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02/02/2007

La « promesse » oubliée du socialisme

Tous " anti-libéraux ", même les socialistes !

La LCR a beau noté dans un document interne récent que " les convergences entre le libéralisme de Sarkozy et le social-libéralisme de Royal sont de plus en plus évidentes ", sur les plateaux de télévision comme à la radio, et même dans les tracts qu’elle diffuse, la formation d’Olivier Besancenot se garde bien de tirer un tel trait d’égalité entre l’UMP et le PS. On a même pu voir récemment Arlette Laguiller, en réponse à une interpellation de François Hollande, expliquer qu’elle aussi faisait la différence entre la gauche et la droite. Nous aurons pourtant bientôt, si tous obtiennent leurs 500 signatures, pas moins de six candidats de gauche, dont quatre revendiquent très clairement un positionnement anti-libéral.

Mettons nous, un instant, à la place de l’électeur de gauche lambda. Qu’est-ce qui justifie une telle débauche de candidatures ? Les " logiques d’appareils " ?

Admettons qu’il en soit ainsi pour le PCF, obligé de réaliser le meilleur score possible (dans la mesure de ses moyens limités) pour négocier au mieux des accords de désistements réciproques ou des candidatures communes aux législatives et aux municipales, comme ce fut le cas récemment aux élections municipales de Bordeaux. L’anti-libéralisme du PCF s’arrête donc là où commencent les intérêts supérieurs de l’élection ou de la réélection des quelque 10.000 élus que compte le parti.

Pour les Verts, la spécificité de leur positionnement – l’écologie – les contraint nécessairement à se présenter à chaque élection. Ce qui devient problématique quand Royal fait de l’environnement l’un des axes de sa campagne, et quand un Bové entre lui aussi dans la partie. Mais pour eux aussi la " logique d’appareil " a ses limites. Sans accord avec le PS, point de députés et aucun ministre. L’intérêt supérieur de l’écologie s’arrête là où commence la survie de la formation.

Pour Bové, le cas est plus délicat. Il avait juré ses grands dieux ne vouloir jamais se mêler au jeu politicien. Il a changé d’avis. Que vise-t-il alors ? Dans l’immédiat Bové n’a rien à vendre. Pas d’élus et difficile pour l’instant de revendiquer une place de ministre dans un gouvernement socialiste. En revanche, il y a une place à prendre, celle de leader incontesté de la gauche anti-libérale.

Il y a un an, Bové croyait qu’il était celui que cette gauche attendait. Besancenot, puis Buffet (sans compter Laguiller) ne l’ont pas entendu ainsi. Pour Bové, cette élection sera donc un moment de vérité. A moins de 5 %, son pari sera perdu. A 7% ou plus, il pourra revendiquer le leadership du courant anti-libéral. Ce qui est délicat dans le cas de Bové, c’est son positionnement vis à vis du PS. Pas nécessaire pour lui de forcer le trait. Altermondialiste reconnu, son anti-libéralisme va de soi. Ainsi il peut se permettre, sans entamer forcément son crédit, d’affirmer comme il l’a fait ce matin sur RTL qu’il votera Royal au second tour. De la précipitation (sans attendre le dévoilement du programme de Royal) ou une façon pour lui de dire à son électorat potentiel : " Voter pour moi, c’est voter Royal ", ce qui n’est évidemment pas la position de Laguiller et de Besancenot. En fait pour réussir son pari, Bové doit piocher un peu partout : dans l’électorat PS, dans celui de l’extrême-gauche et dans celui du PS, bref assécher le réservoir de voix des communistes et de l’extrême-gauche, et l’apporter comme sur un plateau à Ségolène Royal.

Pour les formations d’extrême-gauche, en revanche, la " logique d’appareil " est inopérante. Leur anti-électoralisme est rédhibitoire. Habituées à naviguer à contre-courant, organisées et formées pour résister (surtout LO) aux mouvements de reflux, un score faible ne les détruira pas. Tout au plus verront-elles leurs adhérents fondre de quelques centaines d’unités. Elles auront de toute façon une explication théorique à fournir, comme elles en ont toujours trouvées au cours de leur longue histoire.

