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29/06/2007

La "gauche utile"

Souvenons nous. Il y a quelques semaines, après le premier tour des législatives, les socialistes nous avaient chanté sur tous les tons presque avec des sanglots dans la voix : " il faut une véritable opposition, un contrepouvoir efficace au parlement pour contrer l’offensive gouvernementale. " Nous avions eu le droit déjà au vote utile au premier tour de la présidentielle ; on recommençait donc, puisque cela avait si bien marché une première fois. Et effectivement, au lieu de la " vague bleue " prédite, nous eûmes une vague " vague rose " avec dans son sillage un PCF, que l’on disait à l’agonie, qui sauva presque son groupe et des Verts ragaillardis par le gain d’un député supplémentaire.

Ainsi, l’électorat de gauche, pas rancunier pour un sou, offrait à cette gauche ce qu’elle désirait : quelque deux cent députés (226), plus que pour la législature précédente. Bon prince, Nicolas Sarkozy faisait même à cette gauche " utile " cadeau de la présidence de la commission des Finances de l’Assemblée. Rassurée sur son sort (la gauche serait en force au parlement), oubliant les affres du premier tour (plus rien sur une droite détenant tous les pouvoirs), la gauche s’empressa aussitôt de s’occuper de l’essentiel : ses affaires internes. Pas tout à fait. Sans que l’on sache vraiment si ce fut une décision collective (Hollande en fut-il averti ?), Ayrault, réélu magnifiquement comme président du groupe socialiste, annonça la composition d’un " shadow cabinet ". Les socialistes n’avaient donc pas renoncé.

Voici comme Le Point présenta cette initiative : " le contre-gouvernement comptera vingt-deux membres pour quinze ministres. La vice-présidence (…) sera collégiale, elle revient à Arnaud Montebourg, chargé du même coup de la commission Prospective, et à Philippe Martin qui hérite du développement durable et de l’agriculture (…) Tous les courants du PS sont représentés, même si des contestations se sont déjà fait entendre au sujet des partisans de Ségolène Royal qui détiennent des postes clés, notamment ceux de porte-parole, attribués à Aurélie Filipetti et à André Vallini. Pour autant, les proches de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn ont hérité de dossiers sensibles. Ancien professeur d’université, Alain Caeys, fidèle à l’ancien Premier ministre, aura la charge de surveiller de très près la réforme sur l’autonomie des universités. Quant à Jean-Yves Le Bouillonec, proche du député du Val d’Oise et spécialiste des questions liées au logement et à la politique de la ville, il devrait donner du fil à retordre à Christine Boutin (…) seules sept femmes en font partie. Trois " drôles de dames ", révélées par les élections législatives, sont récompensées. Michèle Delaunay, la " tombeuse " d’Alain Juppé à Bordeaux, devra décortiquer la politique d’une autre femme, Valérie Léotard, secrétaire d’Etat chargée de la solidarité. La " quadra " Sandrine Mazetier, qui a réussi à arracher la 8e circonscription de Paris à la droite, se voit confier l’Education nationale. Enfin, George Pau-Langevin, déléguée générale de l’Outre-mer auprès de Bertrand Delanoë (…) contrôlera les actions du nouveau ministère de l’Intégration, de l’Immigration et de l’Identité nationale, cher au président de la République. "

C’était donc ça ! Donner du grain à moudre à quelques " jeunes " ou seconds couteaux pour faire du vent, pendant que se déroulera la vraie bataille, celle qui verra se déchirer entre elles les différentes cliques du PS jusqu’en 2010 pour la désignation du candidat à la présidentielle selon le calendrier voté à l’unanimité par la direction du PS, moins Ségolène Royal et ses amis. Le même genre de manœuvre qui voit les poids lourds du PS (Fabius et DSK ; demain à qui le tour ?) quitter aujourd'hui le bureau national. En somme tous les prétendants se rallient donc, sans l’avouer, à la tactique adoptée par Ségolène Royal : rien à foutre du parlement (Royal le boycotte comme elle boycotte son parti), la seule chose qui intéresse les dirigeants socialistes, c’est qui sera " présidentiable " en 2012.

Voilà donc à quoi sert le " vote utile ". A préparer les prochaines défaites.

24/06/2007

« Du balai ! »

Troisième défaite consécutive des socialistes à la présidentielle. Si tout se passe comme prévu, la droite a cinq ans devant elle pour continuer et accentuer la politique qu’elle mène déjà depuis 2002. Les dirigeants socialistes, qui n’ont toujours pas fait le bilan de la défaite honteuse de 2002, ont décidé, à la quasi unanimité, d’attendre les municipales de 2008 pour commencer à tirer les leçons de leur faillite. Dans l’immédiat ils ont trouvé un bouc émissaire : Ségolène Royal.

Ce qui, en quelque sorte, l’arrange bien. Ainsi elle a déclaré aujourd’hui à Canal Plus : " le PS n'appartient pas à une petite minorité dirigeante, mais aux militants. " Compte tenu de ses propres positions, on aurait pu penser à une alliance possible entre elle et le courant de strausskahnien. Mais on sait très bien que la querelle au PS est moins une question de fond qu’une rivalité d’ambitions. Si Royal veut être désigné en 2010 (ou avant) candidate à la présidentielle pour le PS, elle n’a pas trente-six solutions. Fort de son score à la présidentielle de 2007 et de sa popularité parmi chez les militants et les sympathisants, elle doit obligatoirement jouer " la base " contre la " bande des quatre ", c’est-à-dire Fabius, DSK, Hollande et le petit dernier Delanoë. Ses alliés, les " jeunes lions " semblent vouloir la suivre dans cette aventure périlleuse, mais ils n’ont guère le choix dans l’immédiat.

