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22/12/2006

Hulot ou le flop écologiste

On ne touche pas à Hulot. Sa popularité et ce qu’il défend nous interdisent d’en dire du mal. Qui oserait dire : " je me moque bien de ce qui arrivera au monde dans vingt, trente, cinquante ans, un siècle ou plus " ? Si, un homme l’a fait. Il n’est pas n’importe qui. Il n’est pas français mais américain. Il faut être effet W. Bush, le dirigeant de la première puissance mondiale, et premier pollueur au monde, pour avoir l’audace insigne de revendiquer haut et fort le droit à la " liberté " d’entraîner l’humanité à une catastrophe presque certaine. Les autres, ceux qui ne disent rien, n’en pensent pas moins, il est vrai. Et je ne pense pas uniquement aux dirigeants politiques imminents, mais aussi à tous ces responsables économiques, ces conseils d’administration, ces financiers, ces banquiers, ces investisseurs qui font tourner le monde et alimentent la machine infernale.

Au début du siècle dernier, quand on évoquait les catastrophes à venir, on pensait à la guerre. Mais personne n’imaginait alors réellement ce que serait le 1er conflit mondial et ce qui allait suivre. Bien plus encore que le soucis de l’environnement aujourd’hui, la guerre était présente dans tous les esprits. On s’y préparait même quand on ne la souhaitait pas, " franche et joyeuse ". Des hommes et des femmes s’étaient élevé contre cette folie dont ils pressentaient qu’elle allait embraser l’Europe et le siècle. Ce n’étaient pas de doux rêveurs, des pacifistes, des utopistes. C’étaient des professionnels. Ils dirigeaient des syndicats et des partis, parfois puissants comme en Allemagne. Il s’appelaient Jaurès, Bebel, Liebknecht, Lénine, Martov, Luxembourg, pour les plus connus. Parce qu’ils pensaient que les travailleurs n’avaient pas de frontière et que le nationalisme était l’ennemi des peuples, ils avaient mis sur pied une organisation mondiale, une internationale. " Socialisme ou barbarie ! ", " guerre à la guerre ! ", opposaient-ils aux empires, aux royaumes, aux républiques, aux marchands de canons, aux Krupp ou aux Schneider qui n’attendaient qu’un prétexte pour mobiliser et jeter des millions d’hommes dans la fournaise. Ils échouèrent dans leur entreprise. Certains cédèrent et rejoignirent les camps des assassins. Les plus inflexibles, isolés, emprisonnés ou exilés, s’obstinèrent cependant. Mais la guerre fit son office. Et on remit ça trente ans plus tard avec plus d’acharnement encore.

Ce parallèle peut sembler extravagant. Quel rapport entre notre époque, où le combat pour " sauver  la planète " nous semble si consensuel, et ces " temps obscurs " où l’on ne cherchait qu’à s’entredéchirer, à annexer et à détruire ? Temps obscurs ? Le nôtre serait-il un modèle de clarté ? La guerre économique, dans laquelle chaque travailleur engagé est un concurrent pour un autre travailleur, cette autre guerre, où les taux de croissance et les records de fusions-acquisitions, toujours dépassés, ont remplacé les communiqués de victoire sur le front, cette guerre sans fin apparente, sans armistice, sans paix à l’horizon, plus mondiale que jamais, que nous réserve-t-elle ?

