter de jouer sur les deux tableaux. C’est risqué, mais en même temps il ne veut pas donner l’impression de reculer, même si ce n’est pas sur l’essentiel. Dès lors pour le mouvement, la CGT donnant des signes qu’elle va se comporter en syndicat " responsable ", il s’agit de préserver le plus longtemps possible l’unité syndicale sans pour autant brader cette grève pour qu’elle serve d’exemple à des mouvements futurs.

19/11/2007

La reculade du pouvoir

Quelle sera l’issue de ce mouvement ? A cette heure nous n’en savons rien encore, mais une chose est certaine, Sarkozy n’avait vraisemblablement pas prévu un tel scénario. Et c’est déjà un bon point pour les cheminots. Les raisons de ce " succès " provisoire sont de deux ordres : premièrement l’unité syndicale a été maintenue ; même la CFDT, qui a appelé à la reprise du travail, est restée dans l’intersyndicale. Seule finalement la FGAC a fait bande à part. Deuxièmement les organisations syndicales l’ont joué tactiquement assez finement ; cela n’a été possible que grâce au front commun. Et c’est pour ça que la base a tenu.

On ne peut pas en dire autant du pouvoir. Il a poussé au conflit, refusant même il y a quelques jours d’accéder à la proposition de la CGT. Puis, devant un conflit qui persistait, il s’est repris, dévoilant in fine un manque de connaissance du mouvement social. Tout ceci est évidemment de bon augure pour d’autres mouvements et un encouragement à la lutte.

Nous en avons pour preuve l’espèce de peur panique qui est en train de se former dans les rangs de la droite. Elle avait cru à la ténacité et à l’habilité de son chef. Aujourd’hui elle déchante. Mais que fait Sarkozy, muet depuis une semaine ? Et voilà – faute d’explications rationnelles – que l’on fustige le rôle de l’extrême-gauche, trotskiste évidemment : " Besancenot, premier opposant, nouveau leader de l’opposition ", selon un journaliste du Figaro.

On peut en sourire. Il n’empêche qu’il y a là un zeste de vérité. Non pas que les " trotskistes " soient partout au commande, loin s’en faut, mais bien parce qu’il y a bien dans ce mouvement quelque chose qui ressemble à ce que la gauche radicale défend depuis longtemps : résister dans l’unité.

Tout ça ne fait pas une alternative politique au pouvoir en place. Il faudra encore bien des luttes, surtout avec des succès à la clé, pour qu’une vraie opposition politique émerge, mais nous sommes dans la bonne voie. Vive les cheminots !

18/11/2007

Sous la grève, la négociation

Le gouvernement aurait donc levé son préalable. La négociation pourrait commencer à la SNCF sans appel explicite à la reprise du travail. C’est du moins ce qu’ont compris – négocié en réalité – les organisations syndicales qui participeront mercredi à une première rencontre salariés-entreprise-gouvernement.

Ce soir, sur Europe 1, Xavier Bertrand était d’une extrême prudence. Il savait bien que plus la grève durerait, plus il lui serait difficile de faire entériner sa " réforme " par les principales organisations syndicales et au premier chef par la CGT. Il lui fallait donc faire venir au plus vite les syndicats à la table de négociation. C’est fait. Reste à leur faire " avaler " la fin des régimes spéciaux (car là-dessus il ne bougera pas). Il faudra donc qu’il y mette le prix. Apparemment c’est la voie choisie par le gouvernement qui a finalement pris peur. En même temps pour les syndicats, ce serait une façon honorable de sortir la tête haute d’un conflit qu’elles auraient voulu – du moins pour certaines – évité. Pas SUD-rail, mais la CGT très certainement.

Sans préjuger de la suite, démonstration a donc été faite que ce pouvoir sait aller très loin dans la provocation… mais également reculer au bon moment, quand il voit surtout qu’en face, on résiste. C’est une bonne nouvelle et un encouragement pour les fonctionnaires et les autres catégories sociales dont le gouvernement a fait sa cible. Pour la droite c’est un avertissement.

17/11/2007

La faute du gouvernement

La convergence avec les fonctionnaires aura lieu. Le 20, les cheminots seront toujours en grève. Mais après ? Le pari de Sarkozy était que la grève devait assez impopulaire pour que très vite l’isolement se fasse ressentir. Rien de tout cela n’a marché complètement. La grève n’est pas populaire mais elle bénéficie néanmoins du soutien d’environ 45% des Français, ce qui n’est pas rien. Par ailleurs on estime que 30 % environ des salariés de la SNCF reste en grève, ce qui est encore beaucoup, autant que dans les conflits précédents. Enfin le front syndical tient encore malgré la défection attendue de la CFDT qui est un syndicat marginal à la SNCF.

