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30/04/2007

Ségolène charmeuse de serpents

Tout à la fois, rencontrer en direct et en public François Bayrou et dialoguer avec lui, rendre hommage à la ténacité d’Arlette Laguiller et la faire applaudir dans un meeting (« J'ai cité son nom en meeting et elle a été acclamée. Les personnalités qui sont cohérentes, qui ont un idéal principal et ne lâchent pas, sont très attachantes. Je ne la voyais pas pour lui demander quoi que ce soit. Juste pour le plaisir de la rencontrer, de la remercier. »), saluer la justesse du slogan de la LCR (« Nos vies valent plus que leurs profits »), confier une mission à José Bové, et suggérer enfin que DSK ferait un excellent Premier ministre, il fallait oser. Ségolène Royal l’a fait.

Le grand écart ? Rassembler au-delà de son camp c’est un impératif pour elle. Je pourrais, moi qui ai voté Besancenot au 1er tour, m’en offusquer, m’insurger même. Je ne le fais pas. Nous verrons ça plus tard. Si la victoire est au bout, finalement nous lui devrons tous une fière chandelle. Et peu importe aujourd’hui les calculs politiciens de ceux qui en profiteront, si elle gagne, pour avancer leurs pions. De toute façon, tôt ou tard, la social-démocratisation du PS se fera, et peut-être pourrons nous en profiter pour rassembler enfin le camp anti-libéral. Mais l’a-t-elle voulu ainsi dès le début ?

Ce n’est certainement pas elle qui a poussé des centaines de milliers d’électeurs de gauche dans les bras de Bayrou. Ils s’y sont précipité malgré elle. Le terrain était préparé de longue date. Par absence de confiance dans les capacités de la dame à "diriger le pays" ou à cause d'un programme jugé encore trop à gauche (un comble quand l’on songe qu’elle fut taxée de « blairisme » au début de son parcours), ces électeurs lui ont forcé la main pour ainsi dire. Rocard, Kouchner et Cohen-Bendit en ont rajouté une louche. On connaît le résultat : un Bayrou à 18,5 %.

Si elle perd, faudra-t-il lui en vouloir ? Ce serait injuste. Avoir eu contre elle, les caciques de son propre parti, puis les trois droites (l’UMP, l’UDF et le FN), et s’en sortir s’en dommage, grandie même, c’est un exploit. Oubliée la nunuche, la Bécassine, la Pimprenelle du Poitou. Il ne lui reste plus qu’une marche à franchir : affronter celui qui voudrait « liquider » l’héritage de mai 1968. Un dernier combat à sa mesure – celui d’une femme libre, en héritière de la libération des femmes initiée par cette grande révolte de la jeunesse, contre le machisme réactionnaire personnifié – elle qui disait fort justement en 1996 : « Je n’ai que rarement observé, chez une femme, de réflexe d’assujettissement à un chef (ou « petit chef ») comme j’en ai vu chez les hommes. Certes, elles sont moins nombreuses, donc l’échantillon de comparaison est moins large, mais il est certain que l’instinct de troupe n’est pas leur fort. » (Ségolène Royal, La Vérité d’une femme, Stock).

24/04/2007

Un cadavre

Feu la " gauche unie " ! Feu la " gauche plurielle " ! Le PS est nu ! Sans le renfort de quelques 5 à 6 % de voix raflées sous la menace du vote utile aux Verts, à LO et au PCF, Royal n’aurait pas fait plus de 20 %. Moins que le score de Duclos en 1969 ! Car si les 6 à 8 % de voix de gauche parties chez Bayrou y sont restées jusqu’au bout, c’est moins sous l’influence des sondages qui donnaient le centriste gagnant au second tour que dans l’idée bien ancrée dans la tête d’une partie de l’électorat de gauche – classes moyennes, cadres, fonctionnaires aisées – que la gauche historique (" archaïque " comme ILS disent), ce n’était plus pour eux : trop sociale, trop étatique, trop service publique, pas assez moderne, libérale, européenne !

