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21/05/2007

Ces « travailleurs que la gauche a délaissés »

Ce fut l’un des leitmotivs de cette campagne et l’un des plus paradoxaux. Voir en effet un candidat d’une droite libérale, soutenu explicitement par les patrons du CAC40 multiplier les appels à la France du travail en des termes presque élogieux, voilà de quoi faire réfléchir. De Gaulle aurait pu se permettre de telles initiatives en son temps, lui qui avait, à la Libération, consolidé ou institué quelques unes des revendications historiques de la gauche comme certaines nationalisations, le droite de vote aux femmes ou la sécurité sociale. Mais Sarkozy, l’ami des Bolloré, Pinault, Bouygue, Dassault et Lagardère, quand même ! C’est un peu comme si les « 200 familles » avaient soutenu le Front populaire.

Les objectifs de ces assauts démagogiques en direction d’un prolétariat dont plus personne hormis quelques « gauchistes » n’évoque encore la mission historique (celle que Marx lui attribuait) sont connus.

En premier lieu ils participaient du principal objectif du candidat dans cette campagne : réduire l’influence électorale du Front national. En effet, on sait que depuis une bonne vingtaine d’années le démantèlement des grandes unités industrielles dans la métallurgie, la sidérurgie, le textile ou la disparition des industries minières (mises en œuvre souvent lorsque la gauche était au gouvernement) et la persistance d’un chômage de masse dans ces vieilles régions ouvrières où elles étaient implantées, ont conduit à un transfert important du vote ouvrier (socialiste et communiste) vers Le Pen. Apparemment l’opération de séduction n’a pas été à la mesure des attentes. C’est le vote ouvrier lepéniste qui a résisté le mieux, si je puis dire, à l’opération de charme. En revanche, Sarkozy a littéralement siphonné les voix des artisans, commerçants et agriculteurs. En quelque sorte « La France qui se lève tôt » aurait été plus efficace que le « Travaillez plus pour gagner plus ! » Il n’empêche que dans le vote ouvrier et employé, le seul endroit où Sarkozy l’emporte c’est parmi les salariés du privé dont la majeure partie travaille dans les PMI-PME. Rien d’étonnant en somme puisque la gauche dans son ensemble (du PS à la LCR) est surtout implantée dans le secteur public.

Nous en arrivons ainsi à la seconde raison de cette offensive. Elle est inscrite dans le programme même de Nicolas Sarkozy. Substituer aux revendications traditionnelles de la gauche, celles du partage du travail et de l’augmentation des salaires par le haut (augmentation du SMIC et indexation des salaires), une tout autre morale sociale résumée dans la formule : « Travaillez plus pour gagner plus ! » Cette formule a son aspect démagogique car on sait très bien qu’une telle mesure (déréglementation et défiscalisation des heures supplémentaires) ne peut être applicable partout comme par exemple aux temps partiels. Mais elle est en revanche parfaitement adaptable aux conditions de travail dans les PME et surtout les TPE. Or le tissu entreprenarial français compte beaucoup de ce type d’entreprises. La dernière raison de cette opération dépendra en grande partie de la réussite de la mise en œuvre et de l’extension de cette mesure.

Cette ultime raison est double et constitue très certainement l’objectif à long terme poursuivi par Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’une part de contraindre le plus possible tout le système d’aides sociales (allocations de chômage, revenus minimum) au minimum possible - c’est tout l’objet des attaques contre l’assistanat -, d’autre part de réduire la part de la fonction publique dans le salariat français (un fonctionnaire partant en retraite sur deux ne sera pas remplacé) en s’attaquant en particulier aux droits acquis dans ce secteur, droit de grève (service minimum) et régimes spéciaux. But de la manœuvre : affaiblir le poids social et politique de ces secteurs et donc de la gauche qui y puise essentiellement ses forces militantes. Bref, l’hommage aux « travailleurs que la gauche a délaissé », c’est la tentative d’opposer à la France « assistée et protégée » (de gauche), une France dure au labeur (de droite). Or nous savons combien la « résistance » du secteur public aux attaques répétées de la droite a permis de maintenir pour l’ensemble du salariat, tout secteur confondu, un système social encore performant. L’enjeu est donc très important, décisif même pour la gauche.

En montant une France contre l’autre, Sarkozy espère ainsi pouvoir faire ce que Thatcher a réussi à obtenir au Royaume-Uni il y a vingt ans : casser la résistance sociale aux exigences du libéralisme économique. Thatcher le fit en brisant les bastions ouvriers des mines. Sarkozy souhaite employer une méthode moins musclée. Il a de nombreux atouts pour arriver à ses fins. La principale étant que la gauche s’est depuis trop longtemps repliée sur ses bastions, allant jusqu’à flatter leur corporatisme, au détriment de millions de salariés qui ont vu leur conditions de revenus et de travail se détériorer. C’est d’abord à une reconquête de ce salariat là que la gauche doit s’attaquer.

Commentaires

Entièrement d'accord.

Écrit par : Setni BARO | 21/05/2007

Très bel article, je suis entièrement d'accord.

Pour info, j'ai sur mon blog (cliquez sur mon nom) un article sur les relations SARKOZY-MEDIAS (notamment avec la nomination d'un proche à la direction de TF1).

Amitiés

Écrit par : vincent.20minutes | 23/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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