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13/05/2007

« Faire exploser le PS ! » La presse unanime !

Joffrin, Kahn et à leur suite pratiquement tous les journalistes politiques des organes de presse qui ne sont pas dans la mouvance de la droite sarkoziste n’ont plus qu’une chose en tête : inciter, promouvoir, appuyer toutes les initiatives pouvant conduire à ce qu’ils appellent la « modernisation nécessaire »  de la gauche. Ils trépignent devant l’obstacle, éditorialisent sur ce thème à n’en plus finir, sortent livre sur le livre. Même lorsqu’il s’agit d’un reportage sous les dessous d’une campagne, comme dans « La femme fatale », il faut être aveugle pour ne pas discerner l’objectif : « Faire exploser le PS ! », pour reprendre un titre du dernier numéro de Marianne, quitte en l’occurrence à entrer dans les considérations de la vie privée du couple Royal-Hollande. Raphaëlle Bacqué, co-auteur de « La femme fatale » ne cache d’ailleurs pas sa préférence avouée pour DSK (chez FOG aujourd’hui même sur France 5). Rappelons que lorsque Jean-Marie Colombani dans son éditorial d’avant le premier tour appela de ses vœux un second tour mettant en concurrence Sarkozy et Royal, c’était aussi moins par considération pour les deux candidats que parce qu’il lui semblait nécessaire que l’affrontement gauche-droite ait lieu en toute clarté, et qu’ainsi le PS défait n’ait aucune excuse comme ce le fut en 2002.  

Les éditorialistes du Figaro, de L’Express ou du Point ne sont pas en reste pour autant. C’est que la victoire de Sarkozy ne sera pas complète tant qu’il restera une once d’esprit de gauche dans ce pays. Or, loin d’avoir été laminée, la gauche électorale a fort bien résisté à l’offensive de la droite sarkoziste comme l’illustrent les données du vote du 6 mai (« La gauche se cherche » ; « La fiction Sarkozy »). Non seulement l’entreprise de séduction de Sarkozy en direction des « travailleurs que la gauche délaisse » a échoué, mais l’ouverture au centre tentée par Royal n’a guère été probante elle aussi. En y regardant de plus près, nous sommes loin d’une France qui virerait à droite ; du moins pour cette France active, celle qui comptera quand le nouveau gouvernement s’attaquera aux réformes du droit du travail souhaitées par la droite. En réalité nous avons assisté dans ce vote à une RADICALISATION de deux France, plus visible à droite, mais non moins réelle à gauche, car chacun sait que dans le vote Royal il y avait une majorité de voix d’abord hostiles au candidat de l’UMP. On comprend mieux dans ces conditions l’ouverture à gauche tentée par le nouveau président. Il s’agit de donner corps au consensus tacite existant depuis de nombreuses années entre gauche et droite parlementaire sur le plan économique en particulier. Et ce n’est pas un hasard à ce titre que l’invitation tombe sur des Besson ou des Allègre, deux jospinistes, le dernier ayant été le ministre le plus hostile au « pouvoir » syndical dans la fonction publique depuis lontemps.

Trois façons de se défaire de la gauche, du « vieux socialisme », des revendications sociales.

Le première se joue au sein même du PS. En concurrence sur le même créneau : Royal et DSK. L’avantage est aujourd’hui à Royal. Tout en pratiquement l’ouverture au centre, elle a réussi à mobiliser dans son sillage un électorat populaire qui a vu en elle une possibilité de battre la droite et de promouvoir certaines mesures sociales d’urgence, même si elle étaient timides. DSK s’il veut prendre la tête de la rénovation du PS devra aller plus loin, plus à droite encore et remettre en cause les « vieilles recettes ». Mais pour l’instant il s’est bien gardé de dire lesquelles, car l’enjeu c’est aussi de ne pas se mettre à dos l’électorat populaire qui tient à ses acquis et qui en demande d’autres. Autre difficulté pour DSK : Royal fera tout pour que la bataille entre elle et lui ne se fasse pas dans le vase clos du parti.

La seconde entreprise de « dynamitage » se joue au centre. C’est l’opération Bayrou autour du MoDem, le nouveau Mouvement démocrate. Les objectifs sont nombreux : du ralliement de Verts en déroute (20 % de l’électorat Vert a choisi Bayrou au 1er tour) à des socialistes déjà convaincus que la « rénovation » du PS n’est pas pour aujourd’hui (15 % de l’électorat socialiste ont voté Bayrou). Sans oublier ces électeurs sans préférence partisane qui ont été l’apport le plus important au vote Bayrou, hormis les électeurs UDF traditionnels. Première échéance : les législatives. Dans un mois nous en saurons plus sur les capacités de Bayrou à « plumer la volaille socialiste » et à proposer à la droite de la gauche une alternative crédible.