La CGT était la clé de la résolution de ce conflit mais le gouvernement n’a pas su jouer cette carte. Thibault a lâché du lest en début de semaine. Il ne pouvait pas aller plus loin. Sa propre base et SUD le marquent à la culotte. Verra-t-on dans trois ou quatre jours le leader syndical appeler à la reprise du travail ? Il faudrait pour cela que le mouvement s’effondre. Mais ça ne règlerait rien sur le fond. A EDF et GDF, la grève est terminée et les négociations ont commencé mais sans la CGT. Quelle valeur aurait une négociation à la SNCF, et un accord final, sans la CGT, SUD et FO ?

Reste que le mouvement peut perdurer au-delà du 20. Minoritaire, certes, mais toujours en mesure de bloquer une bonne partie du trafic. Combien sont-ils au juste ces cheminots pour qui l’unique objectif est le retrait du projet de réforme ? 10, 20, 30 % ? Le gouvernement n’a aucune mémoire des conflits sociaux à la SNCF. La grève n’a nul besoin d’être majoritaire pour continuer. L’erreur du gouvernement c’est d’avoir voulu le conflit alors qu’il aurait dû " acheter " la paix sociale bien avant. Aujourd’hui c’est trop tard. Le mal est fait. Il n’y aura pas d’accord et quand, en 2008, on reparlera des retraites, tout sera à refaire.

16/11/2007

Information et propagande

La machine à tuer, symboliquement, le mouvement des cheminots est en marche. C’est même franchement l’escalade. Tous les médias se sont passé le mot. Désormais le thème privilégié c’est : " le mouvement échappe aux états-majors syndicaux ". Un article de Sylvia Zappi dans Le Monde (" La gauche radicale veut déborder les directions syndicales en généralisant le mouvement ") est une illustration, parmi bien d’autres, de cette tendance qui vise, en attribuant à l’extrême-gauche une influence qu’elle n’a pas, ou pas encore, à marginaliser " une base radicalisée sous influence " en l’opposant à " des états-majors responsables " qui voudraient négocier.

En appui à cette thèse on dit que le mouvement est à la reprise (il est vrai que le mouvement est moins fort que le premier jour) et l’on accorde au quatrième syndicat à la SNCF (la CFDT), qui vient d’appeler à la reprise du travail, une importance démesurée. A l’inverse on tente d’attribuer à SUD (deuxième syndicat) la responsabilité de cette radicalisation par des moyens violents, images à l’appui (la télé).

Donc le gouvernement a délibérément choisi de casser le mouvement gréviste et il a à ses côtés les média qui font sans vergogne sa propagande. Tout cela n’est pas nouveau. C’est vieux comme la lutte sociale. Le gouvernement ne fait là que reprendre les méthodes de ses prédécesseurs sous toutes les républiques. Mais il a très certainement gâché une occasion. La CGT était prête à des concessions. En renchérissant le gouvernement s’est privé du seul moyen qui était à sa disposition pour faire arrêter la grève dans le bon ordre.

On oppose souvent la France et l’Allemagne. En France on fait la grève, en Allemagne, on négocie. Actuellement en Allemagne… les cheminots sont en grève. Mais on en saura pas plus. C’est exactement la différence entre l’information et la propagande.

15/11/2007

Une provocation gouvernementale

Le gouvernement a refusé la " main tendue " de Bernard Thibault. Faute grave ou provocation délibérée ? Que cherche le gouvernement ? Pense-t-il réellement jouer " l’opinion " contre les cheminots ? Hier la CGT lâche du lest. La CGT connaît sa base ; elle sait qu’elle est marquée à la culotte par SUD devenue, depuis la débandade de la CFDT, le deuxième syndicat à la SNCF. Malgré cela elle prend le risque de se voir désavouer par ses troupes. Mais, enfin, le gouvernement a, avec la CGT, un interlocuteur solide, pas comme les autonomes ou la CFDT. C’est bien ce qu’il recherche ? Et bien non, le gouvernement fait monter les enchères et exige l’arrêt de la grève. Autant traiter les cheminots de " racailles ".

