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06/11/2007

Le loup et l'agneau de Jan Krauze

Le Monde commémore à sa façon le 90ème anniversaire d’Octobre 1917. Le quotidien du soir publie depuis hier "sa" version de la révolution russe sous la plume d’un certain Jan Krauze, dont j’ignore tout. Récit édifiant : il s’agit évidemment d’un simple coup d’Etat qui se déroule dans l’indifférence générale de la majorité des habitants de Petrograd ; il est essentiellement l’œuvre des soldats et des marins, « beaucoup plus que des ouvriers » ; les bolcheviks, « résolus à pratiquer la politique du pire », prennent le train en marche ; le gouvernement, par faiblesse ou naïveté, les laisse faire. S’ils avaient su ?

Mon propos n’est pas de proposer ma propre vision de ces « dix jours qui ébranlèrent le monde ». De nombreux historiens ont écrit sur cet événement des ouvrages savants et pour ma part je m’en tiendrai à leur version. Mais arrêtons nous cependant sur la façon dont Jan Krauze présente les acteurs de ce drame. D’un côté « Tchernov, le chef des SR (Socialistes révolutionnaires) » ou « Martov, le chef de la frange la plus à gauche du Parti menchevik (…) avaient des hésitations d'intellectuels et un souci nouveau de respectabilité. » De l’autre « des bolcheviks sans états d'âme, déterminés à utiliser la révolution pour imposer leur pouvoir. »

Et puis il y a leur chef, surtout : Lénine : « Soigné, linge blanc, vêtements bien coupés, il a la nuque grasse d'un bourgeois, l'air d'un notaire de province du Second Empire, patelin et souriant (…) Pour lui, la révolution ne peut être que violente, et il est indispensable qu'elle le soit (…) Déjà en septembre 1917, alors qu'il est encore à Vyborg, en Finlande, et ne peut qu'envoyer des lettres furieuses à ses camarades de Petrograd, il exalte la future guerre civile, "forme la plus aiguë de la lutte des classes", et "les fleuves de sang" qui donneront au parti "une victoire certaine". Avant comme après le coup d'Etat, il ne cesse de houspiller les bolcheviks, de les inciter à écraser ou à tuer tous ceux qui pourraient s'opposer à eux, de leur rappeler que l'Etat prolétarien est "un système de violence organisée". »

En quelque sorte le face à face du loup et de l’agneau. La seule entorse à cette fable, c’est Jan Krauze lui-même qui nous la livre : Lénine avait confié à Trotski : « Maintenant, ils vont tous nous fusiller, c'est le bon moment pour eux. » Et Krauze d’ajouter : « Lui l'aurait fait, sans aucun doute, pas Kerenski. » Mais qu’en sait-il ? Seulement 46 années séparaient cet événement d’un autre qui avait eu lieu en France et qui était devenu pour tous les révolutionnaires le modèle par excellence de toute « révolution prolétarienne » : la Commune de Paris. Bilan : 20.000 morts du côté des ouvriers parisiens en une seule semaine. Pour peu que le Thiers russe, Kerenski, eut disposé d’une armée à sa botte, sa main eut-elle tremblé ?

Quelque mois plus tard, en Allemagne, le social-démocrate de droite Gustav Noske trouva dans l’armée impériale en déroute ce qui avait manqué à Kerenski : des tueurs résolus à faire « le sale boulot ». L’ancien bûcheron n’hésita pas. Il lança ses corps francs à l’assaut des ouvriers et des soldats insurgés. Leurs premières cibles furent les deux leaders des « spartakistes » : Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. La suite, chacun la connaît. Les corps francs préfigurèrent d’autres troupes d’assaut et la défaite de la révolution allemande la victoire du nazisme. J'oubliais. Kerenski, Martov et pratiquement tous les leaders socialistes opposés au "putsch" ne furent pas fusillés. Ils purent, pour la plupart, s'exiler, avant la guerre civile.

Commentaires

S'il vous plaît, par respect pour les victimes du communisme, cessez de défendre l'indéfendable.
Qu'il y ait en Russie à l'époque des élites très corrompues et un pouvoir absurde, c'est certain.
Mais que les principes du communisme et l'action des bolchéviques ait été ce qui se peut faire de plus immonde, crapuleux, inhumain dans le sens de la négation absolue de l'humanisme, systématique et conscient de surcroît, cela ne fait AUCUN DOUTE.

Que l'humanité, par des réformes intelligentes, une bonne éducation des petits d'hommes et une déconstruction de des mythes puisse trouver paisiblment de nouvelles voies, voici ce que vous devriez souhaiter.
Mais de grâce, l'indéfendable, ne le défendez pas !!! Ces gens là étaient des voyous, c'est tout.

