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22/01/2007

Où va la France ? A gauche ou à droite ?

Dans le texte de quatrième de couverture du dernier livre d’Eric Dupin, " A droite toute ", ont peut lire ceci : " La percée de Ségolène Royal s’inscrit dans le mouvement de droitisation des gauches dans les pays riches et vieillissants. "

Je n’ai pas encore lu ce livre, et peut-être ne le lirai-je jamais. Déjà, affirmer comme le fait Dupin dans ce même texte " Et si la France de 2007 était à droite comme rarement dans son histoire ? ", me semble parfaitement idiot. En fait les périodes où la France fut à " gauche ", sont rares et limitées dans le temps et l’espace. Dire d’ailleurs " la France ", s’est oublier que les situations révolutionnaires que le pays a connu au cours de son histoire furent circonscrites en temps et en lieux. Entre 1789 et 1794, tout le pays n’est pas au diapason de Paris, loin s’en faut. Sans cela la Terreur n’aurait jamais eu lieu d’être. C’est parce qu’une partie du pays refuse de suivre les " sans-culottes " radicaux et se révolte contre la Convention qu’elle est décrétée. A Paris même, c’est la Commune de Paris qui presse la Convention d’agir.

Thermidor c’est la fin de la phase ascendante de la révolution. Suit alors une très longue période de réaction avec trois crises révolutionnaires extrêmement courtes (1830, 1848, 1871) ; quelques semaines ; quelques mois ; sont touchées essentiellement Paris et deux ou trois autres villes. Le Premier empire, la Restauration, le Second empire témoignent en revanche du profond conservatisme du pays. Et la 3ème république ? Passons sur les péripéties du " bloc des gauches ", il faut attendre en réalité mai et juin 1936, pour voir de nouveau " le peuple de gauche " relever la tête. Puis c’est une nouvelle plongée à droite qui débouche tout naturellement sur Pétain et la collaboration.

C’est uniquement après la Libération que la gauche peut enfin espérer accéder durablement au pouvoir sans qu’on lui en conteste le droit. Le traumatisme de la collaboration dans laquelle s’est compromis majoritairement le grand patronat et une résistance dominée en partie par la gauche socialiste et communiste suffisent déjà à légitimer ce droit. Mais il y a surtout le profond bouleversement sociologique que connaît alors le pays. D’une France majoritairement rurale et agricole, on passe en quelques décennies à une France essentiellement urbaine et salariée. La raison pour laquelle il fallut attendre 1981 pour que la gauche s’empare des principaux rouages de l’Etat sont connus. Ce sont d’une part l’incapacité de la gauche à gérer la crise algérienne, occasion saisie par de Gaulle pour s’imposer à la droite, et d’autre part le poids relativement important acquis par les communistes au sein de cette gauche, qui retardèrent cette accession.

Entre temps la gauche, tout comme la France, a changé. Le PS de 1981 n’a plus grand chose à voir avec la SFIO de 1936 et encore moins avec le petit parti ouvrier de 1905. Néanmoins, en 1981, le PS fait encore illusion. Pour circonscrire un PCF encore puissant, il doit donner des gages. Mais très vite, il apparaît tel qu’il est en réalité, un parti de gouvernement ; sa gestion de la crise est " exemplaire ". Vingt durant la dérive se poursuit, inexorable. Sociologiquement le PS n’est plus depuis belle lurette un " parti ouvrier ", mais est-il encore un parti " réformiste " ? Que veut-il ? Que peut-il ? A-t-il pris conscience même de son incapacité à ne proposer rien d’autre qu’une version soft à l’adaptation de la France à l’économie libérale ?

La " droitisation " des gauches européenne n’est donc pas une nouveauté, c’est une tendance longue (déjà remarquée avant 1914 par Jaurès et Rosa Luxembourg) qui accompagne l’évolution des sociétés européennes. Y a-t-il cependant un moment où il n’y aura plus de différence entre ces gauches là et les droites ? Le phénomène Royal prépare-t-il en France ce moment ou bien est-il une ultime tentative d’en retarder l’échéance ?

Tous les partis socialistes en Europe sont confrontés au même problème, mais si le Labour a été le plus loin c’est que terrain avait été préparé. Sans Thatcher, Blair n’aurait pu s’imposer. En France, on est encore loin du compte. L’adaptation du pays aux besoins d’une économie libérale se fait à pas comptés, mieux la France résiste. Et électoralement le PS a payé cher une première fois en 1993 puis surtout en 2002 la non prise en compte de cette volonté d’une partie du corps social et de son électorat de ne pas accepter ce que l’on nous présente comme inévitable. Politiquement cela s’est traduit à gauche par le phénomène Royal dont l’ambiguïté est le symptôme même d’un refus de franchir le Rubicon.

Ainsi cette candidature, loin de s’inscrire " dans le mouvement de droitisation des gauches dans les pays riches et vieillissants ", en souligne d’abord les limites. Tout comme les tentatives de la gauche anti-libérale de présenter un front uni, même si elles n'ont pas abouti, elle montre que nous sommes entrés au contraire, à gauche, dans une phase de recomposition.

Commentaires

Pour moi,

La droite s'apparente aux néo libéralistes anglo-saxon qui se propagent dans le monde et la gauche sociale démocrate est aujourd'hui libérale.

L'anti capitalisme et autre anti libéralisme ne sont qu'une vue de l'esprit que la mondialisation inévitable rend utopique, il en est d'ailleurs de même pour un repli nationaliste !

Écrit par : Jean | 23/01/2007

Gilles,

L'ambiguite de vos positions sur Royal m'amuse beaucoup. Vous etes indecryptable pour moi.

Écrit par : Observateur_alien | 31/01/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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