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26/12/2006

La fin d’une illusion

medium_besan_buffet_bove.jpgHervé Nathan, rédacteur en chef à Marianne, attribue l’échec de la candidature unitaire des antilibéraux aux deux " partis communistes ", l’officiel et la LCR. Aujourd’hui José Bové développe dans Le Monde le même point de vue, invoquant " le patriotisme d’appareil " des deux formations comme unique responsable de l’éclatement du front commun né à la gauche de la gauche après la victoire du " non " au TCE.

Passons sur les arguments de Hervé Nathan qui sont du plus haut comique. Extrait : " en choisissant de présenter Besancenot coûte que coûte, pour perpétuer sa présence dans le champ politique, en ignorant la plate-forme des anti-libéraux, elle [la LCR] a choisi la sauvegarde du parti, contre la promotion du programme de transition ! ". Rien que ça ! Quant à José Bové, il noie le poisson, et pour cause. Chacun sait que le leader paysan, fort de sa notoriété acquise grâce à ses combats dans la mouvance altermondaliste, pensait être le rassembleur incontesté de cette gauche là. Mais pour s’imposer il avait besoin de l’appui bienveillant du PCF. Ainsi, il lui fallait faire l’impasse sur le véritable enjeu de cette candidature : la gauche antilibérale jouerait-elle, oui ou non, le rôle de force d’appoint au PS pour le deuxième tour, et en cas de victoire, à un gouvernement " gauche plurielle " bis ? Car il était en effet évident que pour le PCF, l’objectif était de s’emparer de l’héritage du vote " noniste " du 29 mai 2005 pour l’apporter dans la corbeille de la mariée le moment venu et négocier ainsi au mieux la réélection de ces quelque 10.000 élus.

Depuis le départ, la LCR l’avait annoncé clairement, pour elle la réponse était " non ! " A l’inverse, Bové et les collectifs firent l’impasse sur cette question déterminante pendant toute l’année 2006, créant ainsi l’illusion que le PCF allait, fort de cette garantie de neutralité du mouvement, céder sur son rôle de leadership. Evidemment, il n’en a rien été et s’était méconnaître le PCF que de jouer à ce jeu de cache-cache avec lui.

A ce titre, dire comme le fait Hervé Nathan dans son article que la présence de la LCR dans le rassemblement aurait permis de contrer la manœuvre du PCF est tout aussi ridicule. En l’état du mouvement antilibéral aujourd’hui, RIEN ne pouvait l’empêcher. Si les " logiques d’appareil " ont prévalu, c’est d’abord parce que le mouvement lui-même était trop faible, qu’il ne pouvait prétendre à une quelconque autonomie. D’où sa dépendance du bon vouloir d’une organisation comme le PCF qui n’avait qu’un seul soucis en s’y associant : se refaire une virginité après des dizaines d’années de compromission avec le PS. Qu’est-ce que la LCR avec ses 2.500 militants aurait pu opposer à cette tentative de captation ?

Ce qui est en cause en réalité, c’est l’appréciation qui a été fait de la victoire des " nonistes ", victoire acquise, faut-il le rappeler avec le renfort important de la droite extrême. Certains ont cru alors que le point de vue antilibéral était devenu sinon majoritaire, du moins pesait d’un poids tel à gauche qu’il était possible de rêver. Malgré l’alerte de la synthèse au congrès du Mans, malgré le vote de la quasi unanimité des courants au projet socialiste et malgré, enfin, la montée en puissance du phénomène Royal, l’illusion a perduré. Au lendemain de la désignation de cette dernière par 60 % des exprimés, le camp anti-libéral a même pu, un instant, espérer que ce choix allait doper le mouvement. Il ne comprenait pas que cette candidature, loin d’être une chance pour lui, illustrait en réalité l’hétérogénéité du vote " noniste " à gauche, et que son instumentalisation par les ténors de la " gauche " du PS à des fins internes s’était finalement retournée contre eux. Le bluff des Fabius et consorts ayant été éventé, Ségolène Royal ramassait la mise. Mieux, elle redonnait, contre toute attente, l’espoir à cette gauche orpheline d’un leader qui voyait en elle la seule candidate crédible susceptible de battre le champion de la droite. La victoire étant désormais possible, le PCF devait s’y rallier coûte que coûte. On avait cru que la clarté avait été faite, mais c’était le côté obscur de la force qui l’avait emporté.

Un bon point pour le Figaro

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut souligner la clairvoyance des analyses du Figaro, mais en l’occurrence, l’éditorial de Rodolphe Geisler dit aujourd’hui à peu près la même chose que ce qui est défendu ci-dessus : " … certains, après avoir qualifié dans un premier temps sa stratégie [celle de M.G. Buffet] de " suicidaire ", ne sont plus loin de penser qu'un accord tacite avec le PS aurait été négocié. À une candidature unitaire incarnée par un José Bové ou une Clémentine Autain qui, jouant sur l'effet nouveauté, aurait sans doute fait plus que Buffet, le PS préfère en effet une candidature PCF, même estampillée de " rassemblement "."

