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07/04/2007

« Ordre, travail, sécurité »

La convergence entre Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers sur l’identité française, l’immigration, le travail et la sécurité est l’élément le plus marquant de cette campagne. Cette fois-ci il ne s’agit plus d’un flirt momentané, pour des besoins strictement électoraux, avec les thématiques récurrentes depuis vingt ans de l’extrême-droite, mais bel et bien d’une tentative pour construire à terme un véritable bloc idéologique dont la droite a besoin pour mener à bien ses réformes libérales.

Les experts parlent depuis longtemps déjà de " droitisation " de la société française, insinuant que la gauche elle même serait touchée par le phénomène. Il est vrai qu’il est tentant de voir dans certaines formulations de la candidate socialiste, de la proposition, au tout début de sa campagne, d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires jusqu’à la réintroduction de la Marseillaise dans ses meetings en passant par la " valeur travail " et " l’ordre juste ", l’illustration d’une telle inclinaison.

On peut aussi en donner une toute autre lecture. Ces mesures et ses formules seraient, pour Ségolène Royal, autant de contre-feux, certes mal conçus, parfois ambiguës, souvent flous, mais néanmoins nécessaires pour faire face à l’offensive tous azimuts du camp d’en face. En d’autres termes, Ségolène Royal en serait arrivée à la conclusion, après une réflexion d’une dizaine d’années, que les réponses économiques et sociales que la gauche avait données jusqu’ici à la crise de la société française, ne pouvaient suffire à la résoudre. Pour elle l’échec de Jospin en 2002 n’avait pas d’autre explication.

Ce positionnement qui a recueilli l’assentiment de son parti, grâce en partie à un mouvement d’opinion très médiatisé, a dû faire face cependant à de très fortes oppositions. En premier lieu dans son propre camp. Si les ténors du parti battus aux primaires taisent aujourd’hui leurs critiques, d’autres sont entrés en dissidence. Un cercle influent d’anciens directeurs de cabinet des Premiers ministres de la gauche (" Les Gracques ") militent même ouvertement pour une alliance avec la droite modérée conduite par François Bayrou. Pour eux la démarche de Royal est un frein, voire un obstacle, à la nécessaire modernisation du projet de la gauche socialiste, à l’instar de ce qui a été fait en Allemagne ou au Royaume-Uni. Le succès de la percée – du moins en intentions de vote – de François Bayrou, montre que cette gauche d’inspiration " blairiste ", est aujourd’hui prête à aller très loin dans sa rupture avec tout ce qui rattachait encore le socialisme français à une certaine tradition.

L’autre opposition, tout aussi féroce, vient de la gauche radicale anticapitaliste. Pour celle-ci, le positionnement " iconoclaste " de Royal n’est qu’un dérivatif. Faute de pouvoir séduire son électorat naturel par des mesures appropriées à la hauteur de l’urgence sociale, mesures incompatibles avec l’option social-libérale prise depuis longtemps par le PS, la candidate socialiste en serait réduite à ces expédients, flirtant ainsi, même si c’est à la marge, avec des idées très éloignées du vieil idéal socialiste. Bref, avec Royal, la boucle est bouclée.

Quelque soit les raisons, parfaitement justifiés de leur point de vue, des partisans d’un aggiornamento du PS, d’une part, et de la gauche radicale, d’autre part, aucun n’explique cependant le relatif succès de Ségolène Royal (ou son relatif échec). Pourquoi, pourtant fort de l’expérience d’une vingtaine d’années passées au pouvoir, la " gauche moderniste " n’a-t-elle pas réussi à imposer sa voie social-démocrate ? Pourquoi la gauche radicale, pourtant portée par le succès du vote " noniste " n’est-elle pas arrivée à s’unir et pourquoi ne recueille-t-elle, au mieux, que 10 % d’intentions de vote. Le pression du vote utile et la querelle autour des alliances après élections avec le PS n’expliquent pas tout. En fait ni les uns ni les autres n’ont pris la mesure du désarrois dans lequel se trouve aujourd’hui la gauche.

Ce qui est en cause, c’est la vieille idée sociale, celle qui fut forgée au tournant des 19 et 20ème siècle et qui vit aujourd’hui ses dernières heures. Née avec la révolution industrielle, portée par un prolétariat concentré dans de grandes unités de production, elle se cristallisa à son zénith dans l’émergence de l’Etat-Providence. Depuis une vingtaine d’année cet Etat est en cours de démantèlement. En Europe, c’est en France où la résistance est la plus grande. Pour s’attaquer en profondeur aux acquis sociaux garantis par ce qui reste d’Etat-providence, la droite parlementaire a non seulement besoin d’alliés, ne serait-ce que pour se maintenir au pouvoir, mais également d’un fort consensus populaire, ce qu’elle n’a jamais réussi à obtenir jusqu’ici.

Au-delà de la victoire d’un homme assoiffée de pouvoir, brutal et violent, c’est la constitution ou non de ce bloc idéologique fortement hostile à toute idée de partage et de solidarité qui est le principal enjeu de cette élection. La France sarkolepéniste est en marche. La gauche désarmée, incapable de répondre aux nouveaux défis, n’a à opposer à cette offensive que les miettes de son vieux programme. Sarkozy, à l’instar de Thiers après la Commune, pourra bientôt faire afficher dans toutes les communes de France : " l’ordre, le travail, la sécurité " sont rétablis.

Commentaires

Vous pourriez vous sentir victime d'ostracisme si je ne vous proposais pas à vous aussi mon petit message:

Bonjour, puis je solliciter l'hospitalité de votre blog pour populariser le message suivant ?

Vous vous plaignez que les partis d'oppositions ménent une campagne bien fade contre le candidat sortant, le ministre de l'intérieur, successeur de Charles Pasqua. Vous craignez l'instauration de la chasse aux sorciéres dans les médias, la création d'un ministére de l'immigration et de l'identité nationale, la liquidation des services publics, les bas salaires pour tous ? La police avec trop plein de pouvoirs et la Justice à deux vitesses ?

En bref, comme moi, vous vivez mieux sans Sarko ?

Alors, internautes, dites le ! Je vous propose le théme, inutile de rajouter un logo de parti, il se veut unitaire et personnel! Bien entendu chacun peut le décliner à sa convenance: sur la recherche, le gaspillage énergétique, une France sans 4*4, que sais je encore. Les artistes soyez les bienvenus, vous pouvez travailler le graphisme, proposer des cliparts plus originaux, contribuer par votre talent à donner à cette campagne un impact maximum !

la suite est ici : servez vous et faites passer !

http://oui-europe.over-blog.com/article-6300985.html

Écrit par : borneo | 07/04/2007

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