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27/05/2007

La leçon du professeur Allègre

Claude Allègre aime bien donner des leçons à ses étudiants, aux enseignants, aux experts de l’environnement. Ministre du gouvernement Jospin (son ami), il a dû démissionner après s’être mis à dos les syndicats et une bonne partie des enseignants. Membre du parti socialiste, mais militant discret, il n’a participé à aucun débat important de son parti et n’a fait aucune proposition concernant son domaine de prédilection : l’université et la recherche. Il s’est surtout signalé ces derniers mois par ses prises de positions pro-nucléaires et pro-OGM et son opposition radicale à tous ceux, dont une bonne partie de la communauté scientifique, qui s’inquiètent des conséquences pour l’Humanité du réchauffement de la planète, dont il conteste d’ailleurs l’origine humaine. Il s’est enfin fait remarquer, au cours de la campagne présidentielle, par son animosité persistante vis à vis de la candidate de son parti, jugeant qu’elle lui semblait parfaitement incompétente pour devenir présidente. Cet " homme de gauche " (c’est lui qui le dit) est également éditorialiste au Point.

On a également beaucoup évoqué le nom de l’ancien ministre et chercheur de réputation internationale pour devenir ministre du premier gouvernement Fillon de la nouvelle présidence Sarkozy. Finalement l’affaire ne s’est pas fait, Claude Allègre ayant décliné l’offre, prétextant qu’il ne pouvait s’engager à être solidaire de l'ensemble de la politique gouvernementale. Après ces petites trahisons, l’homme aurait pu se taire et retourner à ses recherches dans lesquelles il s’est, dit-il, beaucoup investi ces derniers temps. Et bien non. Son parti étant au plus bas après cette défaite, Claude Allègre enfonce le clou : " il faut que le PS arrête avec l'opposition frontale pratiquée par François Hollande. Cela conduit à la catastrophe. Il faut que le PS ait le courage de dire : "Nous serons l'opposition, mais chaque fois que des projets seront bons pour la France, nous les voterons. "

Chacun est libre de ses idées. Mais si Claude Allègre pense que des convergences sont possibles entre le PS et le nouveau gouvernement, il n’est pas le seul à l’avoir remarqué. Depuis des années l’extrême-gauche, que Claude Allègre ne porte pas dans son cœur, le dit aussi ; et plusieurs fois une partie de l’électorat sanctionna précisément la gauche pour ces raisons là. François Bayrou également au cours de cette campagne s’éleva contre cette opposition des deux blocs de la gauche et de la droite. En proposant entre les deux tours une ouverture au centre, Ségolène Royal donna à penser que finalement entre la gauche et la droite les ponts n’étaient pas totalement coupés. Enfin, Nicolas Sarkozy lui-même en proposant plusieurs postes de ministres à des membres éminents du Parti socialiste comme Eric Besson et Bernard Kouchner, partagerait donc aussi ce point de vue.

Bref Claude Allègre ne dit rien d’original. Seulement, comme il n’a pas sa langue dans sa poche, il va bien plus loin dans le déni des clivages. L’important, selon lui, ce sont les COMPETENCES : " Hollande a été un ami. Mais là, je suis vraiment fâché contre lui. Il nous a pris pour des imbéciles. Il a accumulé les combines, pensant qu'il finirait par être désigné candidat. Il croyait que Royal allait s'arrêter. Elle n'a pas le talent nécessaire, mais une niaque pas possible. Mitterrand puis Jospin avaient su, avec les groupes d'experts, attirer des talents. Hollande, lui, a préféré s'entourer de magouilleurs incompétents. On reste confondus d'apprendre que le PS n'a rien demandé pour élaborer son programme à des gens comme Martin Hirsch, Jacques Attali, Hubert Védrine, Bernard Kouchner, Denis Olivennes et tant d'autres, tous membres du PS. Le parti a fait de l'incompétence le gage de la démocratie, Ségolène disant même : "Nous n'avons pas besoin d'experts !" Sarkozy a, lui, récupéré les compétences, en ayant le courage d'affronter ses partisans. Que Jean-Pierre Jouyet, le meilleur ami de Hollande soit passé chez Sarkozy, c'est symbolique. "

Notons que tous ces " talents ", ces " experts ", repérés et utilisés par Mitterrand et Jospin et cités à ce titre par Claude Allègre ont tous été approchés par le nouveau gouvernement et que certains d’entre eux en font aujourd’hui partis. Ainsi pour Claude Allègre l’important ce serait moins les idées, les valeurs, le programme, les couches sociales que l’on défend que les COMPETENCES.

