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29/01/2007

Anti-libéraux : 1, 2, 3 ou 4 ?

Après Laguiller, Besancenot et Buffet, la candidature Bové va de soi. Elle illustre parfaitement l’état présent de l'autre gauche partagée entre trois composantes.

La première, " communiste ", la plus importante, qui dispose encore de nombreux d’élus et d’une assise populaire certaine, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Depuis vingt-cinq sa stratégie d’alliance avec le PS ne lui a rien rapporté. Le déclin est inéluctable et pourtant ce parti qui dicta sa loi au mouvement ouvrier et syndical pendant des décennies espère encore stopper l’hémorragie et sa perte d’influence. Cette fois-ci il a choisi une tactique en deux mouvements : d’abord en s’opposant au PS et en tenant de faire venir à lui le camp du " non " au TCE, ensuite il se ralliera à la candidate socialiste, si elle est présente au second tour. Au delà des velléités anti-libérales de Marie-Georges Buffet, tout le monde aura compris qu’il s’agit d’abord pour le PCF de négocier au mieux un accord électoral pour les législatives et les municipales. Mais avant même de connaître le score que fera la candidate communiste, beaucoup de militants de ce parti estiment que c’est le plus mauvais choix possible et qu’il est désormais urgent de travailler à la constitution à long terme au rassemblement durable et sans exclusives de toutes les forces anti-libérales à la gauche du PS.

La deuxième composante est représentée par le courant " trotskiste ", une singularité française. Avec Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire (nous laisserons le Parti des travailleurs à ses errances), c’est la tradition révolutionnaire. Ces deux formations regroupent autour de 5.000 militants et peuvent compter le double voire le triple de sympathisants. Electoralement, elles pèsent pas loin de 3 millions d’électeurs (présidentielle 2002). Très présents dans les syndicats de salariés, il n’est plus rare de les trouver impliquer depuis une trentaine d’années dans des mobilisations nationales comme récemment lors de la lutte contre le CPE, dans les grandes grèves du service publique contre le plan Juppé, ou de la SNCF... En 2005, la LCR, surtout, a été, aux côtés du PCF et d’une partie de la gauche du PS, à la tête du rassemblement contre le traité constitutionnel européen. Une différence importante cependant existe entre ces deux formations. Pour la LCR, la construction d’un grand parti anti-capitaliste, antilibéral, à la gauche du PS, ne se fera pas sans toute une série d’alliances que se soit en période électorale ou dans les luttes. La LCR a déjà, à plusieurs reprises, tenté de telles alliances, essentiellement avec LO, mais sans lendemain. Pour LO, il semble que l’on en soit toujours à regrouper le noyau d’un tel parti, son avant-garde, sans perspective à court terme de le voir s’immerger dans un rassemblement plus large. De ce fait si l’on a vu La LCR participer, avec quelques restrictions, à la tentative de désigner un candidat commun à la présidentielle pour le camp antilibéral, LO y est restée extérieure.

La troisième composante est plus difficilement identifiable. Elle regroupe des militants de l’altermondialisme, des syndicalistes radicaux, des écologistes politiques, des libertaires, voire certains éléments en dissidence du PS, du PCF, de l’ex MDC, bref un vraie nébuleuse d’associations (ATTAC), de fondations (Copernic), de militants qui ont été parfois militants d’extrême-gauche ou du PCF mais qui ne sont plus encartés. José Bové appartient à cette composante mais il n’est pas leur leader même si, à l’occasion de la présidentielle, une bonne partie d’entre eux le verrait bien porter leurs couleurs. Ce qui la différentie des deux autres composantes c’est qu’elle se refuse à entrer dans les schémas tactiques classiques des partis qu’elle souhaite dépasser. C’est ce qui explique en partie les déboires récents du rassemblement antilibéral. Pendant un an, ce courant a entretenu l’illusion que l’on pouvait s’entendre sans débattre sur le fond des divergences réelles qui traversaient le rassemblement de circonstance qu’avait été le mouvement du 29 mai 2005. Mais à force de ne pas vouloir prendre en compte les objectifs de ces partis – pour le PCF, être l’aile gauche d’un large rassemblement, du PS aux alters ; pour la LCR, le refus de soutenir (et de participer) un gouvernement " gauche plurielle " bis –, cette composante a fini pas repousser et l’un et l’autre.

