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26/12/2006

La fin d’une illusion

medium_besan_buffet_bove.jpgHervé Nathan, rédacteur en chef à Marianne, attribue l’échec de la candidature unitaire des antilibéraux aux deux " partis communistes ", l’officiel et la LCR. Aujourd’hui José Bové développe dans Le Monde le même point de vue, invoquant " le patriotisme d’appareil " des deux formations comme unique responsable de l’éclatement du front commun né à la gauche de la gauche après la victoire du " non " au TCE.

Passons sur les arguments de Hervé Nathan qui sont du plus haut comique. Extrait : " en choisissant de présenter Besancenot coûte que coûte, pour perpétuer sa présence dans le champ politique, en ignorant la plate-forme des anti-libéraux, elle [la LCR] a choisi la sauvegarde du parti, contre la promotion du programme de transition ! ". Rien que ça ! Quant à José Bové, il noie le poisson, et pour cause. Chacun sait que le leader paysan, fort de sa notoriété acquise grâce à ses combats dans la mouvance altermondaliste, pensait être le rassembleur incontesté de cette gauche là. Mais pour s’imposer il avait besoin de l’appui bienveillant du PCF. Ainsi, il lui fallait faire l’impasse sur le véritable enjeu de cette candidature : la gauche antilibérale jouerait-elle, oui ou non, le rôle de force d’appoint au PS pour le deuxième tour, et en cas de victoire, à un gouvernement " gauche plurielle " bis ? Car il était en effet évident que pour le PCF, l’objectif était de s’emparer de l’héritage du vote " noniste " du 29 mai 2005 pour l’apporter dans la corbeille de la mariée le moment venu et négocier ainsi au mieux la réélection de ces quelque 10.000 élus.

Depuis le départ, la LCR l’avait annoncé clairement, pour elle la réponse était " non ! " A l’inverse, Bové et les collectifs firent l’impasse sur cette question déterminante pendant toute l’année 2006, créant ainsi l’illusion que le PCF allait, fort de cette garantie de neutralité du mouvement, céder sur son rôle de leadership. Evidemment, il n’en a rien été et s’était méconnaître le PCF que de jouer à ce jeu de cache-cache avec lui.

A ce titre, dire comme le fait Hervé Nathan dans son article que la présence de la LCR dans le rassemblement aurait permis de contrer la manœuvre du PCF est tout aussi ridicule. En l’état du mouvement antilibéral aujourd’hui, RIEN ne pouvait l’empêcher. Si les " logiques d’appareil " ont prévalu, c’est d’abord parce que le mouvement lui-même était trop faible, qu’il ne pouvait prétendre à une quelconque autonomie. D’où sa dépendance du bon vouloir d’une organisation comme le PCF qui n’avait qu’un seul soucis en s’y associant : se refaire une virginité après des dizaines d’années de compromission avec le PS. Qu’est-ce que la LCR avec ses 2.500 militants aurait pu opposer à cette tentative de captation ?

Ce qui est en cause en réalité, c’est l’appréciation qui a été fait de la victoire des " nonistes ", victoire acquise, faut-il le rappeler avec le renfort important de la droite extrême. Certains ont cru alors que le point de vue antilibéral était devenu sinon majoritaire, du moins pesait d’un poids tel à gauche qu’il était possible de rêver. Malgré l’alerte de la synthèse au congrès du Mans, malgré le vote de la quasi unanimité des courants au projet socialiste et malgré, enfin, la montée en puissance du phénomène Royal, l’illusion a perduré. Au lendemain de la désignation de cette dernière par 60 % des exprimés, le camp anti-libéral a même pu, un instant, espérer que ce choix allait doper le mouvement. Il ne comprenait pas que cette candidature, loin d’être une chance pour lui, illustrait en réalité l’hétérogénéité du vote " noniste " à gauche, et que son instumentalisation par les ténors de la " gauche " du PS à des fins internes s’était finalement retournée contre eux. Le bluff des Fabius et consorts ayant été éventé, Ségolène Royal ramassait la mise. Mieux, elle redonnait, contre toute attente, l’espoir à cette gauche orpheline d’un leader qui voyait en elle la seule candidate crédible susceptible de battre le champion de la droite. La victoire étant désormais possible, le PCF devait s’y rallier coûte que coûte. On avait cru que la clarté avait été faite, mais c’était le côté obscur de la force qui l’avait emporté.

Un bon point pour le Figaro

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut souligner la clairvoyance des analyses du Figaro, mais en l’occurrence, l’éditorial de Rodolphe Geisler dit aujourd’hui à peu près la même chose que ce qui est défendu ci-dessus : " … certains, après avoir qualifié dans un premier temps sa stratégie [celle de M.G. Buffet] de " suicidaire ", ne sont plus loin de penser qu'un accord tacite avec le PS aurait été négocié. À une candidature unitaire incarnée par un José Bové ou une Clémentine Autain qui, jouant sur l'effet nouveauté, aurait sans doute fait plus que Buffet, le PS préfère en effet une candidature PCF, même estampillée de " rassemblement "."

Le journaliste poursuit : "Plusieurs raisons à cela. À en croire les instituts de sondages, Buffet ne devrait guère aller au-delà de 2 ou 3 % des suffrages. Indépendamment du supposé " vote utile " des électeurs de gauche en direction du PS dès le premier tour, cela fait belle lurette que le PCF ne représente plus un danger pour les socialistes. Surtout, depuis les ralliements des radicaux de gauche du PRG et des chevènementistes du MRC, le PS pense qu'il sera plus facile de négocier un report de voix au second tour avec un PCF, qui cherchera à sauver à son tour ses députés, qu'avec un élément incontrôlable issu de la nébuleuse antilibérale. Car, loin de s'être tiré une balle dans la tempe gratuitement, c'est sans doute la " sauvegarde " du groupe communiste à l'Assemblée nationale qu'a en tête Buffet. "

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