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25/02/2007

Que veut et que peut l’extrême-gauche ?

Combien y aura-t-il de candidats d’extrême-gauche dans cette élection ? Un(e) ou deux ? Je dis un(e) ou deux et pas trois ou quatre ou cinq parce que je ne peux considérer ni José Bové, ni Marie-Georges Buffet comme en faisant partie, eux-mêmes d’ailleurs n'y tiennent pas. Quant à Gérard Schivardi, cet ancien socialiste qui s’est autoproclamé " candidat des maires " et qui appartient au Parti des travailleurs, sa présence ne serait être qu’anecdotique. Je m’attacherais donc qu’aux deux seuls représentants connus et estampillés de ce courant : Arlette Laguiller pour Lutte ouvrière et Olivier Besancenot pour la Ligue communiste révolutionnaire.

Arlette Laguiller a été une révélation dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Contrairement à Alain Krivine, qui l’avait précédé, elle réussit peu à peu grâce à un langage simple et direct – certains diront simpliste – à cristalliser sous son nom un vote protestataire de gauche qui trouvait d’autant moins de possibilité de s’exprimer ailleurs que les luttes se raréfiaient et que le PCF s’enfonçait dans ses collaborations gouvernementales sans lendemain avec les socialistes. En 2002, la candidature d’Olivier Besancenot, pratiquement dans le même registre, amplifia ce phénomène. Ce sont près de 3 millions de voix qui se portèrent ainsi sur les représentants de la gauche radicale (dont une centaine de milliers pour le candidat du PT) alors que le candidat du PCF n’en obtenait même pas un million. La place importante que prit en 2005 l’extrême-gauche dans la victoire du " non " au TCE a contribué également à installer ce courant dans le paysage politique. Néanmoins, hormis l’élection de Laguiller et de Krivine comme députés européens en 1999, celles de quelque 600 conseillers municipaux en 1995, et celle enfin de moins d’une trentaine de conseillers régionaux en 1998, l’extrême-gauche peine, en dehors de la présidentielle, à stabiliser son influence électorale.

C’est que, contrairement à l’extrême-droite qui, tout en affichant l’intégralité de son programme, aspire à la gestion des institutions, municipales, départementales, régionales, voire nationales, quitte à passer pour cela des alliances et des compromis – localement cette tactique obtint quelques résultats jusqu’aux régionales de 1998 –, l’extrême-gauche n’accorde aux élections qu’un intérêt relatif. Certes ces élections lui offrent depuis quelques années une tribune et une reconnaissance publique inespérée, mais l’essentiel du combat de l’extrême-gauche ne situe pas là mais dans les luttes et les mobilisations sociales. On peut même affirmer que, surtout dans le contexte politique et social présent, l’extrême-gauche n’attend rien de ces élections. Tout au plus une victoire de la gauche pourrait-elle être le prétexte à exiger du gouvernement issu de cette victoire qu’il prenne des mesures d’urgence, plus radicales que celles contenues dans le programme électoral des socialistes, mais l’extrême-gauche ne se fait guère d’illusion, il n’y aura pas de " troisième tour social ".

Les raisons d’un telle positionnement ne sont pas toujours très perceptibles par l’électorat. Lutte Ouvrière, avec Arlette Laguiller, a en fait inauguré une autre manière de faire de la politique pour l’extrême-gauche, affirmant ses différences essentiellement sur la base de revendications que la gauche parlementaire ne pouvait pas reprendre en compte. Cette politique de " surenchère " s’est montré de plus en plus efficace au fur et à mesure que la gauche classique révisait son programme à la baisse et qu’elle acceptait pratiquement toutes les contraintes de l’économie de marché. La LCR, avec Besancenot, lui a emboîté le pas. Ainsi la gauche radicale est apparue plus concrète, plus proche des problèmes quotidiens de certaines catégories de l’électorat, mais en même temps elle occultait peu à peu, sans pour autant la renier, ce qui constitue sa vraie différence avec l’autre gauche : son refus de l’ordre capitaliste et l’affirmation de son seul objectif, l’instauration à terme d’un nouvel ordre économique, le socialisme.

