Avertir le modérateur

11/05/2007

DSK ou l'impossible "modèle"

« Mai-81 est venu de loin, d'Epinay, et même de 1969, de la défaite et de la volonté de reconstruction. Il y avait une stratégie, un projet, un parti (…) Je vis la situation comme en 1969 : tout doit être remis à plat, sans tabou. Il faut tout reconsidérer (…) Oui, j'ai dit que pour moi c'est une défaite et certains ont crié au scandale (…) mais je persiste et je signe : c'est la troisième défaite, la plus large que nous subissons depuis le général de Gaulle (…) elle était évitable, nous pouvions l'emporter (…) les Français ont compris qu'on s'éloignait du réel, ils veulent une gauche du réel, efficace, concrète, pas de l'idéologie qui ressasse les solutions d'hier (…) Nous avons été jusqu'à dire, pour certains, qu'on réglerait la question par la CSG (…) Le discours, tous les patrons à la Carmagnole est un discours d'hier. » 

 

Le constat que Dominique Strauss-Kahn trace de la gauche après cette défaite comporte plusieurs inexactitudes et pas des moindres.

 

La première c’est que cette défaite n’a rien à voir avec 1969 où Deferre n’avait obtenu que 5 % des voix. On a déjà fait ici (« La gauche se cherche ») le décompte des voix obtenues par Ségolène Royal et analysé ce vote, il montre très clairement qu’elle a fait beaucoup mieux en voix que Jospin en 1995 (sans parler de 2002) et même que Mitterrand en 1981 et 1988. Mais est-ce comparable ? Evidemment non, ne serait-ce que parce que le corps électoral n’est plus le même. Cependant la composition sociologique de ce vote et les tranches d’âge qu’il a mobilisé montre très clairement que 47 % des Français, et parmi eux la majorité de l’électorat populaire, des jeunes et des actifs a choisi le camp de la gauche.

Deuxième inexactitude, en trois parties : il y avait en 1981 « une stratégie, un projet, un parti ».

Pour ce qui concerne la stratégie (l’union de la gauche), en quoi ce qui s’est passé lors de cette dernière présidentielle diffère-t-elle de 1981 ? DSK sait très bien qu’il n’existe plus désormais de partenaires à la gauche du PS. L’extrême-gauche, contrairement au PCF des années 70-80, ne souhaite aucune alliance de gouvernement, quant à ce qui reste de la gauche plurielle, elle est inexistante. Si donc il avait fallu se trouver des alliés où le PS aurait-il pu les trouver ? DSK ne le dit pas. Pense-t-il au centre ? Et bien qu’il le dise et qu’il nous démontre en quoi une alliance avec Bayrou, qui n’en veut pas, est possible et souhaitable.

 

Sur la question du parti, en effet DSK n’est pas majoritaire au sein du PS. Depuis 2002 il avait cependant tout le loisir de mener sa bataille pour unifier le PS sur ses thèses. L’a-t-il fait ? Non ? Pourquoi a-t-il préféré attendre 2006 ? Aux primaires, il n’a recueilli que 20 % des voix. Ce vote était-il illégitime ? Contrairement à Fabius qui pensa « ancrer le PS à gauche » en s’appuyant sur le vote du « non » au TCE, dont il avait été l’un des initiateurs, DSK a voulu se préserver jusqu’au bout, essayant de jouer au plus fin avec Hollande. Qu’il ne vienne pas aujourd’hui reprocher au 1er secrétaire « l’unanimisme pour stratégie et l'habileté comme méthode ». Qu’il ait cru bénéficier ainsi de la neutralité de Hollande en isolant Fabius, montre pour le moins que DSK est un petit joueur.

