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26/01/2007

L’argent des riches

La " victimisation " des riches est en bonne voie.

Les riches il faut les aimer. Voyez l’autre soir à " L’arène de France ", le thème c’était " Les riches ont-ils raison de quitter la France ". Sur quelque 500 votants, plus de 60 % ont considéré qu’ils avaient raison. Anecdotique ? Pas tout à fait. Dans les années quatre-vingt les socialistes au pouvoir avaient entrepris de réhabiliter l’entreprise. Une façon comme une autre de faire comprendre à leur électorat que le temps de la lutte des classes était terminé, qu’il s’agissait désormais de travailler main dans la main avec le capital.

Le nombre des chômeurs étant pratiquement le même aujourd’hui qu’en 1985, et alors que la précarisation et la flexibilité du travail suit une courbe ascendante, que le niveau de vie d’une bonne partie des salariés stagne, que la dette publique est à un niveau record, que les retraites et la sécurité sociale sont en danger, il n’est pas difficile de constater qu’en matière d’emploi toutes les politiques de gauche comme de droite ont échoué.

François Fillon dans le face à face qui l’opposait hier soir sur France 2 à François Hollande l’admettait. Pas Hollande, et pour cause. Son programme étant à quelque chose près le même que celui de Jospin entre 1997 et 2002, avec le succès électoral que l’on sait, il lui était bien difficile d’opposer au bilan la droite celui d’un gouvernement qui conduisit la gauche à subir l’une des défaites électorales les plus humiliantes de son histoire.

En fait le seul angle d’attaque de François Hollande, c’est la fiscalité, grossièrement " faire payer les riches ". Double erreur que la droite exploite aujourd’hui et qui explique, plus que les vraies ou les fausses " bourdes " à répétition de Ségolène Royal, la chute actuelle de la candidate socialiste dans les sondages.

Erreur, d’abord parce que " faire payer les riches " chez François Hollande reste dans les limites du raisonnable et de l’acceptable. Tout au plus s’agit-il de revenir sur les quelques allègements fiscaux consentis par la droite au cours de cette législature. Ce n’est certes pas rien, mais ça ne changera pas grand chose à la situation des millions de salariés pauvres et de chômeurs. En fait sa proposition est pure démagogie et n’a pour fonction que de masquer un programme sans ambition et sans véritables moyens.

Erreur ensuite parce que la droite a pris les devants. Sans revenir sur le dévoilement du train de vie du couple Hollande-Royal – qui n’a rien de scandaleux mais qui en dit long sur ce que peut rapporter en 25 ans d’exercice une vie d’élus du peuple –, ou sur la saillie de Hollande désormais culte, " je n’aime pas les riches ! ", ce qui est une façon habile de dévaloriser les propositions pourtant si peu audacieuses du Premier secrétaire du PS, force est de constater que la droite a désormais engagé une campagne faisant de la question de l’argent la clé de voûte de son programme.

L’argent et pas l’investissement, l’argent et pas l’entreprise, l’argent et pas l’emploi. Ce glissement sémantique a son importance. C’est même audacieux dans un pays où l’on a toujours dit, jusqu’ici, qu’il était malvenu d’en gagner beaucoup. Audacieux, mais surtout opportun, car il s’agit bien en l’occurrence de profiter d’une occasion, à grand renforts de promesses électorales alléchantes, pour préparer le terrain à une rupture que la droite n’avait jusqu’ici jamais osé envisager. " Français enrichissez vous ! ", proclame Sarkozy, " un peu d’air " comprend à juste titre le MEDEF, car la contrepartie de cette ruée vers l’argent, où tout le monde, riches ou pauvres, aurait sa chance, c’est la " libération " du travail de toutes ces contraintes : contrat de travail à durée indéterminée, durée légale du travail, retraite à 60 ans. La droite, face à une gauche qui n’a pas vu le vent venir, s’engouffre dans la brèche.

Et cette entreprise idéologique d’envergure a d’autant plus de chance de séduire les Français que notre argent, nous promet-on, ne servira plus à équilibrer les régimes spéciaux, à la solidarité (plus de RMI ou d’ASS sans contrepartie en travaux), à rémunérer des fonctionnaires pléthoriques (un départ à la retraite sur deux ne sera pas remplacé), ou à régler des droits de successions, c’est au fond de notre poche qu’il tombera.

" Faire payer les riches " n’a jamais constitué un programme. D’autant plus si l’on ne se donne aucun moyen de coercition pour contraindre le capital à une redistribution plus égalitaire des richesses. Surtout, ce " programme " ne dit rien de la destination que devrait avoir ce tribut. Un rapport récent évaluait en 2005 à 4 % du PIB le montant des aides publiques aux entreprises soit la coquette somme de 65 milliards d’euros (57 milliards pour l’Etat, 6 milliards pour les collectivités locales, 335 millions pour l’Europe…), soit le budget de l’éducation nationale, le double du budget de la défense (hors pensions), près de 1.000 euros par habitant. Si l’objectif des socialistes reste de continuer à reverser aux entreprises chaque année, avec le résultat que l’on sait, près de 15 % du total de l’impôt collecté, autant l’attribuer à d’autres postes bien plus utiles socialement comme la recherche, l’université, le logement, la formation professionnelle ou la réinsertion des chômeurs.

Mais on l’a compris, le " faire payer les riches " de François Hollande, dont il faut douter aujourd’hui de l’efficacité électorale face à la contre-offensive de la droite, n’a qu’une fonction, celle de colorer d’un peu de "lutte de classes" un programme de soumission, sur le fond, au libéralisme. Sauf que les intéressés au premier chef, grands et petits patrons, artisans et commerçants ont mille fois plus confiance dans Sarkozy pour défendre leurs intérêts. Prise à contre-pied, voilà la gauche " sociale-libérale " poussée dans ses derniers retranchements.

La désignation de Ségolène Royal comme candidate avait été vue, par certains, comme la victoire du " blairisme ". C’était ne pas comprendre la véritable fonction d’un tel vote. Doutant de leurs chefs, pour beaucoup de socialistes elle était le seul recours possible. Sa popularité devait en quelque sorte permettre d’ouvrir de nouvelles voies, de s’affranchir d’un programme dont ils sentaient confusément – et à juste raison – qu’il n’aurait aucune chance de convaincre une majorité de Français. La tentative si peu convaincante de François Hollande de reprendre les choses en main ne fait que confirmer leur intuition. Encore faudrait-il que Ségolène Royal en tire les conclusions et face mentir tous ceux qui pensent que depuis le début elle n’était qu’un leurre.

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