Tout cela est bien triste pour les militants sincères, toute cette gauche qui croit encore dans les capacité de ce parti à être l’alternative qu’ils souhaitent à la droite. Mais d’une certaine façon, la gauche de combat, ne peut que trouver son miel dans cette querelle des chefs socialistes. A sa façon Ségolène Royal, en bousculant la clique qui tient encore les rênes de ce parti, provoque le dévoilement de leur véritables intentions. En persévérant dans sa ligne d’approfondissement du dialogue " avec le Modem et François Bayrou ", c’est-à-dire en renonçant définitivement aux vieilles recettes démagogiques du " vieux socialisme " pour se situer résolument à " droite ", elle savonne la planche de DSK, qui aurait bien voulu occuper cette position, et contraint la " gauche " (Fabius-Emmanuelli-Mélanchon) à imaginer des scénarios où toute alliance de circonstance avec les " droitiers " apparaîtra immédiatement comme une manœuvre pour l’éliminer.

Peut-elle réussir son pari ? C’est une autre histoire, et ce n’est pas ça qui nous importe. En revanche, dans la surenchère à laquelle vont se mesurer tous ces hommes et femmes politiques pour apparaître comme les plus " modernes ", les plus " adaptés aux réalités du nouveau monde ", et les objections de la prétendue " gauche " du PS à ce lavage de cerveau en grand de l’héritage, ne pourront que nourrir le débat de fond. Ce système économique, qui détruit autant de richesses qu’il en produit, qui est gros de catastrophes (écologique en premier lieu), qui se nourrit d’un inégalitarisme croissant (" Aux Etats-Unis, le 1 % des ménages les plus riches gagnent chacun 600 000 dollars de plus qu'en 1979 et les 80 % des moins aisés gagnent seulement 7 000 dollars de plus. " Le Monde, dans l’éditorial de Eric Le Boucher), doit-il être maintenu coûte que coûte ?

22/06/2007

« Le travail, le travail, le travail, le travail… » (Nicolas Sarkozy)

Les délocalisations ! Pour rendre la TVA " sociale " plus présentable, François Fillon l’appela, entre les deux tours des législatives, TVA "anti-délocalisation". Auraient été visés les biens d’importations, ceux qui sont fabriqués à bas prix en Inde, en Chine… Mais les délocalisations ne concernent pas que l’étranger lointain. Certaines se passent à l’intérieur même de l’Hexagone, tout près de chez nous, entre deux villes, deux départements, deux régions. Question d’opportunités.

Marans, petite ville sur la Sèvre niortaise, en plein Marais poitevin. Une entreprise (Protimer) y fabrique et y conditionne du surimi. L’entreprise appartient au groupe Bongrain, 3.000 salariés dans toute la France. Le résultat opérationnel du groupe en 2006 était en augmentation de 9,7%, son bénéfice net de 78,3% se situant pour la même année à 112,1 millions d’euros. Le malheur de Protimer est que l’entreprise a vieilli, que sa rentabilité n’est plus exactement au niveau souhaité par les actionnaires, qu’il faudrait rénover les locaux et les installations, voire construire un établissement neuf dans un autre lieu, plus opérationnel. Toutes choses possibles à Marans même. Mais Bongrain a trouvé une autre solution : délocaliser l’entreprise en Normandie.

Ainsi 60 emplois (essentiellement féminin) vont disparaître dans une région qui n’est pas exactement un centre d’affaires florissant. Mais Bongrain s’en fiche. Bien sûr il propose aux salariés de suivre l’usine, et pour celles et ceux qui ne le souhaiteraient pas une prime de 2.500 euros et un congé de reclassement de 5 à 7 mois. Autant dire rien. Les salariés ont refusé la transaction. Normal. Mais la direction qui compte fermer l’entreprise à la fin de l’année ne bouge pas. Alors les salariés se sont mis en grève. Ils manifestaient ce samedi dans les rues de la ville. Maïté Bézinaud, déléguée CGT du personnel, regrettait la non-participation des élus à cette manifestation. " Cela aurait été une bonne chose que les élus de Marans soient là pour montrer les soutiens ". Petite chronique de la France qui se lève tôt et qui n’aura bientôt plus de raison de le faire. " Le travail, le travail, le travail, le travail… "

P.S. : Sur le site Internet de Protimer on peut lire ceci : "1989. Convaincus par le projet d'implantation d'une usine de fabrication de surimi à proximité de La Rochelle, partenaires financiers et collectivités apportent leurs concours à la création de PROTIMER." Les "collectivités" locales sont très souvent à l'origine des soutiens à l'implantation des enteprises. Après, quand ça marche, c'est une autre histoire. Protimer remboursera-t-il les aides ?

