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19/06/2007

La femme de Hollande*

Dans " Madame Royal ", la première biographie qui fut consacrée à Ségolène Royal, son auteur, Daniel Bernard, journaliste à Marianne, imaginait, dès 2005, qu’elle pourrait être candidate à l’Elysée : " Ségolène Royal à l’Elysée, écrivait-il, pourquoi pas ? " Il poursuivait : " … il ne s’agit pas d’un choix de cœur. Plutôt la conclusion d’un jeu de massacre ravageur qui élimine, pour des motifs divers et contradictoires, tous les autres prétendants socialistes au pouvoir suprême (…) un seul personnage demeure debout sur le pré. Ce n’est pas François Hollande. C’est elle. Candidate par défaut ? Bien sûr. Par dépit ? Oui, et alors ? "

C’était bien vu, prémonitoire. Même si ce scénario n’était envisagé que pour 2012. Mais ce qui était frappant ce sont les qualificatifs qui accompagnaient (déjà) cette désignation : " Candidate par défaut " ; plus loin : " Idée cocasse " ; plus loin encore : " … proposition hautement loufoque. " Comment faire alors pour donner un peu de poids à cette candidature. Bernard n’envisageait qu’une possibilité : un binôme. Royal en figure de prou et Hollande en " fou de Royal ". Plus précisément en conseiller spécial : " Le député-maire de Tulle est né trop tard pour prétendre au poste suprême. Il lui reste néanmoins l’essentiel : l’influence. "

Crédible Royal ? Certes (au point où en est le PS, semblait dire l’auteur), mais pas sans l’autre : " Grâce à son modérateur, Calamity Royal éviterait les erreurs du passé… " Car Bernard, qui s’était bien documenté, pointait toutes les " faiblesses " de Royal, ces foucades, son peu de goût pour " les grandes controverses internes ", son autoritarisme (" une réputation d’esclavagiste. Et de despote ")… Ainsi, " seul son concubin si urbain pourrait alors jouer les pompiers auprès d’un tel dragon. Il est l’unique antidote de ses poisons, le chocolat qui masque l’amertume du café, il serait l’agent de bonne ambiance. "

A se demander finalement si Daniel Bernard prenait bien tout ça au sérieux. Mais non ! Apparemment il y tenait à son hypothèse " loufoque ", même s’il voyait déjà poindre un autre candidat bien plus crédible, bien plus conforme : Bertrand Delanoë. Néanmoins, pour l’immédiat, c’est Royal qu’il pressentait. Mais seule, jamais ! " Sans [son camarade-compagnon], sans ses réseaux, elle est (…) condamnée aux succès de salle qui préparent les défaites d’appareil (…) " Voilà donc le sort qu’il lui réservait. Cette femme n’arrivera à rien sans son homme.

Tout le chapitre " Madame Royal à l’Elysée… avec son Prince François " regorgeait d’impairs, de fausses prévisions. Bien des futurs " lieutenants " de la dame y étaient désignés comme d’improbables alliés (Ayrault, Montebourg). Mais peu importe, on ne peut pas tout prévoir. L’essentiel était bien là. A aucun moment Bernard n’envisageait la possibilité que Ségolène Royal y aille contre la volonté de son compagnon. Mieux, il prévoyait que le seul obstacle pourrait être justement lui, Hollande : " Heureusement [je souligne], selon les familiers du couple, c’est bien lui, le mâle, qui gouverne le foyer. Les plus vieux amis, qui côtoient les concubins (…) affirment que Ségolène voue une admiration totale à François (…) Un seul grain de sable (…) Un blocage d’ordre psychologico-affectivo-politique (…) Ségolène (…) estime que c’est le tour de François. " Bernard avait aussi cette intuition, très audacieuse pour l’époque : " Elle tient son homme par la menace, comme Bernadette Chirac avertissant son époux cavaleur par cette phrase ciselée : " Le jour où Napoléon a abandonné Joséphine, il a tout perdu. "

On connaît la suite et son dernier rebondissement. On se prendrait presque à vouloir applaudir le journaliste de Marianne pour avoir été aussi perspicace deux ans avant tout le monde, si… si tout ça ne relevait pas en fait de l’éternel et bon vieux préjugé machiste et sexiste bien enkysté dans la tête du journaliste politique : " Il faudra que François Hollande jette l’éponge pour libérer les ardeurs de Ségolène Royal. Or, cette renonciation au trône ne sera pas aisée pour un homme plus ambitieux qu’il n’y paraît. "

