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27/02/2007

Gauche de la trouille et droite de la pétoche

Si l’on en croit les sondages, François Bayrou est aujourd’hui, avec 19 % d’intention de vote, très exactement à l’intersection d’une gauche qui ne veut plus rien rendre ou céder au nouveau prolétariat, ces quelques millions d’ouvriers et employés précaires, temps partiel, CDD, intérimaires, du privé ou de la petite fonction publique, et de cette droite qui n’a pas envie que la marmite explose dans le cas où le champion du grand patronat, l’ennemi public n°1 des banlieues, qui veut réglementer le droit grève et baisser les impôts des plus riches, serait élu.

La faute à qui ? A Royal, évidemment, qui persiste à vouloir, même très timidement, redistribuer un peu des richesses créées par leur travail aux travailleurs, ne pas faire de baisse de la dette publique la priorité de ses priorités (en 1880, les socialistes demandaient sa suppression), revenir sur les baisses d’impôts consenties par la droite aux plus aisés, miser sur un redémarrage de la croissance grâce à des investissements lourds dans la recherche et l’éducation, mettre la défense de l’environnement au cœur de ses priorités. Quels crimes !

Ah si le PS avait fait le choix raisonnable de DSK, nous n’en serions pas là, pensent-ils, tous ces gens compétents. Et ils ont raison. Car une fois au pouvoir, Royal devra tenir ses promesses et gouverner avec tous ceux qui ont pris à la lettre sa " démocratie participative ", cette " révolution démocratique " dont elle a tant usé et abusé pour les séduire.

Trop à gauche Ségolène Royal ? Un comble ! C’est qu’avec ces gens là, il n’en faut pas beaucoup. Alors, oui François Bayrou, ça les rassure. Qu’il ait pendant vingt ans gouverné avec la droite, quelle importance du moment qu’il les assure que rien ne changera pour eux. Car ne nous y trompons pas derrière les discours lénifiants sur les intérêts supérieurs de la France (la dette), c’est bien de cela qu’il s’agit. Surtout ne rien toucher à nos avantages, et que les pauvres se démerdent. Qu’ils fassent des études, qu’ils travaillent plus, mais surtout que ces " salauds de pauvres " ne touchent pas à notre magot.

Mais alors pourquoi ne pas voter directement pour Nicolas Sarkozy ? Et bien parce que le champion du MEDEF et du CAC 40, représente le danger inverse à Ségolène Royal. Son projet ouvertement anti-social (réglementation du droit de grève, déréglementation du travail, remise en cause des régimes spéciaux, suppression de plusieurs dizaines de milliers de postes dans la fonction publique…), le rejet qu’il incarne pour une partie de la jeunesse des banlieues populaires, son autoritarisme et l’intention qu’on lui prête de vouloir phagocyter l’Etat, sont gros de conflits et de dérapages, comme on en a connu à la fin de l’année 2005.

La chance de cette gauche de la trouille c’est qu’elle a trouvé une alliée, la droite de la pétoche. Car c’est la peur qui les réunit. D’ailleurs ils sont du même monde : cadres de la haute ou moyenne fonction publique, ou chefs de petites et moyennes entreprises, même standing de vie, mêmes compétences, ils fréquentent les mêmes lieux de vacances, consomment les mêmes produits. Ils sont fait pour s’entendre.

Sauf qu’ils savent bien que, pour l’instant, c’est Sarkozy qu’il propulse à la tête de l’Etat. A moins qu’au dernier moment, ouvertement, dans le PS, il se trouve quelques " courageux " pour appeler à la désertion et à rejoindre le camp du Béarnais. Peut-être faudra-t-il attendre le 1er tour, que le bluff Bayrou se vérifie, pour que l’on arrive à de telles extrémités. " Courageuse ", la droite de la gauche, mais pas téméraire.

Commentaires

Excellent Article !

Écrit par : Richard... | 01/03/2007

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