"  COMPETENCES " fut le leitmotive de cette campagne. On trouva tous les défauts de la terre à Ségolène Royal, mais dès le début ses " amis " DSK, Fabius et bien d’autres jugèrent qu’elle était surtout illégitime à ce poste, parce que ne réunissant pas les COMPETENCES nécessaires. La droite s’empara avec délice de telles attaques " ad nominem ". Bayrou, qui partageait très certainement ce point de vue, aurait bien vu, s’il avait été élu, un gouvernement réunissant toutes les COMPETENCES, de gauche comme de droite, avec DSK, par exemple comme Premier ministre. On aura même entendu lors de la composition du gouvernement Fillon, Nicolas Sarkozy expliquer que les COMPETENCES passeraient avant les amitiés et les fidélités.

En 1993 puis en 2002 la gauche parlementaire subit très certainement deux défaites électorales parmi les plus cuisantes de son histoire (celle de Deferre en 1969 étant hors concours). Ces élections (des législatives et une présidentielle) étaient consécutives à l’exercice de deux gouvernements de gauche : celui de Pierre Bérégovoy et celui de Lionel Jospin. Deux compétents illustres, tout autant que Giscard, Barre, Rocard, Fabius ou Balladur… Les cimetières électoraux sont pleins de gens compétents.

Que cache cette vieille antienne ? Indubitablement, les COMPETENTS sont ceux qui parlent la langue dominante : ils sont européens convaincus ; ils ne souffrent pas que l’on remette en cause l’économie de marché (le capitalisme) et disent que la mondialisation est une chance, même s’ils en critiquent certains excès ; ils souhaitent maintenir le scrutin majoritaire à deux tours (même si parfois ils disent vouloir y instiller une dose de proportionnelle) et le caractère présidentielle du régime ; ils sont pour le nucléaire qui nous assure une indépendance énergétique ; pour réduire les déficits budgétaires et la dette publique qu’ils ont contribué à creuser. Bref ils ne souhaitent que notre bien mais à leurs conditions. On connaît le résultat : chômage de masse, précarisation du travail, accroissement des inégalités… Les COMPETENTS se suivent et se ressemblent.

Mais il ait une autre conséquence, moins visible de cette conception du gouvernement des experts (vraie fumisterie tant les incompétents notoires sont légions dans les allées du pouvoir). Les deux partis dominants n’ont d’autres ambitions, une fois battus par leur électeurs, que d’y revenir. C’est ce que l’on appelle l’alternance. Le PS était ainsi convaincu que, cette fois-ci, c’était son tour. Ainsi, au lieu de faire le bilan de son échec de 2002 et d’en tirer toutes les conséquences, les sommités socialistes n’avaient qu’une idée en tête : le partage du gâteau, le meilleur d’entre eux héritant du trône présidentielle.

En 1970, celui qui était alors à la tête du PS et que les socialistes rejetèrent au profit de François Mitterrand - omni compétent - avait écrit ces mots, prémonitoires : " Le parti ne considère pas que l'accession aux responsabilités gouvernementales soit le préalable absolu à la réalisation de ses objectifs. Il sait qu'un parti socialiste peut exercer une grande influence en RESTANT DANS L'OPPOSITION, alors qu'une participation gouvernementale, fondée sur des compromis sans principes, n'engendre que l'échec, le découragement et la désillusion. " Il s’appelait Alain Savary.

Commentaires

pas la peine d'aller dans les allées du pouvoir pour trouver des incompétents... laa liste est longue dans les ministres actuels

Écrit par : marc | 28/05/2007

Je comprends que un écologiste comme Allègre puisse être pro-nucléaire,ce qui permet une indépendance par rapport au pétrôle mais pourquoi est-il pro-ogm sans moratoire?

Écrit par : maurice | 28/05/2007

Entendre Allègre parler de compétence ne peut qu'inciter à la franche rigolade... ou à une crise d'urticaire.

Vous avez rappelé à juste titre ses élucubrations sur le nucléaire, les OGM, le réchauffemetn climatique, il faut aussi se souveneir de ses saillies de vulcanologie (pourtant sa spécialité) (affaire de la Soufrière en 1976), de la polémique avec le Canard enchaîné sur "la chute d'une boule de pétanque...".

Le problème est que pratiquement personne dans les médias dominants n'ose le contredire.

De plus comme son hostilité à l'égard de Ségolène Royal est bien connue, son aura médiatique et la complaisance de beaucoup de journalistes en sont décuplées.

Ainsi dans son interview de Libé, aucune question sur le fait de savoir ce qu'il pense de la lépénisation du discours de Sarkozy.

Écrit par : mbj | 28/05/2007

Royal sur Fr2
http://www.youtube.com/watch?v=Eaj41e8HDWk

Écrit par : Kreelin | 28/05/2007

Allègre ? mauvais politique quand il n'est pas capable de gérer des réformes annoncées, ou alors pourquoi avoir accepté d'être Ministre de Jospin et donner des leçons en permanence? Mauvais scientifique pour s'être opposé et avoir lamentablement perdu contre Haroun Tazieff - non reconnu par la science officielle- lors de l'affaire de la Soufrière.
Dans les deux cas il y a erreur de casting et fuite en avant d'un scientifique perdu dans un archaisme digne de l'inquisition.

Écrit par : Valette Bernard | 29/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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