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25/05/2007

Ecologie : Hulot décomplexe la droite

La plupart des ONG environnementalistes ont été reçu le 21mai par Alain Juppé. Une seule absence à cette rencontre, celle des anti-nucléaires, le veto opposé par le gouvernement à tout débat sur cette question les ayant dissuadé d’y participer. Mais comme dit Nicolas Hulot, qui y était présent : « Enfin, on met de côté nos petits préjugés ». Le nucléaire un « préjugé » ? Fort bien. Pas un mot non plus sur le fait que l’agriculture et l’industrie échappent au contrôle de ce nouveau ministère du « développement durable ». D’ailleurs le gouvernement n’a dans le domaine économique qu’un seul objectif : gagner un point de croissance supplémentaire. Nous avions pourtant cru lire dans le Pacte de Nicolas Hulot que l’objet poursuivi c’était précisément de remettre en cause cette frénésie de croissance destructrice à l’échelle non seulement d’un pays mais de la planète toute entière. Encore un de ces « petits préjugés » certainement.

Il en est avec l’écologie de tout ce que touche Nicolas Sarkozy. Il ose. Souvenez vous. Lors de son premier discours de président élu, au soir même de l’élection, soudainement, lui qui avait été si discret dans ce domaine, au point d’avoir été l’un des plus mal notés par un organisme indépendant, a ses mots en direction des Etats-Unis : « Je veux lancer un appel à nos amis Américains pour leur dire qu’ils peuvent compter sur notre amitié qui s’est forgée dans les tragédies de l’Histoire que nous avons affrontées ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle. Mais je veux leur dire aussi que l’amitié c’est accepter que ses amis puissent penser différemment, et qu’une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique, mais au contraire d’en prendre la tête parce que ce qui est en jeu c’est le sort de l’humanité tout entière. »  

Pas mal de gens se sont dit ce soir là : « Mais quelle mouche écologiste a donc piqué le nouveau président ? » Peut-être auraient-ils dû prêter plus d’attention à ce qu’avait dit ou écrit Nicolas Sarkozy dans ce domaine depuis plusieurs mois, comme ceci en décembre 2006 : « Le développement durable et la défense de l'environnement sont des questions si fondamentales qu'elles ne peuvent être la propriété d'un seul parti politique, fût-il de couleur verte. » Ou encore cela, en novembre de la même année : « L'écologie ne doit plus être une politique d'opposition, mais au contraire de rassemblement. Le développement durable mérite mieux que les discours. Il exige aujourd'hui d'avoir le courage d'agir. Les bonnes idées ne sont ni de gauche ni de droite. Je souhaite maintenant rencontrer le comité de veille écologique, les principales ONG et Nicolas Hulot afin de débattre de ces propositions car il s'agit d'un sujet qui exige une rupture fondamentale. »

Peut-être aussi aurait-on dû évaluer à sa juste place l’intervention de Nicolas Hulot dans cette campagne. Ne participait-elle pas de la même idée qu’en matière d’environnement il n’y a « ni gauche, ni droite » ; qu’ainsi on retrouvait dans les discours du candidat de la droite et dans celle de l’ex-candidat Hulot, une même rhétorique, entonnée également par celui qui fut la surprise du 1er tour, François Bayrou, mais cette fois élargie à tous les domaines de l’action politique. En ayant tout ceci à l’esprit on aurait donc été moins surpris par la teneur de déclaration présidentielle. Tout comme il avait eu en tête depuis des années de réduire l’impact électoral du Front national, il ne pouvait laisser à la gauche un « créneau » aussi porteur comme l’avait prouvé la popularité dont avait jouie le présentateur de TF1 dans de nombreux sondages. Et ce d’autant plus que la candidate Royal n’avait pas, malgré ses intentions, accordé à cette question une place centrale, et que les Verts, réduits à jouer les utilités dans les gouvernements de gauche précédents, ne s’en étaient pas relevés, pour preuve leur effondrement électoral.

