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27/03/2007

Bastille-République-Nation

On en aura soupé du drapeau cette semaine !

Autant le dire tout de suite, je n’aime pas les drapeaux, même noirs, même rouges. Je ne suis ni nationaliste, ni patriote. J’appartiens à l’espèce humaine. Je ne me connais pas d’autre identité. Je suis un intégriste de l’espèce humaine au point de détester le mot de " métissage ". Parler de métissage c’est une concession au racisme. Ne sommes nous pas TOUS métis depuis la nuit des temps ?

Quant à la Marseillaise, même si je n’oublie qu’elle fut un chant révolutionnaire (repris par les révolutionnaires russes avant qu’ils n’adoptent l’Internationale), elle ne me fait pas vibrer. Même avec l’Internationale j’ai comme une gêne. Je préfère à tout prendre d’autres chants comme " La Butte rouge ", " Le chant des canuts " ou " Le chant des marais ". Des chants de défaite. La victoire me fait peur.

Ceci dit, je comprends très bien ce qu’a voulu faire Royal et, même si elle s’y est mal pris, même si elle a véhiculé trop de confusion (elle aurait dû récuser le terme même d’identité française), et donc même si elle a fourni à l’adversaire trop de moyens pour, qu’en retour, on fustige ses " errements ", je pense, contrairement à Besancenot et Laguiller que l’on ne peut soupçonner Royal de vouloir céder à Le Pen et Sarkozy. C’est exactement l’inverse qu’elle a souhaité faire et elle s’en est largement expliqué.

Mais la droite a saisi de nouveau la balle au bond. La proposition de Sarkozy de créer un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale étant apparu comme un gros clin d’œil à Le Pen, il fallait bien trouver le moyen de faire oublier que c’était encore une fois l’ancien ministre de l’Intérieur qui avait pris l’initiative d’allumer le feux. Exactement comme il le fit il y a plus d’un an en menaçant de passer au Karcher les banlieues populaires, déclenchant après une bavure de " sa " police une vague d’émeutes. Et comme un fait exprès, " sa " police était de nouveau pris en flagrant délit de zèle au cours d’une " chasse " aux sans papiers. La mariée était trop belle.

Et c’est ainsi que depuis deux jours, il n’est pas un article, du Figaro au Monde, pas une voix de présentateur télé qui ne mettent en avant les remontrances de l’extrême-gauche à la candidate socialiste. Bayrou ayant déjà beaucoup servi, c’est " la gauche de la gauche " qui se retrouve ainsi instrumentalisée. L’extrême-gauche a mieux à faire à prendre la candidate de la gauche comme cible sur ce terrain là. Elle a fait du social son axe de campagne : 1.500 € net par mois immédiatement, 300 € pour tous, non aux licenciements, partage des richesses. C’est là dessus que Royal doit être jugée pas sur cette affaire presque comique de drapeau et de Marseillaise.

20/03/2007

Le paradoxe du « 5ème homme »

Dans cette élection tous les regards vont se tourner définitivement vers les quatre candidats qui font la course en tête. Normal, d’autant que les " petits " candidats n’auront pas grand chose à se partager, entre 10 à 15 % des voix, selon les sondages. Mais dans le cas, fort probable, d’une sélection serrée au 1er tour, il peut manquer aux " grands " candidats quelques centaines de milliers de voix pour accéder au 2ème tour. Pratiquement tous les candidats du bloc des quatre sont dans cette situation. Ainsi, ce sont donc eux, ces petits, qui vont faire l’élection comme en 2002. Parmi eux, le (ou la) 5ème homme (ou femme).

Toujours selon les sondages c’est apparemment Olivier Besancenot qui serait susceptible d’occuper cette place, mais la concurrence sera rude avec Marie-Georges Buffet, José Bové, voire Arlette Laguiller. Bref, cette gauche anti-libérale qui n’a pas réussi à se mettre d’accord pour proposer une candidature commune sera très certainement la clé de cette élection, à condition cependant que François Bayrou ne s’effondre pas, ce qui reste encore possible.

Cette pléthore de candidats à gauche, le fait aujourd’hui avéré que le Front national capte durablement une partie du vote des couches populaires, l’attirance surtout d’un nombre significatif d’électeurs de gauche pour un candidat de droite " dissident ", se traduit par un rapport de force gauche/droite nettement en faveur de cette dernière. A l’évidence, une page est en train de se tourner pour la gauche. Tout a été épuisé : programme commun, union de la gauche, gauche plurielle. Le PS est nu, sans allié de poids, divisé très profondément sur son programme gouvernemental. La candidature de Royal marque la fin d’un cycle ouvert par le congrès d’Epinay en 1971, et constitue l’ultime tentative pour maintenir l’illusion d’une gauche capable encore d’être une alternative crédible.