 

Le projet, enfin. C’est le meilleur. On sait ce qu’il est advenu du « programme commun », des nationalisations, de la « rupture avec le capitalisme ». Deux ans après avoir été élus, les socialistes de 1981 effectuaient un virage à 180°. Voici le bilan qu’en tirait en 1996 Ségolène Royal dans « La Vérité d’une femme » : « On avait commencé avec l’affirmation des droits de l’homme, l’abolition de la peine de mort, les lois Auroux et la cinquième semaine de congés payés. On terminait sur le mythe du franc fort, de l’inflation jugulée, de l’entreprise triomphante, de la France qui gagne – fût-ce de façon peu recommandable. La gauche était vivante, mais une certaine manière de la représenter était morte sous nos yeux, sans doute par manque de vigilance de notre part. » Avec pour conséquences un chômage massif à 10 %, une extension de la pauvreté, un Front national triomphant.

 

Or ce bilan là, des années Mitterrand aux années Jospin, on attend encore que DSK le fasse plutôt que de feindre de croire que la victoire était possible cette fois-ci, si le PS l’avait choisi plutôt que Ségolène Royal. Quelles sont les fondements d’une affirmation aussi péremptoire ? « Les Français ont compris qu'on s'éloignait du réel, ils veulent une gauche du réel, efficace, concrète, pas de l'idéologie qui ressasse les solutions d'hier. » « Les Français ont compris » qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Que le réel est du côté de Monsieur Sarkozy et accessoirement de Monsieur Bayrou ? Besson et d’autres encore (Allègre ? Védrine ?) ne se contentent pas de le dire, ils virent casaque. Si ce n’est cela, qu’est-ce donc ? Ce discours très « deuxième gauche », entonné dès la fin des années 70 (contre Mitterrand), repris après chaque défaite, on l’a malheureusement vu à l’œuvre. C’est bien pourquoi les socialistes dans leur majorité n’ont pas voulu de DSK, l’ancien ministre de l’Economie du gouvernement Jospin, comme candidat et lui ont préféré Royal.

En fait on voit bien où DSK veut en venir. Il s’agit ni plus ni moins de liquider tout ce qui restait encore des « veilles recettes du vieux socialisme » dans le pacte présidentielle de Ségolène Royal. DSK se réclame souvent à ce propos du « modèle social démocrate ». Mais je ne peux croire que DSK soit mal renseigné. Il sait fort bien que ce « modèle » est aujourd’hui en crise dans toute l’Europe, que ses bases qui reposaient sur deux piliers – un compromis entre le capital et le travail et un accord entre la classe ouvrière et les classes moyennes, accord cristalisé dans l'Etat-providence – sont fragilisées, voire n’existent plus, la mondialisation ayant fait explosé le premier tandis que la montée des inégalités rendait le second de plus en plus aléatoire. D’ailleurs qu’est-ce que le vote de gauche pour Bayrou au premier tour, sinon en partie l’expression d’une tentative de la part de couches sociales moins exposées que d’autres à cette mondialisation, ou qui en profiteraient, d’échapper à cette alliance qui leur pèse et leur coûte. Pourquoi payer pour les plus pauvres, se disent-ils.

On voit que le chemin proposé par DSK est pavé d’embûches et que DSK avance en réalité masqué. Car hormis des généralités (« une gauche du réel, efficace, concrète, pas de l'idéologie qui ressasse les solutions d'hier »), guère de solutions à l’horizon à moins de lorgner sur les deux « modèles » qui « marchent » aujourd’hui : l’anglo-saxon et l’espagnol. Mais « les Français » en veulent-ils ?

Commentaires

Oui, c'est ca !

Écrit par : gongombre | 12/05/2007

Je ne comprends pas bien pourquoi on devrait se gargariser de réunir plus de voix en valeurs absolues ( encore heureux la population croît et avec un tel taux de participation c'est la moindre des choses...).
De plus il ne propose pas de plaquer les solutions de la sociale-démocratie européenne mais de créer un projet social-démocrate "à la française".
Il ne s'agit pas que d'un label qu'il veut ajouter à son projet pour le rendre plus sexy mais d'une conviction profonde défendue depuis longtemps qu'il faut tirer un trait sur l'opposition capital-travail.
Il faut faire du PS le parti de "la domestication ecologique et sociale du capitalisme"(Habermas).
Il faut rompre avec l'altermondialisme.
C'est comme cela qu'on peut gagner les voix du centre et atténuer les inégalités.
Seul DSK peut rendre intelligible des problèmes économiques complexes et y apporter des solutions concrètes et cohérentes.