Hier, on pouvait penser que l’on s’acheminait vers une paix des braves, la résolution d’un conflit sans vainqueur ni vaincus. Mais le gouvernement veut " le beurre, l’argent du beurre et la crémière ". Croit-il une seconde que la CGT dans ces conditions va de nouveau reculer ? Pense-t-il ainsi continuer son train de " réformes " ? Et jusqu’où ? Cela ressemble de plus en plus furieusement à la façon avec laquelle Sarkozy en 2005 avait traité la question des " banlieues ". On allume le feu et puis on voit.

Sauf que là il s’agit d’adultes, de salariés, conscients de leurs forces, qui détiennent entre leurs mains une arme autrement plus efficace que des pierres, qui peuvent en quelques semaines paralyser une partie de l’économie française. Et pour quel profit ? Sarkozy ira-t-il jusqu’à envoyer la troupe pour déloger les cheminots de leurs dépôts ?

Hier les " observateurs " criaient victoire. Aujourd’hui ils déchantent. Et " l’opinion " ? Sarkozy pense qu’il est le grand manœuvrier ; que sa communication est parfaite, qu’il va gagner… Mardi prochain les fonctionnaires seront en grève, les écoles seront fermées ; déjà, dans les facultés, la " contestation " gagne du terrain. Convergence ?

14/11/2007

« On a gagné ! Les doigts dans l’nez… !

Puante élite journalistique ! La grève n’est même pas terminée qu’ils chantent déjà victoire. Toute la journée on a préparé les esprits. La grève aurait été moins suivie que le 18 octobre et puis la CGT aurait cédé sur un point essentiel en acceptant des négociations par entreprise. Mieux, les salariés concernés savent depuis longtemps que c’était perdu d’avance.

Primo il n’y a eu aucun appel à la reprise du travail. Deusio " la base " n’a apprécié que modérément le coup de pouce de Thibault au gouvernement. Tierce, la grève peut cesser mais le conflit n’est pas terminé pour autant. Comprenez moi, ici même j’explique depuis longtemps que les régimes spéciaux passeront à 40 années d’annuités, et qu’il n’y aura pas d’épreuve de force genre 1995 ou Thatcher contre les mineurs. Tout simplement parce que depuis des années c’est un feu roulant politico-médiatique contre ces acquis, que Sarkozy a été élu par une large majorité et que les directions syndicales sont prêtes à tous les accommodements. Ce qui se passe aujourd’hui n’a donc rien de surprenant, c’était même couru d’avance, d’autant plus qu’il fallait absolument éviter toute convergence avec les fonctionnaires.

Pour autant ONT-ILS gagné ? Je préfère penser que l’on va au statu quo. Le gouvernement va faire un pas en arrière du même ordre que celui la CGT. Ce qui compte pour lui c’est la victoire symbolique. De fait les régimes spéciaux vont perdurer. Mais le qualificatif aura disparu. Les réformes pour Sarkozy, c’est exactement cela : de la poudre aux yeux.

ILS ont vaincu le signe indien et ILS pavoisent. Laissons les à leurs chimères. Tiens, la CFDT appelle à la reprise du travail. Autrefois, en 1985, la CFDT, deuxième syndicat à la SNCF était à la pointe de la lutte. Aujourd’hui elle sombre dans les profondeurs du classement. Pauvre syndicalisme à la remorque. " Ils ont gagné… ! " C'est cela....

11/11/2007

Les boutefeux de la République

Qu’est-ce qui peut pousser le Président, le Premier ministre et le ministre du Travail à s’engager ainsi sur un terrain aussi aventureux ? La certitude qu’ils vont gagner ? Le Figaro, qui est à la pointe des va-t’en-guerre, titre aujourd’hui : " Retraites : Fillon n’a pas peur ! " Nous serions donc à deux jours du " Grand affrontement " voulu, souhaité, espéré par le pouvoir. On croit rêver !

Mais qu’attendent-ils au juste ? Ils savent bien que la majorité des confédérations syndicales sont prêtes à bien des accommodements. La CGT n’a-t-elle pas été à la veille de ce mouvement jusqu’à proposer la négociation de la dernière chance, laissant entendre que le conflit était évitable. Mais apparemment du côté du pouvoir c’est la guerre que l’on veut.

Le raisonnement est semble-t-il extrêmement simple, voir simpliste. Cette grève va être très vite impopulaire et l’opinion va se retourner contre les grévistes. En somme le pouvoir va utiliser les usagers des services publiques comme " otages " pour arriver à ses fins : affaiblir un peu plus encore les syndicats, et les contraignant à céder sur cette question de principe des " régimes spéciaux ", préparer ainsi le terrain pour d’autres " réformes ", plus radicales celles-ci, et qui toucheront TOUS les salariés comme sur le contrat unique.

