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28/10/2007

« Ces pauvres qui polluent… »

Eric Le Boucher pose la question en conclusion de son éditorial du Monde : " … il faut trouver une réponse au défi que n'ont jamais voulu regarder les militants de l'environnement : en règle générale, l'écologie est anti-sociale. Un pauvre avec une vieille 205 pollue plus qu'un riche au volant d'une Mercedes dernier modèle, une décharge brésilienne qu'une usine de retraitement en France. C'est ça le grand, le vrai problème. Si on aide le pauvre à moins polluer, quelle autre aide sociale faut-il sacrifier ? Qui l'acceptera vraiment ? "

Le Boucher a comme ça toute une réserve de paradoxes. Ainsi, selon lui, ce sont les cheminots qui " interdisent " le fret " depuis dix ans " et les " ayatollahs verts " qui en imposant la suspension de la culture commerciale des " OGM pesticides " favorisent le mercantilisme des maïsiculteurs. Démonstration : " Il faut savoir qu'une tonne de maïs OGM importée (par exemple d'Argentine) coûte 50 € de moins. La vérité est que l'interdiction de l'OGM accordée aux " Bové " se compense par le cadeau fait aux maïsiculteurs de pouvoir protéger leur marché, maintenir un prix élevé et de pouvoir polluer tranquilles pendant une décennie. " Il s’en prend également à " une inquiétante écologie qui serait le dernier avatar du protectionnisme " à propos de la déclaration de Sarkozy qui voudrait " imposer aux producteurs hors de nos frontières le respect de nos exigences ".

En résumé, pour Le Boucher il y aurait donc deux écologies : " une écologie restrictive, malthusienne, pour qui l'homme est le destructeur de la belle nature " et " une écologie offensive, qui veut réorienter le développement économique, pas le freiner. " Irréductible progressiste, il ne craint pas les caricatures. Sa foi dans la " vérité des prix ", c’est-à-dire du marché (" Pour avancer vers la solution efficace, celle fondée sur les prix, il faut remettre en route le marché des permis de polluer et il faut complètement rebâtir la fiscalité sans alourdir les prélèvements globaux. "), lui fait bien voir ce qui a tenu du marché de dupe dans ce " Grenelle ", mais l’aveugle sur l’essentiel. L’économie chinoise, celle de l’Inde ou celle du Brésil n’est pas une économie de pauvres (8 des plus importantes capitalisations boursières mondiales sont désormais chinoises), mais l’extension du marché mondial à ces pays sur les mêmes bases qui ont fait la richesse des pays industrialisés. Et cette extension, loin de pénaliser les pays " riches ", les enrichisse en retour. Le Boucher sait très bien que la croissance mondiale chuterait dramatiquement si la Chine ou l’Inde cessaient de se développer à ce rythme effréné.

En fait c’est à un tout autre échelle qu’il faut envisager la question de l’écologie. Destructeur de matières premières, des sources naturelles d’énergie, de l’eau, des sols, des forêts, du climat, le mode de développement capitaliste ne peut cesser de lui même sa course infernale. La croissance est son seul carburant ; les profits, la seule vérification possible que tout cela marche. Aucun correctif possible. C’est une autre économie qu’il faut inventer et pour cela détruire les bases même de l'économie existante.

PS : Dans le même journal on peut lire un article de Hervé Kempf consacré à la même question. Mais là il s’agit d’un travail d’expert qui contredit les élucubrations libérales de Le Boucher. Extraits :

" Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) "la privatisation généralisée des ressources et des services serait le plus mauvais scénario du point de vue de l'environnement (...) En actualisant la description par de nombreuses sources, le rapport du PNUE synthétise le mouvement de dégradation du climat, de la biodiversité, de la santé des sols, des ressources en eau... Il souligne la rétraction des ressources disponibles par habitant : la surface de terre disponible pour chaque humain est ainsi passée de 7,91 hectares en 1900 à 2,02 en 2005. La rapidité du phénomène est soulignée : l'étendue et la composition des écosystèmes terrestres "sont modifiées par les populations à une vitesse sans précédent". Les experts insistent sur la notion de seuil : "Les effets cumulés de changements continus dans l'environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduisent par des changements brutaux" et irréversibles. Cette idée de "points de basculement" ne s'applique pas seulement au changement climatique, mais aussi aux phénomènes de désertification, de baisse des nappes phréatiques, d'effondrement d'écosystèmes, etc. (...)

Les experts ont défini quatre scénarios, selon le type de politique suivie. Dans le premier, l'Etat s'efface au profit du secteur privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Le deuxième scénario se base sur une intervention centralisée visant à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux. Une troisième voie serait de privilégier la sécurité pour répondre aux désordres civils et aux menaces extérieures : un effort important y serait alors consacré. Enfin, la quatrième option est celle d'une société faisant le choix de la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens jouent un rôle actif."

Commentaires

Bravo.
Le Boucher n'en est pas à ça prêt. Toute déviation des mantras thatchériens lui parait hérétique.

Écrit par : valdo lydeker | 28/10/2007

C'est un quasi miracle ce Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) ! Je suis épatée : comment un monde dominé par les tenants du capitalisme financier peuvent-ils laisser exister des organismes comme cela qui affirment de telles choses ? Vraiment, ça m'interroge.

Écrit par : juliette dze | 29/10/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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