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16/02/2007

La gauche malade de l'économie

Cela faisait bien dix ans qu’elle en rêvait Ségolène Royal. Elle avait " ses " solutions mais personne n’en voulait. Puis il y a eu une série de défaites : 2002, 2005. Elle tenta le diable et obtint enfin les pleins pouvoirs. Son " pacte " lui ressemble. Plein de bonne volonté, d’initiatives et de courage mais il lui manque l’essentiel, une cohérence économique.

Cette cohérence existe dans le camp d’en face : " Travaillez plus ! " pour les uns ; " Enrichissez vous ", pour les autres. " Puisque ça marche ailleurs, ça devrait marcher en France ", explique Sarkozy. Quel visage aura la France après cinq années d’un tel traitement ? On en a déjà un avant goût après cinq années de gouvernement de droite. Une récente étude publiée par l'Unicef dit mieux encore ce qui se prépare. Selon ce rapport le Royaume-Uni et les Etats-Unis figurent en queue de peloton d'un classement du bien-être des enfants dans les 21 pays de l'OCDE, tandis que la France est (déjà) en 16e position. A l’inverse les Pays-Bas sont en tête de liste, suivis de trois pays du nord de l'Europe : Suède, Danemark et Finlande.

Après un tel constat, s’extasier sur le taux de croissance et le faible taux de chômage des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, revient à considérer que le prix à payer pour obtenir de tels résultats est le sacrifice d’une partie de la population, enfants compris.

Qu’oppose Ségolène Royal à cette cohérence qui prévoit d’exclure une partie des Français des bienfaits de la richesse produite par leur travail ? Comment compte-t-elle s’y prendre pour faire repartir la machine par d’autres moyens, créer surtout et sécuriser les millions d’emplois nécessaires pour redonner du travail au quelque 3 ou 4 millions de chômeurs et de travailleurs précaires qui attendent ? Les emplois tremplins, d’accord, mais ça ressemble furieusement à ce qu’avait fait Jospin avec les emplois jeunes. On connaît les limites désormais d’un tel plan. Et ça ne règle pas tout : ni l’augmentation du travail partiel, ni le chômage des seniors, ni les délocalisations. Un retour à la croissance ? Mais ça, ils le disent tous.

Au cœur du dispositif de son " pacte ", il y a pourtant quelques réponses partielles : une très forte augmentation du budget de la recherche, la création d’emplois liés aux mesures environnementales, le développement des services aux personnes, un gros effort sur la construction de logements sociaux, une priorité accordée à l’éducation et la formation professionnelle… Bien, mais on sent quand même que la copie a été bâclée. Bref, on y croit pas vraiment. Ainsi, pour faire bon poids, elle égrène ensuite toute une série de mesures sociales mais sans contrepartie de ressources. Revoir la fiscalité alors ? Certes, mais " faire payer les riches " a ses limites. D’ailleurs, quelle timidité en la matière de la part des socialistes. C’est dire que là aussi, on sent qu’un tel outil, aussi émoussé, ne réglera pas grand chose.

Cette manie du catalogue de promesses (dont on sait pertinemment qu’on ne les tiendra pas toutes) est aussi politiquement improductive. Dans ce domaine, on en fait jamais assez, et la gauche anti-libérale est toujours là pour vous le rappeler. Surtout c’est le bâton pour se faire battre que l’on tend à la droite qui entonne le grand air du : " Et ça va coûter combien cette plaisanterie ? " Même si de son côté Sarkozy n’est pas avare lui aussi de promesses inconsidérées. Et le piège se referme sur le rêve de Ségolène.

Avoir fait tout ça pour en arriver là ! Breton, le ministre de l’Economie, celui qui vient une nouvelle fois de réviser à la baisse ses prévisions de croissance (la France arrive désormais à l’avant-dernier rang en Europe, juste devant la Grèce), se permet même de chiffrer le programme de Royal à 80 milliards d’euros ; pis, ses " 100 mesures " du pacte présidentiel de la candidate socialiste creuseront selon lui l'endettement de la France de 800 milliards d'euros, pour amener la dette à 1 905 milliards en 2012, soit 84,8 % du PIB contre 64,6 % actuellement. On rigole. Mais de qui se moque-t-on ?