La troisième enfin, réside moins dans la capacité de Sarkozy à rallier dans l’immédiat quelques électrons libres de la gauche socialiste que dans la réussite de sa politique dans le domaine économique et social. Sur la lancée du précédent gouvernement il n’est pas inenvisageable que la croissance soit là et que le chômage continue de baisser. Car nous savons quel est désormais l’objectif. Eric Le Boucher le synthétisait ainsi dans son éditorial du Monde le 6 mai : « Vous trouvez que l'égalitarisme est trop coûteux et que ses excès nous pénalisent ? Votez Sarkozy. » C'est l'enjeu des couches moyennes : gagner en pouvoir d'achat, pour soi, au détriment des couches populaires. Un vrai défi à la promesse de partage et de solidatité, la valeur de la gauche par excellence.

Commentaires

La redéfinition idéologique du PS est une nécessité si les militants et les sympathisants souhaitent réellement participer de l’alternance en 2012. Pour ma part, je ne pense que Royal pourra rééditer le rassemblement des gauches et plus encore en 2012. Encore une fois, elle ne maîtrise pas son cœur de métier. DSK semble plus claire dans sa volonté de définir une troisième voie à la française.

Donc une clarification idéologique est nécessaire. Pour cela, il est nécessaire de définir une doctrine souple sur comment il est possible aujourd’hui de concilier marché et justice sociale.
Et surtout il est impératif de renouveler les dirigeants.

Pour 2012, je ne vois pas Royal, ni DSK. Il faut oser. Il faut une nouvelle garde. Définir une nouvelle frontière : Je crois que Vincent Peillon pourrait se révéler dans les années à venir. Une intuition.

Écrit par : Peckinpache | 13/05/2007

Le PS est poussé à droite. Plusieurs options sont possibles.
La voie Bayrou, une grande force d'opposition "démocrate" dans le sens américain. Impossible en France (et en Europe). Il existe ici un mouvement syndical indépendant, affaibli certes mais vivant et qui a des bastions. Il n’acceptera pas de se soumettre à un parti des classes moyennes.
La voie "social démocrate" ? Tout aussi impossible. Précisément à cause de l'autonomie dont jouit le mouvement syndical. En outre, social-démocratie veut dire compromis avec l'Etat-providence. Cet Etat là est en voie de démantèlement. Il n'y en outre pas de "grain à moudre", que des "sacrifices" à consentir sans compensation. Cette voie là est un leurre. DSK ment quand il l'a propose. C'est un artifice pour réviser le programme dans le sens d'un blairisme à la française.
Il y a enfin la voie Royal. Voie médiane. Certains de ses proches, Chevènement aussi, dévoilent peu à peu leurs batteries. Elle pourrait accentuer certains aspects droitiers de son pacte présidentiel, sur la sécurité, l'immigration. Des pistes. Elle a un sacré avantage par rapport à DSK : elle a désormais une légitimité qu’il n’a pas, celle du suffrage universel.
En fait ils attendent tous de voir ce qui va se passer aux législatives. Rien ne dit que l’UMP aura une majorité écrasante. N’oubliez pas que ce pouvoir est majoritaire idéologiquement et électoralement mais qu’il est minoritaire dans le salariat.
Une nouvelle génération ? Rien ! Il n’y a rien. Ce n’est même pas une question d’hommes ou de femmes, mais d’idées. DSK ressasse les vieilles recettes de la « deuxième gauche ». Trente ans qu’on entend la même musique. Royal est un avatar du Mitterrandisme. Personne au PS pour assumer une voie à la Blair. Et pour cause, elle serait immédiatement rejetée.

Écrit par : Ajamais | 13/05/2007

Que pensez-vous de ce texte :

http://yahoo.bondyblog.fr/news/les-insoumis-de-la-diversite-claquent-la-porte-du-ps

Écrit par : peckinpache | 13/05/2007

Je partage dans les grandes lignes votre analyse. En même temps, je pense qu’il y a une tendance sociologique qui pourrait aller dans le sens d’une adhésion à une troisième voie. Par ailleurs, il ne faut pas surestimer le poids des syndicats. La loi sur le service minimum va passer avec le soutien de l’opinion. Idem pour les retraites (il faut se souvenir de l’échec du mouvement des profs sous Raffarin).

Sur la légitimité de Royal : je ne suis pas convaincu. Elle a été utilisé comme dernier recours par beaucoup de citoyens. Il n’y a pas de véritable adhésion ni en ce qui concerne sa personnalité, ni en ce qui concerne ces réformes notamment en matière économique.

Le PS devra changer ou périr. Et de préférence avec une nouvelle génération qui n’aura pas honte d’être de gauche. Pour le dire vite, nous avons besoin d’un JFK.

Écrit par : peckinpache | 13/05/2007

Je connaissais. Mais il n'y a plus de direction au PS. Combien de temps vont-ils encore tenir comme ça ?

Écrit par : Ajamais | 13/05/2007

Je ne sous-estime ni ne surestime quiconque. Tout comme j’ai pensé, à juste titre, que Royal allait s’imposer au PS il y a un an, contre sa direction, je continue à penser qu’il n’y a pas de solutions à court terme hormis Royal, toutes les autres solutions présentant plus d’inconvénients que d’avantages. N’étant pas au PS, me situant dans la gauche radicale, j’observe et j’attends.

Écrit par : Ajamais | 14/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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