20/06/2007

Le cambouis

« J'ai accepté de rejoindre le gouvernement parce qu’on m’a assuré que ma liberté de parole serait respectée. Quand on s’occupe de personnes discriminées, humiliées, oppressées, comme moi, on n’a pas le droit d’avoir des états d’âme. Je veux mettre mes mains dans le cambouis pour bâtir une vraie politique de la ville. » C’est Fadela Amara, la présidente de « Ni putes, ni soumises », qui justifie ainsi son entrée au gouvernement comme secrétaire d’Etat à la ville.

« Mettre les mains dans le cambouis ! » La liste est longue des hommes et des femmes qui, un jour, ont fait ce choix pensant qu’ils seraient plus utiles là où se prennent les décisions plutôt que là où on les combat. « L’efficacité avant tout ! Mais je garde mes convictions ! » Refrain connu. Le reste aussi. Jamais ces hommes et ces femmes, même lorsqu’ils étaient animés de la meilleure volonté du monde, n’ont réussi à se maintenir au pouvoir sans, au final, se compromettre. C’est la loi du genre.

Voulez vous des noms ?
Robert Lacoste. Ça ne vous dit rien ? C’était un haut fonctionnaire socialiste, syndicaliste CGT, un résistant. Un homme à poigne qui avait des convictions. En 1956, Guy Mollet l’envoya en Algérie pour redresser la situation. Il finit par composer avec l’armée et couvrit ses exactions. Et René Viviani. Un socialiste, encore. Contre l’avis de ses amis, dont Jean Jaurès, il entra dans le gouvernement Clemenceau (1906-1909). Ministre du Travail, il dut faire face en 1908 à une série de grèves importantes dans les carrières, le bâtiment, à la poste. Clemenceau, qui était également ministre de l’Intérieur, réprima durement ces mouvements sociaux, n’hésitant pas à utiliser des provocateurs. Il y eut des morts.

Certes les clivages entre la gauche et la droite sont aujourd’hui moins francs. Et souvent, la gauche au pouvoir ne fait guère mieux que la droite quand elle est aux affaires. On comprend dès lors, que chez certains, exaspérés par tant de lâcheté et d’inaction, les nerfs craquent. Puisque la gauche n’a rien fait, ou si peu ou si mal, allons voir de quoi est capable l’adversaire stipendié puisque lui au moins à le mérite de proposer aux acteurs de terrain ce que le camp d’en face – la gauche – n’a jamais osé faire : donner à ceux-ci les moyens de l’Etat. « Dans les cités, c'est maintenant que cela se joue, qu'il faut changer la situation (...) A partir du moment où on apporte des réponses concrètes, vous allez voir que cela va changer très vite ». C'est ce que dit désormais Fadela Amara. C’est ce que disait aussi Lacoste lorsqu’il débarqua à Alger. On allait voir ce que l'on allait voir. Et l'on a vu. Et Lacoste n’était pas un néophyte. Alors, Fadela Amara !

« Ma liberté de parole sera respectée ! » La belle affaire. Mais il ne s’agit pas de cela mais de politique de l’emploi, du logement, de l’école, de l’immigration, de police et de justice. Est-il besoin de décliner le programme du président en la matière ? Les « quartiers », ce qui s’y passe, n’est que la résultante de tout ça. Fadela Amara n’est pas, du moins le prétend-elle, Rachida Dati qui elle a accepté, entériné, les choix présidentiels. Evidemment, la droite n’a pas plus intérêt que la gauche à maintenir des ghettos dans ces banlieues, à mettre les populations qui y habitent en résidence surveillée. Peut-être même qu’elle y mettra plus de moyens, que les maires seront plus écoutés, qu’elle mettra en place une politique de construction de logements sociaux à marche forcée. Peut-être même que Sarkozy président inaugurera une autre politique que celle qu’il a conduit lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Il n’est pas interdit de rêver.

Mais s’il continue néanmoins dans la droite ligne de ce qu’il a toujours préconisé, que fera Fadela Amara ? « Mettre les mains dans le cambouis » conduit souvent à aller jusqu’à se salir. Finalement c’est une affaire de conscience. Et ces populations qui ont tout intérêt à ce que ça change, que diront-elles alors ? Que l’on n’est jamais si bien trahi que par les siens.

19/06/2007

La femme de Hollande*

Dans " Madame Royal ", la première biographie qui fut consacrée à Ségolène Royal, son auteur, Daniel Bernard, journaliste à Marianne, imaginait, dès 2005, qu’elle pourrait être candidate à l’Elysée : " Ségolène Royal à l’Elysée, écrivait-il, pourquoi pas ? " Il poursuivait : " … il ne s’agit pas d’un choix de cœur. Plutôt la conclusion d’un jeu de massacre ravageur qui élimine, pour des motifs divers et contradictoires, tous les autres prétendants socialistes au pouvoir suprême (…) un seul personnage demeure debout sur le pré. Ce n’est pas François Hollande. C’est elle. Candidate par défaut ? Bien sûr. Par dépit ? Oui, et alors ? "

C’était bien vu, prémonitoire. Même si ce scénario n’était envisagé que pour 2012. Mais ce qui était frappant ce sont les qualificatifs qui accompagnaient (déjà) cette désignation : " Candidate par défaut " ; plus loin : " Idée cocasse " ; plus loin encore : " … proposition hautement loufoque. " Comment faire alors pour donner un peu de poids à cette candidature. Bernard n’envisageait qu’une possibilité : un binôme. Royal en figure de prou et Hollande en " fou de Royal ". Plus précisément en conseiller spécial : " Le député-maire de Tulle est né trop tard pour prétendre au poste suprême. Il lui reste néanmoins l’essentiel : l’influence. "