L’enjeu d’une candidature commune antilibérale a été, à ce titre, très certainement mal interprété. Parce qu’elles pensaient que les jeux étaient faits, que le PS, avait définitivement basculé dans le camp du social libéralisme, à l’image de ce qui s’était passé au Royaume-Uni, et que sa mue social-démocrate était en cours, les formations qui avaient été à la tête du camp du " non " au TCE en 2005 crurent voir s’ouvrir devant elles un boulevard. Le PC, surtout, pensa pouvoir dans ces conditions capter ce vote antilibéral et redorer ainsi son blason pour mieux négocier, si ce n’est une participation à un hypothétique gouvernement de gauche, du moins la préservation d’un maximum de ses mandats aux législatives et aux municipales.

La manœuvre qui consista pour le PC à imposer Marie-Georges Buffet comme candidate unique échoua comme on le sait. Mais la LCR et José Bové, en se retirant du jeu pour ne pas la cautionner, accréditèrent néanmoins l’idée que l’opération pouvait se justifier (du point de vue du PC), au vue de l’enjeu : réaliser un très bon score. Le dernier larron, José Bové, en se présentant au dernier moment, pourtant averti par des intentions de vote très faibles, persista également dans cette même voie d’un gain facile possible. Pour lui aussi, le " coup " apparaissait jouable.

Or, c’était une erreur, fondée principalement sur cette analyse que la gauche " blairisée " s’était trouvé, en plus, une candidate parfaitement conforme à ce qu’elle était devenue. La fuite vers Bayrou d’une partie de l’électorat de cette gauche partisane d’un recentrage du PS et qui ne veut plus attendre, d’une part, et le faible score en intentions de vote dont sont crédités tous ces candidats antilibéraux, d’autre part, montrent qu’il n’en était rien.

Ainsi, cette gauche antilibérale, affaiblie et divisée, risque d’être, malgré elle, la clé de cette élection, alors même qu’elle est, de son propre chef, dans l’impossibilité de peser politiquement sur elle.

13/03/2007

Défiance ? Méfiance !

La défiance à l’égard de la gauche comme de la droite se serait installée à peu près partout dans le corps électoral, du haut du panier aux basses classes. " Cette "dissonance" entre proximité partisane et choix électoral touche, depuis de longs mois, davantage la gauche que la droite. Elle est au cœur de l'actuelle poussée de François Bayrou dans les intentions de vote ", analyse ainsi Pascal Perrineau (directeur du Cevipof).

Apparemment amplifié, mais pas réellement nouveau, ce phénomène s’était principalement jusque là manifesté par l’abstention, puis par un vote de plus en plus important aux extrêmes. Curieusement, on ne parle plus aujourd’hui de l’abstention, bien moins du vote Le Pen et plus du tout du vote à la gauche du PS. Les formations anti-libérales, héros sans lendemain de la victoire du " non " en 2005, les sondages ne leur accordent plus que 8 % d’intentions au grand maximum. Le Pen en revanche est crédité de plus de 13 %, ce qui est bien supérieur à ce qu’on lui accordait à la même époque en 2002. Mais la mode est aujourd’hui au vote Bayrou et à cet électorat volatil ou dissident dont il serait le réceptacle. A vérifier à échéance.

Pas de pronostics hasardeux donc et de prévisions aléatoires, surtout beaucoup de méfiance face à cet engouement soudain, dont on ne remarque l’importance que depuis que les sondages ont propulsé la candidature Bayrou au devant de la scène. Comme s’il fallait une justification théorique à ce qui n’est somme toute que la résultante d’une double division (l'une bien réelle et l'autre encore latente) à l’intérieur des deux grands camps.

On avait en effet traditionnellement depuis 1965 au moins deux candidats à droite à chaque élection présidentielle : de Gaulle et Lecanuet en 1965 ; Pompidou et Poher en 1969 ; Giscard et Chaban en 1974 ; Giscard et Chirac en 1981 ; Barre et Chirac en 1988 ; Chirac et Balladur en 1995 ; Chirac et Bayrou en 2002. Cette dernière confrontation passa il est vrai pratiquement inaperçue. Le candidat centriste, cette fois-là, fit un score (6,84 %) très inférieur à ses prédécesseurs. De plus la présence de Le Pen au 1er tour retint toute l’attention. Néanmoins, cette longue suite de duels à l’intérieur de la droite montre que la division y est une constance et que 2007 n’y échappe pas. Mais alors pourquoi, diantre, présenter la candidature Bayrou comme un événement exceptionnel, jamais vu ?