Écrit par : guillaume garnier | 08/11/2007

Autant le film passé hier 7-11 sur Arte était intéressant, autant les articles de Jan Krauze dans le Monde suent la calomnie. Aucune référence à ce qu'il affirme. Que veut dire "article de la Pravda 1920": quelle date exacte ? Qui écrit ? les bordels des bolcheviques, cela a déjà été lancé. La grande féministe russe de l'époque, dont le nom m'échappe, l'aurait écrit. Et elle n'a pas fini dans les camps !
Pour douter de la légitimité de la dictature bolchevique, point n'est besoin de cette caricature: la liquidation des soviets, la transformation de la propriété en propriété étatique, la suppression de la presse libre, le parti unique, la liquidation de l'assemblée constituante, Cronstadt en 1921, le procès de 1923 contre les SR... C'est suffisant, on n'a pas besoin de nous faire croire que les bolchéviks étaient des sanguinaires ! C'est faux.
Mieux vaudrait s'intéresser à ce que des soviets démocratiques auraient pu faire pour chasser Kerenski et imposer la paix.
Qui est ce Jan Krauze, qu'il se présente !
AM Chartier, Grenoble

Écrit par : chartier anne-marie | 08/11/2007

Au nom de qui et en vertu de quoi ce monsieur Krauze s’autorise-t-il une telle morgue face à une expérience historique fondamentale ? Une commande obligée d’un des financiers de ce journal imbitable ? Pourquoi Le Monde n’a-t-il pas laissé la plume à des historiens d’envergure, pas si impartiaux ni hystériques ? Il suffit de lire sur le net les réactions indignées pour voir que ce journal bourgeois n’a pas fini de perdre des lecteurs depuis la révélation (incomplète) de sa face cachée. Vivement la faillite complète de ce torchon de larbins qui écrivent sur commande pour détruire l’histoire qui gêne !

Comme les organes de propagande les plus simplistes et racoleurs de la vieille bourgeoisie, tel « Je suis partout » de l’an 40, tel « Le parisien » de l’an 70, la série des trois articles – « Un étrange coup d’Etat », « La griffe de Lénine » et « Tout est permis » - évite de rappeler les conditions historiques, la lutte des classes et l’espoir formidable soulevé pour les centaines de millions de travailleurs du monde entier. Il suffit d’emblée d’instiller le doute et par des descriptions grotesques et dévalorisantes en criminalisant la trajectoire des militants socialistes. Les termes utilisés proviennent d’une haine pathologique de la révolution… sale. Le flic qui sommeille sous Jan Krauze déplore que les poils rasés de Lénine fassent mentir sa carte d’identité, sans compter des allures d’ivrogne d’un homme de l’ombre, qui se faufile pour entrer à Smolny sans laisser-passer.

Troubles sont aussi ces soldats déserteurs qui « craignent d’être envoyés au front ». Trouble les Trotski et Dzejinski qui organisent l’insurrection en faisant baisser les ponts qui permettent de s’emparer du centre de Pétrograd. Salaud de Lénine qui menace de faire fusiller ceux qui n’obéissent pas ! Et les généraux au front ils offraient un thé aux soldats qui refusaient de se jeter au-devant des balles ?

La révolution pue : « à l’institut Smolny… les délégués s’entassent… dans une puissante odeur de tabac et d’urine… ». Le décret « Tout le pouvoir aux soviets » est « purement tactique »… bien sûr, bien sûr avec un maraudeur comme Lénine il faut s’attendre à tout !
Comme Le Figaro de 1967 lors du 50ème anniversaire : « Lénine a fait faillite ».

(vous pouvez lire la suite sur mon blog: le proletariat universel

Écrit par : JL Roche | 09/11/2007

Un rebond de Zizek dans Libération :

http://www.liberation.fr/rebonds/289928.FR.php

Écrit par : performatif | 10/11/2007

Effectivement intéressant ce "Rebond", mais il n'échappe pas lui aussi à la caricature. Le pire étant les papiers du Monde, mais, désolé, sur Arte ce n'était guère mieux. Il y a mieux à dire sur la révolution russe (1917-1923) que tout ce que je viens de lire, de voir ou d'entendre. Pas vu entièrement le film « Red » sur John Reed sur Arte dimanche, seulement la fin. L'anecdote sur l'appel à la guerre sainte à la conférence de Bakou est vraie. Voir Zinoviev et Radek, c'est assez cocasse et osé pour un cinéaste américain.

Écrit par : Ajamais | 12/11/2007

J'avoue être stupéfait quil existe encore en 2007 en France des gens capables de "défendre" la pire des ignominie qui ait jamais existé sur Terre.

Oui, enfin"Le Monde" dit la vérité sur cette monstruorité qu'a été le communisme qui où qu'il ait été implanté par la force a toujours de tout temps partout accumulé les atrocités et les exterminations massives.

De 20 à 40 million pour les soviets d'urss et plus de 100 pour la Chine de Mao.

soit 125 à 150 millions en tout §

HITLER est vraiment un PETIT AMATEUR avec ces 6 millions, disons 8 tout compris.
Le communiste c'est 20 FOIS PLUS !!

Et il s'en trouve pour le défendre...

Apprennez donc, que la première des libertés, c'est celle de pouvoir quitter un pays si l'on n'est pas en accord avec le régime. Ce que même les Juifs ont pu faire jusqu'en 1939 (Doit-on rappeler le nombre de scientifique, d'artiste et de simple citoyen etc qui ont fuit ce régime détestable). Personne n'a jamais eu l'autorisation de quitter un régime communisme.

CQFD

Écrit par : noradan | 20/11/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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