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05/01/2007

"Salauds d'électeurs !"

medium_Elections.jpgElections, pièges à cons !

Ça coince, ça ne passe pas. Décidément chez les journalistes politiques, difficile de digérer certains faits politiques récents qui ont, pour la plupart, contredit leur perspicacité.

Il y a d’abord eu le 22 avril 2002. Tous aujourd’hui mettent en cause les sondages, coupables de n’avoir pas prévu cette surprenante deuxième place acquise sur le fil par le candidat Le Pen. Or les sondages, dans les dernières semaines, avaient bien noté la remontée du leader du FN, seulement peu de journalistes n’avaient cru, parallèlement, à l’effondrement possible du candidat socialiste. Le conformisme étant la chose la mieux partagée dans ce petit cénacle où tout le monde pense à peu près pareil, où l’on se répète et se copie à qui mieux mieux, il n’était finalement pas étonnant que l’on n’ait pu envisager une telle hypothèse.

Il y eut ensuite, en 2004, les régionales. Le ras de marée socialiste, deux ans seulement après la défaite en rase campagne de Jospin, était impensable. Tout simplement parce que la réforme du mode de scrutin voulue par Jean-Pierre Raffarin pour ce scrutin leur semblait suffisante pour endiguer l’impopularité croissante de son gouvernement.

En mai 2005, la bévue fut encore plus grosse. Pratiquement tous engagés dans le camp du " oui ", ils reçurent la victoire du " non " comme un affront à leur intelligence, sinon au bon sens. Ignorant pratiquement la mobilisation parfaitement visible des " nonistes ", la niant même, ils ne pouvaient envisager ce qu’ils repoussaient – Vade retro Satanas - comme la pire des solutions.

Last but not least, le " phénomène Royal ". Surprenante sa candidature ? Elle l’avait déjà envisagée en 1995. Et sa popularité ? Parfaitement connue depuis plus de quinze ans. Sa victoire en Poitou-Charentes ? Anecdotique peut-être ? Aussitôt on rangea son irrésistible ascension dans les sondages comme un phénomène purement médiatique. Une bulle. Sûr et certain qu’elle allait s’effondrer dès les premiers assauts des ténors du parti socialiste. Pratiquement jusqu’à la fin des primaires, ils attendirent qu’elle chute. Déconfits, ils cherchèrent de nouveau les défauts dans la cuirasse. Pendant l’été, il y eut l’affaire avec le Hamas. Las, elle se maintint, et au plus haut.

Acceptant désormais comme hypothèse, l’impensable – qu’une femme puisse devenir la première femme président de la république – nos analystes imaginent aujourd’hui (on verra que l’imagination n’est pas leur fort) moult scénarii qui pourraient bouleverser ce qui pourtant se profile à l’horizon, c’est à dire un duel très serré entre Royal et Sarkozy.

Première hypothèse, une candidature Chirac. Honnêtement aucun ne se risque à la pronostiquer, mais on la garde pour ainsi dire pour la bonne bouche. A vrai dire, je ne suis pas si certain qu’ils ne la souhaitent pas. Car le jeu aujourd’hui c’est bien évidemment de trouver le gros grain de sable qui viendrait bouleverser, ce que tout le monde envisage. Par " tout le monde ", entendez l’opinion. Car cette élection, ils la vivent en effet, pour ainsi dire, comme une revanche contre tous ces électeurs qui ont déjoué depuis dix ans toutes leurs prévisions.

Deuxième hypothèse, Le Pen au second tour. Aucun ne l’exclut. C’est devenu la tarte à la crème de toutes leurs analyses. Ils ne l’avaient pas vu venir en 2002, et même si la situation est aujourd’hui totalement différente, c’est devenu désormais pour eux l’indispensable paramètre. Tout comme pour l’hypothèse Chirac, l’hypothèse Le Pen permettrait de remettre les pendules à l’heure. A l’heure des ces messieurs et dames. C’est leur adresse à l’OPINION. Vous avez voulu Ségo-Sarko ? Vous allez voir ce que vous allez voir. Privés de dessert, salauds d’électeurs !

Or pour qu’une telle hypothèse soit crédible, il faudrait non seulement que Le Pen soit au plus haut (on l’annonce à 20 % alors qu’il n’est qu’à 15 %, mais peu importe), mais surtout que les deux challengers de la gauche et de la droite perdent au moins dix points chacun d’ici quatre mois, ce qui fait quand même beaucoup. Pourtant, alors qu’ils sont crédités aujourd’hui l’un et l’autre de plus de 30%, il est parfaitement inenvisageable pour nos brillants journalistes du sérail qu’ils se maintiennent à un tel niveau. Pour quelles raisons ? Aucune explication. Et l’on comprend pourquoi. Le Pen ne peut suffire à déjouer cette presque parfaite bipolarisation apparemment souhaitée (faute de mieux ?) par l’opinion, il faudrait au moins un quatrième homme. Or Bayrou semble parfaitement incapable de jouer ce rôle. En 1981, par exemple, Giscard et Mitterrand étaient en dessous de cette barre des 30 % (28,32 % pour le premier, 25,85 % pour le second), mais chacun d’eux étaient marqués à la culotte par des grosses pointures (Chirac et Marchais). En 2007, rien de cela. Oui, mais il y a eu 2002. Alors ils s’accrochent. Malgré le ralliement des radicaux et de Chevènement à Royal, malgré l’absence d’une candidature unique de la gauche antilibérale, malgré l’effondrement dans les sondages de la cote des deux candidats de l’extrême-gauche et la piètre participation désormais presque anecdotique de Dominique Voynet. Que leur reste-t-il ? Hulot ? Buffet ? Mais non, Le Pen, toujours et encore. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer.

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