Mais l’objectif irait, selon certains, bien au-delà. Ainsi, au PS, on s’alarme de cette montée de la " grogne " avec en plus les étudiants maintenant qui s’en mêlent. De plus en plus autiste sur la question sociale, les " sociaux libéraux " qui pensaient se refaire la guigne aux élections en arrivent à se demander si cette dégradation du climat social ne va pas leur coûter des voix au profit d'autres qu'eux. Julien Dray, sur Europe1, ce soir, a été très clair : en substance, Sarkozy ferait le jeu de … Besancenot.

Evidemment, je ne crois pas une seconde à ces sornettes. Le pouvoir se prend aujourd’hui à son propre piège. C’est lui qui a poussé au conflit, pensant très certainement qu’après les autonomes de la SNCF, la CFDT lâcherait le morceau et que de fil en aiguille… D’ailleurs je ne suis pas si sûr qu’ils (Sarkozy, Fillon et Bertrand) ne viennent pas là de commettre une faute grave en refusant la proposition de la CGT."

"Dernière minute" (le 14 novembre 2007) : "Ni perdants, ni vainqueurs"

L’épreuve de force est tout juste enclenchée que déjà, de part et d’autre, on semble en redouter l’issue. La nouvelle initiative de la CGT, la seconde en deux jours, montre que du côté syndical, on paraît chercher le plus rapidement une issue honorable. Une fois encore, la balle est dans le camp du gouvernement. S’il refuse de nouveau cette seconde proposition de la dernière chance, c’est que décidément, il veut l’affrontement. S’il y consent, nous nous dirigeons vers une " paix des braves " où il n’y aurait " ni perdants, ni vainqueurs ". A voir ?

06/11/2007

Le loup et l'agneau de Jan Krauze

Le Monde commémore à sa façon le 90ème anniversaire d’Octobre 1917. Le quotidien du soir publie depuis hier "sa" version de la révolution russe sous la plume d’un certain Jan Krauze, dont j’ignore tout. Récit édifiant : il s’agit évidemment d’un simple coup d’Etat qui se déroule dans l’indifférence générale de la majorité des habitants de Petrograd ; il est essentiellement l’œuvre des soldats et des marins, « beaucoup plus que des ouvriers » ; les bolcheviks, « résolus à pratiquer la politique du pire », prennent le train en marche ; le gouvernement, par faiblesse ou naïveté, les laisse faire. S’ils avaient su ?

Mon propos n’est pas de proposer ma propre vision de ces « dix jours qui ébranlèrent le monde ». De nombreux historiens ont écrit sur cet événement des ouvrages savants et pour ma part je m’en tiendrai à leur version. Mais arrêtons nous cependant sur la façon dont Jan Krauze présente les acteurs de ce drame. D’un côté « Tchernov, le chef des SR (Socialistes révolutionnaires) » ou « Martov, le chef de la frange la plus à gauche du Parti menchevik (…) avaient des hésitations d'intellectuels et un souci nouveau de respectabilité. » De l’autre « des bolcheviks sans états d'âme, déterminés à utiliser la révolution pour imposer leur pouvoir. »

Et puis il y a leur chef, surtout : Lénine : « Soigné, linge blanc, vêtements bien coupés, il a la nuque grasse d'un bourgeois, l'air d'un notaire de province du Second Empire, patelin et souriant (…) Pour lui, la révolution ne peut être que violente, et il est indispensable qu'elle le soit (…) Déjà en septembre 1917, alors qu'il est encore à Vyborg, en Finlande, et ne peut qu'envoyer des lettres furieuses à ses camarades de Petrograd, il exalte la future guerre civile, "forme la plus aiguë de la lutte des classes", et "les fleuves de sang" qui donneront au parti "une victoire certaine". Avant comme après le coup d'Etat, il ne cesse de houspiller les bolcheviks, de les inciter à écraser ou à tuer tous ceux qui pourraient s'opposer à eux, de leur rappeler que l'Etat prolétarien est "un système de violence organisée". »

En quelque sorte le face à face du loup et de l’agneau. La seule entorse à cette fable, c’est Jan Krauze lui-même qui nous la livre : Lénine avait confié à Trotski : « Maintenant, ils vont tous nous fusiller, c'est le bon moment pour eux. » Et Krauze d’ajouter : « Lui l'aurait fait, sans aucun doute, pas Kerenski. » Mais qu’en sait-il ? Seulement 46 années séparaient cet événement d’un autre qui avait eu lieu en France et qui était devenu pour tous les révolutionnaires le modèle par excellence de toute « révolution prolétarienne » : la Commune de Paris. Bilan : 20.000 morts du côté des ouvriers parisiens en une seule semaine. Pour peu que le Thiers russe, Kerenski, eut disposé d’une armée à sa botte, sa main eut-elle tremblé ?