C’est ce " programme maximum " qui explique l’intérêt tout relatif que les révolutionnaires ont pour les institutions. Ils ne refuseraient pas de les occuper s’ils y étaient portés et si le mode de scrutin leur en donnait les moyens mais ça ne serait évidemment pas pour s’associer à la gestion des affaires dans le cadre d’alliances avec la gauche classique, comme c’est le cas actuellement en Italie. Ils continueraient en fait, inlassablement, à y mener la même politique de " surenchère ", dans l’unique but de montrer, par l’exemple, que la gauche parlementaire ayant définitivement accepté les contraintes de l’économie de marché, est de ce fait plus du tout en mesure de promouvoir la moindre réforme susceptible de répondre aux aspirations sociales des salariés. Autrement dit, que ces revendications ne pourraient être satisfaites totalement et pleinement que dans le cadre d’un nouvel ordre économique et social. Démonstration par l’exemple de l’obligation de la révolution.

Ce qui est le plus remarquable aujourd’hui dans cette tactique suivie par la gauche radicale, c’est que si elle est très prolixe sur les mesures d’un plan d’urgence pour satisfaire les revendications d’un certain nombre de couches de salariés, elle met en revanche peu d’empressement à montrer le but. Et l’on comprend pourquoi. Car ce qui apparaissait encore, dans les années vingt et trente du siècle dernier, avec l’exemple de l’URSS, comme une autre voie possible, ne l’est plus aujourd’hui. L’effondrement sans gloire du " socialisme réel ", son exemple désastreux, monstrueux, criminel – même si cette gauche radicale peut revendiquer de l’avoir elle même critiqué très tôt – rend inopérant, dans l’immédiat, toute promotion d’une telle voie. La gauche radicale, amputée pour ainsi dire de ce qui constitue son originalité et sa vraie raison d’exister, est ainsi condamnée pour l’instant à marcher sur une seule jambe et à rester minoritaire – groupusculaire –, incapable dans ces conditions d’être le maître d’œuvre de la construction d’une force anti-capitaliste plus large. C’est ce qui explique en partie que la LCR n’a pu jouer qu’un rôle marginal dans la tentative de rassemblement des forces anti-libérales. Son exigence – parfaitement légitime – que ce rassemblement soit très clair sur son refus de composer avec le PS et les autres formations de la gauche parlementaire, ne pouvait être comprise.

Tant que la gauche radicale n’aura pas fait sur elle même ce travail nécessaire de révision de son programme maximum, tant qu’elle n’aura pas réfléchi dans quelles conditions – et à quelles conditions – une autre voie, un autre mode de développement est possible, elle assistera impuissante à la décomposition du paysage politique de la gauche parlementaire. Les opportunités qui se sont offertes à elle ces dernières années sont encore bien présentes. Tout n’est pas fini. A ce titre le succès momentanée de Ségolène Royal retarde la voie de " blairisation " du PS français, mais pour combien de temps encore. D’autres voies sont possibles, comme celle qui a cours en Italie, où la gauche n’a rien trouvé de mieux que de se donner comme leader un homme politique de droite. Verrons nous bientôt en France un quelconque Bayrou dicter sa conduite à la gauche française ? Ou bien verrons nous plutôt face à un parti socialiste rénové, définitivement " social-libéral ", se dresser une autre gauche authentique, c’est à dire anticapitaliste, capable de rassembler au delà des quelques cercles militants de la LCR et de LO ? Tout est encore possible, rien n'est joué.

Commentaires

J'ai bien lu attentivement tes reflexions sur la gauche en France. C'est très pertinent.

J'ai moi même écrit un article sur mon blog concernant la gauche le 12 octobre dernier. Ma reflexion n'a pas pris une ride depuis. Viens y laisser tes commentaires, je t'en serais reconnaissant de me dire ce que tu en penses.

Cordialement.

Écrit par : Sage Poète | 20/03/2007

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