Redescendons sur terre, si j’ose dire. J’ai lu le pacte écologique que propose Nicolas Hulot, mais ne serait-ce que ça : " Il s’agit donc de s’orienter vers une "économie circulaire" dont l’ambition ne soit plus de produire pour produire mais de réduire les flux de matière et d’énergie ", faut-il en rire ou en pleurer ? Mais c’est le ressort même de l’économie mondiale qui est à revoir. Je ne mets pas en doute la sincérité du premier écologiste de France et celle de ses amis mais l’intention même de ce " pacte ". Je m’interdis même de m’étonner qu’un homme dont les liens avec plusieurs groupes capitalistes puissants, Total, Rhône-Poulenc et Bouygue sont reconnus, puisse aussi benoîtement passer pour une conscience. Mais quand même : " ne plus produire pour produire " ? Que peut-on attendre d’une telle exigence, ainsi formulée et dont la naïveté confondante dépasse tout ce que l’on avait pu entendre jusqu’ici dans une campagne électorale ? Une prise de conscience ? Mais où est-elle ? Avons nous entendu les deux principaux candidats remettre en cause les bases de cette économie pour laquelle ils demandent toujours plus de croissance et de pouvoir d’achat ? " Travailler plus, pour gagner plus… et dépenser plus ", " rétablir la valeur travail ", " rétablir la confiance et la croissance viendra ", voilà ce que l’on entend.

Ce n’est pas le lieu ici de reprendre par le début, point par point, l’analyse du mode de développement qui est le nôtre. Mais comment croire une seconde que c’est en s’adressant à ceux qui en font l’apologie, qui le soutiennent, qui le nourrissent, qui en attendent tout et tant, et d’abord pour eux même le maximum, que l’on enrayera la machine folle ? Quand Jaurès et ses amis s’opposaient à la guerre qui venait, s’adressaient-ils au Tsar, à Guillaume II, à Poincaré, à Krupp et aux banquiers de la City pour qu’ils révisent leurs plans et qu’ils s’entendent ? Il y avait déjà beaucoup de naïveté dans ces proclamations de l’Internationale socialiste, et Jaurès en était la parfaite incarnation. L’histoire a suffisamment montré qu’elles n’étaient finalement que des vœux pieux et qu’il aurait fallu une toute autre mobilisation, bien plus puissante, bien mieux préparée, plus ciblée pour que la guerre ne vint pas. En comparaison, " le pacte écologique " de Nicolas Hulot est une bluette, tout juste bonne à amuser la galerie, le temps d’une élection. Il aura fait " Pschitt ! " comme dirait son ami Chirac.

Commentaires

je viens de lire ce "billet", et je dois avouer que je ne suis ni inscrit dans un parti, ni particulièrement proche d'une mouvance precise. à la rigueur entre centre gauche et extrème gauche selon les sujets.

bien que vôtre propos soit probablement vrai (encore faudrait il nous en dire plus sur les liens de mr hulot avec total, bouygues etc... en supposant bien sur que vous en faites pas juste référence a des emissions de télé et encore moins à la chaine qui les diffuse), je me demande si malgré tout je ne suis pas en désaccord.
l'exemple de jaures est parlant mais jaures etait il aussi ecouté à l'epoque que l'est aujourd'hui mr hulot? pas si sur.
qui plus on sait malheureusement comment a fini mr jaures.
en ce qui me concerne, je reste basique (pas simpliste attention!) sur des sujets tels que celui ci. je veux dire qu'avant sa proposition de pacte, il a soudain créé quelque chose qui n'exisatait pas avant sous cette forme et avec cet impact.
rien que celà est positif a mon sens, car tres respecté par bon nombre de gens.
de plus celà denote clairement une conviction personnelle forte que personne ne remet en cause semble t'il.
vous avez peut etre raison, et peut etre cela ne debouchera sur rien d'autre qu'un "pschitt", mais alors autant ne rien tenter.
si on pense aux mouvement anti libéral, là on peut parler alors de mega pschitt!!!!!!

je soutiens l'action de nicolas hulot pas parce qu'elle est naive et a peu de chances de deboucher, mais parce qu'une partie du constat est juste, et parce qu'il y a enfin une voix forte pour le faire entendre; ce qui est malheureusement necessaire.
j'ose esperer par contre qu'il n'ira pas se presenter, mais qu'il continuera de faire pression le plus possible.

Écrit par : guillaume | 28/12/2006

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