Crédible Royal ? Certes (au point où en est le PS, semblait dire l’auteur), mais pas sans l’autre : " Grâce à son modérateur, Calamity Royal éviterait les erreurs du passé… " Car Bernard, qui s’était bien documenté, pointait toutes les " faiblesses " de Royal, ces foucades, son peu de goût pour " les grandes controverses internes ", son autoritarisme (" une réputation d’esclavagiste. Et de despote ")… Ainsi, " seul son concubin si urbain pourrait alors jouer les pompiers auprès d’un tel dragon. Il est l’unique antidote de ses poisons, le chocolat qui masque l’amertume du café, il serait l’agent de bonne ambiance. "

A se demander finalement si Daniel Bernard prenait bien tout ça au sérieux. Mais non ! Apparemment il y tenait à son hypothèse " loufoque ", même s’il voyait déjà poindre un autre candidat bien plus crédible, bien plus conforme : Bertrand Delanoë. Néanmoins, pour l’immédiat, c’est Royal qu’il pressentait. Mais seule, jamais ! " Sans [son camarade-compagnon], sans ses réseaux, elle est (…) condamnée aux succès de salle qui préparent les défaites d’appareil (…) " Voilà donc le sort qu’il lui réservait. Cette femme n’arrivera à rien sans son homme.

Tout le chapitre " Madame Royal à l’Elysée… avec son Prince François " regorgeait d’impairs, de fausses prévisions. Bien des futurs " lieutenants " de la dame y étaient désignés comme d’improbables alliés (Ayrault, Montebourg). Mais peu importe, on ne peut pas tout prévoir. L’essentiel était bien là. A aucun moment Bernard n’envisageait la possibilité que Ségolène Royal y aille contre la volonté de son compagnon. Mieux, il prévoyait que le seul obstacle pourrait être justement lui, Hollande : " Heureusement [je souligne], selon les familiers du couple, c’est bien lui, le mâle, qui gouverne le foyer. Les plus vieux amis, qui côtoient les concubins (…) affirment que Ségolène voue une admiration totale à François (…) Un seul grain de sable (…) Un blocage d’ordre psychologico-affectivo-politique (…) Ségolène (…) estime que c’est le tour de François. " Bernard avait aussi cette intuition, très audacieuse pour l’époque : " Elle tient son homme par la menace, comme Bernadette Chirac avertissant son époux cavaleur par cette phrase ciselée : " Le jour où Napoléon a abandonné Joséphine, il a tout perdu. "

On connaît la suite et son dernier rebondissement. On se prendrait presque à vouloir applaudir le journaliste de Marianne pour avoir été aussi perspicace deux ans avant tout le monde, si… si tout ça ne relevait pas en fait de l’éternel et bon vieux préjugé machiste et sexiste bien enkysté dans la tête du journaliste politique : " Il faudra que François Hollande jette l’éponge pour libérer les ardeurs de Ségolène Royal. Or, cette renonciation au trône ne sera pas aisée pour un homme plus ambitieux qu’il n’y paraît. "

Nous sommes il est vrai dans un cas de figure inédit dans toute l’histoire politique contemporaine. Mais en ce début du 21ème siècle, plus de soixante ans après le droit de vote accordé aux femmes, il aurait été tellement plus moderne, plus en phase avec les mouvements de fond de la société depuis des décennies, de traiter ces deux personnalités politiques à égalité, comme deux entités distinctes. Pour cela il y avait matière. Leurs divergences étaient connues. Rien d’extraordinaire en somme à ce qu’elles s’affrontent. Mais Ségolène Royal était la " femme " de François Hollande. Et ça changeait tout. Il avait " barre " sur elle. Il était " le mâle, qui gouverne au foyer. " " Foyer " ? " Parti " ? C’est la même chose. Tenez ! Le titre de Libération d’aujourd’hui : " Royal-Hollande, qui va garder le parti ? " Même idée, on glisse de l'un à l'autre, du privé au public, même si c'est avec ironie ("Qui va garder les enfants ?").

Et Ségolène Royal qui pense qu’en faisant son outing cette semaine, elle arrivera à se débarrasser enfin de sa dépouille de " compagne " du 1er secrétaire ? La pauvre n’est pas au bout de ses peines. Une illustration de ce qui l’attend : " Ségolène Royal l’a donc annoncé hier soir : elle s'est séparée de François Hollande, écrivait hier Jean-Michel Aphatie dans son blog. Vie privée et vie publique se mêlent donc à nouveau (…) Cet épisode fragilise considérablement Ségolène Royal. La dirigeante socialiste se trouve dans ce cas singulier, auquel il ne doit pas exister beaucoup de précédents, d'un ancien candidat à l'élection présidentielle qui a totalisé un nombre considérable de suffrages, dix sept millions, et qui ne possède pratiquement aucune position ni leviers politiques pour faire fructifier son acquis. "

On vous l'avait bien dit. Royal ne peut exister sans Hollande !

