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15/05/2007

De Le Pen à Kouchner

Avoir été élu en reprenant une bonne part de la rhétorique du Front national et se payer le luxe d’inviter dans son gouvernement l’un des représentants parmi les plus emblématiques de la gauche des « droits de l’hommisme », il fallait le faire. Avoir signé le pacte de Nicolas Hulot et mettre à la tête d’un grand ministère du développement durable Alain Juppé (qui deviendrait le n° 2 du gouvernement), l’ancien Premier ministre d’un gouvernement qui comprenait François Bayrou, Corinne Lepage et Jean Arthuis, quel pied de nez ! 

Cette triple ouverture aux chiraquiens, au centre et à gauche n’a évidemment rien avoir avec un quelconque soucis de substituer la compétence à la fidélité. C’est à la fois un calcul politique à court terme – les législatives sont dans moins d’un mois – et une obligation à moyen terme. Elue par une majorité réactionnaire, cette présidence ne pourra pas gouverner si elle ne se donne pas les moyens d’élargir sa base sociale. Un indice : selon un sondage récent le nouveau président ne bénéficie que d’une cote de confiance de 57 % ; moins que Mitterrand en 1981 et 1988 ou Chirac en 1995 et 2002 ! Si Sarkozy veut aller vite et bien, il ne peut prendre bille en tête cette population active qui l’a rejeté majoritairement. Il lui faut nécessairement arrondir les angles. Une preuve de plus que la France n’a pas basculé à droite le 6 mai 2007.

Nous verrons bien dans les mois qui viennent si le pari réussit. Nul doute cependant que cette ouverture va momentanément couper l’herbe sous le pied aux parangons de l’ouverture et du « ni gauche ni droite ». Voilà surtout qui relativise cette phraséologie qui cache de plus en plus mal sur le fond toute une série d’accords, à quelques détails prêts, entre la gauche parlementaire, la droite et le centre. A propos d’une autre affaire (la « modernisation » du PS), comment en effet ne pas donner raison à Jean-Luc Mélanchon qui déclarait le 12 mai devant le conseil national de son parti : « On dit que l’alternative à ce que nous avons fait, c’est la social-démocratie et la modernisation. A combien de camarades faut-il rappeler, et aux plus brillants et aux plus constants d’entre eux, toi, mon cher Dominique, que c’est la même chose que la discussion que nous avons eue sur le réalisme de gauche, que je ne sache pas que depuis nous pratiquons le communisme à l’échelon national, que nous avons fait du bolchevisme sous le gouvernement Lionel Jospin, et que ce soit l’extrême-gauche au pouvoir dans les vingt régions que nous dirigeons. »

Le réalisme de gauche ou de droite, vaste question, car chassez le naturel, il revient au galop. Nicolas Sarkozy a une majorité à satisfaire et des objectifs à atteindre : retraite, durée du travail, droit de grève, immigration. D’autres que lui s’y sont cassé les dents. 

Commentaires

Je souscris entièrement à cette analyse. Reste que, pour avancer, il faut donner de véritables et nouvelles bases théoriques, philosophiques, à une pensée politique de gauche. Et que, sur ce terrain, il y a un défaut de travailleurs et de combattants - même si, passé le voile trompeur des médias de masse, on en trouve plus que l'on peut croire.

http://www.lautrecampagne.org/

Mais ces hommes et ces femmes ne sont pas coordonnés, ne travaillent pas ensemble, et c'est l'une des principales faiblesses de cette "gauche" civique...

Écrit par : grellety | 16/05/2007

" il faut donner de véritables et nouvelles bases théoriques, philosophiques, à une pensée politique de gauche."

On va y venir bientôt. Laissons les quelque temps manoeuvrer.

Écrit par : Ajamais | 16/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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