A cause des intentions de vote à plus de 20 % dont est crédité Bayrou ? En 1969, Poher recueillit au 1er tour 23,31 % des exprimés. En 1995, Chirac obtient 20,84 % (et fut élu). Parce que l’on ne s’attendait pas à ce qu’il puisse concurrencer Sarkozy ? Ce dernier a tout pour lui, l’UMP et pratiquement tout le personnel politique de la droite à sa botte. Mais c’était déjà le cas en 1969 avec Pompidou. Parce que les " médias " auraient tout misé sur un duel au sommet entre " Ségo " et " Sarko " ? Déjà vu aussi de telles mises en scène : en 1988, 1995 et surtout 2002. Parce que Bayrou séduirait des électeurs de gauche ? Vrai, mais son électorat reste très majoritairement de droite. En 1969, le " transfert " de voix de gauche vers Poher (son pouvoir attractif ?) fut certainement bien plus massif.

Il a bien des manière de mettre en avant le succès " présumé" de cette candidature. A ce petit jeu, les politologues font des merveilles. Un morceau de choix, mijoté par Pascal Perrineau : " La "dissonance électorale" s'est renforcée depuis décembre 2006 : elle ne représentait alors que 9 % de l'électorat, en février 2007 elle touche 12,1 % de celui-ci. Cette évolution est largement due à la poussée qu'a connue le "gaucho-bayrouisme" (+2,3 % de l'électorat en deux mois). La dissonance touche de plein fouet la gauche : les électeurs proches des partis de gauche qui ont l'intention de voter à droite sont six fois plus nombreux que ceux qui, se déclarant de droite, choisissent, pour l'instant, un candidat de gauche. La dissonance la plus importante touche des électeurs de gauche qui expriment leur intention de voter en faveur de Nicolas Sarkozy (4,9 % de l'échantillon). Vient ensuite la dissonance gaucho-bayrouiste qui a beaucoup progressé (de 1,5 % de l'électorat en décembre 2006 à 3,8 % en février 2007) suivie, plus loin, de la dissonance gaucho-lepéniste (1,2 % de l'échantillon). Le mouvement de la droite vers la gauche est plus modeste (1,6 %) et profite essentiellement à Ségolène Royal, qui en capte les trois quarts. "

Tout ce verbiage n’est pas sans intention idéologique. Que vise-t-on au final, sinon accréditer l’idée que " les simagrées d'une gauche archaïque et d'une droite impotente finissent par lasser et qu'on en a soupé. " (Claude Imbert dans Le Point le 8 mars 2007), et qu’on en a la preuve. Drôle que Sarkozy se voit désormais affublé du qualificatif " d’impotent ", lui dont la droite attendait beaucoup. Mais est-ce réellement le couple infernal, la " vierge folle " et le " sale bonhomme ", que l’on vise ici ?

Evidemment non. C’est avant tout la gauche qui semble être la cible de cette entreprise. Le but : séparer le bon grain social-démocrate (DSK) de l’ivraie gauchiste (Fabius, Emmanuelli). Un temps on crut que telle était la mission de Ségolène Royal. Même Claude Imbert, peu suspect de sympathies pour la gauche, succomba un temps au charme de celle qui devait amener le PS à faire son "aggiornamento ". Puis tout rentra assez vite dans l’ordre. C’est à Bayrou que l’on confie désormais cette tâche. Devenu en quelques semaines le chef d’orchestre d’un prétendu bouleversement à venir de l’espace politique, il aurait déjà le public pour lui mais pas l’orchestre ou tout du moins pas les principaux pupitres et en premier lieu, le soliste. C’est peu dire que l’opération peut virer assez vite au fiasco.

Certes le PS est divisé, mais rien de nouveau sous le soleil. Depuis la mise en orbite de feu la " deuxième gauche ", on a vu ressurgir pratiquement à chaque échéance le spectre d’une scission. Il est probable qu’elle aura lieu un jour, que le PS ne restera pas en l’état, qu’une défaite de Royal accélérera le processus de recomposition de la gauche avec un PS recentré et une gauche anti-libérale rassemblée, mais de là à penser que Bayrou serait le poisson pilote de ce mouvement, c’est prendre ses désirs pour la réalité. N’en déplaise aux médias qui se sont trouvé, après Sarkozy et Royal, une nouvelle starlette à promouvoir en la personne du Béarnais bégayant

11/03/2007

Cette gauche masochiste prête à la trahison

Je lis et je relis les arguments de ces électeurs qui se disent de gauche et qui s’apprêtent à voter Bayrou. Aucune interrogation sur le programme de l’ancien ministre et chef de fil de l’un des deux partis de toutes les majorités de droite depuis plus de trente ans. Rien sur les couches sociales dont il est l’émanation : artisans, petits commerçants, professions libérales, exploitants agricoles, patrons de PME.