* "Elle s'appelle comment, la femme de Hollande" (Pierre Bourdieu)

18/06/2007

Corrections

La droite ne confirme pas sa victoire de la présidentielle.

La gauche parlementaire a encore de beaux jours devant elle. Le PS (et apparantés) engrange un gain de 56 sièges dont celui très symbolique de la 2ème circonscription de Bordeaux ou celui, moins médiatique, de la 4ème circonscription des Deux-Sèvres ; le PC maintient une présence au parlement dans des proportions raisonnables avec 18 députés ;  les Verts passent de 3 à 4 députés.

Royal et Hollande ne vivent plus ensemble.

Hier soir, les vainqueurs de la veille faisaient grise mine tandis que les battus exultaient. Il n’y a pourtant pas de quoi trop se réjouir. L’abstention est restée très importante : 39,50 % (39,72 % en 2002) ; les quartiers populaires ont boudé les urnes comme ils l’avaient fait au 1er tour et c’est apparemment un bon report des voix du MoDem sur les candidats de la gauche qui a fait la différence. Certes l’électorat de gauche s’est un peu plus mobilisé ce dimanche 17 juin, mais c’est surtout l’électorat de droite qui a failli. La déclaration d’Olivier Besancenot expliquant que ce sursaut était dû principalement au déplacement du discours de la gauche sur le terrain social est donc à relativiser. Pour autant la gauche radicale en ciblant uniquement sur le terrain des luttes – elle n’a dans l’immédiat et compte tenu du mode de scrutin guère d’autre chose à espérer – devrait quand même réfléchir à cette question primordiale pour les mois et les années à venir : comment occuper le terrain politique à la gauche du PS en ne disposant d’aucun représentants à l’Assemblée.

Car, c’est une donnée importante de cette élection, le parlement, dont on disait avant ces résultats et le glissement très net du régime politique français vers une présidentialisation renforcée qu’il perdait peu à peu de son rôle central dans la vie politique, va redevenir un lieu important du combat gauche-droite. Certes, comme nous l’avons vu en 1995 au moment le plus fort du " mouvement social " ou encore en 2005 lors de la crise du CPE, c’est bien l’état de mobilisation des salariés de ce pays qui restera déterminant pour contrecarrer l’offensive d’une droite qui détient toujours tous les pouvoirs. Néanmoins le fait que le PS, malgré sa crise de leadership, reste le parti dominant à gauche, et que bien que défaits à la présidentielle le PCF et les Verts se maintiennent encore au niveau de forces politiques d’appoint non négligeables, tout ceci devrait peser dans la réflexion que la gauche radicale doit engager au plus vite si elle ne veut pas que les bénéfices engrangés ces dernières années – et là je pense en particulier à la LCR – se dissolvent.

C’est le second enseignement de cette élection, du moins à gauche. La " gauche plurielle " enterrée le 6 mai n’est finalement pas morte. L’objectif à terme d’un parti d’une gauche de combat qui semblait devoir pouvoir se profiler sur les décombres de ce qui restait de la " vieille gauche " ne se fera pas sans certaines révisions de la "doxa gauchiste". Il ne naîtra pas d’une simple proclamation de sa juste nécessité. Le combat pour une modification du mode de scrutin – la proportionnelle – est très certainement l’un des moyens pour cette gauche radicale de se faire entendre, hors des périodes de lutte. Il est en effet particulièrement troublant de voir des partis dont les assises nationales restent très affaiblies, disposer au parlement d’une représentation conséquente, alors que d’autres (LCR et LO), pourtant fort, ensemble, de près de 2 millions de voix, n’en n'ont aucune. Dans cette bataille pour une plus juste représentativité politique, la LCR et les autres forces politiques de la gauche radicale, n’auront guère d’alliés. Les Verts ? Le MoDem ? Ce qui est certain c'est que le PS et le PCF, ne leur feront pas ce cadeau.

14/06/2007

A la soupe !

Une dépêche d’abord : " Les Knorr ne veulent pas être délocalisés en Allemagne et en Pologne."

"Les salariés de l’unité de recherche de Duppigheim protestent contre les conditions de délocalisation. La fermeture de l’unité de recherche basée à Duppigheim (Bas-Rhin), a été annoncée début juin. Elle concerne une trentaine de salariés à qui on a proposé des postes en Pologne et en Allemagne. Le site de Duppigheim spécialisé dans la production de soupes et de sauces, emploie au total environ 500 personnes. Selon, Sophie Jayet, porte-parole du groupe interrogée par l’AFP, Unilever garantit pendant les trois premières années un salaire compris entre 90% et 110% du salaire français. Au-delà de ces trois ans, le salaire proposé serait, selon qualification, de 1.700 à 2.500 euros par mois. Pour la direction, l’objectif est de garantir un niveau de vie équivalent dans le pays. " Ensuite, de nombreuses opportunités d'évolution seront offertes vers les autres centres ou fonctions chez Unilever en Europe". La direction espère ainsi assurer un avenir professionnel adapté à chacune des trente personnes concernées par cette délocalisation. Selon elle, " un tiers des trente salariés a déjà postulé dans les différents centres européens, en Allemagne, en Angleterre, en Italie et Pologne" et "trois personnes ont une solution identifiée". Des chiffres que conteste Léa Vaché, déléguée syndicale CGT du groupe : "A ma connaissance, personne à l'unité de recherche ne semble intéressé par un départ en Pologne". "

