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17/02/2007

Bayrou, l’autre solution ?

La fiabilité de Nicolas Sarkozy peut-elle être mise en doute ? Challenger sans rival de la droite gouvernementale, adoubé par le patronat, il ne lui resterait plus qu’à obtenir l’assentiment populaire. On appelle ça la démocratie, LEUR démocratie.

Nicolas Sarkozy est entré en campagne depuis pratiquement cinq ans quand, tout nouveau ministre de l’Intérieur, il s’est mis en tête de faire baisser les chiffres de la délinquance. Et effectivement les chiffres ont baissé. Ne mégotons pas sur cette baisse toute relative. C’est sans importance. Il ne faudrait cependant pas oublié que nous avons assisté sous son " règne " ministériel à plusieurs semaines d’émeutes sans précédent dans les quartiers populaires. Ce qui n’est pas rien quand on se veut le champion toutes catégories du maintien de l’ordre. Compte tenu que rien n’a été réglé au fond dans ces banlieues, et que l’animosité de sa population jeune envers le candidat persiste (dans l’immédiat Sarkozy ne s’y risque pas dans ces quartiers, comme s’il craignait un dérapage), on peut se demander ce qui se passerait si, d’aventure, le candidat devenait président.

Mais laissons là pour l’instant le premier flic de France et intéressons nous à l’homme d’Etat promis à la plus haute magistrature. L’ancien ministre du Budget de Balladur, l’éphémère ministre de l’Economie (6 mois) du gouvernement Raffarin, promet de " remettre la France au travail ". C’est son credo et son unique programme. Car sous les promesses électorales diverses et variées, histoire d’endormir le bon peuple, il y a un vrai plan de bataille : réussir là où la droite a toujours échoué dans ses multiples tentatives pour casser les derniers îlots de résistance au libéralisme triomphant.

Ces îlots, tout le monde les connaît : en tête les cheminots et à leur suite la fonction publique. D’où l’acharnement de Sarkozy sur la question des régimes spéciaux de retraite et sa détermination à ne pas remplacer le départ à la retraite d’un fonctionnaire sur deux. De la réussite de ce plan dépend tout le reste. Qu’il échoue et Sarkozy se retrouvera dans la même situation que ses prédécesseurs : Chirac, Balladur, Juppé, Raffarin et de Villepin. N’est pas Thatcher qui veut. Or ce qu’espère le patronat, le grand comme le moyen, c’est qu’on en finisse. Vingt ans que ça dure. Mais cette mission, Sarkozy est-il en mesure de la réussir ? Ses solutions sont elles les bonnes ? L’homme lui-même est-il capable d’aller jusqu’au bout, sans fléchir ?

A droite, désormais, un homme installe le doute, c’est François Bayrou. Il est vrai que l’on ne l’attendait pas dans ce registre. Le Simplet des Guignols pourrait-il être finalement une alternative crédible à la solution Sarkozy ? Il y a quelques mois, il ne devait pas être nombreux dans les milieux patronaux à croire en ses chances. L’UDF n’est pas l’UMP, et puis qu’a-t-il fait au juste en plus de vingt ans de carrière pour mériter une quelconque confiance. Il paraît même que jamais les syndicats enseignants ne se sont sentis autant en confiance que lorsqu’il était leur ministre de tutelle. C’est dire qu’il n’est pas exactement le foudre de guerre souhaité par les éléments les plus combatifs du patronat français.

Et pourtant. La guerre ou l’armistice ? Quelle est la bonne solution pour la droite ? En quelques semaines, si l’on en croit les sondages, l’argument de Bayrou a pris un peu de consistance. Jeudi soir, sur France 2, le Béarnais a même été assez loin dans l’évocation de ce que pourrait être ce gouvernement d’union nationale dont il assure la publicité depuis plusieurs mois. A sa tête il y verrait bien un homme issue de la gauche (" il y a beaucoup d’hommes compétents à gauche "), genre Jacques Delors. Double message. La solution Bayrou inclut une partie de la gauche et exclue la droite ralliée à Sarkozy. Un appel du pied donc à cette gauche social libérale avouée qui ronge son frein après sa mise à l'écart par Ségolène Royal, et un avertissement à l’UMP (et à tous ces UDF qui rallient encore aujourd’hui le camp de l’adversaire Sarkozy) : " vous n’en ferez pas partie ! ", à quelques rares exceptions (Jean-Louis Borloo).

Les chances de réussir de Bayrou sont assez faibles. Actuellement à égalité dans les sondages avec Le Pen, il lui faudrait, pour gagner son pari, distancer ce dernier et obtenir au moins 17 % des suffrages exprimés au 1er tour (c’est lui même qui a fixé la barre à ce niveau) pour être en mesure de contraindre le PS à une alliance au second tour. Chose envisageable évidemment uniquement en cas de déroute de Ségolène Royal. Or, si Bayrou a réussi, si l’on en croit les instituts de sondages, à mordre sur une partie de l’électorat de gauche, Royal est encore loin d’être défaite puisqu’elle se stabilise entre 26 et 29 %. Evidemment tous ces chiffres vont baisser d’ici avril. Mais Bayrou poursuit un double objectif : faire chuter Royal et entamer le crédit de Sarkozy. Mais comment faire perdre l’une sans faire gagner l’autre ? Ce qui serait un échec.

Plus que sur sa force (qui reste à démontrer), c’est sur la faiblesse de ses adversaires que Bayrou doit compter. Le difficile chiffrage auquel se livre l’UMP pour rendre crédible et acceptable le programme de Sarkozy est peut-être l’occasion rêvée d’enfoncer le clou pour le prudent Béarnais. On sait que l’UMP annonce l’improbable chiffre de 32 milliards alors que la cellule de chiffrage de l'Institut de l'entreprise évalue le coût de ce programme à un peu moins de 50 milliards, auxquels s'ajoutent ces fameux 68 milliards d'euros de prélèvements obligatoires que Sarkozy souhaite restituer aux Français. Ce " détail ", hormis son aspect polémique (on peut toujours débattre de la véracité de ces chiffres), en dit fort long en fait sur les prétentions de Sarkozy à maîtriser son sujet. Son " plan de bataille " nécessite-il qu’on y mette un tel prix, avec autant d’incertitude sur les résultats, avec ce risque de troubles sociaux toujours envisageables ? Ne vaudrait-il pas mieux, pour un coût moindre (20 milliards propose Bayrou), changer radicalement de stratégie ? Qui aurait-il de mieux qu’une droite conciliante allée à une gauche réaliste pour accoucher enfin de cette France libérale dont rêvent les milieux patronaux et l’Europe ?

A suivre....

Commentaires

Belle analyse et vision assez claire de la situation actuelle. Attendons de voir...

Une chose est sure, c'est que Bayrou gagne petit à petit des voix et contrairement aux autres qui font yoyo dans les sondages il ne les perd pas.

Alors vote par dépit ou vote par conviction ?

Écrit par : Farid TAHA | 17/02/2007

bonjour
voir initiatives : Udf, Ump, ps , verts tous absents!

Écrit par : muléro philippe | 17/02/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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