Ainsi, Nicolas Sarkozy avait un boulevard devant lui. Mais pour faire quelle politique ? Dans sa tribune du 8 novembre 2006 publiée dans le Figaro, tout y était déjà. Pour la première fois la droite abordait cette question, décomplexée : « Aujourd'hui, les discours rivalisent d'excellence écologique et d'exemplarité. Les Français n'ont pourtant pas à rougir. Les émissions de gaz à effet de serre qui sont à l'origine du réchauffement climatique sont inférieures de 21 points à la moyenne mondiale, en particulier grâce à notre parc nucléaire. Depuis quatre ans, la production d'électricité d'origine éolienne a été multipliée par 14 et la qualité de l'air s'est améliorée de 12 % dans les villes. » A se demander si Nicolas Hulot, en remuant ciel et terre pour se faire entendre dans cette campagne, n’y avait pas été un peu fort. Et Sarkozy de citer quelques exemples à l’appui pour en tirer la conclusion suivante : « Ces quelques exemples montrent qu'au-delà des discours de la gauche, la droite agit et que la situation s'est améliorée. Faut-il rappeler qu'en 2002, la France était pointée du doigt par l'Union européenne car elle n'avait pas transposé 32 directives sur l'environnement ? Nous n'avons plus un seul texte en retard. » La droite aurait donc dépassé la gauche en matière de défense de l’environnement. CQFD

 

Et voilà bien le drame. Souvenons nous de la méthode Hulot et du ton alarmiste qu’il prit pour contraindre les candidats à signer son pacte. Et lisons ce que l’un des conseillers du 1er écologiste de France écrivait en 2005 dans un livre dont le titre est tout un programme : « Comment ne plus être progressiste… sans devenir réactionnaire* ». C’est la conclusion (page 328) : « En dépit de leur opposition historique, gauche et droite se retrouvent aujourd’hui en compétition par rapport au même imaginaire progressiste. Celui d’une croissance destructrice. D’un même mouvement, elles se refusent à prononcer les mots qui fâchent – décroissance, limites, sobriété, modération, écotaxes – et elles n’envisagent de changements qu’à l’étalonnage des mots usés – modernité, développement, progrès, richesses. Les deux blocs historiques forment un obstacle supplémentaire sur un chemin qui en compte déjà beaucoup et il sera impossible d’avancer tant qu’ensemble ils continueront d’aimanter la société et de fossiliser ses aspirations. Gauche et droite, campées dans leur rhétoriques respectives, favorisent l’immobilisme et les conservatismes, elles bloquent les processus de prise de conscience en alimentant des réflexes ankylosés, en entretenant identités et barricades fictives, en tournant obstinément le dos à la nouvelle donne de l’époque. C’est donc leur mort politique qu’il faut hâter, comme celle de toute force réactionnaire. »

 Mais laissons « de côté nos petits préjugés ».

*Jean-Paul Besset, Fayard, 2005

Commentaires

qu'hulot aille faire son voyage sponsoriser par veolia.

sa place n'est pas a donner des leçons d'environnement.

meme e d f co sponsor des emissions de ce monsieur il est permis de l'appeler comme ça.

tallec.roger@gmail.com

Écrit par : tallec | 26/05/2007

Lorsque Monsieur Juppé aura les chiffres du budget de son ministère
lui et les français sauront s'il est effectivement affecté du poids politique qu'il semble avoir
Ou si son ennemi de toujours l'a habilement roulé dans la farine OGM

Écrit par : le bateleur | 26/05/2007

A part ça, que vaut ce bouquin?

Écrit par : valdo lydeker | 26/05/2007

Alain Juppé, super méga ministre, est à l'honneur sur le blog www.thedino.org
Pas moins de trois articles lui sont consacrés dans la dernière semaine, qui s'intitulent “AL1 JUPPE”, “AL2 JUPPE” et “AL3 JUPPE”

Écrit par : ursule | 30/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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