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04/01/2007

Les extrêmes

medium_tente_don_quichotte_2.jpgDans ses vœux, Jacques Chirac a invité les Français à résister " aux faux raccourcis des extrêmes ". Le comédien Augustin Legrand, initiateur de l’association " Les Enfants de Don Quichotte ", chaque fois qu’il est interrogé sur des liens éventuels que son mouvement pourrait avoir avec certaines formations politique, revendique sa totale indépendance, expliquant que son action, si elle réussit, aura pour conséquence de faire reculer le vote protestataire d’extrême-gauche comme d’extrême-droite. Chez Royal, sans qu’elle le dise explicitement (elle préfère parler de reconquête de l’électorat populaire), comme chez Sarkozy, qui lui le revendique, on retrouve le même objectif : faire reculer les " extrêmes ", " assécher le vote protestataire " pour reprendre l’expression de Stéphane Rozès, directeur des études politiques à CSA.

Le traumatisme du 21 avril 2002 n’a toujours pas été conjuré. Le " vote protestataire " est suspendu au-dessus de la tête des politiques comme l’épée de Damoclès. On pardonnera à Augustin Legrand sa grande naïveté. Loin de faire baisser le vote extrême, son action aura plutôt démontré que le politique ne cède que lorsqu’il y est forcé. Un journaliste du journal de l’avionneur et député UMP Serge Dassault, Yves Thréard, ne s’y est pas trompé : il serait dangereux pour " nos responsables ", expliquait-il hier dans un éditorial, de céder ainsi " à la démagogie " car " ils deviennent les otages d'une dictature de l'opinion dont les exigences de transparence et de résultat à outrance peuvent se révéler dangereuses. " Et d’insister : que les politiques " assument leurs choix. Sans promettre l'impossible par l'offre de droits qu'ils savent ne pas pouvoir garantir et sans se soumettre à la signature de chartes émanant de quelques saltimbanques dont les compétences restent à prouver. "

Or ce sont précisément ces politiques du " juste milieu  ", politiques suivies depuis plus de vingt-cinq ans à droite comme à gauche, qui ont créé les conditions de ce " chantage ". Si les questions du logement et de la précarité avaient eu des réponses suffisamment efficaces depuis la fin des " trente glorieuses " nous n’en serions évidemment pas là. Car cette situation qui voit entre 100.000 à 700.000 personnes dans l’impossibilité d’accéder à un logement offrant le minimum de confort n’est pas seulement la conséquence directe d’une incurie des pouvoirs public et de l’incivilité de ces milliers de communes riches et prospères qui refusent de respecter la loi Solidarité et renouvellement urbains. Plus généralement elle est le produit d’une société qui fabrique de l’exclusion alors qu’elle accumule toujours plus de richesses. Il est à ce titre quand même paradoxal de voir cette même majorité, qui n’a eu de cesse de céder aux plus nantis, refuser dernièrement de voter une proposition de loi – qui venait de l’opposition – rendant justement imposable le droit au logement, puis l’approuver bientôt en urgence, il est vrai quelques mois avant la présidentielle. Mais jusqu’où allons nous être contraint de céder, disent ces apôtres du libéralisme. Aurons nous bientôt un droit imposable au travail, à manger, à s’habiller… et pourquoi pas à vivre décemment, pendant qu’ils y sont ! C’est le retour à l’Etat providence !

Plus que le soucis de solidarité et d’équité, c’est donc la peur panique d’un 22 avril bis qui contraint le gouvernement à réagir, et à promettre surtout. Personne ne s’y trompera. Mettre toutefois dans le même sac TOUS les extrêmes, c’est une façon singulière de noyer le poisson. Rien de commun entre les revendications " excluantes " de " la préférence nationale " et d’une " immigration zéro ", et l’exigence d’un autre " partage des richesses ". Tous ceux qui voudraient bien que l’on se presse de revenir, une fois les élections passées, à une politique plus libre de ses mouvements, entendez qui ne soit pas l’otage de l’opinion, ça leur va bien d’entretenir la confusion des genres. Il y a peu encore, le challenger de la droite entendait se servir de la lutte contre " l’insécurité " comme d’un boomerang pour infléchir le vote Le Pen. La manœuvre a fait long feu. L’actuelle majorité va brandir aujourd’hui son " droit imposable " comme le nec plus ultra de sa lutte contre " l’insécurité sociale ". Qui oubliera au moment du vote qu’elle y aura été forcée par " quelques saltimbanques " ?

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