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16/01/2007

Le défi de Sarkozy à la gauche

" Ma France, c'est celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum et qui ne se reconnaissent pas dans la gauche immobile qui ne respecte plus le travail. Je veux leur tendre la main. (…) J'ai voulu faire entrer ces idées dans le patrimoine de la droite républicaine alors même que la gauche les délaissait (. ..) Pourquoi la gauche n'entend-elle plus la voix de Jaurès ? (…) Pourquoi la gauche n'entend-elle plus la voix de Camus ? "

Qu’est-ce qui lui a pris à Sarkozy d’interpeller ainsi la gauche ?

Certes, on comprend qu’il lui faille " rassembler ", ou plutôt élargir son assise. Il y a deux ans il voulait aller chercher " un par un " les électeurs de Le Pen. Peut-être bien que ce sont toujours les mêmes qu’il entend aujourd’hui séduire par son discours en grande partie axé sur la " revalorisation du travail ", contre partie à cette avalanche de cadeaux fiscaux réservés aux plus riches. Tout le monde sait qu’une minorité de travailleurs a toujours voté à droite. Depuis quelques années certains d’entre eux ont trouvé refuge dans le vote Le Pen. Mais ceux-là peu leur échoie Jaurès, Blum ou Camus. Ces trois figures totémiques là de la gauche historique, ils les voueraient plutôt aux gémonies.

On peut penser également que Sarkozy voudrait bien gommer autant que faire se peut certains aspects trop rugueux, voire repoussants, de cette posture d’homme d’ordre, dur et répressif, qu’il s’est taillée ces dernières années surtout, à force de déclarations fracassantes. Ségolène Royal n’a-t-elle pas elle aussi, dès ses premières déclarations, souhaité réintroduire de l’ordre dans le langage de la gauche, hier tout en préventions ? Et d’ailleurs, pourquoi ceux qui travaillent ne seraient-ils pas sensibles à plus d’ordre et de sécurité ?

Mais au delà du leitmotiv de son discours – " j’ai changé " – peut-être faut-il voir là bien autre chose, comme une soudaine inspiration, nouvelle dans son approche politique. Et que lui a-t-elle dit, cette inspiration, sinon que, malgré les apparences, l’électorat socialiste est toujours volatile même s’il est actuellement contenu par le " phénomène Royal ", et qu’il suffirait peut-être de pas grand chose pour qu’il le redevienne.

On s’est beaucoup extasié sur ce " phénomène Royal " sans toujours bien en apprécier l’effet. Et si Royal, c’était cette légère brume qui cache la forêt épaisse des interrogations, l’ultime sursaut d’une gauche molle, sans nerf, indécise, encore incapable de trancher dans le vif, comme l’ont fait d’autres partis socialistes européens, et qui bien qu’ayant définitivement admis que le monde économique d’aujourd’hui était somme toute le meilleur possible, se sert de Royal pour se donner encore l’illusion qu’elle est encore la gauche éternelle.

" Voyez, dit Sarkozy à cet électorat, comme sont vos dirigeants. Vous pouvez être riches de votre travail et ils vont le gaspiller, le dilapider ! Pourquoi les écouter alors que moi, je vous ai compris. Vous voulez transmettre sans frais le maximum de votre patrimoine à vos enfants ? Et bien qu’il en soit ainsi. Vous voulez profiter du maximum de vos revenus, chèrement gagnés ? Nous le ferons en baissant vos impôts. Avec moi, c’est moins de dépenses publiques , donc moins de charges et moins d’impôts, alors écoutez le langage de la raison plutôt que de vaines chimères qui ne mènent à rien. "

On aura compris, que c’est moins aux " travailleurs ", ouvriers et employés, qu’il s’adresse ainsi Nicolas Sarkozy, qu’au cœur même de l’électorat socialiste, à cette classe dite " moyenne ", celle des fonctionnaires aisés et des cadres moyens. A ceux qui ont voté " oui " au TCE en mai 2005, qui contournent la carte scolaire, qui ont leur résidence secondaire à la campagne et un appartement en ville, qui voyagent à l’étranger, en Thaïlande, au Maroc ou aux Antilles de préférence, qui ont le cœur à gauche mais le portefeuille à droite. Cet électorat là a fait son deuil des grandes réformes sociales ; il est prêt certes à faire beaucoup pour l’environnement mais il sait surtout qu’il vit dans l’un des pays les plus riches du monde, et qu’il peut en profiter.

C’est donc un avertissement que lance Sarkozy à la gauche de Royal, Hollande, Strauss Kahn et Fabius. Il les met au défit de donner à cet électorat des garanties suffisantes que leur politique ne mettra pas en cause ses acquis, son pouvoir d’achat, ses retraites, son patrimoine. Ce qu’il veut s’est qu’ils se dévoilent. Car les socialistes court deux lièvres à la fois, cet électorat là satisfait du social-libéralisme de ses dirigeants et les couches populaires qui les ont lâché à plusieurs reprises, comme en 2002 et en 2005. C’est le miracle inespéré du phénomène Royal d’avoir momentanément réussi à réaliser la soudure entre ces deux électorats. Mais il ne tient qu’à un fil que l’édifice ne s’écroule. Une déclaration de Hollande ou de DSK. Comme l’a dit dernièrement le premier secrétaire du PS, Ségolène Royal tranchera. Oui, mais dans quel sens et quand ? Si elle le peut.

Commentaires

Sarko s'adresse à ceux qui travaillent.....exit pour les autres??

Le coût de son programme évalué à 100 M de recette fiscale en moins, il le récupère ou?? par la paupérisation des gens qui bossent, en rognant sur les frais de l'éducation, de la santé, des services publics etc???

Écrit par : Jean | 23/01/2007

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