Car il ne sort pas de l’inconnu François Bayrou. On connaît son parcours, sa famille politique (Pinay, Giscard, Barre…). Qu’il n’ait pas de programme, sinon de faire payer aux salariés le remboursement de la dette que lui et ses amis ont creusé ; qu’il n’ait pas d’autre recours, si par aventure il était élu, que de gouverner avec les mêmes qui nous gouvernent déjà depuis cinq ans en ralliant à lui quelques collabos de cette "gauche " prête à toutes les trahisons pour revenir aux affaires… peu leur importe, puisqu’ils y trouveront très certainement leur intérêt.

Non, le seul argument qu’ils ont trouvé, c’est qu’il peut battre Sarkozy. Et pourquoi ? Parce que les sondages le disent. Que Sarkozy et Bayrou partagent grosso modo la même idée de base, faire "suer le burnous " au seul bénéfice du capital, ça ne les dérange pas outre mesure nos ex-électeurs de gauche. Mais pourquoi, diantre, faudrait-il " battre Sarkozy " ?

Est-ce le personnage qui dérange ? " Fraise ", le blogueur niortais, l’archétype du nouveau " militant " socialiste, hostile depuis le début à Royal, déjà presque séduit par Bayrou, il le trouve plutôt gaucho-compatible, Sarkozy : " Pour un peu on se surprendrait à penser que c’est vraiment dommage qu’un tel bonhomme ne soit pas de gauche et en particulier qu’il ne soit pas le candidat du PS. "

Est-ce parce qu’il nous le fait sécuritaire, maîtrisant l’immigration, défendant l’identité française au non des valeurs de la République, de la Nation, de la Laïcité, dernier rempart à face l’ " islamisation " du pays ? Et que tout ce fatras idéologique, porté par quelques ex intellectuels de gauche, – dont je ne suis pas si certain que cela, qu’au final, il ne le partage pas, secrètement – ils lui chercheraient une traduction plus acceptable aux yeux de leur morale petite-bourgeoise ?

Est-ce aussi parce qu’ils craignent que Sarkozy ne déclenche la saine colère de ces pauvres dont ils redoutent par dessus tout les conséquences pour leur standing de vie ?

En Bayrou, ils croient avoir trouvé le sédatif à tous les maux du pays. Le réveil sera d’autant plus rude.

06/03/2007

La gauche face aux droites lepénisées

Avec, selon les sondages, 10 % tout au plus, répartis entre quatre candidats auxquels il faut bien adjoindre les Verts (où les mettrait-on ?), " la gauche de la gauche " ne jouera aucun rôle dans cette élection présidentielle. De ce fait Ségolène Royal se retrouve esseulée face à une droite qui offre tout l’éventail des ressources d’un populisme nourri aux thèmes mis en vogue par le Front national depuis plus de vingt ans.

Longtemps on a accusé Mitterrand d’avoir instrumentalisé le Front National pour diviser la droite. Force est de reconnaître que depuis 2002, Jean-Marie Le Pen travaille désormais – malgré lui – au renforcement du camp de la droite. Ainsi, prétextant reprendre au Front national les bons électeurs de droite égarés, Sarkozy a pu s’imposer en cinq ans comme le meilleur candidat de la droite " républicaine ". Or une grande partie de sa réussite, il l’a doit à son utilisation sans aucune vergogne d’une thématique qui avait été jusqu’ici le quasi monopole de Jean-Marie Le Pen : l’immigration et l’insécurité. Cela suffira-t-il à faire baisser le Front national, nous le verrons bien avec les résultats de cette élection, mais cette politique aura au moins donné à Nicolas Sarkozy une solide assise qui lui permet aujourd’hui d’être toujours en tête des sondages.