Ce sont les 30 salariés du pôle recherche & développement, des ingénieurs pour la plupart, qui sont concernés. Certains ont déjà choisi la démission. En fait les propositions de la direction de maintenir salaires et avantages sociaux pendant trois ans font suite au refus des ces salariés de répondre favorablement à ce transfert. Ainsi on ne se contente plus aujourd’hui de délocaliser pour aller chercher des bas salaires, c’est le savoir faire, " l’intelligence  économique ", qui sont aussi touchés. Je croyais bêtement que c'est en investissant dans la valeur ajoutée que l'on lutterait efficassement contre ce genre de procédé. Naiveté. Tout ça est l'illustration de la logique en action d'une l’Europe libérale qu’une majorité de Français avait cru repoussé en votant " non " au TCE. Mais le capitalisme s’en fiche de la démocratie, des votes, des opinions. Il est, pour ainsi dire, hors la loi.

Et pendant ce temps là les socialistes recherchent des motivations, des prétextes, des arguments pour que la défaite annoncée de la gauche au second tour des législatives (à grands coups de clairons par des médias unanimes) soit moins dure à digérer. Et qu’ont-ils trouvé ? Une possible (probable ?) augmentation de la TVA d’ici 2008-2009 ! On appelle ça la TVA sociale. Une idée de la gauche, de DSK, paraît-il, empruntée aux Allemands, à la sociale démocratie nordique ; que c’est même l’ancien responsable des questions économiques au PS qui a été chargé d’étudier le dossier pour le gouvernement.

Personnellement – je ne dois pas être le seul – je n’ai pas encore tout compris. Mais peu importe, si j’ai bien suivi, il va bien falloir que quelqu’un paye pour les nouveaux " cadeaux " fiscaux et les allègements fiscaux aux patronat promis par Sarkozy, et plus généralement pour combler les déficits sociaux. Question : ce genre de mesure va-t-elle dissuader les entreprises de délocaliser ? Fillon dit que c’est précisément l’objectif. Donc, moi, je devrai payer un peu plus de taxe pour que Unilever maintienne ses emplois en France. Mais on me dit aussi que cette augmentation sera indolore, que je n’en verrai rien ; ou tout du moins que c’est une hypothèse. L’autre hypothèse c’est que l’inflation soit plus forte. C’est ce qui s’est passé en Allemagne. Oui, mais j’ai lu aussi, qu’en Allemagne, la reprise s’est faite pour d’autres raisons. Vous me suivez ?

Bref je dois croire désormais sur parole CE gouvernement et CES ministres qui gouvernent la France depuis cinq ans et qui n’ont jamais rien fait pour empêcher cette multinationale hollando-britannique (2ème rang mondial dans le secteur) et bien d'autres, de bénéficier, entre autre, des avantages d’un système de formation – payé par le contribuable français – et de transférer ensuite ce savoir faire acquis dans un pays tiers pour bénéficier d’avantages salariaux conséquents.

Mais que proposent les socialistes français pour contrecarrer ces jolis tours de passe-passe ? Un détail. L'action Unilever a augmenté de 31,60% en un an.

11/06/2007

Proportionnelle !

Ils en parlent, mais ils ne le front pas ou alors à doses homéopathiques. La logique de la 5ème république mais également de toutes les grandes " démocraties " dans le monde c’est la confiscation de tous les pouvoirs par une classe et une caste de politiciens professionnels. Le PS est le premier responsable de cette situation et il en récolte aujourd’hui les fruits amers. Quand Jospin préconise et obtient que le mandat présidentiel soit ramené à cinq ans et que le calendrier soit inversé non seulement il renforce le caractère présidentiel de la constitution, mais en maintenant le mode de scrutin pour les législatives tel qu’il était auparavant, il prive les électeurs de tous moyens d’opposer au président élu un minimum de contre-pouvoir. Le PS l’a voulu ainsi et la droite ne peut que l’en remercier.

Pour le PS il n’y a pas beaucoup de solutions. Ou il persiste et tente de trouver de nouveaux alliés – en l’occurrence ce centre fantomatique -, telle est, semble-t-il la voie choisie par Ségolène Royal ; ou il prend en charge une réelle mobilisation pour une modification de ce mode l’élection. Je n’y crois guère. L’autre solution c’est celle de Hollande : unifier toutes les " gauches " (moins la gauche radicale) dans un grand parti qui irait du PS aux communistes en passant par les radicaux, les verts et certains centristes. Tel pourrait être l’enjeu du prochain congrès du PS.

Dans de telles conditions, c’est à la gauche radicale de mener ce combat. Mais cette gauche là rechigne à de telles batailles. Son " antiparlementarisme " congénital l’aveugle. Elle croit encore que la rue seule peut modifier les rapports de force. Elle n’a pas appris grand chose des quarante dernières années de vie politique. Pas plus mai 1968 que le " mouvement social " des années 90 n’ont trouvé de débouchés politiques. Le vote protestataire qui a servi pendant vingt ans d’exutoire à cette confiscation de la démocratie par les élites n’a pas plus servi la cause de tous ceux qui ont cru qu’ils allaient ainsi pouvoir se faire entendre.