Nous sommes il est vrai dans un cas de figure inédit dans toute l’histoire politique contemporaine. Mais en ce début du 21ème siècle, plus de soixante ans après le droit de vote accordé aux femmes, il aurait été tellement plus moderne, plus en phase avec les mouvements de fond de la société depuis des décennies, de traiter ces deux personnalités politiques à égalité, comme deux entités distinctes. Pour cela il y avait matière. Leurs divergences étaient connues. Rien d’extraordinaire en somme à ce qu’elles s’affrontent. Mais Ségolène Royal était la " femme " de François Hollande. Et ça changeait tout. Il avait " barre " sur elle. Il était " le mâle, qui gouverne au foyer. " " Foyer " ? " Parti " ? C’est la même chose. Tenez ! Le titre de Libération d’aujourd’hui : " Royal-Hollande, qui va garder le parti ? " Même idée, on glisse de l'un à l'autre, du privé au public, même si c'est avec ironie ("Qui va garder les enfants ?").

Et Ségolène Royal qui pense qu’en faisant son outing cette semaine, elle arrivera à se débarrasser enfin de sa dépouille de " compagne " du 1er secrétaire ? La pauvre n’est pas au bout de ses peines. Une illustration de ce qui l’attend : " Ségolène Royal l’a donc annoncé hier soir : elle s'est séparée de François Hollande, écrivait hier Jean-Michel Aphatie dans son blog. Vie privée et vie publique se mêlent donc à nouveau (…) Cet épisode fragilise considérablement Ségolène Royal. La dirigeante socialiste se trouve dans ce cas singulier, auquel il ne doit pas exister beaucoup de précédents, d'un ancien candidat à l'élection présidentielle qui a totalisé un nombre considérable de suffrages, dix sept millions, et qui ne possède pratiquement aucune position ni leviers politiques pour faire fructifier son acquis. "

On vous l'avait bien dit. Royal ne peut exister sans Hollande !

* "Elle s'appelle comment, la femme de Hollande" (Pierre Bourdieu)

Commentaires

"La dirigeante socialiste se trouve dans ce cas singulier, auquel il ne doit pas exister beaucoup de précédents, d'un ancien candidat à l'élection présidentielle qui a totalisé un nombre considérable de suffrages, dix sept millions, et qui ne possède pratiquement aucune position ni leviers politiques pour faire fructifier son acquis. "

On connaît la détestation d'Apathie envers Royal (il n'est pas le seul). Sa haine lui fait oublier la procédure de désignation des primaires et lui fait dire n'importe quoi. Mais cependant avec le phrasé et le ton sentencieux (1) d'un abbé en chaire tout gonglé de son importance.

Cette phrase s'appliquerait plutôt à Bayrou.

Quant à "vie privée et vie publique se mêle à nouveau", un élève de 6ème aurait pu le dire.

"Cet épisode fragilise considérablement Segolène Royal". Ben voyons ! Une femme sans (son) homme ! Quelle audace. En tout ce n'était pas l'avis de Didier Maus, hier sur France-Culture.

(1) Il doit se prendre pour Geneviève Tabbouis qui officiait sur la même radio, il y a plusieurs décennies.

PS. ceci dit sans aucun parti pris, je ne suis ni ségoléniste, ni au PS.

Écrit par : mbj | 19/06/2007

"PS. ceci dit sans aucun parti pris, je ne suis ni ségoléniste, ni au PS."

Comme vous le savez, moi non plus. Mais ce n'est pas cette question là que je traite ici, mais de cette difficulté d'un certain microcosme qu'elle puisse être une femme politique à part entière. Ses problèmes conjugaux avec Hollande datent apparemment de longtemps. Avant sa déclaration de candidature. Bernard fait déjà en 2005 allusion à des rumeurs. Royal a dû certainement se poser le problème : le dire ou ne pas le dire ? Tout simplement parce que le microcosme était incapable de faire la différence entre le privé et le public. Au point de construire l'hypothèse que cette candidature pourrait avoir quelque chose avec ces problèmes intimes. Or nous savons que Royal y pense à cette candidature depuis bien longtemps, une dizaine d'années.

Écrit par : Ajamais | 19/06/2007

Ce qui me déroute dans toute cette histoire, c'est le timing de l'annonce de la rupture. Il est claire que leur leur histoire de couple aura marqué toute la présidentielle et les législatives. Elle aurait été bien inspirée de se "libérer" bien plus tôt. Une femme, maman de quatre enfants à la tête de la magistrature suprême, aurait peut-être inspirée bien plus de respect et d'admiration. On aurait vu du courage, de la ténacité, là où l'on note entêtement, ambition et arrivisme.
Je ne sais pas qui l'a conseillé, mais mentir sur son couple a plutôt été contreproductif pour elle. Car que voit-on aujourd'hui, une femme blessée, animée par une rancune et une rancoeur qu l'ont portées tout au long de ces derniers mois. Est-ce vraiment la femme que la France aurait voulu à sa tête?