Écrit par : ben | 12/05/2007

@Ben

Ce que j'ai dit c'est qu'il n'y a plus la place pour une social démocratie classique, que c'est un leurre. La question est : quid des classes moyennes ? Veulent elles encore de cette alliance historique avec la classe ouvrière et pour quels avantages ? Je pense que le vote de gauche pour Bayrou est une alerte. Mais il ne peut y avoir en France un parti des classes moyennes auquel se rallieraient les couches populaires. C'est trop tôt. C'est tout le dilemme de cette "ouverture" au centre.

Écrit par : Ajamais | 12/05/2007

A écouter DSK, et même si j’étais cueilli à froid avec son « je suis disponible », il n’en demeure pas mois qu’au soir de l’élection il a été le plus lucide et le plus clair pour dessiner une ligne politique pour la gauche de gouvernement.

Il ne faut pas exagérer l’effet Royal qui e bénéficié de deux facteurs favorables : le souvenir du 12 avril et la logique TSS notamment chez les gaullistes, l’extrême gauche et une partie des électeurs du centre.

Je pense qu’il est temps de sortir de l’ère des couilles molles, des gens qui n’assument pas. Royal ne pourra réitérer son exploit dans l’avenir. Elle ne maîtrise pas le cœur de métier…donc il ne faut trop vite tomber sur un des rares hommes politiques compétent en matière économique….

Écrit par : peckinpache | 12/05/2007

@peckinpache

"DSK a été le plus lucide et le plus clair pour dessiner une ligne politique pour la gauche de gouvernement."

Quelle ligne ? Il n'en a pas. En plus il a quelque 17 millions de voix de retard sur Royal. DSK est coincé entre Royal et Bayrou. Son espace ce sont les 20 % au PS. C'est pas grand chose.

Écrit par : Ajamais | 12/05/2007

Je pense que le ps devrait arréter de choisir un candidat en ne prenant en compte que l le point de savoir s'il leur plait à eux mais qu'ils devraient réfléchir intelligent (pas à coups de sondages) qui peut réunir un grand nombre de français.
On in'imagine pas le nolmbre de personnes qui ont voté à droite qui auraient voté dsk...
Je doute que face à DSK Bayrou aurait fait 18,5 % au 1er tour.
Je doute aussi qu'au 2ème tour l'enjeu aurait tourné autour de Bayrou.
Quant aux voix de la gauche, le TSS aurait permit quasiment le même report des voix.En quoi DSK n'a t-il pas de ligne?
Il théorise une Social-Démocratie à la française.
S'il n'a pas de ligne, quelle est celle de Royal?

Écrit par : ben | 12/05/2007

Je pense que le ps devrait arréter de choisir un candidat en ne prenant en compte que l le point de savoir s'il leur plait à eux mais qu'ils devraient réfléchir intelligent (pas à coups de sondages) qui peut réunir un grand nombre de français.
On in'imagine pas le nolmbre de personnes qui ont voté à droite qui auraient voté dsk...
Je doute que face à DSK Bayrou aurait fait 18,5 % au 1er tour.
Je doute aussi qu'au 2ème tour l'enjeu aurait tourné autour de Bayrou.
Quant aux voix de la gauche, le TSS aurait permit quasiment le même report des voix.En quoi DSK n'a t-il pas de ligne?
Il théorise une Social-Démocratie à la française.
S'il n'a pas de ligne, quelle est celle de Royal?

Écrit par : ben | 12/05/2007

DSK en novembre, n'oublions pas c'était 20% du PS… C'est peut-être pour cela qu'il a saboté les présidentielles (discrètement dans des dîners d'avocats entre autres) . Il va encore plus loin: c'est maintenant les législatives qu'il sabote. C'est grave. Une réalité: la radicalisation de la G et de la D visible dans l'analyse des chiffres des élections. DSK est hors jeu. Il veut donc détruire la gauche. C'est sordide.

Écrit par : Jocegaly | 15/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu