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29/06/2007

La "gauche utile"

Souvenons nous. Il y a quelques semaines, après le premier tour des législatives, les socialistes nous avaient chanté sur tous les tons presque avec des sanglots dans la voix : " il faut une véritable opposition, un contrepouvoir efficace au parlement pour contrer l’offensive gouvernementale. " Nous avions eu le droit déjà au vote utile au premier tour de la présidentielle ; on recommençait donc, puisque cela avait si bien marché une première fois. Et effectivement, au lieu de la " vague bleue " prédite, nous eûmes une vague " vague rose " avec dans son sillage un PCF, que l’on disait à l’agonie, qui sauva presque son groupe et des Verts ragaillardis par le gain d’un député supplémentaire.

Ainsi, l’électorat de gauche, pas rancunier pour un sou, offrait à cette gauche ce qu’elle désirait : quelque deux cent députés (226), plus que pour la législature précédente. Bon prince, Nicolas Sarkozy faisait même à cette gauche " utile " cadeau de la présidence de la commission des Finances de l’Assemblée. Rassurée sur son sort (la gauche serait en force au parlement), oubliant les affres du premier tour (plus rien sur une droite détenant tous les pouvoirs), la gauche s’empressa aussitôt de s’occuper de l’essentiel : ses affaires internes. Pas tout à fait. Sans que l’on sache vraiment si ce fut une décision collective (Hollande en fut-il averti ?), Ayrault, réélu magnifiquement comme président du groupe socialiste, annonça la composition d’un " shadow cabinet ". Les socialistes n’avaient donc pas renoncé.

Voici comme Le Point présenta cette initiative : " le contre-gouvernement comptera vingt-deux membres pour quinze ministres. La vice-présidence (…) sera collégiale, elle revient à Arnaud Montebourg, chargé du même coup de la commission Prospective, et à Philippe Martin qui hérite du développement durable et de l’agriculture (…) Tous les courants du PS sont représentés, même si des contestations se sont déjà fait entendre au sujet des partisans de Ségolène Royal qui détiennent des postes clés, notamment ceux de porte-parole, attribués à Aurélie Filipetti et à André Vallini. Pour autant, les proches de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn ont hérité de dossiers sensibles. Ancien professeur d’université, Alain Caeys, fidèle à l’ancien Premier ministre, aura la charge de surveiller de très près la réforme sur l’autonomie des universités. Quant à Jean-Yves Le Bouillonec, proche du député du Val d’Oise et spécialiste des questions liées au logement et à la politique de la ville, il devrait donner du fil à retordre à Christine Boutin (…) seules sept femmes en font partie. Trois " drôles de dames ", révélées par les élections législatives, sont récompensées. Michèle Delaunay, la " tombeuse " d’Alain Juppé à Bordeaux, devra décortiquer la politique d’une autre femme, Valérie Léotard, secrétaire d’Etat chargée de la solidarité. La " quadra " Sandrine Mazetier, qui a réussi à arracher la 8e circonscription de Paris à la droite, se voit confier l’Education nationale. Enfin, George Pau-Langevin, déléguée générale de l’Outre-mer auprès de Bertrand Delanoë (…) contrôlera les actions du nouveau ministère de l’Intégration, de l’Immigration et de l’Identité nationale, cher au président de la République. "

C’était donc ça ! Donner du grain à moudre à quelques " jeunes " ou seconds couteaux pour faire du vent, pendant que se déroulera la vraie bataille, celle qui verra se déchirer entre elles les différentes cliques du PS jusqu’en 2010 pour la désignation du candidat à la présidentielle selon le calendrier voté à l’unanimité par la direction du PS, moins Ségolène Royal et ses amis. Le même genre de manœuvre qui voit les poids lourds du PS (Fabius et DSK ; demain à qui le tour ?) quitter aujourd'hui le bureau national. En somme tous les prétendants se rallient donc, sans l’avouer, à la tactique adoptée par Ségolène Royal : rien à foutre du parlement (Royal le boycotte comme elle boycotte son parti), la seule chose qui intéresse les dirigeants socialistes, c’est qui sera " présidentiable " en 2012.

Voilà donc à quoi sert le " vote utile ". A préparer les prochaines défaites.

Commentaires

Il faut bien reconnaitre que ceux qui, dès le 1er tour de l'élection présidentielle, ont analysé le vote utile comme une prise en otage de l'électorat de gauche cédant à une "compulsion de répétition", avaient raison. Comme par exemple :
http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=2967
Oui, vous avez raison, le "vote utile" sert à préparer les prochaines défaites.

Écrit par : jmdg | 29/06/2007

Le parti socialiste serait-il devenu le parti de l'anarchie?

Écrit par : Jean | 30/06/2007

L'ordre juste, le partage, la solidarité, l'union, etc...

Autant de mots employés qui vont à l'inverse du comportement des plus hauts responsables du PS. Une telle déblaque ne peut que nous rassurer sur la défaite de Mme Royal, je n'ose pas imaginer ce qu"il serait advenu si elle avait été élue.

Écrit par : Phil | 30/06/2007

C'est certain que dans ce pays, quelques-uns auraient souhaité que "le tsunami UMP" ait lieu ! Une France à l'image de l'UMP, une secte militaire, tous derrière, et lui tout devant, une parfaite démocratie dictatoriale ! L'opposition parviendra t-elle à être utile alors que l'UMP contrôle tous les pouvoirs, économiques et politiques, dans ce pays ? Nous verrons bien, la session parlementaire n'a pas encore commencé ! Ce "cabinet fantôme" est une tradition anglaise, de cette Angleterre que nos libéraux et ultra-libéraux placent sur un piédestal, alors, si cette tradition est honorable en Angleterre, pourquoi ne le serait-elle pas en France ? Là encore, nous verrons bien. Quant à Ségolène Royal qui se moquerait du parlement, c'est tellement risible. Elle a fait le choix de ne pas cumuler des mandats. Il est certain qu'à droite, un tel comportement est choquant. Car, pour les UMPistes, cumuler plusieurs emplois et revenus, aucun problème !

C'est comme cela que vous refondez une "gauche de combat", en étant aussi négatif ? Curieux... Les fans de droite doivent se régaler, à lire de telles "critiques". Dont seuls des prétendus "citoyens de gauche" sont capables, envers la gauche, presque jamais envers la droite. Et, à droite, ce genre de critiques est inconnue.

Écrit par : grellety | 02/07/2007

@grellety
Je connais l'explication de Royal sur le cumul des mandats. Je n'y crois pas. En chosissant le parlement plutôt que la région elle aurait été confrontée de plein front à ses pairs et dû engager dès maintenant la bataille du leadership de la gauche. Ce que justement elle veut éviter. Sur le fond, je prépare un nouveau billet.

Écrit par : Ajamais | 02/07/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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