Le journaliste poursuit : "Plusieurs raisons à cela. À en croire les instituts de sondages, Buffet ne devrait guère aller au-delà de 2 ou 3 % des suffrages. Indépendamment du supposé " vote utile " des électeurs de gauche en direction du PS dès le premier tour, cela fait belle lurette que le PCF ne représente plus un danger pour les socialistes. Surtout, depuis les ralliements des radicaux de gauche du PRG et des chevènementistes du MRC, le PS pense qu'il sera plus facile de négocier un report de voix au second tour avec un PCF, qui cherchera à sauver à son tour ses députés, qu'avec un élément incontrôlable issu de la nébuleuse antilibérale. Car, loin de s'être tiré une balle dans la tempe gratuitement, c'est sans doute la " sauvegarde " du groupe communiste à l'Assemblée nationale qu'a en tête Buffet. "

22/12/2006

Hulot ou le flop écologiste

On ne touche pas à Hulot. Sa popularité et ce qu’il défend nous interdisent d’en dire du mal. Qui oserait dire : " je me moque bien de ce qui arrivera au monde dans vingt, trente, cinquante ans, un siècle ou plus " ? Si, un homme l’a fait. Il n’est pas n’importe qui. Il n’est pas français mais américain. Il faut être effet W. Bush, le dirigeant de la première puissance mondiale, et premier pollueur au monde, pour avoir l’audace insigne de revendiquer haut et fort le droit à la " liberté " d’entraîner l’humanité à une catastrophe presque certaine. Les autres, ceux qui ne disent rien, n’en pensent pas moins, il est vrai. Et je ne pense pas uniquement aux dirigeants politiques imminents, mais aussi à tous ces responsables économiques, ces conseils d’administration, ces financiers, ces banquiers, ces investisseurs qui font tourner le monde et alimentent la machine infernale.

Au début du siècle dernier, quand on évoquait les catastrophes à venir, on pensait à la guerre. Mais personne n’imaginait alors réellement ce que serait le 1er conflit mondial et ce qui allait suivre. Bien plus encore que le soucis de l’environnement aujourd’hui, la guerre était présente dans tous les esprits. On s’y préparait même quand on ne la souhaitait pas, " franche et joyeuse ". Des hommes et des femmes s’étaient élevé contre cette folie dont ils pressentaient qu’elle allait embraser l’Europe et le siècle. Ce n’étaient pas de doux rêveurs, des pacifistes, des utopistes. C’étaient des professionnels. Ils dirigeaient des syndicats et des partis, parfois puissants comme en Allemagne. Il s’appelaient Jaurès, Bebel, Liebknecht, Lénine, Martov, Luxembourg, pour les plus connus. Parce qu’ils pensaient que les travailleurs n’avaient pas de frontière et que le nationalisme était l’ennemi des peuples, ils avaient mis sur pied une organisation mondiale, une internationale. " Socialisme ou barbarie ! ", " guerre à la guerre ! ", opposaient-ils aux empires, aux royaumes, aux républiques, aux marchands de canons, aux Krupp ou aux Schneider qui n’attendaient qu’un prétexte pour mobiliser et jeter des millions d’hommes dans la fournaise. Ils échouèrent dans leur entreprise. Certains cédèrent et rejoignirent les camps des assassins. Les plus inflexibles, isolés, emprisonnés ou exilés, s’obstinèrent cependant. Mais la guerre fit son office. Et on remit ça trente ans plus tard avec plus d’acharnement encore.

Ce parallèle peut sembler extravagant. Quel rapport entre notre époque, où le combat pour " sauver  la planète " nous semble si consensuel, et ces " temps obscurs " où l’on ne cherchait qu’à s’entredéchirer, à annexer et à détruire ? Temps obscurs ? Le nôtre serait-il un modèle de clarté ? La guerre économique, dans laquelle chaque travailleur engagé est un concurrent pour un autre travailleur, cette autre guerre, où les taux de croissance et les records de fusions-acquisitions, toujours dépassés, ont remplacé les communiqués de victoire sur le front, cette guerre sans fin apparente, sans armistice, sans paix à l’horizon, plus mondiale que jamais, que nous réserve-t-elle ?

Redescendons sur terre, si j’ose dire. J’ai lu le pacte écologique que propose Nicolas Hulot, mais ne serait-ce que ça : " Il s’agit donc de s’orienter vers une "économie circulaire" dont l’ambition ne soit plus de produire pour produire mais de réduire les flux de matière et d’énergie ", faut-il en rire ou en pleurer ? Mais c’est le ressort même de l’économie mondiale qui est à revoir. Je ne mets pas en doute la sincérité du premier écologiste de France et celle de ses amis mais l’intention même de ce " pacte ". Je m’interdis même de m’étonner qu’un homme dont les liens avec plusieurs groupes capitalistes puissants, Total, Rhône-Poulenc et Bouygue sont reconnus, puisse aussi benoîtement passer pour une conscience. Mais quand même : " ne plus produire pour produire " ? Que peut-on attendre d’une telle exigence, ainsi formulée et dont la naïveté confondante dépasse tout ce que l’on avait pu entendre jusqu’ici dans une campagne électorale ? Une prise de conscience ? Mais où est-elle ? Avons nous entendu les deux principaux candidats remettre en cause les bases de cette économie pour laquelle ils demandent toujours plus de croissance et de pouvoir d’achat ? " Travailler plus, pour gagner plus… et dépenser plus ", " rétablir la valeur travail ", " rétablir la confiance et la croissance viendra ", voilà ce que l’on entend.

Ce n’est pas le lieu ici de reprendre par le début, point par point, l’analyse du mode de développement qui est le nôtre. Mais comment croire une seconde que c’est en s’adressant à ceux qui en font l’apologie, qui le soutiennent, qui le nourrissent, qui en attendent tout et tant, et d’abord pour eux même le maximum, que l’on enrayera la machine folle ? Quand Jaurès et ses amis s’opposaient à la guerre qui venait, s’adressaient-ils au Tsar, à Guillaume II, à Poincaré, à Krupp et aux banquiers de la City pour qu’ils révisent leurs plans et qu’ils s’entendent ? Il y avait déjà beaucoup de naïveté dans ces proclamations de l’Internationale socialiste, et Jaurès en était la parfaite incarnation. L’histoire a suffisamment montré qu’elles n’étaient finalement que des vœux pieux et qu’il aurait fallu une toute autre mobilisation, bien plus puissante, bien mieux préparée, plus ciblée pour que la guerre ne vint pas. En comparaison, " le pacte écologique " de Nicolas Hulot est une bluette, tout juste bonne à amuser la galerie, le temps d’une élection. Il aura fait " Pschitt ! " comme dirait son ami Chirac.