L’enjeu de cette élection pour Ségolène Royal s’était de démonter que le PS pouvait échapper à l’alternative, ou social-démocratisation, assumer sans états d’âme son positionnement social-libéral, ou son maintien en l’état, c'est à dire historiquement partagé entre culture gouvernementale et social-réformisme d’opposition. Or si Royal a pu en grande partie réduire la gauche anti-libérale à des miettes (seul Besancenot a résisté), elle n’a pas réussi, c’est le moins que l’on puisse dire, à convaincre son aile droite de la validité d’une telle voie médiane. Contrainte dans l'immédiat à aller puiser dans le réservoir " centriste ", poussée bientôt dans une direction dont elle ne voulait pas, celle de la " social-démocratisation " du PS, elle sait désormais que même, en cas de victoire, elle aura perdu son pari..

En aura-t-on fini pour autant avec la gauche ? Certainement pas ! Evidemment, l’échec du pari de Royal et la victoire de Sarkozy ne peuvent que réjouire tous ceux qui, à gauche comme à droite, désespéraient de voir, comme en 2002, deux petites formations " trotskistes " cumuler 10% des voix, ou, comme en 2005, une gauche antilibérale réussir à imposer un " non " de gauche à une Europe du libre marché. Il ne leur suffisait pas de voir le PCF décliner d’élection en élection, il leur en fallait toujours plus. Eradiquer le " cancer extrémiste ", était devenu pour eux une mesure de salubrité publique. N’oublions pas en effet que dans le vote Le Pen, il y a aussi un vote populaire et protestataire. Et bien, c’est fait disent-ils : Le Pen à 10 % et des " communistes " à 9 % (LCR-PCF-LO-Bové), le plus dur est fait. Ils n’ont même pas versé une larme sur les écologistes. Mais Hulot veille au grain, n’est-ce pas !

On verra bien si la tendance est irréversible. D’abord la " modernisation " du PS ne va pas se dérouler sans drame. Un PS trop à droite dissuaderait les " communistes " en mal de parti de rejoindre l’ex " grande maison ". Nous verrons très certainement aussi le maintien d’un PCF " canal historique ", mais c’est surtout au sein de la gauche radicale que tout va se jouer. Est-il envisageable de voir, à terme, rassemblés dans une même organisation, la LCR, LO, des socialistes, des communistes, des alternatifs et des altermondialistes ? La LCR, en l’occurrence, grâce à son score (près de 1,5 million de voix), a entre ses mains une opportunité historique et un rôle déterminant à jouer. Elle a montré qu’en ne monnayant pas son soutien aux socialistes, même dans une situation difficile, on pouvait être écouté. La preuve en est les très bons scores obtenus par Besancenot dans les zones populaires et ouvrières, du Nord et du Pas-de-Calais par exemple. Les prochaines législatives vont être un premier test très important pour savoir si, ayant tiré les leçons de ce premier tour, la gauche radicale s’engage dans cette voie ou s’en détourne. Attention, l’histoire sert rarement les plats deux fois.

20/04/2007

La gauche attendue au tournant

Colombani et Joffrin se sont passé le mot. Mieux vaut un bon vieil affrontement gauche/droite au second tour qu’un problématique duel droite/droite, ont-ils prêché dans leur journal respectif. Je ne chercherai pas à comprendre les motivations cachées qui ont convaincu ces deux patrons de presse d’en arriver là alors que tout dans leur comportement idéologique les inciterait plutôt à accorder leur faveur au candidat du centre. Mais soit, prenons ça comme l’avertissement de deux " observateurs " influents à tous ceux qui partagent peu ou prou leur point de vue. Faire éclater le PS à ce moment là est mal choisi, attendons le second tour, disent-ils. C’est très explicitement ce que dit Joffrin : " D'autant que le mandat de Royal, au second tour, ne consistera pas à rétablir le vieux socialisme. Mais à le dynamiter ", conclut-il dans son édito.

Merci donc de nous éclairer sur les intentions d’un certain nombre de "soutiens" à Ségolène Royal. Car il s’agit bien de ça. Avec ou sans Bayrou, la cible reste la gauche, la vraie, celle qui ne pactise pas avec le libéralisme, celle du " vieux socialisme ", celle des acquis sociaux obtenus toujours après de grands mouvements sociaux comme en 1936, comme en 1968. Cette gauche là, Colombani et Joffrin n’en veulent plus et ils pensent qu’il vaut mieux que le " dynamitage " se réalise avec un PS entier que défait. D’autres, il est vrai, ont fait un pari différent. L’opération " Mains propres " doit s’effectuer avec Bayrou, mais c’est au final pour en arriver au même résultat.

