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27/09/2007

Et si la droite perdait les municipales ?

L’hypothèse n’est pas farfelue. N’oublions pas que le deuxième tour des législatives ne fut pas pour la droite le ras de marée attendu et que dans plusieurs villes importantes, dont Bordeaux, la " gauche " passa en tête. Ensuite on a beaucoup vu et entendu Sarkozy répéter à satiété son programme présidentiel et depuis on attend les résultats mais ils tardent à venir.

Hier, dans Le Monde, à propos de l'avant-projet de loi de finances pour 2008, Claire Guélaud se livrait à une revue de détail de la politique sarkozyste : " Le premier budget du quinquennat de Nicolas Sarkozy est bâti sur une hypothèse de croissance de 2,25 % et prévoit un déficit public de 2,3 % du PIB, alors que les membres de la Commission économique de la nation retiennent, eux, des chiffres nettement moins bons, autour de 2 % pour la croissance et de 2,7 % pour le déficit. " Mais, ajoutait-elle, " M. Sarkozy n'a que faire de la prudence ou des réserves des experts. Le fait que la Commission européenne ait mis ses pas dans ceux de l'OCDE et revu nettement à la baisse ses prévisions 2007 pour la France ne l'a pas plus ému que les doléances présentées par l'Eurogroupe à Christine Lagarde, la ministre de l'économie. "Que la croissance soit à 1,9 % ou 2,3 %, au fond, cela ne change pas grand-chose, car, ce que je veux, c'est 3 %", déclarait-il au Monde, le 14 septembre, le jour même où la note d'étape du gouvernement Fillon officialisant le report de 2010 à 2012 du retour à l'équilibre de nos finances publiques faisait grimacer les ministres des finances de la zone euro.  Que m'importent les experts ou le réel puisque, dit en substance M. Sarkozy depuis des mois, une croissance de 3 % est à portée de la main. Une petite musique qui tient de la pensée magique ! "

On en est donc là ! On avait promis le retour à la confiance et l’on glisse insensiblement mais sûrement dans une morosité inquiétante. " Dernier souci, remarque Claire Guélaud, et non des moindres pour le chef de l'Etat : avec son "paquet" fiscal à 15 milliards d'euros en année pleine, ciblé pour l'essentiel sur les plus aisés des ménages, le gouvernement a brûlé toutes ses cartouches budgétaires. Il ne lui reste aucune munition pour soutenir l'activité en cas de retournement conjoncturel, viennent de souligner les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette, Elie Cohen et Jean Pisani-Ferry, dans le dernier rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) sur "Les leviers de la croissance française". "

De deux choses l’une. Ou il s’agit, en dramatisant la situation, de conduire peu à peu les Français au pire, c’est à dire à des économies drastiques ou pour parler encore plus clair à un " plan de rigueur ". C’est ce qu’ont fait depuis une dizaine d’année, certains " experts " en entonnant le discours du déclin de la France. Mais Sarkozy, qui a repris en partie leurs analyses (" remettre la France au travail ") n’a-t-il pas été élu précisément pour rompre avec l’attentisme et l’immobilisme prétendus des gouvernement précédents ? On a en effet beaucoup de mal à admettre que le même homme qui explique qu’il ira chercher lui même ce point de croissance qui manque, puisse en même temps multiplier les signaux d’alerte. Quelle drôle de façon de s’y prendre pour convaincre l’opinion et les entreprises que l’horizon s’éclaircit et que ça ira mieux demain.

Ou bien, et cette hypothèse semble prendre corps aujourd’hui, Sarkozy s’est lui même fait piéger et ce à quoi nous assistons aujourd’hui c’est à un délitement du credo sarkozyste. Il ne manquerait plus qu’après ça, il se retrouve sanctionné par les électeurs, et l’on comprend que certains dans l’exécutif puissent avoir des angoisses.

Dans son article Claire Guélaud tentait de se projeter dans un avenir plus lointain : " L'objectif de 3 % de croissance est (…) peu contestable. Mais (…) les réformes indispensables pour l'atteindre auront un coût total d'environ 1,3 point de PIB et il faudra au minimum quatre à cinq ans pour qu'elles s'autofinancent. Cette réalité-là, celle de réformes produisant des effets à l'horizon de cinq, voire de dix ans, et celle d'un monde globalisé dans lequel les vieux pays industrialisés vont continuer à souffrir du choc avec les pays émergents constituent des données qui s'imposent à la France. Elles ne disparaissent pas du seul fait d'une élection politique, fût-elle présidentielle. " Sauf que le temps du politique n’est pas tout à fait celui de l’économie et que le président n’a jamais dit qu’il faudrait attendre encore cinq ans (après déjà cinq ans de Raffarin et de de Villepin) pour attendre quelques bénéfices de sa " rupture ". Question : comment Sarkozy s’y prendra-t-il dans six mois pour justifier le changement de Premier ministre ? A moins qu’il ne fasse comme Chirac avec Raffarin et qu’il le garde.