Écrit par : bb | 19/06/2007

Le timing... L'AFP... Pas difficile de comprendre que les organes de presse ont pris la singulière habitude de jouer avec l'opinion, et de lancer des informations-caniveau. Par jeu, mais aussi par peur du pouvoir qu'ils aiment tant et qu'ils redoutent.
Il était très facile pour la presse et ceux, au sein des instances du PS, qui guignaient la place, de mettre en avant l'aspect "pipole" de la candidature. Montebourg l'a fait très tôt. Parce que dans ces instances, la lutte pour la première place est d'abord fratricide. Il n'existe plus de projet réllement politique. Le PS devra être réformé en profondeur. Qu'est-ce qui émergera ? UN réel projet de société, mûr, profond, ou ce parti s'écroulera-t-il parce que les ambitions masqueront les souhaits portés par les électeurs fermement attchés au mouvement socialiste par sa densité historique au coeur de la société française ? Il suffira de bien cerner les Judas. IL y en a pas mal.

Écrit par : sogeri | 19/06/2007

@bb

« Car que voit-on aujourd'hui, une femme blessée, animée par une rancune et une rancœur qu l'ont portées tout au long de ces derniers mois. Est-ce vraiment la femme que la France aurait voulu à sa tête ? »

Ce que vous dites là, c’est précisément à ça qu’elle voulait échapper en ne disant rien. Que n’a-t-on déjà dit sur elle sans cela. Ceci en plus, c’était impossible. Qu’elle choisissent de le dire aujourd’hui, c’est, si j’ose dire, de bonne guerre. Pourquoi y voir « entêtement, ambition et arrivisme » ? Royal défend depuis plus de dix ans certaines options dans le PS. Elle le fait à sa manière, sans passer par les canaux traditionnels, par des livres, des interviews, son action même (la campagne des régionales de 2004). Ayant enquêté sur elle sans savoir qu’elle allait se présenter, j’ai bien vu toutes les divergences qu’elle avait avec la « doxa » socialiste. Après il fallait une opportunité. Elle l’a eu. Qu’elle ait été ou non la compagne du 1er secrétaire, qu’il lui a été infidèle, ne change rien. Or on ne s'est, dans les médias, jamais intéressé finalement à ça. On a toujours cherché autre chose… puis on a trouvé. Et aujourd’hui encore on n’envisage pas la bataille qu’elle entend mener dans le PS autrement que comme un règlement de compte différé. Ségolène, femme bafouée ? Femme politique, et la première, à ce niveau là, en France.

Écrit par : Ajamais | 19/06/2007

Etrange post... qui ressemble à du R. Bacquet et A. Chemin dans le texte ("Femme Fatale"). Il me paraît bien plus intéressant de s'interroger sur le sens de cette manoeuvre politique : déclaration de séparation et de cette fuite provoquée à dessein hic et nunc. Car s'il y a bien un domaine où Royal a su faire montre de total contrôle , c'est bien celui de la com. Fut-ce efficace ? C'est une autre question. A noter l'extrême discrétion du camp UMP sur cette "affaire" : et pour cause : Cécilia S. avait récemment joué pratiquement la même partition.

Écrit par : jmdg | 19/06/2007

@ jmdg
"Etrange post"

Rien d'étrange. Et vraiment rien à voir avec le travail de R. Bacqué et A. Chemin. Mon seul objectif était de pointé la difficulté à admettre, même aujourd’hui, que Ségolène Royal puisse être autonome, indépendante.

Écrit par : Ajamais | 19/06/2007

de pointer. oups !