Certes on peut toujours rêver comme un Bayrou à ce que le bipartisme échoue ou lasse les électeurs, du moins ceux qui n'y trouvent pas leur intérêt. On peut aussi comme Besancenot espérer un sursaut dans la rue, par la lutte ouvrière, le combat syndical. Mais on peut tout aussi prévoir que faute de trouver à leurs aspirations des relais politiques, ils finissent par s’y habituer et tournent définitivement le dos au suffrage universel. C’est ce qui se passe régulièrement aux Etats-Unis et bien d’autres " démocraties " dans le monde ont pris ce chemin. La conquête du suffrage universel a été une conquête longue et difficile des classes laborieuses. Devrons nous y renoncer ? Jamais !

05/06/2007

Les 35 heures, c'est pour quand ?

La durée légale du travail en France est de 35 heures mais pas dans tous les secteurs d’activité. Dans la restauration par exemple elle est de 41 h, plus les heures supplémentaires que l’on vous DEMANDE de faire (le volontariat n’existe pas). En fait la durée du travail est variable et la contrainte est d’autant plus dure si vous travaillez dans des secteurs de production. En moyenne, en France, la durée du travail était en 2005 de 39 heures pour les temps complets et 23,2 heures pour les temps partiels.

Voici ce qu’écrivait hier à ce propos sur le blog de Guy Birenbaum, l’un des blogueurs. Il exposait en quelques lignes le cas anglais comparé au cas français : " De 1990 à 2005, la France a créé 2.520.000 emplois (+ 11,25%) contre 1.520.000 au Royaume Uni (+ 5,82%). Dans le même temps, la population en âge de travailler (de 15 à 59 ou à 64 ans) a augmenté d’une valeur équivalente dans les deux pays. Cependant, la population active (emploi + chômage) a beaucoup plus augmenté en France (2.970.000) qu’en Grande Bretagne (960.000). L’emploi à temps partiel est en revanche beaucoup plus développé en Angleterre, avec des salaires réduits en conséquence. En 2005, 25,5 % des emplois anglais sont à temps partiel comparé à 17,2 % des emplois français. En conclusion c’est la diminution de la population active que nous commençons à apercevoir en France, réduisant de facto le chômage. C’est ce qui c’est déjà passé en Grande Bretagne dans les années 90 avec des effets bénéfiques sur le chômage britannique (…) Quant au temps partiel, le taux est presque moins important que la durée du travail de ce temps partiel qui est estimé à 23,2 heures en France et de 15,7 heures en Angleterre. "

Pour éclairer encore un peu plus notre propos, une information qui ne va pas passer inaperçue : la première grève contre les heures supplémentaires. Selon l’AFP : " Quelque 200 salariés du service de production de la brasserie Kronenbourg (Scottish et Newcastle) à Obernai (Bas-Rhin) sont en grève depuis lundi 4 juin matin pour protester contre "les cadences infernales" et "les heures sup" obligatoires, a-t-on appris mardi de source syndicale. A l’appel de la CGT et de FO, "la grève a démarré hier matin (lundi) et se poursuit ce matin" pour réclamer de "meilleures conditions de travail", a indiqué à l’AFP André Tillard, délégué syndical CGT.
Selon ce syndicaliste, le mouvement, "avec 70% de grévistes", était "très suivi" lundi et "s’intensifie ce matin".
"Cinq lignes de conditionnement sur 11 fonctionnaient lundi dans la matinée et seulement trois l’après-midi", précise-t-il. Les grévistes réclament une "amélioration de leurs conditions de travail" avec notamment "des embauches supplémentaires" ainsi qu’une prime de 120 euros par mois pour chaque salarié. "Nous protestons également contre l’obligation de faire des heures supplémentaires, nous voulons que le principe du volontariat soit maintenu", a expliqué André Tillard.
"Depuis la fermeture du site de Champigneulles (près de Nancy), toute la production a été transférée sur l’usine d’Obernai. Nous devons faire face à un surcroît d’activité, les gens travaillent tous les samedis et ils n’en peuvent plus", a-t-il encore estimé. 
"

Mon exemple personnel. Je travaille depuis quelque temps en intérim dans l’agroalimentaire. La charge et l’amplitude de travail sont très importantes : 9 heures de travail d’affilé avec seulement une pause de 20 minutes. Dans ces conditions " travaillez plus " est PHYSIQUEMENT impossible. D’ailleurs, on le sait très bien et on ne vous le demande pas puisque l’on vous impose entre deux services plus de 11 heures de repos.

Beaucoup de spécialistes s’interrogent aujourd’hui sur l’impact réel des mesures qui vont être prises pour inciter les entreprises à proposer des heures supplémentaires à leurs salariés. La seule chose que l’on sait aujourd’hui, c’est que dans sa majorité la population active n’a pas voté Sarkozy.