19/12/2006

L’hypothèse Besancenot

Dans un récent sondage, à la question, " parmi les personnalités politiques suivantes, lesquelles semblent les plus à même de répondre aux préoccupations des jeunes de votre âge (18-25 ans), les sondés ont répondu : Ségolène Royal (56 %), Nicolas Sarkozy (44 %), Olivier Besancenot (34 %). Bayrou arrive en 4ème position avec 24 %.

Les mêmes, à une autre question (" de quel parti ou formation politique vous sentez vous le plus proche ou le moins éloigné "), répondent : à 44 % d’aucun parti, à 33 % de la gauche parlementaire (dont 25 % pour le PS et 2 % pour le PC), à 18 % de la droite parlementaire, à 2 % de l’extrême-gauche.

Il est de bon ton désormais de n’accorder qu’une importance très relative aux sondages, mais celui-ci illustre bien le décalage entre la notoriété d’une personnalité et ce qu’on lui prête comme intentions, et la mauvaise opinion que les jeunes ont des partis politiques (75 % ont une mauvaise image des hommes et des femmes politiques, entendez des partis).

A ce titre Olivier Besancenot aurait fait un très bon candidat de la gauche antilibérale. Sa façon de s’exprimer, son sens de la répartie, sa capacité à faire passer des idées simples qui parlent aux catégories sociales les moins favorisées, et aux jeunes en particulier, de s’adresser au plus grand nombre bien au delà du courant qu’il représente, auraient été des atouts considérables pour une gauche antilibérale qui a choisi à l’inverse de s’enfermer dans un bunker.

Il y avait deux raisons à cela. En tant que représentant de la LCR, sa candidature était irrecevable pour les communistes ; pire encore, elle représentait politiquement un obstacle à un accord au second tour avec les socialistes. En choisissant en priorité de dialoguer avec les communistes, les collectifs ont finalement fait le choix de la pire des solutions. S’il ne fallait pas rejeter le PCF, il fallait dès le départ poser des conditions claires à sa participation aux collectifs. Les collectifs ont voulu jouer aux plus fins et ont laissé le PCF agir à sa guise. Le résultat a été ce que l’on sait. Le PCF a cru que tout était possible et qu’il pouvait utiliser la bannière antilibérale à ses fins politiciennes. Dans quelques mois, Besancenot sera très certainement en tête des candidats de la gauche antilibérale. Buffet sera derrière à deux ou trois points.

Le PCF, en l’état, survivra-t-il à cette nouvelle débandade ? Très certainement pas. Mais il ne faut pas s’en réjouir. La désignation d’un candidat unitaire de la gauche antilibérale aurait été un formidable tremplin pour la construction d’une formation antilibérale à la gauche du PS. L’échec de cette désignation va faire reculer cette perspective. On ne bâtit pas dans la défaite et la division.

François, l’impatient

Il y a quelques jours, le " patron " du PS annonçait son programme de futur ministre de l’Economie. C’est qu’il s’y voit déjà à Bercy, François, en super-ministre. D’aucun pensait qu’il visait plus haut. Mais l’économie a toujours été son dada. Il doit penser, non sans raison, que la présidence de la parole conviendra à merveille à sa compagne, mais qu’il faudra bien quelqu’un aux fourneaux pour alimenter la chaudière. Mais nous en reparlerons.

Samedi, c’est à Buffet qu’il s’est adressé : "Je n'ai pas de conseils à lui donner. Mais plus tôt elle se mettra en campagne, mieux ce sera, pour elle et pour nous. Nous avons besoin de la culture, de l'électorat communistes, et, le moment venu, si les communistes le décident, de la présence de ministres communistes au gouvernement."

S’il y avait encore un doute chez les antilibéraux sur le sens de la candidature à la candidature de MGB, les voilà avertis. Le PCF sera la rustine du " social-libéralisme " ou ne sera pas. Quant aux communistes, qu’ils soient rassurés. Même à 2 ou 3 % la Maison Royal-Hollande aura besoin d’eux. Somme toute Hollande donne raison à Besancenot et Krivine qui dès le départ avait annoncé la manœuvre.

14/12/2006

L’exception ou la norme ?

La catégorie des ouvriers et des employés, c'est environ 14 millions d'électeurs en France. En 1978, 70 % des ouvriers votaient pour la gauche, en 1995, ils n'étaient plus que 53 % et 46 % en 2002. Cette déperdition du vote ouvrier serait donc une tendance lourde de la période. Il y a eu cependant des exceptions notables. En 1997, 60 % des ouvriers votèrent à gauche et 70 % en 2004. En 2005, enfin, ouvriers et employés se retrouvèrent massivement dans le "non" au TCE. En 2007, serons nous dans l’exception ou la norme ?

En 1995, c’est à la suite du deuxième septennat de Mitterrand et en se démarquant de l’autre candidat de la droite (Balladur) avec des accents plus sociaux (" la fracture sociale ") que Jacques Chirac réussit à s’imposer. En 2007, la configuration politique est totalement différente. Après un septennat et un quinquennat dont sept ans de gouvernement, la droite se retrouve pour ainsi dire dans la même position que la gauche en 2002. Sarkozy pourra-t-il avec sa " rupture tranquille " convaincre au-delà de son camp ? La partie sociale de son programme (limitation du droit de grève, remise en cause des 35 h, etc.) ne laisse planer aucun doute : c’est en candidat de combat qu’il va se présenter. Mais la réplique à gauche est-elle à la hauteur des intentions affichées de la droite ?

Formellement, sur le papier, le projet socialiste n’est pas un programme de combat, loin s’en faut. En outre, c’est sur un tout autre registre que celui de la vieille rhétorique gauchisante des socialistes quand ils sont dans l’opposition que Ségolène Royal a choisi de se positionner. Il est clair que ce qui n’avait pas marché en interne au PS, n’avait aucune chance de réussir en grand. Mais l’échec de Fabius est-il l’indice ou la preuve que ce parti est définitivement " tombé à droite " ?

