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20/06/2007

Le cambouis

« J'ai accepté de rejoindre le gouvernement parce qu’on m’a assuré que ma liberté de parole serait respectée. Quand on s’occupe de personnes discriminées, humiliées, oppressées, comme moi, on n’a pas le droit d’avoir des états d’âme. Je veux mettre mes mains dans le cambouis pour bâtir une vraie politique de la ville. » C’est Fadela Amara, la présidente de « Ni putes, ni soumises », qui justifie ainsi son entrée au gouvernement comme secrétaire d’Etat à la ville.

« Mettre les mains dans le cambouis ! » La liste est longue des hommes et des femmes qui, un jour, ont fait ce choix pensant qu’ils seraient plus utiles là où se prennent les décisions plutôt que là où on les combat. « L’efficacité avant tout ! Mais je garde mes convictions ! » Refrain connu. Le reste aussi. Jamais ces hommes et ces femmes, même lorsqu’ils étaient animés de la meilleure volonté du monde, n’ont réussi à se maintenir au pouvoir sans, au final, se compromettre. C’est la loi du genre.

Voulez vous des noms ?
Robert Lacoste. Ça ne vous dit rien ? C’était un haut fonctionnaire socialiste, syndicaliste CGT, un résistant. Un homme à poigne qui avait des convictions. En 1956, Guy Mollet l’envoya en Algérie pour redresser la situation. Il finit par composer avec l’armée et couvrit ses exactions. Et René Viviani. Un socialiste, encore. Contre l’avis de ses amis, dont Jean Jaurès, il entra dans le gouvernement Clemenceau (1906-1909). Ministre du Travail, il dut faire face en 1908 à une série de grèves importantes dans les carrières, le bâtiment, à la poste. Clemenceau, qui était également ministre de l’Intérieur, réprima durement ces mouvements sociaux, n’hésitant pas à utiliser des provocateurs. Il y eut des morts.

Certes les clivages entre la gauche et la droite sont aujourd’hui moins francs. Et souvent, la gauche au pouvoir ne fait guère mieux que la droite quand elle est aux affaires. On comprend dès lors, que chez certains, exaspérés par tant de lâcheté et d’inaction, les nerfs craquent. Puisque la gauche n’a rien fait, ou si peu ou si mal, allons voir de quoi est capable l’adversaire stipendié puisque lui au moins à le mérite de proposer aux acteurs de terrain ce que le camp d’en face – la gauche – n’a jamais osé faire : donner à ceux-ci les moyens de l’Etat. « Dans les cités, c'est maintenant que cela se joue, qu'il faut changer la situation (...) A partir du moment où on apporte des réponses concrètes, vous allez voir que cela va changer très vite ». C'est ce que dit désormais Fadela Amara. C’est ce que disait aussi Lacoste lorsqu’il débarqua à Alger. On allait voir ce que l'on allait voir. Et l'on a vu. Et Lacoste n’était pas un néophyte. Alors, Fadela Amara !

« Ma liberté de parole sera respectée ! » La belle affaire. Mais il ne s’agit pas de cela mais de politique de l’emploi, du logement, de l’école, de l’immigration, de police et de justice. Est-il besoin de décliner le programme du président en la matière ? Les « quartiers », ce qui s’y passe, n’est que la résultante de tout ça. Fadela Amara n’est pas, du moins le prétend-elle, Rachida Dati qui elle a accepté, entériné, les choix présidentiels. Evidemment, la droite n’a pas plus intérêt que la gauche à maintenir des ghettos dans ces banlieues, à mettre les populations qui y habitent en résidence surveillée. Peut-être même qu’elle y mettra plus de moyens, que les maires seront plus écoutés, qu’elle mettra en place une politique de construction de logements sociaux à marche forcée. Peut-être même que Sarkozy président inaugurera une autre politique que celle qu’il a conduit lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Il n’est pas interdit de rêver.

Mais s’il continue néanmoins dans la droite ligne de ce qu’il a toujours préconisé, que fera Fadela Amara ? « Mettre les mains dans le cambouis » conduit souvent à aller jusqu’à se salir. Finalement c’est une affaire de conscience. Et ces populations qui ont tout intérêt à ce que ça change, que diront-elles alors ? Que l’on n’est jamais si bien trahi que par les siens.