Il y a en effet deux enjeux à cette élection.

Le premier c’est la constitution d’un bloc idéologique puissant autour de Sarkozy que j’appelle le bloc sarkolepéniste. Son objectif : affaiblir électoralement le FN mais en gardant le " meilleur " de son idéologie pour gouverner, avec une telle majorité, d’une main ferme. En d'autres termes, Le Pen ne sera jamais président, mais ses idées, du moins une partie d’entre elles, risquent bien en effet d’être demain au pouvoir. Claude-Marie Vadrot rapporte cette semaine, dans Politis, ses propos d’un ministre du gouvernement et principal lieutenant de Nicolas Sarkozy : " Avant la fin du mois de juillet, nous aurons profondément changé le pays. Il est terminé le temps où les gens qui se lèvent à midi et vivent de l’assistanat font la loi. Ils vivent aux dépens de ceux qui se lèvent tôt. " Applaudissements nourris par une salle qui doit comprendre, à vue de nez, 80 % de retraités. Nouvelle salve pour la dénonciation d’une " société où l’on punit ceux qui travaillent une heure de plus et où tellement d’enseignants font une règle de l’absentéisme. " Christian Estrosi explique ainsi l’immigration : " On vient chez nous, on profite de tout et ensuite, jackpot, bingo, on est régularisé." (…) Puis, désignant par-dessus son épaule le camp des gens du voyage installés dans un champ derrière la salle municipale dans l’attente de leur pèlerinage chrétien et annuel dans un village voisin, il précise : " Ces gens-là doivent rendre des comptes, expliquer d’où viennent leurs caravanes et leurs grosses voitures. Nicolas Sarkozy au pouvoir les fera tous contrôler et expulser. " Sans commentaires.

Le second enjeu, tout aussi important, c’est la gauche. D’aucun ont cru voir dans la victoire de Royal aux primaires socialistes, la confirmation que le PS s’éloignait encore un peu plus de ses bases, que la voie de la " modernisation ", de la " social-démocratisation ", était désormais bien ouverte. Certains signes de raidissement (à gauche) de la candidate leur ont fait cependant craindre qu’elle ne s’engage pas assez résolument dans cette voie. Le succès " sondagier " et médiatique de la candidature Bayrou leur ait apparu alors comme le moyen de faire pression sur cette " vieille gauche ". Exerçant un véritable chantage (" Tout sauf Sarkozy "), ils ont fait donné de la voix, après quelques mystérieux clubs d’anciens apparatchiks de " gauche " de l’Etat, une ancienne gloire de la " deuxième gauche ", Michel Rocard et le " toujours prêt " Bernard Kouchner. Les deux ont prôné une alliance avec Bayrou, au second tour évidemment, confortant ainsi ces quelques 40 ou 50 % d’électeurs potentiels de " gauche " qui ont fait le choix de Bayrou dès le premier tour qu’ils n’avaient pas fait fausse route et que l’on se retrouverait ensemble, de toute façon, au second tour.

Ainsi, que l’on se situe du côté de ceux qui ont déjà rejoint la droite "modérée" ou de ceux qui s’apprêtent à faire alliance avec elle, l’objectif est le même : " A bas le socialisme ", c’est à dire la lutte contre les licenciements, le combat pour la revalorisation des salaires et des minima sociaux, le maintien des acquis, la défense de notre système de sécurité social, bref la bataille ancestrale pour un autre partage des richesses que celui qui favorise toujours un peu plus chaque jour le capital.

Cet objectif, les ennemis du " vieux socialisme " sont en passe de le gagner. Mais il reste une autre gauche, qui ne désarme pas. Cette autre gauche est malheureusement et absurdement divisée. Vraisemblablement écrasée par le " vote utile ", elle cumulera au mieux 10 à 12 % des exprimés. C’est peu. Mais dans cette élection et pour la suite, ces 10 ou 12 % vont peser lourd. Très lourd. D’ailleurs, pour la première fois, à ma connaissance, dans une interview télévisée, Ségolène Royal a reconnu qu’elle prenait en compte certaines des revendications de cette gauche radicale. Les socialistes ne devront pas oublier ceci au moment du grand choix : la gauche, c’est un peu encore eux, c’est aussi et surtout NOUS.