On a déjà beaucoup glosé sur ce " tournant ", et le personnage de Ségolène Royal et ses prises de position hétérodoxe par rapport à la " doxa socialiste " sont propices à bien des interprétations allant dans ce sens. Pour la gauche radicale (la LCR en particulier), il ne fait aucun doute que cette candidature est la confirmation qu’il existe désormais deux gauches dans ce pays, une " gauche " social-libérale et une gauche anti-libérale, et qu’il n’y a pas de compromis possible entre elles. Le PCF réfute cette analyse ou tout du moins fait comme s’il y avait encore des possibilités de s’entendre avec le PS. Mais contrairement à ce qui s’était passé en mai 2005, ce débat ne divise pas les électeurs de gauche, sinon à la marge.

La faute à qui ? Essentiellement à la gauche antilibérale, incapable de saisir une chance historique de capitaliser cette perte de confiance du vote ouvrier et employé dans le parti majoritaire de la gauche, et en premier lieu, au PCF qui pense qu’il pourrait s’emparer du leadership de cette contestation sans aucune concession. Mais la responsabilité de la gauche radicale n’est pas moins grande. Si la question des deux gauches était une question réglée, à l’évidence Ségolène Royal ne pourrait bénéficier d’aucun crédit dans cette fraction importante de cet électorat de gauche qui depuis dix ans oscille entre l’abstention et le vote contestataire. Or, dans l’immédiat il n’en est rien. Penser que dans quatre mois, le potentiel de plus de 30% d’intention de vote de Ségolène Royal va s’effondrer est proprement absurde. Il ne pourrait être entamé qu’à une seule condition : qu’un accord se fasse rapidement entre la gauche radicale et le PCF. Mais un tel accord est-il encore possible ?

12/12/2006

L’extrême-gauche et le PCF font le jeu de Royal

L’intérêt de Ségolène Royal et du PS c’est d’avoir à gauche le minimum de concurrents crédibles susceptibles de lui ravir des voix. Les accords passés avec les radicaux, puis avec les amis de Jean-Pierre ont déjà permis d’éliminer deux candidats. Reste Dominique Voynet, Arlette Laguiller, Olivier Besancenot et Marie-Georges Buffet. Réunis, ces quatre candidats représentent potentiellement entre 10 à 20 %. Pour les Verts, la cause est entendue. Discrédités aux yeux du grand public, il ne leur reste qu’une seule issue : passer une alliance avec le PS dès le 1er tour. Pour Laguillier, Besancenot et Buffet, en revanche, tout n’est pas encore joué.

Buffet est mal partie

Comment pourra-t-elle obtenir dans une semaine ou un mois ce qu’elle n’a pu arracher ce deuxième week-end de décembre ? Comme il ne s’agit pas d’une question de " casting " ou " d’ego " entre elles et les collectifs antilibéraux mais bien de fond – quels rapports avec le PS ? position au second tour ? négociations en vue des législatives ? – qui pourrait être la ou le candidat de compromis ? A moins que les collectifs s’entendent pour n’opposer à Buffet qu’une ou qu’un seul candidat. Autre possibilité le retour de Bové. Mais le PCF en voudra-il ?

Le jeu de la LCR

La LCR l’a clairement annoncé depuis plusieurs mois. Ou les collectifs et le PCF acceptent ses conditions (pas de participation à un gouvernement PS ; pas de négociations pour d’éventuelles candidatures uniques aux législatives), auquel cas la LCR intègrera les collectifs ; ou Besancenot se présente sous sa propre bannière. Le pari de la LCR c’est qu’il n’y aura pas d’entente entre les collectifs et le PCF ou qu’il ne s’agira que d’un compromis pourri sur lequel la LCR tirera à boulets rouges. Mais la LCR n’a toujours pas ses 500 signatures, et elle prend en outre le risque qu’une candidature unique finisse par s’imposer, sans elle.

LO en embuscade

Le petit jeu du PCF et de la LCR va-t-il profiter à Arlette Laguiller ? C’est peut-être ce que l’on croit à LO., mais les électeurs risquent surtout de ne pas s’y retrouver. A moins d’être un expert ou un militant convaincu, ce qui se passe actuellement à la gauche de la gauche est parfaitement incompréhensible. La déperdition de l’électorat antilibéral risque d’être terrible. Toute cette affaire risque de ne profiter à personne, sinon à Ségolène Royal.

Gauche antilibérale : l’occasion manquée

Dans les conditions actuelles, l’hypothèse d’un PCF à 2 %, d’une LO à 3 % et d’une LCR à 4 %, soit un total inférieur à 10 %, est la plus probable. Royal pourra leur dire merci. Merci d’avoir aussi bien justifié le vote utile, merci d’avoir été aussi obstiné dans le crétinisme électoral. A 2 %, il est probable que le PCF ne s’en remettra pas ; qu’il connaîtra le même sort que le PC italien ou espagnol. Et la LCR qui aura attendu quasiment pendant quarante ans ce moment n’en profitera pas. La LCR se retrouvera avec un statut identique à celui de LO, mais Olivier acceptera-t-il de jouer longtemps le remake d' "Arlette et les travailleurs" ?

11/12/2006

La gauche antilibérale peut-elle encore s'unir ?

La rencontre de quelque 1500 délégués des collectifs pour une candidature unique de la gauche antilibérale n’a donc rien donné et ne donnera rien. C’est ce que tous les " observateurs " s’accordent à dire. Après la victoire de Ségolène Royal à la primaire socialiste, le ralliement de Jean-Pierre Chevènement à cette candidature et le retrait de Christiane Taubira, l’effet Ségolène semble donc marcher à plein. Les socialistes peuvent ainsi espérer avoir écarter le spectre de 2002.