22/09/2007

La politique du résultat

Il faudrait désormais que le pouvoir commette une grosse maladresse pour que lui échappe cette réforme des régimes spéciaux sur laquelle avait buté plusieurs gouvernements précédents. Tout le monde sait en effet que la situation n’est plus la même qu’en 1995. Depuis, la gauche parlementaire a subi deux défaites majeures (2002 et 2007) et le " mouvement social " issu des luttes contre le plan Juppé n’a trouvé aucun relais sur le terrain politique malgré la victoire du " non " au référendum sur le TCE.

Les organisations syndicales et les secteurs du mouvement social (CGT, Solidarité-SUD, FSU, cheminots, enseignants…) qui avaient été partie prenante de cette opposition le savent bien. Leurs marges de manœuvre sont restreintes et l’opinion publique, travaillée au corps par les médias et une rhétorique présidentielle désormais bien huilée, risque cette fois ci de ne pas leur apporter un quelconque soutien.

Il ne faut donc pas se le cacher nous sommes à la veille d’une nouvelle défaite du mouvement social. Sera-t-elle décisive et ouvrira-t-elle grandes les portes pour une révision en profondeur du contrat social ? On ne retient surtout du slogan sakoziste que le " travaillez plus ", mais il contient une promesse : " pour gagner plus ! " Nicolas Sarkozy le sait pertinemment. Dans ses dernières déclarations il s’est même adressé aux patrons les exhortant à " récompenser " le surcroît d’effort qui sera demandé aux salariés. C’est qu’il connait bien les limites de son pouvoir. S’il est en mesure aujourd’hui de faire céder les syndicats, il sait aussi que le patronat, d’autant plus dans une conjoncture de faible croissance, n’est certainement pas prêt à l’écouter. Ces réformes n’auront donc aucune contrepartie. Tout comme le " paquet fiscal ", elles n’auront pas d’autre effet que d’alourdir un peu plus la charge qui pèse sur le salariat.

Deux tonalités coexistent aujourd’hui dans l’exécutif. Alarmiste du côté de Matignon et de Bercy où l’on ne cache plus qu’il faudra consentir à de plus grands sacrifices encore. Volontariste et rassurant à l’Elysée où l’on s’en tient à la thématique du discours tenu tout au long de la campagne présidentielle. Sarkozy exige de ses collaborateurs des résultats. Il est désormais au premier chef concerné par ses propres consignes.

18/09/2007

Les boucs émissaires

La politique de relance de la croissance de Sarkozy a momentanément échoué. Le gouvernement précédent a bien évidemment sa part de responsabilité dans cet échec, et plus généralement c’est très certainement la structure même du capitalisme français qui explique ce marasme français. Mais depuis une bonne dizaine d’années, c’est un tout autre brouet que l’on nous sert en guise d’analyse. Si la France va mal, à ce qu’ILS disent, ce serait la faute des fonctionnaires TROP NOMBREUX ; aux salariés QUI NE TRAVAILLENT PAS ASSEZ  ; à notre système de protection sociale TROP COUTEUX ; à la cherté du travail PLOYANT SOUS LES CHARGES ; à nos régimes spéciaux INDIGNES ; à notre système éducatif qui fabriquerait des CRETINS ; à une émigration NON CHOISIE ; à ces millions de Français ASSISTES… Il faudrait également ajouter, toujours selon eux, l’EUROPE : la politique de l’euro fort voulue par la banque européenne, dirigée par un Français, encouragerait la spéculation financière et pénaliserait la France.

C’est le propre d’un discours idéologique de ne jamais apporter la preuve de ce qu’il avance. Tout ce qui est produit dans les thèses du déclinisme pourrait être contredit. Il est bien connu, par exemple, que si la France travaille moins que d’autres pays de même taille, en revanche elle travaille mieux, que la productivité y est très forte, et que les 35 heures n’ont pas été pour rien dans cette augmentation de la productivité, et qu’au final c’est la raison pour laquelle la France est un pays très prisé par les capitaux étrangers. En revanche, on débat moins de la structure du capitalisme français. En fait on a, en France, un capitalisme entrepreneurial privé de faible qualité. Car c’est bien connu, c’est d’abord l’Etat qui a fait la France. Ce sont, historiquement, la qualité de la fonction publique, des infrastructures, des services publiques qui ont en grande partie permis au capitalisme français d’être dans le peloton de tête des nations industrialisées, l’Etat ayant mis longtemps la main à la poche dans bien des secteurs décisifs : l’énergie, les transports, l’armement... L’Etat dit providence le fut aussi pour des secteurs entiers du capitalisme français, et pas des moindres. Depuis une quinzaine d’années, l’affaiblissement de cet Etat, son démantèlement, pierre à pierre, voulu, souhaité, par la grande bourgeoisie française, est très certainement l’un des éléments qui explique ce " déclin ".