04/06/2007

« Déni tragique du réel »

Il faudrait reproduire tout le texte, mais ce long paragraphe, qui le conclut, suffira à votre édification : " Mais voilà. Attac-France est au diapason de toute la gauche française : dans un déni tragique du réel, dans un enfermement langagier et mental qui confine au cocon sectaire. Au moins, consolation pour tous les soc-dem de ce pays, le PS n'est pas le seul corps malade de la famille, et au moins, lui, est-il grand... Attac, formidable aventure née sous Jospin pour redonner vie à la politique, dévastée de rivalités, de scissions, de rêves frelatés, est devenu ceci : un producteur de communiqués à l'eau de rose, pour réchauffer le cœur des convaincus, eux-mêmes de moins en moins nombreux. L'autre monde possible s’est éparpillé entre Bové, bien dévalué, Buffet, épuisée, Besancenot, plus que jamais boutiquier de sa petite entreprise qui, au moins, ne connaît pas la crise, et Royal... On retrouve des alters dans la défense du grand communicateur Chavez et de sa nouvelle télé aux ordres. On défend les amis, on ferme le rideau de fer mental.... Et pendant ce temps, à Rostock, ce sont les si droitiers Merkel et Blair, et s’il se trouve, le terrible Sarkozy, qui tordront le bras (ou essaieront) au multi-pollueur Bush pour sauver la planète... Bonnes manifs les copains ! "

Le prétexte (mais TOUT est prétexte) ce sont les heurts qui se sont produit au G8 de Rostock dimanche 3 juin entre un millier ou deux de manifestants et les forces de l’ordre. Dans un communiqué, Attac France se réjouit en effet " du succès de la manifestation large, diverse et pacifique qui a réuni plus de 80.000 participants et de très nombreux mouvements sociaux et alter mondialistes pour dénoncer l ‘illégitimité du G8 et les politiques néolibérales qu'il impulse partout dans le monde " et note qu’" en marge de cette mobilisation, des incidents ont opposé un petit groupe de manifestants aux forces de polices. " Soit dit en passant, sans ces " casseurs ", les médias auraient-ils parlé de cette manifestation ? Rien est moins sûr. Mais peu importe à l’auteur du texte dont nous citons un extrait ci-dessus. Il est bien au-dessus de ça. N’est-il est entré en croisade depuis quelque temps contre tout ce qui de près ou de loin pourrait perturber la " modernisation " de la gauche. Car c’est évidemment en " homme de gauche " conscient et réaliste que notre " homme à tout faire " (c’est comme cela que l’on appelait jadis certains domestiques) intervient. Alors tout est bon pour faire bouillir la marmite.

Et pour cela, rien de mieux que de louer les audacieuses initiatives (mais lesquelles au juste ?) des droites européennes et de la seule gauche qui puisse être tenue en haute estime par notre homme. Quel " déni tragique du réel ", en effet, de ne pas avoir reconnu en Merkel, Blair et Sarkozy les nouveaux chevaliers blancs de la lutte contre le réchauffement de la planète, les seuls et véritables opposants au " multi-pollueur Bush ". A se demander même s’il est bien judicieux, pour la gauche française, de s’interroger encore sur son avenir. Et si le PS demandait son affiliation à cette nouvelle internationale de la lutte contre la pauvreté et des inégalités dans le monde ? Kouchner, Besson, Hirsch , Jouyet n'ont-ils pas été des pionniers en la matière ? Il n’y a que le premier pas qui coûte.

Contre une France bleue, votez rouge !

C’est cuit, tout cuit, recuit. Dans 15 jours, trois semaines, les législatives vont donner au président nouvellement élu un parlement sans opposition. Entendre, aujourd’hui un Bayrou ou un Hollande dénoncer, modérément, cet outrage à la démocratie, s’est se moquer du monde. Que n’ont-ils fait quand ils étaient au pouvoir pour sinon rétablir la proportionnelle intégrale du moins en instiller une dose ? Il est vrai qu’ils ont eux-mêmes profité largement de ce système inique et qu’ils comptent bien la prochaine fois l’utiliser de nouveau à leur seul profit. Mais quand ?

Pris à leur propre piège, les centristes d’opposition et les socialistes n’ont plus qu’à attendre patiemment la prochaine présidentielle. Pitoyable " opposition " qui fait si peu de cas de son électorat. Le plus grave, c’est qu’ils en ont pris leur parti. Alors à quoi bon aller voter pour ces partis qui ne s’intéressent à leurs électeurs que tous les cinq ans et qui ne leur proposent rien d’autre entre temps lorsqu’ils ne parviennent pas au pouvoir.

Ainsi 10, 20 ou 30 députés socialistes, communistes ou Verts de plus n’auront aucune incidence sur ce parlement, simple chambre d’enregistrement des décisions prises à l’Elysée. Autrement plus décisif serait un déplacement significatif des voix de gauche sur les candidats de la gauche radicale : LCR, LO ou gauche alternative. Ce serait un avertissement, une sorte d’alerte pour la droite qui compte bien profiter largement de l’avantage que lui offre ce mode de suffrage ; une invitation à la lutte, surtout, pour des millions de salariés qui ne peuvent attendre qu’une autre majorité, plus favorables à leurs intérêts, soit élue.

Evidemment, nous savons que ces élections, plus encore que la présidentielle, ne sont pas favorables à l’expression des " petits partis ". Pratiquement aucune chance de se faire entendre - les invitations dans les médias se font au compte goutte - et encore moins d’obtenir des députés. Mais le " vote utile " pour des candidats de gauche réduits à l’impuissance pour cinq ans ne servira à rien. Alors si vous souhaitez donner un avertissement à cette droite qui croit que, désormais, tout lui est permis, ne votez ni rose, ni orange, les couleurs de la démission, votez rouge !

 
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