On connaît les " observateurs ", leurs propensions à ne pas voir plus loin que le bout de leur nez, leur incapacité congénitale à se projeter hors de leur monde. Déjà le fait d’accepter (mais peuvent-ils aujourd’hui faire autrement ?) qu’une femme qui ne faisait pas partie des compétents répertoriés (les fameux " hommes d’Etat "), il y a un an encore, puisse dans quelques mois devenir la première présidente de la république française leur est resté en travers de la gorge. Mais de là à comprendre que se joue entre le PCF, l’extrême-gauche et le mouvement social (syndicalistes, alter mondialistes, écologistes radicaux, féministes…) une autre partie, tout aussi décisive, il y a encore pour eux un pas difficile à franchir.

Le non choix dans l’immédiat d’une candidature unique de la gauche antilibérale les conforte donc momentanément dans leurs analyses. Ces gens là ne sont pas capables de s’entendre, et s’est tant mieux, pensent-ils. La victoire du " non " au TCE n’aura donc été qu’un accident, un cauchemar vite oublier. C’est faire peu de cas d’une radicalisation d’une partie importante du mouvement social qui remonte bien avant le 29 mai 2005. L’échec de Balladur en 1995 doublé sur sa " gauche " par un Chirac très " social " (" la fracture ") et celui de Juppé deux ans plus tard n’auraient pas eu lieu sans la résistance d’une fraction significative des salariés à la politique de la droite. L’embellie que connut le gouvernement Jospin pendant plusieurs années agit en un sens en trompe l’œil. La gauche plurielle, de moins en moins sociale, de plus en plus libérale, crut qu’elle était tirée d’affaire. Conjurée 1993, annus horribilis ? Las, en 2002, elle fut sanctionnée de nouveau à son tour et bien au delà de tout ce que l’on avait pu imaginer.


Cependant, jusqu’au 21 avril 2002, l’expression de ces sanctions répétées, loin de profiter aux formations politiques les plus à gauche de l’échiquier politiques, se reportaient pour une part non négligeable dans un vote protestaire d’extrême-droite. C’est du moins ce qui se disait. En 2004, une enquête de Nonna Mayer corrigeait cependant cette antienne. A partir d’une enquête sur un échantillon de dix mille interviews effectuées en 2002 par le CEVIPOF, la sociologue notait que " c’est bien du côté des plus défavorisés en capital culturel qu’on trouve le vote extrême droite ", mais elle tempérait aussitôt son jugement : " Si on regarde de plus près, par catégories socioprofessionnelles détaillées, ce n’est pas chez les ouvriers que le vote FN est le plus fréquent. " C’est chez les policiers et militaires (45 %), chefs d’entreprise et commerçants (36 %), artisans et employés de commerce (31 %). Puis viennent les ouvriers qualifiés (28 %) et non qualifiés (21 %). En proportion, l’électorat le plus ouvrier le 21 avril restait l’électorat communiste : ceux qui ont au moins une attache avec le monde ouvrier y ont représenté 61 % des votes, contre 52 % pour le FN. Évidemment, le nombre d’ouvriers ayant voté pour le FN fait la différence.

La très grande majorité des ouvriers n’aurait donc pas voté pour l’extrême droite, en dépit des appels pressants aux "  petits, aux sans-grade " lancés par Le Pen au soir du premier tour. Le premier parti, dans les couches populaires, c’est l’abstention. Dans le monde ouvrier, le " non-vote " atteint ainsi, le 21 avril, 31 % des inscrits. Le vote pour la droite, 29 %, autant pour la gauche. Le vote pour Le Pen ou Mégret, 18 % des inscrits. Raisonner sur le nombre des inscrits et non les suffrages exprimés " amène à relativiser quelque peu l’engouement supposé du monde populaire ou ouvrier pour Le Pen ", concluait la sociologue.

Mais en 2002, on assistait également à un autre bouleversement. Pour la première fois dans l’histoire du mouvement ouvrier français, le candidat du PCF, Robert Hue, récoltait pratiquement trois fois moins de voix que les trois candidats de la gauche radicale (et trotskiste) réunie (LO, LCR et PT). Soit 960.480 pour le premier et 2.973.293 pour l’ensemble Arlette Laguiller-Olivier Besancenot-Daniel Gluckstein.

Ces deux phénomènes, d’une part l’abstention gagnant majoritairement les catégories populaires - et accessoirement un vote Le Pen très partiellement ouvrier - , et d’autre part le déclin électoral de plus en plus prononcé du PCF, étaient-ils appelés à perdurer ? En appelant, contre son propre parti, à voter " non " au traité constitutionnel européen, Laurent Fabius fut le premier à tenter d’enrayer ces deux tendances lourdes. Mais si cette décision a très certainement été l’un des éléments déclencheurs de la mobilisation qui se fit à gauche contre ce traité, il n’en a pas, loin s’en faut, récolté les dividendes. Fabius n’était certainement pas le mieux placé pour endosser le costume du rénovateur de la gauche. En prenant une part importante dans cette mobilisation contre le TCE, le PCF tenta lui aussi tout aussi habilement de redorer son blason défraîchi par plusieurs dizaines d’années de compromission avec la gauche socialiste. Et cela marcha, du moins le crut-il jusqu’à aujourd’hui.

On ne doit pas remettre en cause la sincérité des communistes. Tout comme la gauche du PS, l’extrême-gauche et les altermondialistes, ils ont pris leur part dans cette victoire du " non ", une victoire qui n’aurait cependant pas eu lieu sans l’apport des voix de la droite extrême. Mais ont-ils été assez naïfs pour croire qu’ils allaient pouvoir désormais utiliser la dynamique créée par cette victoire pour leurs propres fins ?

