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18/02/2007

La rente contre l’innovation

Disons le très franchement, entre Eric Le Boucher, l’éditorialiste économique du Monde, et moi, ce n’est pas la franche camaraderie, idéologiquement parlant. Néanmoins, il vient de signer dans son journal un article intéressant (" Ségolène Royal : l’archéo-moderne ") dont je partage bien des points de vue. Je cite longuement :

" Ségolène Royal a des intuitions qui collent à l'air du temps. Il en est ainsi de la "démocratie participative", qui répond à la crise du politique. Cette crise, décrite par l'historien Pierre Rosanvallon, habite Ségolène Royal. Elle sent, elle sait, elle a raison : l'envie de parler, de s'exprimer, de participer, de dire sa vie, est immense à notre époque. TF1 comme les sites Internet (YouTube) en font leur jolis profits. "Il faut écouter les gens" : Ségolène Royal a cassé le moule ancien de la démocratie représentative. Le revers est que la recomposition reste tâtonnante, porteuse d'illusions et que Mme Royal ne les évite pas toutes.

L'autre intuition est économique. On va ici sans doute surprendre, mais la bonne réponse à la grande question de la mondialisation, c'est elle qui la détient. Ecoutez la première partie de son discours de Villepinte : "Nous sommes un pays d'excellence technologique où pas un jour ne passe sans que des hommes et des femmes se lancent pour donner corps à un projet créateur d'activité, de valeur et d'emploi. Je suis reconnaissante à ces entrepreneurs du risque (...). Je sais gré à ces PME qui sont nos premières créatrices d'emploi." "L'inventivité des entrepreneurs doit être reconnue", Mme Royal veut faire de la France un immense "atelier de la création".

Innover, donc. Ecoutez ensuite la troisième partie du discours, concernant l'école. " C'est l'éducation qui tient tout l'édifice", dit la candidate. "Elle sera au cœur de tout et en avant de tout". Et de détailler, de la maternelle à l'université, comment elle veut "donner à tous la même éducation qu'à ses propres enfants". L'école pour rétablir l'égalité des chances, bien sûr, mais aussi, et surtout, pour entrer au plus haut niveau dans "la société de la connaissance".

Face à la Chine, la France doit dare-dare rehausser sa productivité en innovant, elle doit faire naître des PMI conquérantes capables de régénérer son tissu productif et de se substituer aux grandes du CAC 40, qui ni n'investissent ni ne créent plus beaucoup d'emplois en France. Elle doit, c'est l'autre versant de la même exigence, donner aux jeunes Français une forte qualification et un goût pour la création de produits, d'activité, de valeur. Ne cherchez pas : c'est LA réponse à la mondialisation. Il n'y en a pas d'autres. "

A l’inverse Nicola Sarkozy en prend pour son grade, et s’est amplement mérité : " Nicolas Sarkozy, lui, sous l'influence de son conseiller Henri Guaino, s'éloigne du libéralisme pour s'enfoncer dans la nostalgie du capitalisme d'Etat. La suppression des droits de succession en fait, au même moment, le défenseur des fortunes acquises. Bref, économiquement, Nicolas Sarkozy laisse libre le boulevard de la modernité : intuitivement, Ségolène Royal a compris que le couple innover-former lui permettait de l'occuper. "

Dans l’un de mes récents billets (" La gauche malade de l’économie "), j’avais précisément critiqué la gauche (TOUTE la gauche) pour son abandon de la question économique. J’avais cependant fait remarquer qu’il y avait dans le programme de Ségolène Royal des embryons de solutions qui mériteraient qu’elle leur donne plus d’ampleur. Elles portaient précisément sur le couple " innover-former ", comme réponse autrement plus astucieuse et efficiente que le vieil adage, largement émoussé, politiquement et économiquement improductif, " faire payer les riches ". Eric Le Boucher, qui encore une fois est situé à l’opposé de mes convictions, partage ce point de vue. Fort bien.

Pour le reste, je serai moins sévère que Le Boucher. L’archaïsme de Ségolène Royal, c’est, pour moi, moins son soucis de " réduire la fracture sociale ", que je partage évidemment, que le fait que cette louable intention n’a aucune chance de réussir si elle ne s’appuie pas sur une ambition économique affirmée, diamétralement opposée à la " politique du rentier " de Nicolas Sarkozy. Or la presse imbécile, bien aiguillonnée par l’UMP, s’est précipité, tête baissée, dans la polémique du chiffrage, passant sous silence cet aspect essentiel du programme de la candidate socialiste. Depuis il y a eu quelques gros couacs du côté de l’UMP (voir Le Monde sur le chiffrage du programme de Sarkozy). Mais ce n’est certainement pas ça qui va suffire à inverser la tendance.

Commentaires

http://unhumainunevoix.com
Bonjour
voila pour moi la meilleur façon de mettre en place la démocratie.
Merci de faire passer.
cordialement.

Écrit par : bong | 20/02/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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