Quelque mois plus tard, en Allemagne, le social-démocrate de droite Gustav Noske trouva dans l’armée impériale en déroute ce qui avait manqué à Kerenski : des tueurs résolus à faire « le sale boulot ». L’ancien bûcheron n’hésita pas. Il lança ses corps francs à l’assaut des ouvriers et des soldats insurgés. Leurs premières cibles furent les deux leaders des « spartakistes » : Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. La suite, chacun la connaît. Les corps francs préfigurèrent d’autres troupes d’assaut et la défaite de la révolution allemande la victoire du nazisme. J'oubliais. Kerenski, Martov et pratiquement tous les leaders socialistes opposés au "putsch" ne furent pas fusillés. Ils purent, pour la plupart, s'exiler, avant la guerre civile.

01/11/2007

Un gouvernement « couillu »

Récit : " Au premier jour de la trêve hivernale des expulsions, le bras de fer entre les mal-logés et les pouvoirs publics s'est encore durci, jeudi 1er novembre, avec la quatrième évacuation en moins d'un mois du campement parisien de la rue de la Banque, devenu le symbole de la lutte que les associations mènent pour faire reconnaître un droit au logement effectif. Lors de l'opération qui s'est déroulée jeudi matin, trois femmes ont été légèrement blessées et conduites à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, victimes, selon la police, d'une "bousculade". Les blessures ont eu lieu lors de "la bousculade mais les victimes n'ont pas été poussées" par les policiers et gendarmes mobiles, a-t-on assuré de même source. Ces femmes, dont certaines étaient accompagnées d'enfants en bas âge, venaient de passer la nuit sur le trottoir, à l'endroit même où la police avait évacué la veille leur campement de tentes dressées depuis un mois sous les fenêtres du "ministère de la crise du logement", un immeuble squatté du 2e arrondissement de la capitale. " Christine Boutin, à cette occasion, s'est dite " déterminée à ne pas tolérer que des campements s'installent dans Paris. "

Ainsi, faute de pouvoir faire régner l’ordre en Corse, dans les cités grenobloises, à la SNCF ou chez les hôtesses et les stewards d’Air France, le gouvernement s’en prend donc à des femmes africaines sans défense. Il y avait déjà la chasse aux sans papier, il y aura désormais les bastonnades pour les sans logis. On reconnaît bien là ce gouvernement fort en gueule, dur avec les faibles, mais faible avec les forts. Déjà on s’en alarme dans certains médias. C’est donc ça ce gouvernement qui nous avait promis une remise au travail d’une France d’assistés et dont on voit bien qu’il s’empêtre dans des conflits multiples et variés sans que l’on entrevoit une porte de sortie. " Si c’est ainsi, qu’on en finisse ; s’il doit y avoir un clash qu’il vienne et s’en tarder ! "

Je n’invente rien. Sur RTL nous avons pu entendre aujourd’hui plusieurs journalistes du Figaro ouvrir leur cœur. Ces bons apôtres n’en peuvent plus et on les comprend. Ils ont pris Sarkozy au mot. Ils ont voté et appelé à voter pour celui qui allait faire le " sale boulot " et que voient-ils ? La grève et le spectre d’un nouveau 1995 poindre. Ils se rassurent, comme font toujours les pleutres – ces conflits sont impopulaires –, mais on sent bien qu’ils n’y croient presque plus. " Le service minimum ? ". " On nous a bien eu ! " Pour l’instant ils n’osent pas encore imaginer le pire. C’est un journaliste américain qui le fait pour eux. En substance : " S’il laisse filer cette occasion unique d’un affrontement central, c’est en fini pour Sarkozy ! " Ces journalistes là rêvent d’un autre monde où tout est possible : " D'après les ONG, 60 millions d'enfants travailleraient illégalement en Inde. Selon les Nations unies, leur travail représenterait 20 % du produit intérieur brut local. " En Inde, les policiers sont armés de bâtons. Ça ne vous rappelle rien ?

 
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