Avertir le modérateur

29/05/2007

Les « nouvelles responsabilités » de la LCR

La gauche parlementaire (l’ancienne gauche plurielle) est sortie de cette élection présidentielle dans un état " pitoyable ". C’est sous ce titre que paraît aujourd’hui dans Libération une tribune de Daniel Bensaïd et Samuel Joshua, deux membres historiques de la LCR. Ils ne disent là rien de ce que nous savons déjà : " Pathétique, le Parti communiste négociant au rabais sa survie parlementaire. Pathétique, José Bové, acceptant une mission royale sans même attendre le second tour de la présidentielle. " On pourrait sur les Verts en dire tout autant. Quant au PS ("Pathétique, François Hollande pleurnichant sur le débauchage de ses infidèles "), nul besoin d’en rajouter ; les médias s’en chargent .

Peut-on cependant regarder ce qui ressemble à une agonie avec l’air satisfait et goguenard de celui à qui on ne l’a fait pas, en proclamant : " On vous l’avait bien dit ! " C’est à partir de là que cette tribune devient intéressante. Deux paragraphes doivent être en effet soulignés. Celui-ci d’abord : " Face à ce paysage dévasté de la gauche, une gauche 100 % à gauche, aussi fidèle aux exploités et aux opprimés que la gauche light de gouvernement leur fut infidèle, est à reconstruire. Il y faudra de la clarté, de la patience et du courage. " Et celui là ensuite qui conclut l’article : " La LCR a désormais de nouvelles responsabilités. Si la campagne de Ségolène Royal fut inconsistante, c'est que le social-libéralisme est une impossible quadrature du cercle. Comme on ne change pas une ligne qui perd, un chœur assourdissant, soutenu par les éditorialistes du Nouvel Observateur, de Marianne ou de Libération, demande pourtant de persévérer dans la ruée au centre et exige que soit conduite à son terme la mue libérale du socialisme français. La clarification qui s'opère à gauche oblige plus que jamais à choisir. Soit un approfondissement de la logique bipartite ­ renforcée par le quinquennat ­ et la satellisation accentuée autour d'un PS aligné sur la social-démocratie européenne, soit le regroupement autour d'un projet réellement anticapitaliste, écologiste, féministe, 100 % à gauche. C'est à cette tâche que la LCR entend contribuer. "

Ces deux paragraphes auraient dû être inversés. Rétablissons donc la réflexion dans cet ordre.

1/ La " mue libérale du socialisme français ".

Cela fait plus de quarante ans que cette question là (les socialistes préfèrent parler de " modernisation ") occupe les congrès de la SFIO, du NPS (Nouveau parti socialiste), du PS enfin. Il y a une spécificité du socialisme français que tout le monde a en tête. Dans leurs textes fondamentaux les socialistes ont mis très longtemps à abandonner l’eschatologie révolutionnaire. Paradoxal pour un parti qui dès 1914 (comme la quasi-totalité de l’Internationale socialiste) choisissait contre ses principes maintes fois réaffirmés, de rejoindre le camp de la guerre. Pourtant en 1971, le "bourgeois" Mitterrand prend (encore) le parti au nom de ce qui n'est depuis longtemps déjà qu’un pieux mensonge : la nécessaire " rupture avec le capitalisme ". Son programme de nationalisation est même en partie réalisé juste après la victoire de 1981. Nul besoin de revenir sur ce qui va se passer ensuite. Non seulement il n’y aura pas " rupture " mais on fait mieux que s’adapter à " la gestion du capitalisme " ; on la magnifie. Ainsi Ségolène Royal pouvait écrire en 1996, trois ans après la déculotté du PS aux législatives de 1993 : " On avait commencé avec l’affirmation des droits de l’homme, l’abolition de la peine de mort, les lois Auroux et la cinquième semaine de congés payés. On terminait sur le mythe du franc fort, de l’inflation jugulée, de l’entreprise triomphante, de la France qui gagne – fût-ce de façon peu recommandable. La gauche était vivante, mais une certaine manière de la représenter était morte sous nos yeux (…) "(La Vérité d'une femme, Stock)

La " mue " s’est faite pendant ces années là. Le socialistes lui ont trouvé un nom : la culture de gouvernement. Dire que le PS n’aurait pas fait son " Bad Godesberg " à l’instar des sociaux-démocrates allemands est pure rhétorique de la part de tous les idéologues médiatiques qui pensent que les socialistes n’ont pas encore été assez loin dans la révision. A leur décharge, il est vrai, que les socialistes, tout en abandonnant toutes velléités de " changer la vie ", et en faisant aussi bien que la droite dans certains domaines (les privatisations par exemple), ont continué d’offrir malgré tout quelques compensations, des ersatz d’Etat-providence, à leur électorat comme le RMI ou les 35 heures. Mais la voie de ce " socialisme keynésien " édulcoré butte de plus en plus sur la double contrainte de la construction européenne (le pacte de stabilité) et de la mondialisation. Ainsi les vents portants (et dominants) conduisent de plus en plus les socialistes à calquer leur politique sur celle de leurs confrères anglo-saxon ou allemands.

Pour autant cette " modernisation " vers un social-libéralisme affiché n’est pas sans poser de graves problèmes dans le parti et dans son électorat. La spécificité française par rapport à l’Allemagne et au Royaume uni, c’est d’une part que le corps social (une majorité des salariés de ce pays) n’est pas prêt à cette mutation et qu’il a donné des signes de résistances à plusieurs reprises, et d’autre part qu’il existe une gauche radicale dont l’influence politique dépasse largement son potentiel électoral et militant. On l’a vu en 2002 quand l’extrême-gauche a obtenu près de 10 % d’exprimés et en 2005 lors de la victoire du " non " au TCE. A cette présidentielle, on pourrait penser que cette tendance s’est tari. Or non seulement Besancenot a obtenu un très bon score malgré la pression du vote utile mais on sait également qu’une bonne partie des voix de gauche se sont reportées sur Ségolène Royal moins par adhésion à son programme que dans un soucis premier de faire barrage à Sarkozy.

Le succès relatif de la candidature de Ségolène Royal à gauche (voir la composition sociale et générationnelle du vote Royal) et le fait que le vote utile ait aussi bien marché (il n’aurait pas eu le même succès avec une candidature DSK), sont enfin la preuve que le tournant du " recentrage " n’a pas encore été pris, malgré l’ouverture au centre au second tour. Certes des " forces " (mais encore minoritaires) poussent dans cette direction ; on les a vu à l’œuvre quand elles ont instrumentalisé le vote Bayrou ; elles sont aussi regroupées autour de DSK. Mais la voie " médiane " empruntée par la candidate socialiste qui n'est pas exactement celle de la " blairisation " que certains avaient souhaité qu'elle prenne, montre que rien est encore joué. Et ce pour les deux raisons invoquées ci-dessus : une partie de la gauche " réformiste " ne s’y résout pas ; la présence d'une gauche radicale toujours en embuscade.

2/ " Une gauche 100 % à gauche est à reconstruire "

Pourquoi à " reconstruire " ? Tout est à faire. D’abord la mutation inéluctable en cours de la gauche socialiste et l’effondrement sinon militant du moins électoral de la gauche communiste offrent aux anticapitalistes un espace, une opportunité, comme ils en ont rarement eu au cours de ces quarante dernières années. Le contexte politique est d’autant plus porteur qu’il s’inscrit dans une contestation renouvelée du mode de production capitaliste avec les menaces de déréglementation climatique et ses conséquences pour la population mondiale. Il y a là un nouveau terreau extrêmement fertile pour une contestation de l’actuel mode de développement. Le " programme " anticapitaliste doit s’enrichir de cette nouvelle donne qui n’était jusqu’alors que marginalement pris en compte par les courants organisés de l’extrême-gauche. Mais cela suffira-t-il à rassembler, fédérer des courants dont on a vu les difficultés à travailler ensemble dans une même direction ? Dans leur tribune Daniel Bensaïd et Samuel Joshua esquisse une sorte de programme : " Au "travailler plus pour gagner plus", il faut opposer un travailler moins pour travailler tous et vivre plus. Aux manœuvres visant à faire adopter un traité constitutionnel européen allégé, il faut opposer le mandat du 29 mai 2005 en faisant de l'harmonisation sociale et fiscale un préalable à tout nouveau traité. Au renforcement de la logique bonapartiste présidentielle, il faut opposer la convocation d'une nouvelle Constituante démocratique. A la "refondation sociale" du Medef, il faut opposer la défense des services publics et de la protection sociale. " Etc.

On pourrait discuter point par point de ce programme, mais est-ce c’est TOUT ce que l’on attend aujourd’hui de la gauche radicale ? Cette surenchère ? Ce plan d'urgence sociale? Ce programme "minimum" ? La victoire du " non " a montré toutes les limites de cette tactique dont on perçoit pas l’objectif à terme (La révolution ? Le socialisme ?) et surtout les moyens pour y parvenir. En clair, la " promesse du socialisme " qui était inscrite dans le programme de la vieille social-démocratie et dans le communisme triomphant des années vingt aux années cinquante, les fameux " lendemains qui chantent ", est aujourd’hui moribonde. Nous connaissons les raisons de la " fin de cette illusion ". Mais la gauche anticapitaliste en a-t-elle tirer toutes les conséquences ? Evidemment non. Le fait qu’une partie de cette gauche là continue à revendiquer son héritage " trotskiste ", et d’être ainsi qualifiée dans les médias, n’est pas forcément un bien, même si c’est parfaitement honorable. Pour au moins deux raisons : la question du " processus révolutionnaire " tel qu’il avait été pensé dans les années dix et vingt du siècle dernier est-il encore valide ? La mise eu œuvre d’un programme de rupture avec le capitalisme (l’expropriation des moyens de production) est-elle encore aujourd’hui la meilleure voie possible pour aller vers un autre mode de production moins destructeur pour la planète et les populations ?