Écrit par : Ajamais | 19/06/2007

Ajamais

Quand je parle d'entêtement, d'ambition et d'arrivisme, je suis correct. Car, que penser d'une candidate à la présidentielle qui écrit dans son livre de campagne "Maintenant", paru en mars dernier, je cite: "Oui, nous sommes ensemble et oui, nous vivons toujours ensemble" et soulignait qu'elle avait demandé François Hollande en mariage, ce qu'il avait refusé, convaincu par son entourage politique qui trouvait l'initiative "ridicule". Pour annoncer deux mois plus tard: "J'ai demandé à François Hollande de quitter le domicile, de vivre son histoire sentimentale de son côté, désormais étalée dans les livres et les journaux, et je lui ai souhaité d'être heureux".
Que penser alors de celle qui prône "l'orde juste", qui n'a cessé tout au long de la campagne de tancer les uns et les autres, n'hésitant pas à traiter Sarkozy de menteur (je précise que n'étant ni Française, ni vivant en France, je n'ai aucun parti pris) pour je ne sais quel détail. Qu'elle ait des ambitions politiques, c'est tout à son honneur, mais, grand Dieu, qu'elle ne mélange pas déboires privés et débat politique lequel a d'ailleurs été marqué tout au long de la campagne par des grincements, des non-dits, des allusions qui ont beaucoup dérouté l'électorat. Maintenant nous comprenons pourquoi.
Et c'est pourquoi, je reste persuadée qu'en 2012, Mme Royal, totalement libérée de tout ce poids, mais aussi plus mature politiquement (vous m'accorderez que sur les questions de fond, Mme Royal est peu convaincante), fera une excellente première femme présidente de France.

Écrit par : bb | 19/06/2007

C'est très bien joué pour un succès de librairie assuré: à défaut de voix, on récolte des royal...ties!

Écrit par : Jacques Herman | 19/06/2007

Elle ne pese tellement rien que tous els elephants hollande y compris sont obligés de s'allier pour la contrecarer en ce moment?

Si vous etes vraiment engagés politiquement et que vous passer sur ce site et voulez prendre votre part à la rénovation du parti, sachez que les elephants du PS veulent mettre fin à ce tarif pour le ramener à 45 euros.

Raison invoqués: les adhérents à 20 euros sont trop Royalistes!

Avant que ce tarif ne disparaisses vous qui etes nombreux à vouloir renover voir refonder ce parti... Sautez le pas, adhérez mais surtout participez à la vie de vos sections.

http://adherer.net/perl/getHtml.pl

Cordialement
Lekunfry

Écrit par : Kreelin | 20/06/2007

@ Ajamais

Excusez-moi, mais à la lecture de vos diverses réponses (notamment @ bb) vous ne faites, à mes yeux, que confirmer l'étrangeté de vos préoccupations concernant le sort médiatique réservé par les médias et autres à SG. Que SG soit victime COMME TOUTES LES FEMMES, notamment en politique, de considérations et regards phallo-machistes, cela ne fait aucun doute et -hélas- on ne voit pas pourquoi cela changerait pour elle. Mais, je ne comprends pas, que VOUS (je ne vous connais pas mais je vous lis) en fassiez tout un plat, alors que précisément :
1) elle a réussi à échapper en grande partie durant la campagne à paraitre comme la femme de...,
2) il n'est en rien étonnant qu'Apathie et autres journaleux de cet engeance (Bacquet, Chemin) ne s'en tiennent qu'à cette vision (de droite) "bonne- femme- fatale -femme -de..." (sachant que par ailleurs les mêmes l'ont présentée comme une marâtre, papesse en région Poitou-Charente)
3) c'est quand même elle, en tant que femme revendiquant sa liberté, son autonomie voire son indépendance personnelles et politiques, a fait le choix du moment, du lieu et du contexte de l'annonce de sa séparation et du coup de s'afficher comme ex-femme de Hollande.

Cela dit, je ne perçois pas vraiment l'intérêt de cette question, maintenant...

(à mon avis, vous en pincez pour Ségolène !)

A bientôt de vous lire

Écrit par : jmdg | 20/06/2007

@jmdg

Cela dit, je ne perçois pas vraiment l'intérêt de cette question, maintenant...

Et bien si justement. Au moment où Sarkozy "ouvre" son gouvernement à des femmes (Dati, Lagarde, Amara...) dont certaines font parties des "minorités visibles", on conteste à une autre femme dans un parti "socialiste" ce même droit à prendre des responsabilités importantes. Ce sont toujours les mêmes obstacles qui sont dressés. Et peu importe à la limite les moyens empruntés par Royal. Le pouvoir mâle, blanc, clanique au PS est à l'image de ses intentions : le pouvoir à tous prix.

Écrit par : Ajamais | 20/06/2007

Pourquoi toujours demander à Royal ce qu'aucun autre politique ne fait. La grotesque scène de la Concorde a-t-elle fragilisé le président ? A-t-on parlé des histoires amoureuses (et il y a bien plus à dire) de DSK, Rocard, Attali, Chirac, MAM, et j'en passe ? Pourquoi laisser toujours faire ces journalistes sans le moindre sens critique ?

Écrit par : ipatia | 22/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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