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04/05/2007

Lynchage !

Kärcher (…) liquider (…) reformater (…) Il nous reste deux jours pour dire adieu à l'héritage de mai 68, deux jours pour renoncer au renoncement. " Applaudissements nourris, cris de joie... "Nicolas, président ! Nicolas Président !" Nicolas Sarkozy exulte et déjà l’on entend ici et là les aboyeurs de la première heure comme les ralliés du second tour nous exhorter au silence, au calme, à la soumission. Ces mots (Kärcher, liquider, reformater..) seraient-ils anodins ? Devraient-ils être mis au compte de simples dérapages verbaux de fin de campagne ? La minutie avec laquelle Nicolas Sarkozy a préparé cette élection, le choix des mots, la fabrication méthodique de ses discours, leur répétition, tout montre qu’il n’en est rien. Le 10 mai 1981 " la majorité politique [avait] rejoint enfin la majorité sociologique ", s’était plu à dire François Mitterrand ; le 6 mai 2007, tout porte à croire que le nouveau président, fort d’un consensus idéologique partagée de la droite de la gauche à l’extrême-droite, aura réussi à renverser les termes de cette équation : minoritaire sociologiquement dans le pays, mais politiquement majoritaire, tel sera le nouveau pouvoir.

Car cette probable victoire électorale de la droite est d’abord et avant tout une défaite idéologique de la gauche. Des " nouveaux philosophes " dans les années soixante-dix aux dernières éructations de l’essayiste Alain Finkielkraut, c’est une profonde révision de l’héritage du mouvement ouvrier (de la Commune de Paris à Mai 68) qui a été faite, consciencieusement, méthodiquement, avec toute la perversité intellectuelle qui sied à ceux qui renient leur jeunesse. Tandis que les socialistes (et les communistes) au pouvoir s’adaptaient à la culture de gouvernement, reniant promesse sur promesse, faisant le sale travail que la droite n’avait pas réussi à faire jusque là, dans les cuisines s’activaient les marmitons de la " contre-révolution ". Il y avait ceux du " Club de l’horloge ", mais ceux-là travaillaient pour leur camp, c’était bien normal. Tout aussi décisifs, encore plus efficaces, furent les premiers travaux de la " Fondation Saint-Simon " qui firent éclore la " Deuxième gauche ". Les chiens étaient lâchés.

C’est au cœur même de la gauche que l’on se chargeait désormais d’éliminer, de nettoyer, de réviser les acquis. Des intellectuels aux journalistes, le témoin ne tarda pas à passer. De "La pensée 68" de Luc Ferry et Alain Renaut à "Vive la crise" (Joffrin, Libération), de main en main, on se transmit le schmilblick. Voici ce que l’on pouvait lire en 2002, à la veille de l'élection présidentielle, sur la 4ème de couverture du livre de Hervé Algalarrondo (journaliste au Nouvel Observateur), " La gauche contre le peuple " : " Depuis trente ans, dans la foulée de Mai 68, est apparue une nouvelle culture, l’angélisme, qui a fait du délinquant la première victime de la société. Délégitimant l’idée même de répression. Les idées de Mai ont façonné un "politiquement correct" auquel chacun a dû se soumettre. Car quiconque s’y oppose est aussitôt dénoncé comme lepéniste. Dans l’intelligentsia de gauche en particulier, le thème de la sécurité est considéré comme foncièrement de droite, pour ne pas dire d’extrême droite. Un constat : jusqu’à ces derniers mois, la gauche n’a pas fait de la lutte contre l’insécurité une priorité. Alors même que ce sont les quartiers les plus défavorisés qui sont les plus touchés. " Sarkozy n’avait plus qu’à ramasser. Emballé, c’est pesé, prêt à servir.

Hier, dans une tribune à Libération, deux acteurs de mai 68, Alain Krivine et Daniel Bensaïd pouvaient ainsi conclure : " Il y a trente ans, à la veille des élections législatives de 1978, Gilles Deleuze avait lu juste dans le jeu des ­ alors ­ nouveaux philosophes. " Les conditions particulières des élections aujourd’hui font que le niveau de connerie monte (…) C’est sur cette grille, ajoutait Deleuze, que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d’entre eux aient été immédiatement contre l’union de la gauche, tandis que d’autres auraient souhaité fournir un brain trust de plus à Mitterrand. Une homogénéisation des deux tendances s’est produite, plutôt contre la gauche mais surtout à partir d’un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C’était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C’est en fonction de cette haine qu’ils ont construit leur sujet d’énonciation : " Nous, en tant que nous, avons fait Mai 68, nous pouvons vous dire que c’était bête et que nous ne le referons plus. " Une rancœur de 68, ils n’ont que ça à vendre. " Cette haine de 68, le candidat Sarkozy en a fait, André Glucksmann et Luc Ferry aidant, sa philosophie électorale. " Mais comme dit la chanson :

Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominie.
Les Maxim’ Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

Commentaires

ben le ps, euh royal a perdu
et c'est ainsi
que faire?

Écrit par : olive | 07/05/2007

Angélisme ou pas, quoiqu'il en soit, de gauche comme de droite, aucun n'ose s'afronter avec la vraie délinquance, celle de quelques petits casseurs, ou de la grande mafia, car elle fait peur à tous...
Tout ces discours ne sont donc que littérature...
On préfère s'en prendre à quelques étudiants qui descendent dans la rue, ou aux braves mères de familles, seules et dépassées, en étant sûr de ne risquer aucune représaille plus ou moins sanglantes.
Ce sont toujours les fragiles, les sans grades désargentés, et honnêtes (eux!), qui paieront pour les vrais durs !!!!
Desparate housewive.
http://pressagrun.20minutes-blogs.fr

Écrit par : Christine STROHL-GRÜN | 07/05/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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