Les réponses à ces deux questions, déterminantes pour la construction d’un parti de gauche, réellement de gauche, c’est-à-dire révolutionnaire, sont partielles, non abouties, incertaines, peu crédibles. Bref TOUT ou presque est à réinventer, pour ne pas recommencer les erreurs du passé, pour éviter les pièges dans lesquels une partie du mouvement ouvrier révolutionnaire s’est fourvoyé jusqu’ici.

La LCR ne peut prétendre seule remplir cette tâche immense. Cependant ses responsabilités eu égard à un tel chantier sont grandes car elle seule, dans l'immédiat, est en mesure de commencer ce long travail de refondation. Elle devra prendre des initiatives dans ce sens et proposer des étapes, dont l’une d’elle pourrait être celle de la construction nouveau parti dépassant les clivages actuels de l’extrême-gauche, ouvert à toutes les tendances de la gauche anti-libérale, sans ostracisme.

27/05/2007

La leçon du professeur Allègre

Claude Allègre aime bien donner des leçons à ses étudiants, aux enseignants, aux experts de l’environnement. Ministre du gouvernement Jospin (son ami), il a dû démissionner après s’être mis à dos les syndicats et une bonne partie des enseignants. Membre du parti socialiste, mais militant discret, il n’a participé à aucun débat important de son parti et n’a fait aucune proposition concernant son domaine de prédilection : l’université et la recherche. Il s’est surtout signalé ces derniers mois par ses prises de positions pro-nucléaires et pro-OGM et son opposition radicale à tous ceux, dont une bonne partie de la communauté scientifique, qui s’inquiètent des conséquences pour l’Humanité du réchauffement de la planète, dont il conteste d’ailleurs l’origine humaine. Il s’est enfin fait remarquer, au cours de la campagne présidentielle, par son animosité persistante vis à vis de la candidate de son parti, jugeant qu’elle lui semblait parfaitement incompétente pour devenir présidente. Cet " homme de gauche " (c’est lui qui le dit) est également éditorialiste au Point.

On a également beaucoup évoqué le nom de l’ancien ministre et chercheur de réputation internationale pour devenir ministre du premier gouvernement Fillon de la nouvelle présidence Sarkozy. Finalement l’affaire ne s’est pas fait, Claude Allègre ayant décliné l’offre, prétextant qu’il ne pouvait s’engager à être solidaire de l'ensemble de la politique gouvernementale. Après ces petites trahisons, l’homme aurait pu se taire et retourner à ses recherches dans lesquelles il s’est, dit-il, beaucoup investi ces derniers temps. Et bien non. Son parti étant au plus bas après cette défaite, Claude Allègre enfonce le clou : " il faut que le PS arrête avec l'opposition frontale pratiquée par François Hollande. Cela conduit à la catastrophe. Il faut que le PS ait le courage de dire : "Nous serons l'opposition, mais chaque fois que des projets seront bons pour la France, nous les voterons. "

Chacun est libre de ses idées. Mais si Claude Allègre pense que des convergences sont possibles entre le PS et le nouveau gouvernement, il n’est pas le seul à l’avoir remarqué. Depuis des années l’extrême-gauche, que Claude Allègre ne porte pas dans son cœur, le dit aussi ; et plusieurs fois une partie de l’électorat sanctionna précisément la gauche pour ces raisons là. François Bayrou également au cours de cette campagne s’éleva contre cette opposition des deux blocs de la gauche et de la droite. En proposant entre les deux tours une ouverture au centre, Ségolène Royal donna à penser que finalement entre la gauche et la droite les ponts n’étaient pas totalement coupés. Enfin, Nicolas Sarkozy lui-même en proposant plusieurs postes de ministres à des membres éminents du Parti socialiste comme Eric Besson et Bernard Kouchner, partagerait donc aussi ce point de vue.

Bref Claude Allègre ne dit rien d’original. Seulement, comme il n’a pas sa langue dans sa poche, il va bien plus loin dans le déni des clivages. L’important, selon lui, ce sont les COMPETENCES : " Hollande a été un ami. Mais là, je suis vraiment fâché contre lui. Il nous a pris pour des imbéciles. Il a accumulé les combines, pensant qu'il finirait par être désigné candidat. Il croyait que Royal allait s'arrêter. Elle n'a pas le talent nécessaire, mais une niaque pas possible. Mitterrand puis Jospin avaient su, avec les groupes d'experts, attirer des talents. Hollande, lui, a préféré s'entourer de magouilleurs incompétents. On reste confondus d'apprendre que le PS n'a rien demandé pour élaborer son programme à des gens comme Martin Hirsch, Jacques Attali, Hubert Védrine, Bernard Kouchner, Denis Olivennes et tant d'autres, tous membres du PS. Le parti a fait de l'incompétence le gage de la démocratie, Ségolène disant même : "Nous n'avons pas besoin d'experts !" Sarkozy a, lui, récupéré les compétences, en ayant le courage d'affronter ses partisans. Que Jean-Pierre Jouyet, le meilleur ami de Hollande soit passé chez Sarkozy, c'est symbolique. "

Notons que tous ces " talents ", ces " experts ", repérés et utilisés par Mitterrand et Jospin et cités à ce titre par Claude Allègre ont tous été approchés par le nouveau gouvernement et que certains d’entre eux en font aujourd’hui partis. Ainsi pour Claude Allègre l’important ce serait moins les idées, les valeurs, le programme, les couches sociales que l’on défend que les COMPETENCES.

"  COMPETENCES " fut le leitmotive de cette campagne. On trouva tous les défauts de la terre à Ségolène Royal, mais dès le début ses " amis " DSK, Fabius et bien d’autres jugèrent qu’elle était surtout illégitime à ce poste, parce que ne réunissant pas les COMPETENCES nécessaires. La droite s’empara avec délice de telles attaques " ad nominem ". Bayrou, qui partageait très certainement ce point de vue, aurait bien vu, s’il avait été élu, un gouvernement réunissant toutes les COMPETENCES, de gauche comme de droite, avec DSK, par exemple comme Premier ministre. On aura même entendu lors de la composition du gouvernement Fillon, Nicolas Sarkozy expliquer que les COMPETENCES passeraient avant les amitiés et les fidélités.

En 1993 puis en 2002 la gauche parlementaire subit très certainement deux défaites électorales parmi les plus cuisantes de son histoire (celle de Deferre en 1969 étant hors concours). Ces élections (des législatives et une présidentielle) étaient consécutives à l’exercice de deux gouvernements de gauche : celui de Pierre Bérégovoy et celui de Lionel Jospin. Deux compétents illustres, tout autant que Giscard, Barre, Rocard, Fabius ou Balladur… Les cimetières électoraux sont pleins de gens compétents.

Que cache cette vieille antienne ? Indubitablement, les COMPETENTS sont ceux qui parlent la langue dominante : ils sont européens convaincus ; ils ne souffrent pas que l’on remette en cause l’économie de marché (le capitalisme) et disent que la mondialisation est une chance, même s’ils en critiquent certains excès ; ils souhaitent maintenir le scrutin majoritaire à deux tours (même si parfois ils disent vouloir y instiller une dose de proportionnelle) et le caractère présidentielle du régime ; ils sont pour le nucléaire qui nous assure une indépendance énergétique ; pour réduire les déficits budgétaires et la dette publique qu’ils ont contribué à creuser. Bref ils ne souhaitent que notre bien mais à leurs conditions. On connaît le résultat : chômage de masse, précarisation du travail, accroissement des inégalités… Les COMPETENTS se suivent et se ressemblent.

Mais il ait une autre conséquence, moins visible de cette conception du gouvernement des experts (vraie fumisterie tant les incompétents notoires sont légions dans les allées du pouvoir). Les deux partis dominants n’ont d’autres ambitions, une fois battus par leur électeurs, que d’y revenir. C’est ce que l’on appelle l’alternance. Le PS était ainsi convaincu que, cette fois-ci, c’était son tour. Ainsi, au lieu de faire le bilan de son échec de 2002 et d’en tirer toutes les conséquences, les sommités socialistes n’avaient qu’une idée en tête : le partage du gâteau, le meilleur d’entre eux héritant du trône présidentielle.

En 1970, celui qui était alors à la tête du PS et que les socialistes rejetèrent au profit de François Mitterrand - omni compétent - avait écrit ces mots, prémonitoires : " Le parti ne considère pas que l'accession aux responsabilités gouvernementales soit le préalable absolu à la réalisation de ses objectifs. Il sait qu'un parti socialiste peut exercer une grande influence en RESTANT DANS L'OPPOSITION, alors qu'une participation gouvernementale, fondée sur des compromis sans principes, n'engendre que l'échec, le découragement et la désillusion. " Il s’appelait Alain Savary.

25/05/2007

Ecologie : Hulot décomplexe la droite

La plupart des ONG environnementalistes ont été reçu le 21mai par Alain Juppé. Une seule absence à cette rencontre, celle des anti-nucléaires, le veto opposé par le gouvernement à tout débat sur cette question les ayant dissuadé d’y participer. Mais comme dit Nicolas Hulot, qui y était présent : « Enfin, on met de côté nos petits préjugés ». Le nucléaire un « préjugé » ? Fort bien. Pas un mot non plus sur le fait que l’agriculture et l’industrie échappent au contrôle de ce nouveau ministère du « développement durable ». D’ailleurs le gouvernement n’a dans le domaine économique qu’un seul objectif : gagner un point de croissance supplémentaire. Nous avions pourtant cru lire dans le Pacte de Nicolas Hulot que l’objet poursuivi c’était précisément de remettre en cause cette frénésie de croissance destructrice à l’échelle non seulement d’un pays mais de la planète toute entière. Encore un de ces « petits préjugés » certainement.

Il en est avec l’écologie de tout ce que touche Nicolas Sarkozy. Il ose. Souvenez vous. Lors de son premier discours de président élu, au soir même de l’élection, soudainement, lui qui avait été si discret dans ce domaine, au point d’avoir été l’un des plus mal notés par un organisme indépendant, a ses mots en direction des Etats-Unis : « Je veux lancer un appel à nos amis Américains pour leur dire qu’ils peuvent compter sur notre amitié qui s’est forgée dans les tragédies de l’Histoire que nous avons affrontées ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle. Mais je veux leur dire aussi que l’amitié c’est accepter que ses amis puissent penser différemment, et qu’une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique, mais au contraire d’en prendre la tête parce que ce qui est en jeu c’est le sort de l’humanité tout entière. »  

Pas mal de gens se sont dit ce soir là : « Mais quelle mouche écologiste a donc piqué le nouveau président ? » Peut-être auraient-ils dû prêter plus d’attention à ce qu’avait dit ou écrit Nicolas Sarkozy dans ce domaine depuis plusieurs mois, comme ceci en décembre 2006 : « Le développement durable et la défense de l'environnement sont des questions si fondamentales qu'elles ne peuvent être la propriété d'un seul parti politique, fût-il de couleur verte. » Ou encore cela, en novembre de la même année : « L'écologie ne doit plus être une politique d'opposition, mais au contraire de rassemblement. Le développement durable mérite mieux que les discours. Il exige aujourd'hui d'avoir le courage d'agir. Les bonnes idées ne sont ni de gauche ni de droite. Je souhaite maintenant rencontrer le comité de veille écologique, les principales ONG et Nicolas Hulot afin de débattre de ces propositions car il s'agit d'un sujet qui exige une rupture fondamentale. »

Peut-être aussi aurait-on dû évaluer à sa juste place l’intervention de Nicolas Hulot dans cette campagne. Ne participait-elle pas de la même idée qu’en matière d’environnement il n’y a « ni gauche, ni droite » ; qu’ainsi on retrouvait dans les discours du candidat de la droite et dans celle de l’ex-candidat Hulot, une même rhétorique, entonnée également par celui qui fut la surprise du 1er tour, François Bayrou, mais cette fois élargie à tous les domaines de l’action politique. En ayant tout ceci à l’esprit on aurait donc été moins surpris par la teneur de déclaration présidentielle. Tout comme il avait eu en tête depuis des années de réduire l’impact électoral du Front national, il ne pouvait laisser à la gauche un « créneau » aussi porteur comme l’avait prouvé la popularité dont avait jouie le présentateur de TF1 dans de nombreux sondages. Et ce d’autant plus que la candidate Royal n’avait pas, malgré ses intentions, accordé à cette question une place centrale, et que les Verts, réduits à jouer les utilités dans les gouvernements de gauche précédents, ne s’en étaient pas relevés, pour preuve leur effondrement électoral.

Ainsi, Nicolas Sarkozy avait un boulevard devant lui. Mais pour faire quelle politique ? Dans sa tribune du 8 novembre 2006 publiée dans le Figaro, tout y était déjà. Pour la première fois la droite abordait cette question, décomplexée : « Aujourd'hui, les discours rivalisent d'excellence écologique et d'exemplarité. Les Français n'ont pourtant pas à rougir. Les émissions de gaz à effet de serre qui sont à l'origine du réchauffement climatique sont inférieures de 21 points à la moyenne mondiale, en particulier grâce à notre parc nucléaire. Depuis quatre ans, la production d'électricité d'origine éolienne a été multipliée par 14 et la qualité de l'air s'est améliorée de 12 % dans les villes. » A se demander si Nicolas Hulot, en remuant ciel et terre pour se faire entendre dans cette campagne, n’y avait pas été un peu fort. Et Sarkozy de citer quelques exemples à l’appui pour en tirer la conclusion suivante : « Ces quelques exemples montrent qu'au-delà des discours de la gauche, la droite agit et que la situation s'est améliorée. Faut-il rappeler qu'en 2002, la France était pointée du doigt par l'Union européenne car elle n'avait pas transposé 32 directives sur l'environnement ? Nous n'avons plus un seul texte en retard. » La droite aurait donc dépassé la gauche en matière de défense de l’environnement. CQFD

 

Et voilà bien le drame. Souvenons nous de la méthode Hulot et du ton alarmiste qu’il prit pour contraindre les candidats à signer son pacte. Et lisons ce que l’un des conseillers du 1er écologiste de France écrivait en 2005 dans un livre dont le titre est tout un programme : « Comment ne plus être progressiste… sans devenir réactionnaire* ». C’est la conclusion (page 328) : « En dépit de leur opposition historique, gauche et droite se retrouvent aujourd’hui en compétition par rapport au même imaginaire progressiste. Celui d’une croissance destructrice. D’un même mouvement, elles se refusent à prononcer les mots qui fâchent – décroissance, limites, sobriété, modération, écotaxes – et elles n’envisagent de changements qu’à l’étalonnage des mots usés – modernité, développement, progrès, richesses. Les deux blocs historiques forment un obstacle supplémentaire sur un chemin qui en compte déjà beaucoup et il sera impossible d’avancer tant qu’ensemble ils continueront d’aimanter la société et de fossiliser ses aspirations. Gauche et droite, campées dans leur rhétoriques respectives, favorisent l’immobilisme et les conservatismes, elles bloquent les processus de prise de conscience en alimentant des réflexes ankylosés, en entretenant identités et barricades fictives, en tournant obstinément le dos à la nouvelle donne de l’époque. C’est donc leur mort politique qu’il faut hâter, comme celle de toute force réactionnaire. »

 Mais laissons « de côté nos petits préjugés ».

*Jean-Paul Besset, Fayard, 2005

21/05/2007

Ces « travailleurs que la gauche a délaissés »

Ce fut l’un des leitmotivs de cette campagne et l’un des plus paradoxaux. Voir en effet un candidat d’une droite libérale, soutenu explicitement par les patrons du CAC40 multiplier les appels à la France du travail en des termes presque élogieux, voilà de quoi faire réfléchir. De Gaulle aurait pu se permettre de telles initiatives en son temps, lui qui avait, à la Libération, consolidé ou institué quelques unes des revendications historiques de la gauche comme certaines nationalisations, le droite de vote aux femmes ou la sécurité sociale. Mais Sarkozy, l’ami des Bolloré, Pinault, Bouygue, Dassault et Lagardère, quand même ! C’est un peu comme si les « 200 familles » avaient soutenu le Front populaire.

Les objectifs de ces assauts démagogiques en direction d’un prolétariat dont plus personne hormis quelques « gauchistes » n’évoque encore la mission historique (celle que Marx lui attribuait) sont connus.

En premier lieu ils participaient du principal objectif du candidat dans cette campagne : réduire l’influence électorale du Front national. En effet, on sait que depuis une bonne vingtaine d’années le démantèlement des grandes unités industrielles dans la métallurgie, la sidérurgie, le textile ou la disparition des industries minières (mises en œuvre souvent lorsque la gauche était au gouvernement) et la persistance d’un chômage de masse dans ces vieilles régions ouvrières où elles étaient implantées, ont conduit à un transfert important du vote ouvrier (socialiste et communiste) vers Le Pen. Apparemment l’opération de séduction n’a pas été à la mesure des attentes. C’est le vote ouvrier lepéniste qui a résisté le mieux, si je puis dire, à l’opération de charme. En revanche, Sarkozy a littéralement siphonné les voix des artisans, commerçants et agriculteurs. En quelque sorte « La France qui se lève tôt » aurait été plus efficace que le « Travaillez plus pour gagner plus ! » Il n’empêche que dans le vote ouvrier et employé, le seul endroit où Sarkozy l’emporte c’est parmi les salariés du privé dont la majeure partie travaille dans les PMI-PME. Rien d’étonnant en somme puisque la gauche dans son ensemble (du PS à la LCR) est surtout implantée dans le secteur public.

Nous en arrivons ainsi à la seconde raison de cette offensive. Elle est inscrite dans le programme même de Nicolas Sarkozy. Substituer aux revendications traditionnelles de la gauche, celles du partage du travail et de l’augmentation des salaires par le haut (augmentation du SMIC et indexation des salaires), une tout autre morale sociale résumée dans la formule : « Travaillez plus pour gagner plus ! » Cette formule a son aspect démagogique car on sait très bien qu’une telle mesure (déréglementation et défiscalisation des heures supplémentaires) ne peut être applicable partout comme par exemple aux temps partiels. Mais elle est en revanche parfaitement adaptable aux conditions de travail dans les PME et surtout les TPE. Or le tissu entreprenarial français compte beaucoup de ce type d’entreprises. La dernière raison de cette opération dépendra en grande partie de la réussite de la mise en œuvre et de l’extension de cette mesure.

Cette ultime raison est double et constitue très certainement l’objectif à long terme poursuivi par Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’une part de contraindre le plus possible tout le système d’aides sociales (allocations de chômage, revenus minimum) au minimum possible - c’est tout l’objet des attaques contre l’assistanat -, d’autre part de réduire la part de la fonction publique dans le salariat français (un fonctionnaire partant en retraite sur deux ne sera pas remplacé) en s’attaquant en particulier aux droits acquis dans ce secteur, droit de grève (service minimum) et régimes spéciaux. But de la manœuvre : affaiblir le poids social et politique de ces secteurs et donc de la gauche qui y puise essentiellement ses forces militantes. Bref, l’hommage aux « travailleurs que la gauche a délaissé », c’est la tentative d’opposer à la France « assistée et protégée » (de gauche), une France dure au labeur (de droite). Or nous savons combien la « résistance » du secteur public aux attaques répétées de la droite a permis de maintenir pour l’ensemble du salariat, tout secteur confondu, un système social encore performant. L’enjeu est donc très important, décisif même pour la gauche.

En montant une France contre l’autre, Sarkozy espère ainsi pouvoir faire ce que Thatcher a réussi à obtenir au Royaume-Uni il y a vingt ans : casser la résistance sociale aux exigences du libéralisme économique. Thatcher le fit en brisant les bastions ouvriers des mines. Sarkozy souhaite employer une méthode moins musclée. Il a de nombreux atouts pour arriver à ses fins. La principale étant que la gauche s’est depuis trop longtemps repliée sur ses bastions, allant jusqu’à flatter leur corporatisme, au détriment de millions de salariés qui ont vu leur conditions de revenus et de travail se détériorer. C’est d’abord à une reconquête de ce salariat là que la gauche doit s’attaquer.

19/05/2007

Rachida Dati ou « le goût du Kärcher »

La première visite de la toute nouvelle ministre de la Justice aura été pour le quartier des mineurs de Fleury-Mérogis. Touchante initiative ? Que non ! Juste pour rappeler à ces jeunes que « nous serons intraitables sur la délinquance des mineurs. On n’aura plus le laxisme qu’on a eu pendant longtemps », rappelant notamment les projets contre « le multirécidivisme » de Nicolas Sarkozy. C’est ce qu’un confrère, toujours bien intentionné pour tout ce qui concerne la politique sécuritaire de président, appelle « la révolution Dati ».

Drôle de « révolution » en effet. Mettre à la tête de cette institution une figure emblématique de cette « deuxième génération » alors que des milliers d’autres jeunes de la même origine – qui ne sont pas des voyous – croupissent dans des cul-de-basses fosses est en fait un choix particulièrement pervers. Qu’un infime pourcentage seulement de ces jeunes puissent, au prix de mille difficultés et de beaucoup d’acharnement personnel, s’en sortir par le haut n’est pas la preuve que « tout est possible ». C’est même exactement l’inverse. La nomination de Rachida Dati à un tel poste dans un tel gouvernement sonne ainsi moins comme une promesse que comme un avertissement aux déviants : « Etant donné vos origines, vous serez très peu d’élus; alors résignez vous ou gare ! »

Prononcés par l'un(e) de ces fils ou filles de « bonne famille » qui hantent les cabinets ministériels ces mots n’auraient pas eu le même impact. Dits par cette  « fille d'immigrés algériens et marocains, fille d'une famille de douze enfants », ils donnent tout son sens à l’objectif politique de ce gouvernement. C’est « marche ou crève » dans un système où les chances de trouver un travail et de s’intégrer dans les meilleures conditions possibles sont extrêmement difficiles car, nous le savons, un fils ou une fille d’immigré maghrébin ou « noir » a en gros dix fois moins de possibilité de trouver un emploi, de le garder et de faire carrière qu’un fils ou une fille d’origine « européenne ». Mais pour la justice républicaine, pas de circonstances atténuantes. C’est le même régime pour tous. Hypocrisie d’un droit formel. Injustice et discrimination en vérité. Mais comment pourrions nous reprocher ce traitement à celle qui est devenue en quelques semaines la preuve vivante que la République sait récompenser ses serviteurs les plus méritants ?

Rachida Dati, qui est intelligente, n’est évidemment pas dupe du cynisme du rôle que l’on entend lui faire jouer. Elle l’assume. Pendant la campagne, au cours d’un débat télévisé, le syndicaliste étudiant Bruno Julliard, reprenant Paul Wermus qui appelait Mme Dati « madame la ministre », avait demandé : « Ministre de quoi ? » Du tac au tac, elle avait répliqué : « Ministre de la rénovation urbaine au Kärcher ».

18/05/2007

Les dames patronnesses

Les patrons du CAC40 ont eu leur président, les « exclus » auront donc leurs ministres. Hirsch et Boutin pour l’intérieur ; Kouchner pour l’extérieur. Le bouclier et les allègements fiscaux plus les commandes de l’Etat pour les premiers, la compassion très chrétienne plus les tentes pour les autres. « L’idée de mettre Martin Hirsch me semble très emblématique (…) C’est l’héritier de l’abbé Pierre, il apporte cette tonalité compassionnelle sur laquelle le nouveau président semble vouloir jouer. (…) Il s’agit de toucher la corde sensible du public qui peut s’émouvoir de ce nouveau pouvoir de la même manière ou presque que quand il regarde la Star Ac’ ou une émission de télé réalité. Sarkozy avait une image dure, clivante, de chef de guerre et là, il change de style…, il ferait presque pleurer dans les chaumières. » Dominique Reynié (professeur à Sciences Po) a vu Hirsch, il a oublié Kouchner qui va jouer au gouvernement un rôle identique à celui du successeur de l’Abbé Pierre pour la France, comme une sorte de Saint-Bernard planétaire. Car n’en doutons pas, Sarkozy sera le véritable chef de la diplomatie française.  

Décidément Nicolas Sarkozy pense à tout. Non seulement il réalise cette ouverture en trompe l’œil que Bayrou (puis Royal) avait rêvé, mais il reprend à la gauche, l’accentuant même jusqu’à la caricature, cette posture de super-assistante sociale que la candidate socialiste avait cru bon afficher. Un comble pour quelqu’un qui n’a eu de cesse pendant toute sa campagne de fustiger cette France qui préfère vivre de l’aide sociale plutôt que de travailler. Il fallait bien ça pour donner le change quelque temps et masquer le caractère de classe hypertrophié d’un tel pouvoir.

Humiliée, trahie par les siens, la gauche ne trouve même pas la réplique. Comment le pourrait-elle ? N’a-t-elle pas appelé elle aussi à la réconciliation des Français avec l’entreprise ? Deux avocats d’affaires, l’un à la présidence, l’autre à l’économie, président désormais aux destinés du pays. DSK devrait être ravi, ses vœux sont exaucés. L’Entreprise France est en de bonnes mains. Les dames patronnesses veilleront à ce que la pilule ne soit pas trop dur à avaler.

16/05/2007

Une gauche sans leader et sans projet

Sarkozy a de beaux jours devant lui. Il n’a désormais face à lui aucune opposition crédible. Bayrou est dans l’immédiat hors jeu et le PS n’a plus ni leader, ni projet. Royal a beau s’être mis en réserve de la République, ce ne sont pas les quelques milliers d’inconditionnels – ses « gardes blancs » (Mélanchon) – qui vont désormais la suivre qui suffiront à transformer un parti déboussolé, et dont une bonne partie lui est hostile, en instrument de la reconquête. La dernière félonie, celle de Baylet prenant langue avec Borloo en vue de réunifier le parti radical, n’est pas qu’une péripétie. Quand un tel allié, dont la survivance politique n’est due qu’à la mansuétude du PS depuis une vingtaine d’années, se permet un tel acte, c’est le signe que plus personne à gauche ne se fait d’illusion.

La question de la refondation est plus complexe qu’elle en a l’air. Au PS, l’enjeu n’est pas programmatique (lisez l’intervention de Mélanchon à ce sujet au conseil national), ou tout du moins il est secondaire. C’est d’abord la question du leadership. La candidature de Royal c’était l’arbre qui cachait (mal) la forêt. Or Royal qui n’a jamais voulu se coltiner le parti, ne va très certainement pas s’y mettre maintenant. Elle n’est en outre entourée que de second couteaux (Dray, Montebourg, etc…) qui n’ont pas l’envergure nécessaire pour affronter Fabius ou DSK. Comme apparemment Hollande continue à ne pas vouloir aider sa compagne dans cette tâche de mise au pas des oppositions, on me demande bien où tout cela va les mener. Pour autant la proposition de Hollande d’un grand parti réunissant le PS, des radicaux, des Verts, des communistes pourrait être la solution, mais le premier secrétaire est aujourd’hui totalement discrédité comme chef et d’autant plus comme rassembleur potentiel. Et ni Fabius, ni DSK, tout aussi discrédités, ne pourront prendre cette place.  

De ce fait, ça laisse de la marge aux Verts, aux radicaux, au PCF pour continuer encore à se faire des illusions quant à leurs capacités à peser dans le jeu politique. La décision des Verts de refuser l’accord que le PS leur proposait ; l’initiative de Baylet de discuter avec Borloo, etc… tout cela montre que plus personne ne tient aujourd’hui le PS comme le navire amiral de l’opposition.

A la gauche de la gauche c’est tout aussi pitoyable. La LCR a bien fait des propositions il y a une quinzaine de jours au PCF, aux bovétistes, à LO pour des candidatures communes aux législatives. Refus. Il y a pourtant une opportunité politique historique pour la gauche radicale. Le ralliement de plusieurs personnalités de gauche à Sarkozy tout comme l’ouverture initiée entre les deux tours par Royal en direction du centre, démontrent que les frontières entre la gauche et la droite parlementaires ne sont pas si franches. Ce qui n’est pas le cas dans le pays. De nombreuses enquêtes l'ont montré. Loin d'être une adhésion au programme des socialistes, une partie importante des quelques 17 millions de voix qui se sont reportées sur Royal au second tour (dans les banlieues populaires en particulier), indique qu'il existe bien en France une très forte opposition à l’offensive anti-sociale en cours au sommet de l’Etat.  

Au train où vont les choses, nul doute désormais que la gauche doit s’attendre à ce que le vote du 6 mai soit confirmé. C’est l’ampleur de la défaite annoncée qui déterminera les rythmes et les objectifs de cette refondation.

15/05/2007

De Le Pen à Kouchner

Avoir été élu en reprenant une bonne part de la rhétorique du Front national et se payer le luxe d’inviter dans son gouvernement l’un des représentants parmi les plus emblématiques de la gauche des « droits de l’hommisme », il fallait le faire. Avoir signé le pacte de Nicolas Hulot et mettre à la tête d’un grand ministère du développement durable Alain Juppé (qui deviendrait le n° 2 du gouvernement), l’ancien Premier ministre d’un gouvernement qui comprenait François Bayrou, Corinne Lepage et Jean Arthuis, quel pied de nez ! 

Cette triple ouverture aux chiraquiens, au centre et à gauche n’a évidemment rien avoir avec un quelconque soucis de substituer la compétence à la fidélité. C’est à la fois un calcul politique à court terme – les législatives sont dans moins d’un mois – et une obligation à moyen terme. Elue par une majorité réactionnaire, cette présidence ne pourra pas gouverner si elle ne se donne pas les moyens d’élargir sa base sociale. Un indice : selon un sondage récent le nouveau président ne bénéficie que d’une cote de confiance de 57 % ; moins que Mitterrand en 1981 et 1988 ou Chirac en 1995 et 2002 ! Si Sarkozy veut aller vite et bien, il ne peut prendre bille en tête cette population active qui l’a rejeté majoritairement. Il lui faut nécessairement arrondir les angles. Une preuve de plus que la France n’a pas basculé à droite le 6 mai 2007.

Nous verrons bien dans les mois qui viennent si le pari réussit. Nul doute cependant que cette ouverture va momentanément couper l’herbe sous le pied aux parangons de l’ouverture et du « ni gauche ni droite ». Voilà surtout qui relativise cette phraséologie qui cache de plus en plus mal sur le fond toute une série d’accords, à quelques détails prêts, entre la gauche parlementaire, la droite et le centre. A propos d’une autre affaire (la « modernisation » du PS), comment en effet ne pas donner raison à Jean-Luc Mélanchon qui déclarait le 12 mai devant le conseil national de son parti : « On dit que l’alternative à ce que nous avons fait, c’est la social-démocratie et la modernisation. A combien de camarades faut-il rappeler, et aux plus brillants et aux plus constants d’entre eux, toi, mon cher Dominique, que c’est la même chose que la discussion que nous avons eue sur le réalisme de gauche, que je ne sache pas que depuis nous pratiquons le communisme à l’échelon national, que nous avons fait du bolchevisme sous le gouvernement Lionel Jospin, et que ce soit l’extrême-gauche au pouvoir dans les vingt régions que nous dirigeons. »

Le réalisme de gauche ou de droite, vaste question, car chassez le naturel, il revient au galop. Nicolas Sarkozy a une majorité à satisfaire et des objectifs à atteindre : retraite, durée du travail, droit de grève, immigration. D’autres que lui s’y sont cassé les dents. 

14/05/2007

Noyer le poisson

François Hollande aurait trouvé la parade. Puisque « la ligne social-démocrate ne peut pas être une ligne de refondation », parce que « c'est une vieille ligne », construisons un GRAND PARTI de gauche « qui couvre tout l'espace qui va de la gauche, sans aller jusqu’à l'extrême gauche, jusqu'au centre-gauche ou au centre ». Ainsi, puisqu’il est impossible de s’entendre à quatre (Fabius, DSK, Royal et lui-même), invitons Jean-Pierre (Chevènement) et Jean-Michel (Baylet), et pourquoi pas Robert (Hue) plus quelques Verts en débandade, aux agapes.

Au-delà du projet stratégique, qui n’est pas idiot en soi et qui ressemble à ce que la droite a fait avec l’UMP, cette (petite) manœuvre cache cependant mal son objectif : noyer le poisson (le débat de fond) en allant chercher hors du parti des alliés là où on peut. Une démarche qui ressemble étrangement à celle de Royal qui voudrait bien elle aussi faire participer au jeu de rôles ses nouveaux amis : les chevènementistes et les radicaux, pratiquement les seuls qui lui ont été fidèles dans cette présidentielle.

Apparemment cette proposition de Hollande était attendue. Jean-Pierre Chevènement y semble prêt. Il y a peut-être là aussi de quoi rassurer la gauche du PS. En isolant DSK et ses amis dans leur bulle social-démocrate, on réaliserait de nouveau l’unité du parti. Vieille tactique du bouc émissaire. Pour autant règlerait-on en même temps le problème Royal ? Mais Hollande se dit peut-être que d’ici 2012…

Autre avantage d’une telle proposition : elle isolerait un peu plus la gauche radicale. Cette gauche radicale, qui n‘existerait plus selon François Hollande, aurait plus de mal à dénoncer la dérive social-libérale d’un tel parti que s’il était conduit par DSK. Quitte à noyer le poisson, il vaut mieux une grande bassine qu’un verre d’eau, telle est la philosophie du premier secrétaire.

Mais il y a les législatives. Si le PS et de ses alliés limitent les dégâts, cette manœuvre peut réussir. Dans le cas contraire, nul doute que DSK saura s’en saisir pour exiger que le débat soit porté au fond. Encore que l’on attend de savoir en quoi la « vieille ligne » social démocrate de Dominique Srauss-Kahn est si différente des « vieilles recettes » de François Hollande et de Laurent Fabius.

13/05/2007

« Faire exploser le PS ! » La presse unanime !

Joffrin, Kahn et à leur suite pratiquement tous les journalistes politiques des organes de presse qui ne sont pas dans la mouvance de la droite sarkoziste n’ont plus qu’une chose en tête : inciter, promouvoir, appuyer toutes les initiatives pouvant conduire à ce qu’ils appellent la « modernisation nécessaire »  de la gauche. Ils trépignent devant l’obstacle, éditorialisent sur ce thème à n’en plus finir, sortent livre sur le livre. Même lorsqu’il s’agit d’un reportage sous les dessous d’une campagne, comme dans « La femme fatale », il faut être aveugle pour ne pas discerner l’objectif : « Faire exploser le PS ! », pour reprendre un titre du dernier numéro de Marianne, quitte en l’occurrence à entrer dans les considérations de la vie privée du couple Royal-Hollande. Raphaëlle Bacqué, co-auteur de « La femme fatale » ne cache d’ailleurs pas sa préférence avouée pour DSK (chez FOG aujourd’hui même sur France 5). Rappelons que lorsque Jean-Marie Colombani dans son éditorial d’avant le premier tour appela de ses vœux un second tour mettant en concurrence Sarkozy et Royal, c’était aussi moins par considération pour les deux candidats que parce qu’il lui semblait nécessaire que l’affrontement gauche-droite ait lieu en toute clarté, et qu’ainsi le PS défait n’ait aucune excuse comme ce le fut en 2002.  

Les éditorialistes du Figaro, de L’Express ou du Point ne sont pas en reste pour autant. C’est que la victoire de Sarkozy ne sera pas complète tant qu’il restera une once d’esprit de gauche dans ce pays. Or, loin d’avoir été laminée, la gauche électorale a fort bien résisté à l’offensive de la droite sarkoziste comme l’illustrent les données du vote du 6 mai (« La gauche se cherche » ; « La fiction Sarkozy »). Non seulement l’entreprise de séduction de Sarkozy en direction des « travailleurs que la gauche délaisse » a échoué, mais l’ouverture au centre tentée par Royal n’a guère été probante elle aussi. En y regardant de plus près, nous sommes loin d’une France qui virerait à droite ; du moins pour cette France active, celle qui comptera quand le nouveau gouvernement s’attaquera aux réformes du droit du travail souhaitées par la droite. En réalité nous avons assisté dans ce vote à une RADICALISATION de deux France, plus visible à droite, mais non moins réelle à gauche, car chacun sait que dans le vote Royal il y avait une majorité de voix d’abord hostiles au candidat de l’UMP. On comprend mieux dans ces conditions l’ouverture à gauche tentée par le nouveau président. Il s’agit de donner corps au consensus tacite existant depuis de nombreuses années entre gauche et droite parlementaire sur le plan économique en particulier. Et ce n’est pas un hasard à ce titre que l’invitation tombe sur des Besson ou des Allègre, deux jospinistes, le dernier ayant été le ministre le plus hostile au « pouvoir » syndical dans la fonction publique depuis lontemps.