La présidentielle représente pour toutes ces formations et courants, quoiqu’en disent certains, un moment de vérité.

Si Buffet fait moins que le dernier score du PCF en 2002 (3,37 %), que va-t-il se passer dans les rangs communistes ? Très certainement certains rejoindront le PS… si Royal gagne la présidentielle, car en cas de défaite de la gauche c’est un tout autre scénario qu’il faudra envisager. D’autres, une petite minorité, pourraient bien rejoindre la LCR. Beaucoup viendront plus probablement grossir les rangs des " ex ", en attendant des jours meilleurs. Le PCF de toute façon ne va pas disparaître en quelques semaines ou en quelques mois. La crise sera longue et douloureuse.

Pour la LCR, la première échéance, s’est d’obtenir les 500 signatures. La non présentation d’Olivier Besancenot pourrait ouvrir une crise sans précédent dans ce petit parti, surtout si Bové est candidat. Quelle attitude adoptera alors la minorité, qui s’est battu, en interne et à l’extérieur, pour une candidature commune, et dont certains éléments militent ouvertement aujourd’hui pour celle du leader paysan ?

Pour la troisième composante, en admettant que Bové se présente et obtienne ses signatures, l’objectif est évidemment de faire un score qui soit supérieur à celui de Buffet, de Besancenot et de Laguiller. Peut-être même que l’objectif est de rafler la mise, en cas de non participation de la LCR. Comme quoi cette candidature n’est pas exempt de calculs. Mais Bové peut aussi faire un score de 2 ou 3 %, auquel cas l’échec de la troisième composante sera complet.

Etait-il possible de faire autrement ? Non, très certainement. En l’état, dans une situation politique où l’on a encore bien du mal à discerner les rapports de forces gauche-droite, où, quoiqu’on en dise, il reste encore beaucoup d’illusions quant à la capacité du PS à être un rempart crédible face à l’offensive libérale de la droite et du patronat, il était difficile voire impossible de trouver un terrain d’entente. D’autant que la candidature Royal est venue brouiller tout ça. On l’a dit " blairiste ", mais voilà que, faute d'un DSK hors course, des socialistes lui préfèreraient Bayrou, si l’on en croit certaines déclarations ici et là ; surtout sa candidature n’apparaît pas franchement comme un repoussoir pour les anciens " nonistes ". Ainsi les clarifications entre les deux gauches (l’anti-libérale et la social-libérale) sont loin d’être faites. Pour voir enfin le camp anti-libéral s'unifier, il faudra encore patienter.

Commentaires

Bonjour Gilles Suze,

Je trouve regrettable que votre blog soit si peu commenté, en dépit du soin que vous consacrez à pondre des analyses objectives, fouillées et documentées. Si je peux me permettre un conseil toutefois, vous devriez peut-être essayer des textes plus courts.

A propos de sondages (par rapport à ce que vous annonciez hier concernant un sondage donnant Bayrou devant Royal au premier tour), il y a quelque chose d’assez subtil : que veut dire ce sondage ? Que Ségolène c’est fini et qu’il faut passer à autre chose ? Ou bien que le vote utile est nécessaire à gauche ?

C’est vicieux ces petites bêtes là (les sondages).

Écrit par : Observateur_alien | 31/01/2007

Pas pu répondre plutôt, panne Internet sur toute la région.
Le sondage était une blague évidemment. Mais pourquoi pas, tout est envisageable si Royal ne se découvre pas. Elle le fera le 11 février. Nous verrons alors ce qu'elle a dans le ventre !

Écrit par : Ajamais | 31/01/2007

Voui voui! J'ai fini par m'en apercevoir que c'etait une blague, mais c'etait plausible, surtout vu comment ca manipule a donf' (aparemment) dans les sondages, actuellement.

Pour le 11 je crains un peu que la montagne accouche d'une souris, comme on dit.

Mais je pense que Sarko est trop sur de lui et qu'il va tout droit vers un "retour de flamme". D'autant plus que Chichi est bien capable et bien enclin a l'enfoncer...

Écrit par : observateur_alien | 01/02/2007

salut, tes billets sont très intelligents, dommage qu'il n'y ait pas plus de commentaires!

samir

Écrit par : Samir | 01/02/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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