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13/03/2007

Défiance ? Méfiance !

La défiance à l’égard de la gauche comme de la droite se serait installée à peu près partout dans le corps électoral, du haut du panier aux basses classes. " Cette "dissonance" entre proximité partisane et choix électoral touche, depuis de longs mois, davantage la gauche que la droite. Elle est au cœur de l'actuelle poussée de François Bayrou dans les intentions de vote ", analyse ainsi Pascal Perrineau (directeur du Cevipof).

Apparemment amplifié, mais pas réellement nouveau, ce phénomène s’était principalement jusque là manifesté par l’abstention, puis par un vote de plus en plus important aux extrêmes. Curieusement, on ne parle plus aujourd’hui de l’abstention, bien moins du vote Le Pen et plus du tout du vote à la gauche du PS. Les formations anti-libérales, héros sans lendemain de la victoire du " non " en 2005, les sondages ne leur accordent plus que 8 % d’intentions au grand maximum. Le Pen en revanche est crédité de plus de 13 %, ce qui est bien supérieur à ce qu’on lui accordait à la même époque en 2002. Mais la mode est aujourd’hui au vote Bayrou et à cet électorat volatil ou dissident dont il serait le réceptacle. A vérifier à échéance.

Pas de pronostics hasardeux donc et de prévisions aléatoires, surtout beaucoup de méfiance face à cet engouement soudain, dont on ne remarque l’importance que depuis que les sondages ont propulsé la candidature Bayrou au devant de la scène. Comme s’il fallait une justification théorique à ce qui n’est somme toute que la résultante d’une double division (l'une bien réelle et l'autre encore latente) à l’intérieur des deux grands camps.

On avait en effet traditionnellement depuis 1965 au moins deux candidats à droite à chaque élection présidentielle : de Gaulle et Lecanuet en 1965 ; Pompidou et Poher en 1969 ; Giscard et Chaban en 1974 ; Giscard et Chirac en 1981 ; Barre et Chirac en 1988 ; Chirac et Balladur en 1995 ; Chirac et Bayrou en 2002. Cette dernière confrontation passa il est vrai pratiquement inaperçue. Le candidat centriste, cette fois-là, fit un score (6,84 %) très inférieur à ses prédécesseurs. De plus la présence de Le Pen au 1er tour retint toute l’attention. Néanmoins, cette longue suite de duels à l’intérieur de la droite montre que la division y est une constance et que 2007 n’y échappe pas. Mais alors pourquoi, diantre, présenter la candidature Bayrou comme un événement exceptionnel, jamais vu ?

A cause des intentions de vote à plus de 20 % dont est crédité Bayrou ? En 1969, Poher recueillit au 1er tour 23,31 % des exprimés. En 1995, Chirac obtient 20,84 % (et fut élu). Parce que l’on ne s’attendait pas à ce qu’il puisse concurrencer Sarkozy ? Ce dernier a tout pour lui, l’UMP et pratiquement tout le personnel politique de la droite à sa botte. Mais c’était déjà le cas en 1969 avec Pompidou. Parce que les " médias " auraient tout misé sur un duel au sommet entre " Ségo " et " Sarko " ? Déjà vu aussi de telles mises en scène : en 1988, 1995 et surtout 2002. Parce que Bayrou séduirait des électeurs de gauche ? Vrai, mais son électorat reste très majoritairement de droite. En 1969, le " transfert " de voix de gauche vers Poher (son pouvoir attractif ?) fut certainement bien plus massif.

Il a bien des manière de mettre en avant le succès " présumé" de cette candidature. A ce petit jeu, les politologues font des merveilles. Un morceau de choix, mijoté par Pascal Perrineau : " La "dissonance électorale" s'est renforcée depuis décembre 2006 : elle ne représentait alors que 9 % de l'électorat, en février 2007 elle touche 12,1 % de celui-ci. Cette évolution est largement due à la poussée qu'a connue le "gaucho-bayrouisme" (+2,3 % de l'électorat en deux mois). La dissonance touche de plein fouet la gauche : les électeurs proches des partis de gauche qui ont l'intention de voter à droite sont six fois plus nombreux que ceux qui, se déclarant de droite, choisissent, pour l'instant, un candidat de gauche. La dissonance la plus importante touche des électeurs de gauche qui expriment leur intention de voter en faveur de Nicolas Sarkozy (4,9 % de l'échantillon). Vient ensuite la dissonance gaucho-bayrouiste qui a beaucoup progressé (de 1,5 % de l'électorat en décembre 2006 à 3,8 % en février 2007) suivie, plus loin, de la dissonance gaucho-lepéniste (1,2 % de l'échantillon). Le mouvement de la droite vers la gauche est plus modeste (1,6 %) et profite essentiellement à Ségolène Royal, qui en capte les trois quarts. "

Tout ce verbiage n’est pas sans intention idéologique. Que vise-t-on au final, sinon accréditer l’idée que " les simagrées d'une gauche archaïque et d'une droite impotente finissent par lasser et qu'on en a soupé. " (Claude Imbert dans Le Point le 8 mars 2007), et qu’on en a la preuve. Drôle que Sarkozy se voit désormais affublé du qualificatif " d’impotent ", lui dont la droite attendait beaucoup. Mais est-ce réellement le couple infernal, la " vierge folle " et le " sale bonhomme ", que l’on vise ici ?

Evidemment non. C’est avant tout la gauche qui semble être la cible de cette entreprise. Le but : séparer le bon grain social-démocrate (DSK) de l’ivraie gauchiste (Fabius, Emmanuelli). Un temps on crut que telle était la mission de Ségolène Royal. Même Claude Imbert, peu suspect de sympathies pour la gauche, succomba un temps au charme de celle qui devait amener le PS à faire son "aggiornamento ". Puis tout rentra assez vite dans l’ordre. C’est à Bayrou que l’on confie désormais cette tâche. Devenu en quelques semaines le chef d’orchestre d’un prétendu bouleversement à venir de l’espace politique, il aurait déjà le public pour lui mais pas l’orchestre ou tout du moins pas les principaux pupitres et en premier lieu, le soliste. C’est peu dire que l’opération peut virer assez vite au fiasco.

Certes le PS est divisé, mais rien de nouveau sous le soleil. Depuis la mise en orbite de feu la " deuxième gauche ", on a vu ressurgir pratiquement à chaque échéance le spectre d’une scission. Il est probable qu’elle aura lieu un jour, que le PS ne restera pas en l’état, qu’une défaite de Royal accélérera le processus de recomposition de la gauche avec un PS recentré et une gauche anti-libérale rassemblée, mais de là à penser que Bayrou serait le poisson pilote de ce mouvement, c’est prendre ses désirs pour la réalité. N’en déplaise aux médias qui se sont trouvé, après Sarkozy et Royal, une nouvelle starlette à promouvoir en la personne du Béarnais bégayant

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