Commentaires

Juste analyse.
A propos de Noirs au gouvernement (marre des "minorités visibles!), as-tu des souvenirs ou des infos sur le passage de Kofi Yamgnane au gouvernement (Cresson puis Bérégovoy, il n'est pas tombé dans les meilleures périodes.)
Mais il n'est pas inutile de rappeler que c'est Mitterrand qui le premier avait nommé une femme premier ministre (oui, je sais, elle n'a pas laissé un grand souvenir, mais on a eu pire depuis ) et un Noir au gouvernement (je me souviens juste de sa saillie quandil se décrivait comme "breton d'après la marée noire!)
A part ça j'ai lu quelque part que le premier député noir c'était souos Clémenceau (Blaise Diagne)... Sanspaarler d'aimé Césaire, à l'assemblée de 1946 à 1993!

Écrit par : valdo lydeker | 21/06/2007

Oups, excusez les fautes de frappe.

Écrit par : valdo lydeker | 21/06/2007

Dans les années 50 aussi, du temps des colonies. Bambuk également dans les années 80. On a eu également un président du Sénat "noir" en 1958, dont j'ai momentanément oublié le nom. Mais je ne traite pas de ça ici. Mais du "cambouis". Je voulais l'étendre à la question soulevé par Autain : "La LCR ne veut pas se mettre les mains dans le cambouis". C'est une question très importante.

Écrit par : Ajamais | 21/06/2007

ne crois-tu pas qu'il serait plus approprié d'expliquer la stratégie d'NS concernant (en deux mots ça passerait aussi bien) le fait qu'il recrute des "représentants" qui sont sensés être à "180°" de ce qu'il déblatère?

Cela ne m'empêche pas d'apprécier ta verve.

Écrit par : allaxe | 21/06/2007

la gauche néocoloniale allant du ps à aux radicaux en passant par le PS a inféodé noirs et arabes en les assignant à résidences là ou nous savons et quand l'un des ces vassaux s'afranchi vous faites des récitales de lieux communs sur le cambouis?

Bref!

Écrit par : Kreelin | 21/06/2007

@ Ajamais
Le président du Sénat noir s'appelait Gaston Monnerville. Il a été en poste de 1947 à 1968.

Écrit par : Setni BARO | 21/06/2007

@ Ajamais : le président du Sénat noir s'appelait Gaston Monnerville. Il a été en poste de 1947 à 1968.

Écrit par : Setni BARO | 21/06/2007

OK dans l'ensemble, mais précision :

Pour Robert Lacoste, c'est en 1956.
Sa nomination illustrait le reniement de Guy Mollet par rapport à l"engagement de "paix en Algérie" figurant au programme du Front Républicain, alliance de gauche qui venait de gagner les élections de janvier 1956.
Elle est la conséquence de la fameuse "journée des tomates" : le 6 février 1956, Guy Mollet se déplace à Alger en compagnie du nouveau ministre-résident, le général Catroux. Celui-ci est jugé trop réformateur par une bonne partie des Européens d'Alger qui organisent une manifestation à l'aéroport d'Alger et accueillent Guy Mollet à coup de tomates.
Que fit Guy Mollet, quelques jours après la victoire de la gauche ? Et bien il capitula, et nomma Lacoste en lieu et place de Catroux

Une page très noire de l'histoire de la gauche donc, mais en 1956 Lacoste est toujours dans son camp.

Écrit par : mbj | 21/06/2007

Evidemment 56 ! Je vais corriger.

Oui, il n'avait pas changé "formellement de camp" ; sauf que cautionner la torture, pour un résistant... Il n'a pas été le seul.

Écrit par : Ajamais | 21/06/2007

Tout à fait, et ce qui est encore plus épouvantable c'est que la torture est finalement mieux acceptée quand elle est cautionnée par ceux qui en ont eux-mêmes été (ou auraient pu en être) les victimes.

Écrit par : mbj | 21/06/2007

MPMS ? allez voir aussi chez http://www.blog.ma/obiterdicta/

Écrit par : jmdg | 21/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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