Trois façons de se défaire de la gauche, du « vieux socialisme », des revendications sociales.

Le première se joue au sein même du PS. En concurrence sur le même créneau : Royal et DSK. L’avantage est aujourd’hui à Royal. Tout en pratiquement l’ouverture au centre, elle a réussi à mobiliser dans son sillage un électorat populaire qui a vu en elle une possibilité de battre la droite et de promouvoir certaines mesures sociales d’urgence, même si elle étaient timides. DSK s’il veut prendre la tête de la rénovation du PS devra aller plus loin, plus à droite encore et remettre en cause les « vieilles recettes ». Mais pour l’instant il s’est bien gardé de dire lesquelles, car l’enjeu c’est aussi de ne pas se mettre à dos l’électorat populaire qui tient à ses acquis et qui en demande d’autres. Autre difficulté pour DSK : Royal fera tout pour que la bataille entre elle et lui ne se fasse pas dans le vase clos du parti.

La seconde entreprise de « dynamitage » se joue au centre. C’est l’opération Bayrou autour du MoDem, le nouveau Mouvement démocrate. Les objectifs sont nombreux : du ralliement de Verts en déroute (20 % de l’électorat Vert a choisi Bayrou au 1er tour) à des socialistes déjà convaincus que la « rénovation » du PS n’est pas pour aujourd’hui (15 % de l’électorat socialiste ont voté Bayrou). Sans oublier ces électeurs sans préférence partisane qui ont été l’apport le plus important au vote Bayrou, hormis les électeurs UDF traditionnels. Première échéance : les législatives. Dans un mois nous en saurons plus sur les capacités de Bayrou à « plumer la volaille socialiste » et à proposer à la droite de la gauche une alternative crédible.

La troisième enfin, réside moins dans la capacité de Sarkozy à rallier dans l’immédiat quelques électrons libres de la gauche socialiste que dans la réussite de sa politique dans le domaine économique et social. Sur la lancée du précédent gouvernement il n’est pas inenvisageable que la croissance soit là et que le chômage continue de baisser. Car nous savons quel est désormais l’objectif. Eric Le Boucher le synthétisait ainsi dans son éditorial du Monde le 6 mai : « Vous trouvez que l'égalitarisme est trop coûteux et que ses excès nous pénalisent ? Votez Sarkozy. » C'est l'enjeu des couches moyennes : gagner en pouvoir d'achat, pour soi, au détriment des couches populaires. Un vrai défi à la promesse de partage et de solidatité, la valeur de la gauche par excellence.

11/05/2007

DSK ou l'impossible "modèle"

« Mai-81 est venu de loin, d'Epinay, et même de 1969, de la défaite et de la volonté de reconstruction. Il y avait une stratégie, un projet, un parti (…) Je vis la situation comme en 1969 : tout doit être remis à plat, sans tabou. Il faut tout reconsidérer (…) Oui, j'ai dit que pour moi c'est une défaite et certains ont crié au scandale (…) mais je persiste et je signe : c'est la troisième défaite, la plus large que nous subissons depuis le général de Gaulle (…) elle était évitable, nous pouvions l'emporter (…) les Français ont compris qu'on s'éloignait du réel, ils veulent une gauche du réel, efficace, concrète, pas de l'idéologie qui ressasse les solutions d'hier (…) Nous avons été jusqu'à dire, pour certains, qu'on réglerait la question par la CSG (…) Le discours, tous les patrons à la Carmagnole est un discours d'hier. » 

 

Le constat que Dominique Strauss-Kahn trace de la gauche après cette défaite comporte plusieurs inexactitudes et pas des moindres.

 

La première c’est que cette défaite n’a rien à voir avec 1969 où Deferre n’avait obtenu que 5 % des voix. On a déjà fait ici (« La gauche se cherche ») le décompte des voix obtenues par Ségolène Royal et analysé ce vote, il montre très clairement qu’elle a fait beaucoup mieux en voix que Jospin en 1995 (sans parler de 2002) et même que Mitterrand en 1981 et 1988. Mais est-ce comparable ? Evidemment non, ne serait-ce que parce que le corps électoral n’est plus le même. Cependant la composition sociologique de ce vote et les tranches d’âge qu’il a mobilisé montre très clairement que 47 % des Français, et parmi eux la majorité de l’électorat populaire, des jeunes et des actifs a choisi le camp de la gauche.

Deuxième inexactitude, en trois parties : il y avait en 1981 « une stratégie, un projet, un parti ».

Pour ce qui concerne la stratégie (l’union de la gauche), en quoi ce qui s’est passé lors de cette dernière présidentielle diffère-t-elle de 1981 ? DSK sait très bien qu’il n’existe plus désormais de partenaires à la gauche du PS. L’extrême-gauche, contrairement au PCF des années 70-80, ne souhaite aucune alliance de gouvernement, quant à ce qui reste de la gauche plurielle, elle est inexistante. Si donc il avait fallu se trouver des alliés où le PS aurait-il pu les trouver ? DSK ne le dit pas. Pense-t-il au centre ? Et bien qu’il le dise et qu’il nous démontre en quoi une alliance avec Bayrou, qui n’en veut pas, est possible et souhaitable.

 

Sur la question du parti, en effet DSK n’est pas majoritaire au sein du PS. Depuis 2002 il avait cependant tout le loisir de mener sa bataille pour unifier le PS sur ses thèses. L’a-t-il fait ? Non ? Pourquoi a-t-il préféré attendre 2006 ? Aux primaires, il n’a recueilli que 20 % des voix. Ce vote était-il illégitime ? Contrairement à Fabius qui pensa « ancrer le PS à gauche » en s’appuyant sur le vote du « non » au TCE, dont il avait été l’un des initiateurs, DSK a voulu se préserver jusqu’au bout, essayant de jouer au plus fin avec Hollande. Qu’il ne vienne pas aujourd’hui reprocher au 1er secrétaire « l’unanimisme pour stratégie et l'habileté comme méthode ». Qu’il ait cru bénéficier ainsi de la neutralité de Hollande en isolant Fabius, montre pour le moins que DSK est un petit joueur.

 

Le projet, enfin. C’est le meilleur. On sait ce qu’il est advenu du « programme commun », des nationalisations, de la « rupture avec le capitalisme ». Deux ans après avoir été élus, les socialistes de 1981 effectuaient un virage à 180°. Voici le bilan qu’en tirait en 1996 Ségolène Royal dans « La Vérité d’une femme » : « On avait commencé avec l’affirmation des droits de l’homme, l’abolition de la peine de mort, les lois Auroux et la cinquième semaine de congés payés. On terminait sur le mythe du franc fort, de l’inflation jugulée, de l’entreprise triomphante, de la France qui gagne – fût-ce de façon peu recommandable. La gauche était vivante, mais une certaine manière de la représenter était morte sous nos yeux, sans doute par manque de vigilance de notre part. » Avec pour conséquences un chômage massif à 10 %, une extension de la pauvreté, un Front national triomphant.

 

Or ce bilan là, des années Mitterrand aux années Jospin, on attend encore que DSK le fasse plutôt que de feindre de croire que la victoire était possible cette fois-ci, si le PS l’avait choisi plutôt que Ségolène Royal. Quelles sont les fondements d’une affirmation aussi péremptoire ? « Les Français ont compris qu'on s'éloignait du réel, ils veulent une gauche du réel, efficace, concrète, pas de l'idéologie qui ressasse les solutions d'hier. » « Les Français ont compris » qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Que le réel est du côté de Monsieur Sarkozy et accessoirement de Monsieur Bayrou ? Besson et d’autres encore (Allègre ? Védrine ?) ne se contentent pas de le dire, ils virent casaque. Si ce n’est cela, qu’est-ce donc ? Ce discours très « deuxième gauche », entonné dès la fin des années 70 (contre Mitterrand), repris après chaque défaite, on l’a malheureusement vu à l’œuvre. C’est bien pourquoi les socialistes dans leur majorité n’ont pas voulu de DSK, l’ancien ministre de l’Economie du gouvernement Jospin, comme candidat et lui ont préféré Royal.

En fait on voit bien où DSK veut en venir. Il s’agit ni plus ni moins de liquider tout ce qui restait encore des « veilles recettes du vieux socialisme » dans le pacte présidentielle de Ségolène Royal. DSK se réclame souvent à ce propos du « modèle social démocrate ». Mais je ne peux croire que DSK soit mal renseigné. Il sait fort bien que ce « modèle » est aujourd’hui en crise dans toute l’Europe, que ses bases qui reposaient sur deux piliers – un compromis entre le capital et le travail et un accord entre la classe ouvrière et les classes moyennes, accord cristalisé dans l'Etat-providence – sont fragilisées, voire n’existent plus, la mondialisation ayant fait explosé le premier tandis que la montée des inégalités rendait le second de plus en plus aléatoire. D’ailleurs qu’est-ce que le vote de gauche pour Bayrou au premier tour, sinon en partie l’expression d’une tentative de la part de couches sociales moins exposées que d’autres à cette mondialisation, ou qui en profiteraient, d’échapper à cette alliance qui leur pèse et leur coûte. Pourquoi payer pour les plus pauvres, se disent-ils.