La gauche ne s’intéresse plus à l’économie. Elle laisse cela aux grands patrons du CAC 40, aux fonds de pensions, aux traders, aux pétroliers, aux industriels. " L’Etat ne peut pas tout ", a dit Jospin un jour. Alors la gauche fait du social, panse les plaies, agit et se comporte comme un syndicat, un peu revendicatif, surtout gestionnaire. Et comme ça ne marche pas toujours très bien, qu’une revendication satisfaite en appelle une autre, et que pendant ce temps là l’économie non contrainte, libre de faire ce que bon lui semble, fait son travail, il faut toujours recommencer. Ajouté à cela que, tout comme dans le vrai monde syndical, c’est l’extrême division. Aux revendications de la force principale, s’ajoute celle des autres, qui ne gèreront rien et qui ne peuvent exister que dans la surenchère. Et on ne s’en prive pas. Il faut dire qu’il y a matière à revendiquer et que " demander plus " est parfaitement justifié. " Pour un meilleur partage des richesses ", dit la LCR. Mais proposer un autre mode de production d'autres richesses, jamais. Même les révolutionnaires abdiquent.

Cette démission de TOUTE la gauche face à l’économie a de lourdes et désastreuses conséquences. On en a chaque jour la preuve dans cette présidentielle. La question du chiffrage dont la droite s’est emparée avec délectation illustre bien le paradoxe de la situation. La droite, qui prévoit des coupes claires dans les recettes, risque d’apparaître meilleure gestionnaire que la gauche qui propose d’investir dans la recherche, les énergies nouvelles ou l’éducation. L’investissement pénalisé ! C’est le comble, mais bien dans l’air du temps. Ce n’est plus le capital, mais les dividendes contre le travail.

En 1981 la gauche arriva au pouvoir avec toute une batterie de mesures de nationalisation et d’ambitions économiques. Puis, très vite, traumatisée par ses échecs, elle laissa tomber. Il y eu le temps du " ni ni ", puis Jospin acheva de démanteler ce qui restait. C’est la dernière fois qu’elle se mêla d’économie.

Les solutions de Ségolène Royal n’auront d’impact et de poids que si elle en dévoile les fondements, les ambitions, les objectifs. " Plus juste, la France sera plus forte ! " Et pourquoi pas l’inverse : " Plus forte, la France sera plus juste ". Foutaise ! L’économie est au cœur de notre civilisation. La laisser à l’initiative privée, au libre arbitre des investisseurs et des rentiers des produits financiers, nationaux, européens et multinationaux, sans considération des réels besoins sociaux des populations et de notre environnement, consacre la démission du politique. Il n’y a dès lors plus d’autre alternative que de servir ceux qui sont aux postes de commande. A ce titre là Sarkozy ou Bayrou seront toujours les plus compétents.

Commentaires

Pourquoi pas un plan marshall de la recherche? Quand je parle de plan marshall, ce n'est pas que la formule éculée, mais une mobilisation de toute la sphère publique pour entraîner le secteur privé dans ce grand chantier?

Écrit par : bilbo-le-hobbit | 16/02/2007

Bien d'accord avec ton analyse. Je ne comprends toujours pas le sens d'avoir pour SR produit un tel discours qui exposait à tant de critiques évidentes...

Écrit par : Fraise des Bois | 16/02/2007

La gauche est malade de sa droititude !

Le jour ou la gauche fera un vrai programme de gauche in en sera autrement...
Pour la recherche aussi bien Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal sont tombé dans le même piège celui de croire qu'il suffit de mettre de l'argent dans le pot pour que la machine se remet en marche... Ben non !

J'aurais du fait de ma double appartenance (monde de la recherche et fonctionnariat) applaudis des deux mains la manne financière qui pourrait nous être alloué dans le secteur de la recherche aussi bien par le coupple Sarkozy-Royal. Mais il faut se rendre à l'évidence.

La recherche n'est pas malade que d'un manque de moyens (financiers). Ce serait trop simple. Mais plutôt d'un manque de cohérence dans son organisation et dans une absence de synregie entre public et privé, entre prise et université ou centre de recherche. Contrairement aux Etats Une cette dualité est maintenue chez nous en l'état par des ayatollahs du service public d'un coté et les adeptes d'un libéralisme débridé d'un autre coté.

Et si on changeait de stratégie tout simplement. C'est gratuit !

http://www.taha.fr/blog/index.php?2007/01/20/263-petite-loi-grands-degats

Écrit par : Farid TAHA | 17/02/2007

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