L’enjeu du week-end dernier – le choix entre Marie-Georges Buffet, Clémentine Autain et Yves Salesse comme candidat unique du camp anti-libéral – pouvait apparaître comme dérisoire. Bien des éditorialistes l’ont vu ainsi. En fait, loin d’être un enjeu de personne, il s’agissait en vérité de décider de l’avenir prochain de la gauche dans ce pays. C’est qu’avec Ségolène Royal, la gauche socialiste a, en quelque sorte, décidé d’avancer masquée. Tout comme Fabius, Ségolène Royal a aussi tiré, mais à sa façon et avec bien plus d’habilité tactique, les leçons des dernières défaites de son parti. Rompant avec la rhétorique traditionnelle des socialistes, oscillant entre des clins d’œil à Blair et des appels du pied aux altermondialistes, sa démarche consiste à faire le plus grand écart possible. Mais sa réussite ne peut être complète que si la gauche antilibérale lui laisse le champ libre.

Dans un tel contexte, le PCF s’est donc vu comme la caution nécessaire à une victoire de TOUTE la gauche. M.G. Buffet l’a dit très clairement, sans aucune ambiguïté. La LCR d’Olivier Besancenot a été la première formation à dénoncer la tentation du PCF d’utiliser le mouvement anti-libéral pour sauver les meubles de la place du Colonel Fabien. Mais la LCR, en mettant la barre très haut (ellle exigeait un engagement explicite de tous à ne pas participer à un gouvernement PS ), et en refusant surtout d’intégrer les collectifs, a finalement laissé le PCF manœuvrer. Sauf que la manœuvre à échouer puisque M.G. Buffet n’a pas réussi ce week-end à se faire élire comme candidate par le mouvement.

La LCR et le PCF se retrouvent ainsi dos à dos. Peut-être allons nous vers des candidatures séparées du camp du " non " ? Lutte ouvrière a fait ce choix depuis longtemps. La LCR le laisse entendre de plus en plus clairement. Le PCF va-t-il s’y résoudre maintenant que son opération de séduction un peu rude a échoué ? Un sondage aujourd’hui devrait les alerter. A moins de quatre mois de l’échéance, Sarkozy et Royal sont au coude à coude, chacun à plus de 30%. Quant aux candidats de l’extrême-gauche, leur capacité à capter le vote protestaire de gauche s’érode irrémédiablement (3,5 % chacun seulement). M.G. Buffet n’ apparaît même pas dans ce sondage. L'effet Ségolène sans doute, le prix de la désunion assurément.

Ainsi tant d’espoir pour ça ! Il reste quelques semaines pour reprendre ses esprits. Unie, la gauche antilibérale peut dépasser les 10 %, talonner Le Pen, voire le dépasser. Buffet, Besancenot, Bové et les autres, unité !

medium_gauche_antiliberale.2.jpgAjout :

Olivier Besancenot a estimé lundi 11 décembre à Rennes qu'il n'était " sûrement pas responsable " de l'échec des collectifs anti-libéraux à s'entendre ce week-end sur une candidature commune. " José Bové, moi et d'autres ont refusé de participer à cette unité de façade parce qu'on était à peu près persuadé que ça allait se terminer sur un pugilat, et en plus sur la pire des questions c'est-à-dire le casting, une affaire d'ego ", a-t-il expliqué dans une interview au journal télévisé de midi de France 3 Ouest.

Non, pas toi Olivier. Ce qui s’est passé à l’Ile-Saint-Denis n’était pas une " affaire d'ego ", de "casting". Laisse ça aux journalistes " bourgeois ". Le refus d’une partie très importante des collectifs, dont beaucoup des militants communistes, d’entériner le choix de Marie-Georges Buffet, n’a été que la formulation concrète et manifeste de ce que la LCR n’avait pas pu obtenir par d’autres moyens : l’engagement explicite que le mouvement anti-libéral n’ira pas se fourvoyer dans les bras du " social-libéralisme " et pour un plat de lentilles (quelques députés).

La LCR, fort de ce refus du mouvement d’entrer dans le jeu du PCF, devrait, elle aussi, en tirer les conséquences en intégrant le mouvement. Il n’est pas trop tard.

La presse et l'événement.

Je tiens à signaler les remarquables articles de Sylvia Zappi et de ses collègues du Monde sur ce sujet. Comme quoi il existe dans la presse des journalistes qui font très bien leur travail, sans a priori, en toute objectivité.

Avons nous fait tout ça pour rien ?

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Yves Salesse au centre entre Annick Coupé de Sud-PTT et Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne contre le "non" au TCE

Le week-end du 9 et 10 décembre, sur l'Ile Saint-Denis, 1 500 délégués représentants quelque 700 à 800 collectifs locaux devaient se mettre d’accord sur le nom d’un candidat unique de la gauche anti-libéral pour 2007.

A ce propos Jean-Michel Apathie recevait, vendredi 8 au environ de 7 h 50, sur RTL, Patrick Braouzec, député communiste de Seine-saint-Denis, l’un des artisans de ce rassemblement et opposant à Marie-Georges Buffet. Quelques heures après Apathie notait sur son blog : " Voilà des mois que les communistes, des Verts alternatifs, des trotskistes dissidents et des trotskistes dans la ligne, des inorganisés, des libertaires, des socialistes déceptionnels, discutent, causent, anathémisent, programment, microphonent, paradent, concassent, jacassent, tribunent, sillonent, pour finalement parvenir à ce résultat formidable qu'Olivier Besancenot boude, que José Bové gronde, que Marie-George Buffet manipule, que Clémentine Autain manigance, qu'Yves Salesse, j'écris son nom mais je ne sais pas qui c'est, s'imagine en président. "

Je ne dirais pas grand chose du ton employé par Jean-Michel Apathie pour évoquer cette tentative de donner corps, un nom, une figure, à cette gauche anti-libérale en quête d’électeurs, sinon qu’il me blesse. Ceux qui ont ri jaune au soir du 29 mai 2005, et qui ont repris depuis lors leur assurance de naguère, auraient-ils à ce point refoulé leur défaite qu’ils se permettent aujourd’hui de traiter avec autant de désinvolture ceux qui en avaient été les premiers artisans. J’estime aussi qu’il y a beaucoup de paresse intellectuelle à faire semblant de ne rien comprendre (je cite) à " l'incapacité de ce camp (…) à s'organiser, à donner un sens, un contenu, des objectifs, à ce qui leur semble important. " Car le camp du " nom " est organisé, a donné un sens et un contenu à son projet, il suffit pour cela de les lire et de les écouter.