On voit que le chemin proposé par DSK est pavé d’embûches et que DSK avance en réalité masqué. Car hormis des généralités (« une gauche du réel, efficace, concrète, pas de l'idéologie qui ressasse les solutions d'hier »), guère de solutions à l’horizon à moins de lorgner sur les deux « modèles » qui « marchent » aujourd’hui : l’anglo-saxon et l’espagnol. Mais « les Français » en veulent-ils ?

09/05/2007

La gauche se cherche

Ce n’est le moindre des paradoxes de cette élection que d’avoir pu vérifier une fois de plus qu’il existe bien un très fort sentiment identitaire à gauche. Les chiffres ne mentent pas. Qui a voté en majorité pour Royal ? Les jeunes (jusqu’ 56 % dans certaines classes d’âge) et les actifs : les ouvriers (59 %), les employés (57 %), les cadres et les professions intermédiaires. Mieux, Royal fait ses meilleurs scores dans les quartiers défavorisés et parmi le « nouveau prolétariat ». En revanche Sarkozy perd 15 points chez les 18-24 ans (que Chirac avait séduit en 1995), et ne se retrouve majoritaire qu’à partir de 50 ans, voire de 60 ans selon d’autres sondages, pour culminer à 64 % chez les plus de 65 ans. Sarkozy n’est pratiquement majoritaire que chez les retraités et inactifs (58%) ainsi que dans la catégorie traditionnellement très marquée à droite des artisans, commerçants et chefs d’entreprises (82%). Un bémol. Sarkozy a mordu cependant dans certaines couches populaires, actifs du privé ou chômeurs, à bas revenus et à niveau culturel très modeste. En fait typiquement un électorat transfuge de celui du Front national. Mais il n’est pas le seul candidat à avoir mordu sur cet électorat : Royal et Besancenot aussi, en témoignent certains scores réalisés en particulier dans le Nord et le Pas de Calais.  

Un élément cependant vient se surajouter à tout ça et qui semble avoir été déterminant dans cette élection. Le sentiment d’adhésion au candidat est beaucoup plus fort à droite qu’à gauche : 63 % contre 47 %. En d’autres termes les électeurs de gauche ont voté plus contre Sarkozy que pour Royal. Notons au passage que c’était précisément la recommandation faite par la LCR et Besancenot au deuxième tour. Ce type de vote a plusieurs explications : le fait de voter pour la première fois pour une femme a dû jouer à son détriment (remarquable, le vote majoritaire des femmes en faveur de Sarkozy) ; le procès en incompétence qu’on lui a fait aussi ; et puis, et surtout, quelle gauche incarnait Ségolène Royal ? Cataloguée à ses débuts comme « blairiste » et à la fin apparemment convertie aux thèses d’une « deuxième gauche » ressuscitée (Delors, Rocard, Kouchner, Cohen-Benbit) avec cette ouverture au centre, elle fut tour à tour perçue comme « étatiste », « socialiste archaïque », hostile au nucléaire (l’épisode Besson), presque « chauvine » (le drapeau et la Marseillaise), ce qui ne l’empêcha pas de faire applaudir le nom d’Arlette Laguiller dans un meeting, de citer Besancenot à Charléty et de confier une mission à José Bové. On ne peut pas faire plus éclectique. Or dans une gauche divisée et qui tient farouchement à ses différences, un tel message, brouillon et changeant à souhait, ne pouvait que déplaire, ce qui n’était pas, on s’en doute, l’objectif. Ainsi Royal aurait perdu pour avoir voulu trop bien faire en essayant de séduire pratiquement tout le monde et au-delà même de la gauche. Il faut convenir que l’on a eu les mêmes tentations à droite avec encore moins de succès. Ni les noms de Jaurès, Blum ou Moquet, ni les accents « ouvriéristes » et les éloges pesants de Sarkozy aux travailleurs « que la gauche délaisse » n’ont attiré à la droite les électeurs de gauche en nombre important. On peut même affirmer que dans ce registre, les gesticulations de Sarkozy ont conduit à un fiasco. Ce qui augure mal de la suite, quand le fier à bras s’attaquera à ses réformes du droit du travail.

Ainsi l’un des grands mérites de la candidature Royal c’est qu’elle aura bien mis en lumière – malgré elle – le problème principal de la gauche aujourd’hui : l’absence d’un projet clairement identifié comme tel par l’électorat. Plus précisément, que tous les projets (social-libéral, social-démocrate, socialiste « classique », « Vert » ou anti-libéral) déjà connus ou potentiellement en devenir n’apparaissent pas à l’électorat de gauche ou à certaines fractions de celui-ci comme suffisamment crédibles et forts pour que l’on y adhère et créer ainsi une dynamique. Ce qui, plus que les votes utiles (pour ou contre Royal), explique en grande partie l’effondrement des votes communistes et Vert, le succès rencontré à gauche par Bayrou ou le bide de Bové et de Laguiller. C’est aussi ce qui a permis à Royal de s’imposer aux primaires (comme promesse de renouveau) et qui à conduit à l’éclatement du camp anti-libéral, chacune des composantes de « la gauche de la gauche » pensant (à tort) qu’il suffisait de se dire « anti-libéral » pour que les électeurs suivent. Ce qui enfin relativise l’idée qu’il y aurait deux gauches : l’une social-libérale et l’autre anti-libérale. Et bien non ! Et nous le verrons bien dans les mois, les années qui viennent. Ceux qui croient, comme avant cette élection, que les jeux sont faits se trompent. La défaite de la gauche n’est ni celle du « vieux socialisme », ni celle de la voie « social-libéral », ou de la « tentation italienne », pas plus qu’elle n’est celle de l’anti-libéralisme. Toutes ses voies restent ouvertes ; certaines pourront l’emporter, mais rien ne se fera sans un travail de réflexion approfondie et de remise en cause, au PS comme à la LCR.

07/05/2007

La fiction Sarkozy

L’initiative de Royal d’apparaître combative comme au premier jour, tout juste quelques minutes après le coup de gong, est un « coup » politique magistral. Sa fonction interne au PS n’aura échappé à personne. Mais il peut être également interprété comme une invitation à toute la gauche à continuer la lutte, malgré la défaite. Car que l’on soit d’accord (ou pas) avec son programme et ses initiatives d’élargir au centre (j’étais hostile aux deux ), force est de constater que la volonté qu’elle a exprimée à cette heure là de ne pas s’arrêter en chemin  et de ne pas abandonner ses électeurs (comme l’avait fait Jospin en 2002) est une sacrée leçon donnée à tous ceux que cette candidature rebutait, qu’elle ait été jugée incompétente voire inéligible au sein même de son camp, ou que l’on ait vu en elle l’incarnation d’une gauche social-libérale « blairiste ».

A la décharge de la gauche (voir « Une défaite et ses coresponsables »), cette défaite est d’abord et avant tout la victoire d’une droite de combat, sociologiquement minoritaire mais devenue idéologiquement majoritaire. Rien de comparable avec les élections de Chirac en 1995 et 2002, deux succès de raccroc. Cette fois-ci le projet de la droite est parfaitement lisible et sa base électorale (du centre à l’extrême-droite) clairement identifiée. En outre, pour la première fois depuis longtemps, la droite a un parti dominant, cette élection ayant même achevé le travail d’unification engagée depuis plusieurs années avec le ralliement de 22 députés du centre à Nicolas Sarkozy. Ce qui augure mal, dans l’immédiat, des chances de Bayrou de construire d’ici les élections une force politique susceptible de disputer à l’UMP son leadership sur la droite. De même pour le Front national qui perd momentanément sa capacité de nuisance.

Néanmoins, il faut être les médias (écoutez les aujourd’hui trouver à Ségolène Royal bien des vertus et des capacités qu’ils lui ont refusées un an durant) pour être ainsi aveuglé par cette victoire. Entre « la France vire à droite » et « la gauche archaïque est morte », une espèce de consensus hétéroclite se dégage avec cette phrase définitive qui vaut toutes les analyses (croient-ils) : « rien ne sera plus comme avant ! » Balayée la crise sociale, aux oubliettes le discrédit de la classe politique, mise de côté le peu d’ambition industrielle de nos entrepreneurs. On efface tout et on recommence. Vieille habitude. C’est à peu près comme ça après chaque élection présidentielle. C’est même la fonction de ce type de scrutin. Un homme, et en avant ! La magie de la 5ème république aura donc fonctionné une fois encore. Belle prestation pour une constitution que l'on disait moribonde. Sauf que la crise est toujours là, bien présente, et que le projet de la droite est bien loin d’y répondre sur le fond. Qui peut croire encore à une solution franco-française à cette crise ? Où sont les solutions économiques au défi de la mondialisation ? La victoire idéologique de la droite ne masquera pas longtemps la pauvreté de son projet politique. En fédérant du centre à l’extrême-droite toutes les peurs, en s’appuyant en grande partie sur une France vieillissante (la France de Sarkozy c’est d’abord la France des plus de 65 ans), repliée sur elle-même, hostile à l’étranger et nostalgique de son passé, Nicolas Sarkozy a réussi son « coup », mais il s’est en même temps mis un boulet au pied. Car dans ce récusé de vieilles recettes prises pèle mêle, aux néo-conservateurs américains, aux travaillistes anglo-saxons et à la droite souverainiste et nationaliste, où est la cohérence ? Libéral Sarkozy ? Mais alors pourquoi cette fixation sur la Turquie ou sur l’immigration ? La nation « retrouvée » qu’il a promise à son électorat, comment pourra-t-elle faire bon ménage, à courte échéance, avec les exigences d’une « libération » de toute cette économie protégée, arque bouté derrière un Etat-Nation qui n’est plus que l’ombre de lui-même ?