07/04/2007

« Ordre, travail, sécurité »

La convergence entre Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers sur l’identité française, l’immigration, le travail et la sécurité est l’élément le plus marquant de cette campagne. Cette fois-ci il ne s’agit plus d’un flirt momentané, pour des besoins strictement électoraux, avec les thématiques récurrentes depuis vingt ans de l’extrême-droite, mais bel et bien d’une tentative pour construire à terme un véritable bloc idéologique dont la droite a besoin pour mener à bien ses réformes libérales.

Les experts parlent depuis longtemps déjà de " droitisation " de la société française, insinuant que la gauche elle même serait touchée par le phénomène. Il est vrai qu’il est tentant de voir dans certaines formulations de la candidate socialiste, de la proposition, au tout début de sa campagne, d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires jusqu’à la réintroduction de la Marseillaise dans ses meetings en passant par la " valeur travail " et " l’ordre juste ", l’illustration d’une telle inclinaison.

On peut aussi en donner une toute autre lecture. Ces mesures et ses formules seraient, pour Ségolène Royal, autant de contre-feux, certes mal conçus, parfois ambiguës, souvent flous, mais néanmoins nécessaires pour faire face à l’offensive tous azimuts du camp d’en face. En d’autres termes, Ségolène Royal en serait arrivée à la conclusion, après une réflexion d’une dizaine d’années, que les réponses économiques et sociales que la gauche avait données jusqu’ici à la crise de la société française, ne pouvaient suffire à la résoudre. Pour elle l’échec de Jospin en 2002 n’avait pas d’autre explication.

Ce positionnement qui a recueilli l’assentiment de son parti, grâce en partie à un mouvement d’opinion très médiatisé, a dû faire face cependant à de très fortes oppositions. En premier lieu dans son propre camp. Si les ténors du parti battus aux primaires taisent aujourd’hui leurs critiques, d’autres sont entrés en dissidence. Un cercle influent d’anciens directeurs de cabinet des Premiers ministres de la gauche (" Les Gracques ") militent même ouvertement pour une alliance avec la droite modérée conduite par François Bayrou. Pour eux la démarche de Royal est un frein, voire un obstacle, à la nécessaire modernisation du projet de la gauche socialiste, à l’instar de ce qui a été fait en Allemagne ou au Royaume-Uni. Le succès de la percée – du moins en intentions de vote – de François Bayrou, montre que cette gauche d’inspiration " blairiste ", est aujourd’hui prête à aller très loin dans sa rupture avec tout ce qui rattachait encore le socialisme français à une certaine tradition.

L’autre opposition, tout aussi féroce, vient de la gauche radicale anticapitaliste. Pour celle-ci, le positionnement " iconoclaste " de Royal n’est qu’un dérivatif. Faute de pouvoir séduire son électorat naturel par des mesures appropriées à la hauteur de l’urgence sociale, mesures incompatibles avec l’option social-libérale prise depuis longtemps par le PS, la candidate socialiste en serait réduite à ces expédients, flirtant ainsi, même si c’est à la marge, avec des idées très éloignées du vieil idéal socialiste. Bref, avec Royal, la boucle est bouclée.

Quelque soit les raisons, parfaitement justifiés de leur point de vue, des partisans d’un aggiornamento du PS, d’une part, et de la gauche radicale, d’autre part, aucun n’explique cependant le relatif succès de Ségolène Royal (ou son relatif échec). Pourquoi, pourtant fort de l’expérience d’une vingtaine d’années passées au pouvoir, la " gauche moderniste " n’a-t-elle pas réussi à imposer sa voie social-démocrate ? Pourquoi la gauche radicale, pourtant portée par le succès du vote " noniste " n’est-elle pas arrivée à s’unir et pourquoi ne recueille-t-elle, au mieux, que 10 % d’intentions de vote. Le pression du vote utile et la querelle autour des alliances après élections avec le PS n’expliquent pas tout. En fait ni les uns ni les autres n’ont pris la mesure du désarrois dans lequel se trouve aujourd’hui la gauche.

Ce qui est en cause, c’est la vieille idée sociale, celle qui fut forgée au tournant des 19 et 20ème siècle et qui vit aujourd’hui ses dernières heures. Née avec la révolution industrielle, portée par un prolétariat concentré dans de grandes unités de production, elle se cristallisa à son zénith dans l’émergence de l’Etat-Providence. Depuis une vingtaine d’année cet Etat est en cours de démantèlement. En Europe, c’est en France où la résistance est la plus grande. Pour s’attaquer en profondeur aux acquis sociaux garantis par ce qui reste d’Etat-providence, la droite parlementaire a non seulement besoin d’alliés, ne serait-ce que pour se maintenir au pouvoir, mais également d’un fort consensus populaire, ce qu’elle n’a jamais réussi à obtenir jusqu’ici.

Au-delà de la victoire d’un homme assoiffée de pouvoir, brutal et violent, c’est la constitution ou non de ce bloc idéologique fortement hostile à toute idée de partage et de solidarité qui est le principal enjeu de cette élection. La France sarkolepéniste est en marche. La gauche désarmée, incapable de répondre aux nouveaux défis, n’a à opposer à cette offensive que les miettes de son vieux programme. Sarkozy, à l’instar de Thiers après la Commune, pourra bientôt faire afficher dans toutes les communes de France : " l’ordre, le travail, la sécurité " sont rétablis.

04/04/2007

L’homme tranquille et les cités de la peur

Ils se sentent envahis par les Maghrébins et les Noirs, et le diront dans les urnes, avec fracas, le 22 avril. Dans le quartier de la gare de Creil, ces "petits Blancs" – retraités, employés, ouvriers – montrent dans la rue les jeunes des "cités" au volant de voitures de sport, évoquent les "kebabs" qui se multiplient dans la ville, parlent des émeutes de 2005, des insultes antifrançaises, de l'insécurité… Cinq ans après avoir voté pour Jean-Marie Le Pen, la plupart sont prêts à recommencer, parce que "rien n'a changé". "

C’est ainsi que commence le reportage de Luc Bronner dans Le Monde d’aujourd’hui.. Le journaliste poursuit : " Dans cette ville où le candidat du Front national avait obtenu 23,7% des voix en 2002, le terreau sur lequel M. Le Pen a prospéré est resté le même. "Il y a trop d'immigrés et la sécurité ne s'est pas améliorée, quoi qu'en disent les statistiques. La démocratie commence par la liberté, le droit de ne pas raser les murs et de ne pas se faire traiter de raciste", explique, en exigeant un strict anonymat, un fonctionnaire de l'éducation nationale à la retraite. Il votera, comme en 2002, pour Jean-Marie Le Pen "sans hésitation". "

La suite est de la même eau. Un simple constat, pas d’analyse, pas de commentaire, une " réalité " brute décrite unilatéralement du seul point de vue de ces " petites gens " qui " disent avoir l'impression de devoir baisser la tête ou modifier leur propre comportement face aux "immigrés". " On les plaindraient presque. Ils appartiennent très certainement à cette France " qui travaille " face à l'autre France, celle "de la fraude, de la délinquance et de l'assistanat ", selon la formule de Nicolas Sarkozy : " Ne plus retirer d'argent au distributeur automatique lorsque la nuit tombe à cause de la délinquance venue des "cités". Eviter les rues jugées dangereuses. Ne pas klaxonner une voiture conduite par des "jeunes de banlieue" par crainte d'être agressé. Il faudrait aussi pouvoir mesurer l'impact électoral des "bandes" qui traînent dans les transports en commun. Combien de voyageurs qui modifient leur itinéraire dans les couloirs ou qui changent de wagon pour éviter de croiser des "racailles "?"

Que dire après ça, sinon qu’il a bien raison Jean-Marie Le Pen d’en faire le minimum puisqu’on lui sert la soupe à domicile. Luc Bronner en convient : " Jean-Marie Le Pen n'a pas besoin de parler ou d'apparaître dans les médias. Ceux qui sont susceptibles de voter pour lui ne suivent pas sa campagne : sans l'écouter, ils ont retenu depuis longtemps son message sur la défense des Français et le rejet de la classe politique actuelle. Un ressentiment qui frappe plus durement la gauche, accusée de privilégier les immigrés sans papiers et de se désintéresser de leurs difficultés de "pauvres Français"."

L’honnêteté aurait peut-être été que l’on aille voir aussi en face. Comment ces " petits blancs " sont-ils perçus par ces… Mais par ces quoi au juste ? Qui sont-ils " ces " noirs ", ces " Maghrébins " sans visages ? Des jeunes ? N’ont-ils pas de parents ? Et si oui, qui sont-ils ? Des étrangers, des Français ? Travaillent-ils ? Comment vivent-ils ? Combien sont-ils ? C’est toute l’ambiguïté d’une telle description qui n’apporte aucun démentis aux propos qu’elle rapporte, comme si tout était vrai, vérifié, justifié, coulé dans le bronze. Le journaliste dit d’ailleurs à un moment dans son article : " Le vote de ces électeurs n'est pas idéologique. " Que veut-il dire par-là ? Que ces électeurs n’adhèreraient pas à l’idéologie " lepéniste " ? Soit, mais alors ? Le titre de l’article amorce une réponse : " Peur, sentiment d'humiliation : le terreau du vote Le Pen. " Et rien dans cet article pour nous en dissuader.

03/04/2007

Royal fait du surplace

Ségolène Royal doit-elle calmer le jeu ou contrer fermement les déclarations de Sarkozy accusant la gauche d’être conciliante avec la délinquance ? Déjà, en répliquant par son ode à la nation, au drapeau et à la Marseillaise, la candidate socialiste s’était lancé, tête baissée, sur un terrain difficile, piégé. Certes il fallait qu’elle le fasse mais très certainement pas en ces termes. Après " l’affaire de la gare du nord ", Sarkozy en remet une louche. Elle lui demande de maîtriser ses nerfs. C’est gentil, mais ça manque de férocité. C’est à peine si la réplique est reprise par les médias. Et pendant ce temps là Sarkozy et Le Pen engrangent des points, tandis qu’elle piétine.

L’extrême-gauche est montée au créneau sur cette affaire du drapeau et a sermonné Royal. L’extrême-gauche considère – et elle n’a pas tort – que cette " affaire " est une diversion. Que c’est une manière de ne pas parler de l’essentiel, le chômage, les bas revenus. Or pour Sarkozy c’est plus qu’une diversion, c’est une stratégie. Celle de la tension qui a si bien marché en 2002. Laisser faire Sarkozy c’est risquer de voir monter Le Pen si haut qu’il réitère son coup de la dernière présidentielle. En même temps si Royal continue à s’enferrer sur cette question et à ne pas retourner avec force et détermination sur le seul terrain où elle peut faire la différence avec la droite, c’est-à-dire le social, elle va continuer à baisser, au profit précisément de l’extrême-gauche. Il faut donc qu’à la fois elle réplique à Sarkozy sur le terrain de l’insécurité et de l’identité nationale et qu’elle reprenne très vite l’initiative sur le terrain social.

Cette double manœuvre elle a bien du mal à l’effectuer. Sur le thème de l’identité nationale - d’autant plus accolé à la question de l’immigration, comme si l’immigration était un danger pour la cohésion nationale - elle n’a pas eu les mots justes. Elle aurait dû dénoncer cette supercherie, démontrer son caractère profondément réactionnaire. Les historiens qui l’ont inspiré, l’ont mal conseillé. Dans le " non " de 2005, il y avait un " non " à l’Europe libre-échangiste et libérale, mais aussi un " non " à l’Europe tout court, c’est-à-dire un replis identitaire, communautaire, nationaliste. Sur le thème du social, quoiqu’on en dise, ses propositions restent timorées, pas déterminantes pour faire la différence. Sa visite, hier, à des ouvriers grévistes à l'usine PSA Peugeot-Citroën d'Aulnay-sous-Bois " aurait dû être plus qu’un symbole, la preuve qu’elle se rangeait précisément à la hauteur de leurs revendications. Or les leurs vont bien au-delà que ce que son programme préconise.

Ségolène Royal, si elle veut encore garder une chance de l’emporter, doit prendre le contre-pied de la stratégie de Nicolas Sarkozy qui allie replis identitaire et libéralisme économique, c’est-à-dire répondre à la demande sociale tout en refusant très clairement le replis identitaire et nationaliste. Or, actuellement, elle ne fait ni l’un ni l’autre, et c’est pourquoi elle stagne.

 
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