Sarkozy n’est pas le seul bon " élève " de Le Pen. Bayrou est le second. Car outre l’insécurité et l’immigration, c’est sur le registre du " ni gauche, ni droite " que Le Pen s’est forgé son succès. Souvenons nous de ces affiches du Front national datant de quelques mois. On y voyait des Français (dont une jeune " beurette ") avec le pouce orienté vers le bas. Le texte de ces affiches était un condensé de l’orientation politique du Front national : " Nationalité, Assimilation, Ascenseur social, Laïcité –GAUCHE/DROITE – Ils ont tout cassé. " Bayrou a repris à son compte cette antienne du lepénisme, l’accommodant à sa sauce personnelle, mais en en gardant l’essentiel : " la gauche et la droite, alternativement, nous ont conduit à l’impasse ". Bref il nous faut, explique-t-il, une politique qui ne s’appuie plus sur les deux partis dominants de la scène politique française. Evidemment, contrairement à Sarkozy, Bayrou ne vise pas systématiquement le public de Le Pen, mais il ne lui en dispute pas moins la place de premier candidat "anti-système".

Mais n’y a-t-il pas eu chez Ségolène Royal une tentation similaire ? On a pu le penser, au début tout du moins, après ses déclarations sur l’ " encadrement militaire " des jeunes délinquants, ou bien lors des primaires socialistes, lorsqu’elle opposait sa méthode " nouvelle " à celle, épuisée selon elle, de ses concurrents. Mais sa posture de " rupture " avait ses propres limites, celle de son camp. Si elle avait persisté dans cette direction, elle aurait immanquablement ouvert la porte à la critique de ces adversaires anti-libéraux. Ainsi, en se recentrant assez rapidement, et naturellement, à gauche, même timidement au regard des critères de la " gauche de la gauche ", elle limitait ses moyens d’aller pêcher dans les eaux troubles du populisme lepéniste.

Dans son dernier interview (dans Le Monde du 5 mars 2007) où elle résume son programme et précise ses priorités, on ne retrouve ainsi pratiquement plus de traces de cette " touche " personnelle qui avait fait ses premiers succès. Plus " d’ordre juste " ou de " valeur travail ",et pas plus " d’encadrement militaire ", comme si ces formules, trop usées déjà, lui apparaissaient désormais inutiles, sans grande efficacité. A la place on a toute la déclinaison d’un programme " social-démocrate " classique, presque banalisé. On comprend dès lors qu’une partie de son électorat qui avait été séduit par ses velléités de rupture avec les anciennes politiques des gouvernements socialistes – du moins pour ce qu'il y avait encore de gauche dans ces politiques – ait été cherché momentanément (ou définitivement ?) refuge chez Bayrou. Mais, dès lors, Ségolène Royal n’a plus d’alternative. Et tout retour en arrière est impossible.

Face à une droite ayant étendu son influence bien au-delà de ses limites sociologiques, la gauche a, sur le papier et au vu des seuls sondages, apparemment perdu la bataille. Pourtant, on vient de le voir à propos du dossier Airbus, il lui reste encore des moyens de renverser la tendance. En réagissant avant tout le monde sur ce dossier, en démontrant que la gauche n’avait pas peur de se confronter aux problèmes industriels, alors même que ses adversaires, dont le gouvernement, semblaient s’en désintéresser, Ségolène Royal a mis le doigt sur ce qui est le maillon faible du programme de ces droites populistes : la question centrale de la relance industrielle, le seul moteur possible d’une croissance durable. D’ailleurs, après quelques jours d’atermoiements, Bayrou, Sarkozy, Villepin et même Le Pen ont fini par réagir.

La dette, les retraites, le pouvoir d’achat, l’éducation, l’emploi, etc. ne trouveront pas de solutions à terme tant que ne sera pas pensé et imaginé une politique de relance industrielle. Que le principal actionnaire français d’Airbus (mais c’est la même chose en Allemagne) – hormis l’Etat – préfère plutôt investir dans les médias que dans l’aéronautique civile en dit long sur les motivations et les intentions du capitalisme français (et européen). La rente financière et les profits à court terme, voilà où sont leurs intérêts. Cet exemple devrait être une alerte, car sans ces grands pôles industriels quel avenir pour les millions de PME, dont une bonne partie est précisément sous-traitante de ces grandes industries ? 

Dans son programme, très justement, Ségolène Royal dit vouloir donner la priorité au développement de ces PME créatrices d’emplois. Mais cette politique ne sera utile et profitable que si par ailleurs on maintient, redynamise par l'investissement et la recherche, et réoriente la filière industrielle française. C’est précisément là où on ne l’attend pas que la gauche doit se montrer la plus inventive et volontariste. La crédibilité du programme de Royal en dépend, et très certainement son élection.

 
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