Et pourtant, il semblerait qu’elles ne voient pas (cécité théorique) qu’elles ont devant elle une opportunité historique comme jamais peut-être elles en ont eu dans toute leur histoire.

Leur première erreur est leur mauvaise appréciation du phénomène Royal.

Pour l’extrême-gauche (comme pour le PCF et dans une moindre mesure pour Bové), Royal serait la confirmation de la victoire du blairisme, la preuve que le " social-libéralisme " aurait définitivement triomphé dans les rangs du PS. L’extrême-gauche en tire la conclusion que plus aucune alliance n’est envisageable avec le PS, sauf dans le cadre de luttes sur des objectifs circonstanciés comme lors de la mobilisation contre le CPE. Mais on a vu, qu’en pratique, la " gauche de la gauche " évite de frapper sur Royal. Tout le contraire de ce qu'elle l’avait fait - non sans raison - avec Jospin en 2002. Pourquoi cette réserve, si Royal c’est le blairisme en marche ? A moins que, par opportunisme électoral, on craint de voir fuir à grande enjambées l’électeur de gauche qui comprend mal, faute de preuves suffisantes, que Royal soit tenue comme l’égale de Sarkozy.

Mais ce que ne veut surtout pas comprendre l’extrême-gauche, c’est ce qui est au cœur même du projet de Royal : une ultime ( ?) tentative pour les socialistes d’échapper précisément au blairisme. Car il n’y a que cette perspective là qui peut mobiliser – et ressouder – un électorat de gauche partagé entre ces couches populaires tentées par le vote protestataire et ces couches moyennes en partie bénéficiaires (ou bien moins touchées) par le cours libéral de l’économie, et désormais courtisées par Bayrou et… Sarkozy (" enrichissez-vous ").

En ce sens, la réussite électorale de Royal serait ressentie comme un échec cuisant pour la composante extrême-gauche de la gauche anti-libérale. Ainsi, tout ce qu’elle peut espérer, c’est la défaite du PS et de ses alliés – dont le PCF et Bové –, comme ultime preuve de la validité de son analyse. Effet démobilisateur évident dans ses propres rangs.

Or, dans l’immédiat, rien n’est encore joué. Tout dépend de la capacité de la candidate socialiste à mobiliser la totalité de l’électorat de gauche autour d’un programme dont les éléments sont encore mal connus ou mal perçus mais dont on pressent déjà les grandes lignes : investir sur le long terme – avec le moins de promesses électorales à court terme – dans les domaines de l’innovation et de la recherche, de l’environnement, du logement, de l’éducation et de la formation professionnelle, de la sécurisation du travail salarié, du renforcement du droit du travail dans l’entreprise…etc. C’est de ce programme en construction, qui nécessitera pour son application une mobilisation des salariés comme preuve de leur adhésion, dont dépend la réussite électorale de Ségolène Royal. Si elle échoue en revanche à convaincre son électorat qu’il n’y a pas d’autre solution, c’est l’échec assuré.

En découle la seconde erreur de l’extrême-gauche, son " programme ".

La raison d’être de l’extrême-gauche, sa vraie différence avec le reste de la gauche, même avec celle qui se réclame de l’anti-libéralisme, c’est d’abord qu’elle garde au cœur de son programme, l’affirmation qu’un changement radical de mode de production est nécessaire à terme, en liant mesures transitoires à court ou moyen terme et réalisation du socialisme à long terme. Or, l’extrême-gauche ne propose comme programme qu’une surenchère de mesures souvent maximalistes, agissant ainsi comme un syndicat " rouge ", et non comme un parti politique. En ne s’opposant aux " sociaux-libéraux " que sur le court terme, elle ne montre pas l’objectif final ; pire elle semble multiplier les obstacles pour y parvenir, comme si le socialisme n’était qu’une suite, une accumulation infinie de revendications toujours à satisfaire. De ce fait elle a tendance à sous-estimer TOUTES les réformes préconisées par la gauche, à sous-évaluer surtout la dynamique d’espoir que certaines de ces réformes peuvent produire chez les salariés et les sans-emploi.

Une telle dynamique est-elle possible ? Non, répond implicitement l’extrême-gauche. Et si elle avait tort ?

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