On a beaucoup glosé sur le caractère factice ou illusoire du « phénomène » Royal ; son « charisme » singulier masquant en réalité, pense-t-on, un projet inconsistant. Il n’y aurait dans son électorat que 50 % d’électeurs convaincus par son projet ; l’autre moitié aurait voté pour elle uniquement pour faire barrage à Sarkozy. On crédite en revanche l’électorat du nouveau président d’une très forte adhésion à son programme (plus de 70 %). Mais les électeurs entendent souvent que ce qu’ils veulent bien entendre oubliant ainsi d’autres réalités. En fait, la fiction Sarkozy, mieux préparée, mieux orchestrée, bénéficiant d’une large promotion et d’une excellent distribution, a terrassé une autre fiction qui s’est construite en chemin, au gré des aléas de la campagne (le succès d’estime du film à petit budget de Bayrou n’était pas prévu),dans les pires conditions. Question de budget et de casting, en quelque sorte ! En déclarant ne pas renoncer, Ségolène Royal a encore une fois fait preuve d’un grand flair politique. Cette victoire de la droite, en apparence large et incontestée, est surtout dû au talent de sa tête d’affiche. Il n’en reste pas moins que le scénario comporte de telles faiblesses qu’elles finiront bien un jour où l’autre par se révéler. Mais la gauche, en l’état, pourra-t-elle s’en saisir ? Faudrait-il encore qu’elle change de scénario.

04/05/2007

Lynchage !

Kärcher (…) liquider (…) reformater (…) Il nous reste deux jours pour dire adieu à l'héritage de mai 68, deux jours pour renoncer au renoncement. " Applaudissements nourris, cris de joie... "Nicolas, président ! Nicolas Président !" Nicolas Sarkozy exulte et déjà l’on entend ici et là les aboyeurs de la première heure comme les ralliés du second tour nous exhorter au silence, au calme, à la soumission. Ces mots (Kärcher, liquider, reformater..) seraient-ils anodins ? Devraient-ils être mis au compte de simples dérapages verbaux de fin de campagne ? La minutie avec laquelle Nicolas Sarkozy a préparé cette élection, le choix des mots, la fabrication méthodique de ses discours, leur répétition, tout montre qu’il n’en est rien. Le 10 mai 1981 " la majorité politique [avait] rejoint enfin la majorité sociologique ", s’était plu à dire François Mitterrand ; le 6 mai 2007, tout porte à croire que le nouveau président, fort d’un consensus idéologique partagée de la droite de la gauche à l’extrême-droite, aura réussi à renverser les termes de cette équation : minoritaire sociologiquement dans le pays, mais politiquement majoritaire, tel sera le nouveau pouvoir.

Car cette probable victoire électorale de la droite est d’abord et avant tout une défaite idéologique de la gauche. Des " nouveaux philosophes " dans les années soixante-dix aux dernières éructations de l’essayiste Alain Finkielkraut, c’est une profonde révision de l’héritage du mouvement ouvrier (de la Commune de Paris à Mai 68) qui a été faite, consciencieusement, méthodiquement, avec toute la perversité intellectuelle qui sied à ceux qui renient leur jeunesse. Tandis que les socialistes (et les communistes) au pouvoir s’adaptaient à la culture de gouvernement, reniant promesse sur promesse, faisant le sale travail que la droite n’avait pas réussi à faire jusque là, dans les cuisines s’activaient les marmitons de la " contre-révolution ". Il y avait ceux du " Club de l’horloge ", mais ceux-là travaillaient pour leur camp, c’était bien normal. Tout aussi décisifs, encore plus efficaces, furent les premiers travaux de la " Fondation Saint-Simon " qui firent éclore la " Deuxième gauche ". Les chiens étaient lâchés.

C’est au cœur même de la gauche que l’on se chargeait désormais d’éliminer, de nettoyer, de réviser les acquis. Des intellectuels aux journalistes, le témoin ne tarda pas à passer. De "La pensée 68" de Luc Ferry et Alain Renaut à "Vive la crise" (Joffrin, Libération), de main en main, on se transmit le schmilblick. Voici ce que l’on pouvait lire en 2002, à la veille de l'élection présidentielle, sur la 4ème de couverture du livre de Hervé Algalarrondo (journaliste au Nouvel Observateur), " La gauche contre le peuple " : " Depuis trente ans, dans la foulée de Mai 68, est apparue une nouvelle culture, l’angélisme, qui a fait du délinquant la première victime de la société. Délégitimant l’idée même de répression. Les idées de Mai ont façonné un "politiquement correct" auquel chacun a dû se soumettre. Car quiconque s’y oppose est aussitôt dénoncé comme lepéniste. Dans l’intelligentsia de gauche en particulier, le thème de la sécurité est considéré comme foncièrement de droite, pour ne pas dire d’extrême droite. Un constat : jusqu’à ces derniers mois, la gauche n’a pas fait de la lutte contre l’insécurité une priorité. Alors même que ce sont les quartiers les plus défavorisés qui sont les plus touchés. " Sarkozy n’avait plus qu’à ramasser. Emballé, c’est pesé, prêt à servir.

Hier, dans une tribune à Libération, deux acteurs de mai 68, Alain Krivine et Daniel Bensaïd pouvaient ainsi conclure : " Il y a trente ans, à la veille des élections législatives de 1978, Gilles Deleuze avait lu juste dans le jeu des ­ alors ­ nouveaux philosophes. " Les conditions particulières des élections aujourd’hui font que le niveau de connerie monte (…) C’est sur cette grille, ajoutait Deleuze, que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d’entre eux aient été immédiatement contre l’union de la gauche, tandis que d’autres auraient souhaité fournir un brain trust de plus à Mitterrand. Une homogénéisation des deux tendances s’est produite, plutôt contre la gauche mais surtout à partir d’un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C’était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C’est en fonction de cette haine qu’ils ont construit leur sujet d’énonciation : " Nous, en tant que nous, avons fait Mai 68, nous pouvons vous dire que c’était bête et que nous ne le referons plus. " Une rancœur de 68, ils n’ont que ça à vendre. " Cette haine de 68, le candidat Sarkozy en a fait, André Glucksmann et Luc Ferry aidant, sa philosophie électorale. " Mais comme dit la chanson :

Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominie.
Les Maxim’ Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

03/05/2007

Une défaite et ses coresponsables

Dimanche, sauf surprise de dernière minute, Nicolas Sarkozy sera élu président. Les responsables de cette défaite prévisible de la gauche sont nombreux. Par ordre d’importance :

1/ Le PS et en premier lieu François Hollande. Dans l’opposition depuis 2002, le PS a attendu le dernier moment pour élaborer son projet et choisir un candidat. Les rivalités de personnes (Hollande, Fabius, DSK, Jospin, Lang) et de projets ont conduit à la mascarade de la synthèse et à la pitrerie du congrès du Mans. Pour rien, puisque finalement c’est Royal qui s’est imposée, qui plus est sur un programme sensiblement différent de celui de son propre parti.

2/ Les ténors du PS qui pendant plusieurs mois n’ont cessé de déconsidérer celle qui allait devenir leur candidate ; déconsidération relayée par les médias et parfaitement assimilée par la droite qui en a fait pendant pratiquement toute la campagne son cheval de bataille. Les arguments : " Elle n’a pas la stature d’une femme d’Etat ", " Elle n’a pas de programme ", prennent leur source au PS même.

3/ Le programme de Royal. Ce n’est pas un projet alternatif de société, seulement un ensemble plus ou moins cohérent de contre-mesures timides au projet libéral de la droite. Son seul objectif, compenser les injustices les plus criantes de l’économie libérale, sans l’ambition de s’attaquer aux racines du mal, laissant ainsi à la droite toute latitude pour déployer son programme et constituer autour une majorité d’opinion forte et déterminée.

4/ Les lobbies de la " droite de la gauche " (Spartacus, les Gracques), relayés par Rocard, Kouchner, Cohen-Bendit, qui ont instrumentalisé et crédibilisé l’opération " ni gauche, ni droite " du centriste Bayrou, entraînant des électeurs de gauche dans une impasse, affaiblissant ainsi la candidature Royal qui de ce fait n’a pu être en tête au 1er tour ou se rapprocher du score de son adversaire, ce qui aurait changé la configuration de ce second tour.

5/ L’opération Hulot, pilotée par certains militants de gauche (ex-Verts, ex-extrême-gauche, ex-socialistes) qui a enlevé à la gauche un thème de campagne très important où Royal aurait pu exceller.

6/ La gauche de la gauche qui a cru naïvement rééditer son " coup " de mai 2005, chacun pour sa propre chapelle. Même la LCR qui avait pourtant posé des règles claires à ce rassemblement s’est laissé enfermer dans cette idée illusoire qu’un rassemblement était possible sans débattre au fond du programme et des objectifs d’une candidature unique. C’est moins le vote utile que cette absence de projet alternatif au PS qui a abouti à l’effondrement de la gauche de la gauche, affaiblissant d’autant la gauche dans son ensemble par rapport à une droite sarkosiste qui avait, elle, parfaitement défini sa cible (l’électorat lepéniste) en y mettant tous les moyens.

Quant à Royal, elle a fait ce qu’elle a pu, malgré tout, et si, par aventure, elle parvenait à gagner, cette victoire elle ne le devrait qu’à elle seule.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu