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20/04/2007

La gauche attendue au tournant

Colombani et Joffrin se sont passé le mot. Mieux vaut un bon vieil affrontement gauche/droite au second tour qu’un problématique duel droite/droite, ont-ils prêché dans leur journal respectif. Je ne chercherai pas à comprendre les motivations cachées qui ont convaincu ces deux patrons de presse d’en arriver là alors que tout dans leur comportement idéologique les inciterait plutôt à accorder leur faveur au candidat du centre. Mais soit, prenons ça comme l’avertissement de deux " observateurs " influents à tous ceux qui partagent peu ou prou leur point de vue. Faire éclater le PS à ce moment là est mal choisi, attendons le second tour, disent-ils. C’est très explicitement ce que dit Joffrin : " D'autant que le mandat de Royal, au second tour, ne consistera pas à rétablir le vieux socialisme. Mais à le dynamiter ", conclut-il dans son édito.

Merci donc de nous éclairer sur les intentions d’un certain nombre de "soutiens" à Ségolène Royal. Car il s’agit bien de ça. Avec ou sans Bayrou, la cible reste la gauche, la vraie, celle qui ne pactise pas avec le libéralisme, celle du " vieux socialisme ", celle des acquis sociaux obtenus toujours après de grands mouvements sociaux comme en 1936, comme en 1968. Cette gauche là, Colombani et Joffrin n’en veulent plus et ils pensent qu’il vaut mieux que le " dynamitage " se réalise avec un PS entier que défait. D’autres, il est vrai, ont fait un pari différent. L’opération " Mains propres " doit s’effectuer avec Bayrou, mais c’est au final pour en arriver au même résultat.

Il y a en effet deux enjeux à cette élection.

Le premier c’est la constitution d’un bloc idéologique puissant autour de Sarkozy que j’appelle le bloc sarkolepéniste. Son objectif : affaiblir électoralement le FN mais en gardant le " meilleur " de son idéologie pour gouverner, avec une telle majorité, d’une main ferme. En d'autres termes, Le Pen ne sera jamais président, mais ses idées, du moins une partie d’entre elles, risquent bien en effet d’être demain au pouvoir. Claude-Marie Vadrot rapporte cette semaine, dans Politis, ses propos d’un ministre du gouvernement et principal lieutenant de Nicolas Sarkozy : " Avant la fin du mois de juillet, nous aurons profondément changé le pays. Il est terminé le temps où les gens qui se lèvent à midi et vivent de l’assistanat font la loi. Ils vivent aux dépens de ceux qui se lèvent tôt. " Applaudissements nourris par une salle qui doit comprendre, à vue de nez, 80 % de retraités. Nouvelle salve pour la dénonciation d’une " société où l’on punit ceux qui travaillent une heure de plus et où tellement d’enseignants font une règle de l’absentéisme. " Christian Estrosi explique ainsi l’immigration : " On vient chez nous, on profite de tout et ensuite, jackpot, bingo, on est régularisé." (…) Puis, désignant par-dessus son épaule le camp des gens du voyage installés dans un champ derrière la salle municipale dans l’attente de leur pèlerinage chrétien et annuel dans un village voisin, il précise : " Ces gens-là doivent rendre des comptes, expliquer d’où viennent leurs caravanes et leurs grosses voitures. Nicolas Sarkozy au pouvoir les fera tous contrôler et expulser. " Sans commentaires.

Le second enjeu, tout aussi important, c’est la gauche. D’aucun ont cru voir dans la victoire de Royal aux primaires socialistes, la confirmation que le PS s’éloignait encore un peu plus de ses bases, que la voie de la " modernisation ", de la " social-démocratisation ", était désormais bien ouverte. Certains signes de raidissement (à gauche) de la candidate leur ont fait cependant craindre qu’elle ne s’engage pas assez résolument dans cette voie. Le succès " sondagier " et médiatique de la candidature Bayrou leur ait apparu alors comme le moyen de faire pression sur cette " vieille gauche ". Exerçant un véritable chantage (" Tout sauf Sarkozy "), ils ont fait donné de la voix, après quelques mystérieux clubs d’anciens apparatchiks de " gauche " de l’Etat, une ancienne gloire de la " deuxième gauche ", Michel Rocard et le " toujours prêt " Bernard Kouchner. Les deux ont prôné une alliance avec Bayrou, au second tour évidemment, confortant ainsi ces quelques 40 ou 50 % d’électeurs potentiels de " gauche " qui ont fait le choix de Bayrou dès le premier tour qu’ils n’avaient pas fait fausse route et que l’on se retrouverait ensemble, de toute façon, au second tour.

Ainsi, que l’on se situe du côté de ceux qui ont déjà rejoint la droite "modérée" ou de ceux qui s’apprêtent à faire alliance avec elle, l’objectif est le même : " A bas le socialisme ", c’est à dire la lutte contre les licenciements, le combat pour la revalorisation des salaires et des minima sociaux, le maintien des acquis, la défense de notre système de sécurité social, bref la bataille ancestrale pour un autre partage des richesses que celui qui favorise toujours un peu plus chaque jour le capital.

Cet objectif, les ennemis du " vieux socialisme " sont en passe de le gagner. Mais il reste une autre gauche, qui ne désarme pas. Cette autre gauche est malheureusement et absurdement divisée. Vraisemblablement écrasée par le " vote utile ", elle cumulera au mieux 10 à 12 % des exprimés. C’est peu. Mais dans cette élection et pour la suite, ces 10 ou 12 % vont peser lourd. Très lourd. D’ailleurs, pour la première fois, à ma connaissance, dans une interview télévisée, Ségolène Royal a reconnu qu’elle prenait en compte certaines des revendications de cette gauche radicale. Les socialistes ne devront pas oublier ceci au moment du grand choix : la gauche, c’est un peu encore eux, c’est aussi et surtout NOUS.

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