Mais ce laissez faire en matière d’économie de la part de tous les gouvernements, de gauche comme de droite, a très lourdement handicapé le pays, plombé par un chômage massif pendant plus de vingt ans. Aujourd’hui la bourgeoisie française, qui a déjà très largement profité des largesses de l’Etat (en matière de préretraites, de licenciements collectifs, d'accompagnement social du chômage, d'allègement de charges…), exige que l’on solde la facture. Elle a, croit-elle, trouvé enfin l’homme de la situation pour terminer le travail.

Cet homme, Nicolas Sarkozy, a repris à son compte tout ce que le délabrement moral du pays a produit en idéologies putrides. Le Pen en avait fait son beurre. Nicolas Sarkozy s’en est emparé bénéficiant, contrairement à l’autre, de sa couverture de républicain démocrate. L’objectif principal, c’est évidemment d’abaisser encore plus le coût du travail et alléger le char de l’Etat. La situation est semble-t-il favorable ; le consensus possible. Les lois contre la récidive, celle sur le service minimum, sur les heures supplémentaires, ou en préparation, pour la suppression des régimes spéciaux de retraite, ou pour modifier les conditions de l’immigration, n’ont en soi aucune valeur décisive. Elles ont en revanche une fonction précise : préparer l’opinion aux réformes en profondeur touchant au code du travail. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui, dans sa déclaration, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois affirmé son intention d'assouplir encore plus les 35-heures, un pas "incontournable", critiquant "une ligne Maginot juridique" et la lenteur des procédures de rupture de contrat, affirmant en conclusion que la solution "passe par différentes pistes" pour réformer le contrat de travail, dont l'idée d'une rupture négociée et d'une simplification des prud'hommes.

11/09/2007

De la méthode ou panique à bord ?

Assistons nous aux premiers mouvements de panique aux sommets de l’Etat ? La politique du verbe a ses limites, car si quelques " réformettes " ont été votées cet été, souvent au seul profit des plus riches, on est encore loin, à désormais plus de cent jours de l’élection de Nicolas Sarkozy, de la grande " rupture " qu’il avait promise. Surtout la cacophonie gouvernementale donne l’impression que l’on cherche manifestement à se sortir d’un mauvais scénario, celui là même qu’avait conçu Nicolas Sarkozy, ou tout du moins à en réviser certaines parties.

En quelques jours on a pu ainsi entendre une ministre de l’Economie faire profil bas sur la question de la croissance, préconiser un " plan de rigueur ", puis dire aujourd’hui que la TVA sociale n'est pas " une mesure propice " ; plusieurs ministres annoncer une purge dans la fonction publique mais sans indiquer précisément qui serait touché ; un Premier ministre expliquer dimanche que la réforme des " régimes spéciaux " était dans les cartons et qu’il n’attendait que le feu vert de la Présidence… et pour conclure un Président affirmer, devant des agriculteurs, qu’" un peu de méthode ne nuit pas à la solution d'un problème ". Bref, ça tire dans tous les sens, mais sans véritable plan bien établi, et surtout sans volonté apparente de conclure rapidement.

C’est que l’essentiel, c’est à dire la croissance, n’est pas au rendez-vous ! Pis, elle chute. Et Nicolas Sarkozy a beau dire qu’il ira la chercher, on se demande bien comment il y arrivera. On en revient donc naturellement au verbe. " Indigne ! " Voilà donc tout ce qui a pu sortir de l’auguste bouche. On s’était basé sur 2,5 points de croissance ; on frôle désormais les 1,5 points. Bel exploit ! Qu’à cela ne tienne, ce sont les cheminots (car c’est eux qui sont visés) qui feront les frais de cette mauvaise passe.

Evidemment, tout le monde le sait, et le gouvernement en premier, que la question générale des retraites ne tient pas au règlement de ces régimes spéciaux. Mais comment aujourd’hui, alors que les premières mesures (les heures supplémentaires défiscalisées et autres cadeaux fiscaux) n’ont pas eu l’effet escompté, expliquer qu’il faut franchir un nouveau cap, aller plus loin encore, bousculer même le calendrier ? Le Medef a donné le ton récemment. Les régimes spéciaux ne sont qu’un amuse gueule pour le patronat. Ce qu’il veut, lui, c’est que l’on s’attaque au plus vite au noyau dur : faire reculer l’âge légal de la retraite, réviser de fond en comble le code du travail, faciliter toujours plus les licenciements… C’est que l’impatience patronale n’a cure des aléas de la politique.

Foin de la méthode, c’est plutôt le doute qui taraude aujourd’hui l’exécutif. Et les belles paroles du cher Nicolas semblent de moins en moins rassurer  ses "collaborateurs". Car quand demain on n’aura pas remplacé les quelques 20.000 départs à la retraite dans la fonction publique ou quand on aura aligné les régimes spéciaux sur ceux des fonctionnaires, que trouvera-t-on pour faire diversion ?

 
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