Mais ce qui m’a le plus heurté, c’est ce morceau de phrase : " (…) qu'Yves Salesse, j'écris son nom mais je ne sais pas qui c'est, s'imagine en président. "

Justement, Yves Salesse, je le connais, depuis 1968. Nous sommes de la même génération, celle des " soixante-huitards ". La dernière fois que je l’ai vu, c’était en 1986. Je sortais d’une réunion de cellule qui avait eu lieu au local parisien de la LCR, place de la Nation. Nous étions alors en pleine préparation d’un congrès. Nous nous étions perdus de vue. Huit ans plutôt, il m’arrivait souvent de dormir chez lui (il habitait Boulogne Billancourt) pour le lendemain matin (à 5 heures) diffuser des tracts et vendre Rouge aux portes de Renault. En 1986, il était encore membre du bureau politique de la LCR et de sa tendance majoritaire. Il me demanda : " Et toi, tu en es où ? " Je lui expliquais rapidement que ça faisait des années que je m’abstenais dans les débats. La Ligue avait alors perdu pour moi tout ce qui faisait son sel, son originalité. Le débat se rigidifiait, se recroquevillait sur des acquis qui auraient exigé une sérieuse révision, et nous ne voyions bientôt plus l’avenir que dans des alliances contre nature avec les courants les plus fossilisés du trotskisme (le Parti des travailleurs ou Lutte ouvrière). Il me dit : " La majorité a besoin de délégués pour le congrès. Débrouille toi pour te faire élire. " Pour lui faire plaisir j’acquiesçais, sans conviction, à sa requête. Ce fut mon dernier congrès. Quelques mois après je quittais la Ligue. Deux ans après, c’était son tour.

En 1997 j’appris que devenu énarque il était entré dans le cabinet de Jean-Claude Gayssot. Il en sortait en 1999 après un désaccord de fond sur la privatisation d’Aérospatiale. Car Yves Salesse n’avait pas renoncé. Avec quelques amis, il créait en 2000 la fondation Copernic. Son idée, " faire travailler ensemble les forces de la gauche anti-libérale et du mouvement social, prendre le temps de discuter les divergences et chercher toujours à approfondir les convergences, dépasser la seule dénonciation du système pour élaborer des réponses et des propositions." Toute cette activité débouchait en 2005 sur sa participation au rassemblement pour le " non " au TCE en tant qu’expert des questions européennes. Après la victoire du " non " il était l’un des premiers initiateurs des collectifs pour une candidature unique de la gauche antilibérale.

Voilà donc qui est cet homme de 61 ans, dont l’engagement politique sans faille remonte au tout début des années soixante (contre la guerre d’Algérie), qui fut aussi membre puis secrétaire du syndicat CGT des cheminots de la gare du Nord une dizaine d’années et qui, selon Apathie " s’imagine(rait) président

08/12/2006

Un week-end anti-libéral

Ce week-end, sur l'Ile Saint-Denis, un millier de délégués représentants quelque 700 collectifs locaux doivent se mettre d’accord sur le nom d’un candidat unique de la gauche anti-libérale pour 2007.

Tout le monde sait que les communistes souhaitent, au finish, installer Marie-Georges Buffet à la tête de ce rassemblement, où elle serait, pensent-ils, plus à son avantage que comme représentante d’un parti qui n’a cessé de décliner électoralement depuis trente ans. Ainsi, le PCF se présenterait à la présidentielle non sous sa propre bannière, mais sous celle, moins frelatée, du mouvement anti-libéral, revendiquant ainsi l’héritage du vote " noniste " au TCE de mai 2005.

Que les communistes soient en mesure d’imposer " démocratiquement " cette candidature, rien de plus aisé. Sauf qu’il était convenu dès le départ que la ou le candidat(e) ne devait pas être en même temps le porte parole ou le dirigeant d’un parti politique et que la question devait être réglée au consensus entre les différentes formations composantes du rassemblement.

Au dernier pointage, M.G. Buffet arriverait devant toutes les autres candidatures, aussi bien celle de Clémentine Autain (apparentée PC) ou celle de Yves Salesse (de la Fondation Copernic), ou celle de José Bové, qui a pourtant retiré sa candidature. Le PCF aurait donc réussi son pari  ? Rien est moins sûr. Ceux qui sont à l’origine de ce mouvement, et qui en assument la direction collégiale, ne devraient pas, sauf surprise, l’accepter. Le PC reviendra-t-il sur sa position ? Mais alors pourquoi avoir fait tout ça pour en arriver là ?

Petit retour en arrière

Juste après la victoire du " non ", plusieurs des composantes du rassemblement pour le " non " au TCE lancent l’idée d’une candidature unique de la gauche anti-libérale pour 2007. L’adhésion à ce rassemblement se fait, individuellement, sur la base d’un texte. Toutes les formations qui ont participé à la victoire du " non " sont sollicitées. Lutte ouvrière décline l’invitation. Avec la LCR – qui fut avec le PCF, ATTAC, José Bové et quelques personnalités de la gauche du PS très en pointe dans la campagne contre le référendum – et qui souscrit à cette idée de candidature commune, s’engage en revanche un " bras de fer ".

Dès le départ la majorité de cette formation explique en effet que ses militants n’adhéreront au mouvement que si le texte à signer comporte une close précisant qu’en aucune façon les formations participantes à ce rassemblement ne passeront un accord avec le PS pour présenter des candidatures communes aux législatives et à fortiori pour participer, éventuellement, à un gouvernement de gauche plurielle bis.

Devant le refus des collectifs d’inclure cette clause, la LCR reste en marge du rassemblement. Cependant une minorité, qui représente le tiers de la LCR, considère qu’il est préférable de porter le débat dans les collectifs et adhère en conséquence, toujours à titre individuel, aux collectifs locaux.

En septembre-octobre 2006 les collectifs se mettent d’accord sur un texte-programme (" Ambition - Stratégie - Candidatures ") et 119 propositions (125 à l’origine). Quant à la clause exigée par la LCR, et bien que ce texte multiplie les assurances qu’il s’agit de rompre avec toutes les politiques menées par la gauche depuis plus de vingt ans (" Nous ne serons pas d’un gouvernement dominé par le social-libéralisme "), elle n’y est pas explicitement intégrée. D’ailleurs le PCF y a mis son veto, considérant qu’il s’agit pour 2007 de rassembler TOUTE la gauche. Sous entendu, y compris le PS. Ainsi selon les communistes il serait possible d’imposer au PS un programme parfaitement contradictoire avec son propre projet ( ?)

Une partie à quatre, puis trois, puis deux bandes

La LCR. Cette formation a-t-elle sciemment dès l'origine souhaité torpiller le projet ? Dès le départ elle a en effet soupçonné le PCF de vouloir utiliser ce rassemblement pour son propre compte afin d’arriver aux législatives avec un meilleur rapport de force pour négocier le plus de circonscriptions possibles. D’où la clause de la LCR. La LCR a-t-elle pensé que le PCF allait céder ? Certainement pas. Si la LCR était entrée en totalité dans les collectifs est-ce que cela aurait freiné les appétits des communistes ? La question reste posée. Tout du moins la LCR aurait-elle pris moins de risque d’être considérée comme la principale responsable de l’échec de ce rassemblement.

José Bové. Le pari de l’ancien porte parole de la Confédération paysanne était que, fort de sa notoriété et de sa popularité, et n’étant pas marqué par une appartenance partidaire, il allait pouvoir s’imposer à tous comme le candidat du compromis. Le leader paysan a dû déchanter. Le PCF et la LCR ne sont pas comme le PS des partis d’adhérents. Ce qu’allait réussir Ségolène Royal chez les socialistes était impossible avec de telles formations. N’ayant en outre que peu de troupes à lui, il a fini par jeter l’éponge.

Le PCF. Les communistes, malgré des résultats calamiteux à la présidentielle, conservent encore une réserve d’électeurs importante. Mais pour avoir des élus, il leur faut presque partout passer des accords avec le PS. Or cette réserve s’érode d’année en année. Comment l’enrayer ? En se démarquant le plus possible du PS sur sa gauche mais sans aller jusqu’à la rupture, ce qui exclue une alliance avec la LCR. Bref le PCF fait du saut à l’élastique.

Les collectifs. Il y a un peu de tout dans ces collectifs. Beaucoup d’ex (du PS, du PCF, de la LCR…), des syndicalistes, des alter, des féministes, des écologistes, etc. Il y a surtout à leur tête des personnalités comme Yves Salesse (membre du bureau politique de la LCR pendant plus de dix ans) qui ont espéré profiter de la victoire du " non " pour imposer LEUR solution à cette gauche " à la gauche de la gauche ". Ont-ils eu la naïveté de croire que le PCF et la LCR allaient céder aussi facilement ?

Royal et la gauche anti-libérale

Paradoxalement le choix de Royal par les socialistes a été le plus mauvais service rendu à la gauche anti-libérale. Si DSK l’avait emporté, nul doute qu’un accord aurait été conclu rapidement entre le PCF, la LCR et les collectifs. A l’inverse, si Fabius s’était imposé, il est probable que communistes et socialistes auraient tout tenté pour arriver à un rassemblement de TOUTE la gauche, dès le premier tour, laissant ainsi les collectifs à leurs illusions.

Le choix de Royal contraint ainsi les communistes à réussir dans leur opération mais dans une configuration la plus casse-gueule qui soit. Parce que le vote utile risque de marcher à plein, parce qu’aussi, selon plusieurs enquêtes d’opinion, Royal n’est pas pour de nombreux électeurs de gauche (même chez les " nonistes ") ce repoussoir que l’on avait pensé, voire même espéré.

Conclusion provisoire

1ère hypothèse : M.G. Buffet est désignée. Cependant personne n’est dupe. Les collectifs se retirent. Le PCF se retrouve seul avec la dépouille du mouvement. L’effet souhaité n’a pas lieu.

2ème hypothèse : le PCF accepte de reconsidérer sa position. C’est Autain ou Salesse, voire Bové (qui est revenu) qui l’emporte. La LCR campe sur ses positions. Contre toute attente, le miracle a lieu. Les sondages donnent la ou le candidat(e) du mouvement à 7 ou 8 % devant Besancenot qui culmine à 3 %.

3ème hypothèse : prenant conscience que sans la LCR, rien n’est possible ; que l’on peut faire mieux que 7 à 8 % ; et la LCR n’arrivant pas à recueillir ses 500 signatures, tout le monde se revoit. On se met d’accord sur un nom. La magie opère.

A consulter : http://www.alternativeunitaire2007.org/spip/; http://www.alternativeagauche2007.org/spip.php?article222

Dans Libération : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/221268.FR.php ; http://www.liberation.fr/rebonds/220950.FR.php ; et cet étonnant éditorial de Joffrin dans Libération : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/221258.FR.php

Dans Marianne2007 : http://www.marianne2007.info/Les-antiliberaux-mettent-la-pression-sur-Buffet_a348.html?PHPSESSID=88486f48a476d44ef9c02077b739c6ec

Dans Le Monde, le chat avec Zappi : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-842767,0.html

 
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