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11/12/2006

Avons nous fait tout ça pour rien ?

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Yves Salesse au centre entre Annick Coupé de Sud-PTT et Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne contre le "non" au TCE

Le week-end du 9 et 10 décembre, sur l'Ile Saint-Denis, 1 500 délégués représentants quelque 700 à 800 collectifs locaux devaient se mettre d’accord sur le nom d’un candidat unique de la gauche anti-libéral pour 2007.

A ce propos Jean-Michel Apathie recevait, vendredi 8 au environ de 7 h 50, sur RTL, Patrick Braouzec, député communiste de Seine-saint-Denis, l’un des artisans de ce rassemblement et opposant à Marie-Georges Buffet. Quelques heures après Apathie notait sur son blog : " Voilà des mois que les communistes, des Verts alternatifs, des trotskistes dissidents et des trotskistes dans la ligne, des inorganisés, des libertaires, des socialistes déceptionnels, discutent, causent, anathémisent, programment, microphonent, paradent, concassent, jacassent, tribunent, sillonent, pour finalement parvenir à ce résultat formidable qu'Olivier Besancenot boude, que José Bové gronde, que Marie-George Buffet manipule, que Clémentine Autain manigance, qu'Yves Salesse, j'écris son nom mais je ne sais pas qui c'est, s'imagine en président. "

Je ne dirais pas grand chose du ton employé par Jean-Michel Apathie pour évoquer cette tentative de donner corps, un nom, une figure, à cette gauche anti-libérale en quête d’électeurs, sinon qu’il me blesse. Ceux qui ont ri jaune au soir du 29 mai 2005, et qui ont repris depuis lors leur assurance de naguère, auraient-ils à ce point refoulé leur défaite qu’ils se permettent aujourd’hui de traiter avec autant de désinvolture ceux qui en avaient été les premiers artisans. J’estime aussi qu’il y a beaucoup de paresse intellectuelle à faire semblant de ne rien comprendre (je cite) à " l'incapacité de ce camp (…) à s'organiser, à donner un sens, un contenu, des objectifs, à ce qui leur semble important. " Car le camp du " nom " est organisé, a donné un sens et un contenu à son projet, il suffit pour cela de les lire et de les écouter.

Mais ce qui m’a le plus heurté, c’est ce morceau de phrase : " (…) qu'Yves Salesse, j'écris son nom mais je ne sais pas qui c'est, s'imagine en président. "

Justement, Yves Salesse, je le connais, depuis 1968. Nous sommes de la même génération, celle des " soixante-huitards ". La dernière fois que je l’ai vu, c’était en 1986. Je sortais d’une réunion de cellule qui avait eu lieu au local parisien de la LCR, place de la Nation. Nous étions alors en pleine préparation d’un congrès. Nous nous étions perdus de vue. Huit ans plutôt, il m’arrivait souvent de dormir chez lui (il habitait Boulogne Billancourt) pour le lendemain matin (à 5 heures) diffuser des tracts et vendre Rouge aux portes de Renault. En 1986, il était encore membre du bureau politique de la LCR et de sa tendance majoritaire. Il me demanda : " Et toi, tu en es où ? " Je lui expliquais rapidement que ça faisait des années que je m’abstenais dans les débats. La Ligue avait alors perdu pour moi tout ce qui faisait son sel, son originalité. Le débat se rigidifiait, se recroquevillait sur des acquis qui auraient exigé une sérieuse révision, et nous ne voyions bientôt plus l’avenir que dans des alliances contre nature avec les courants les plus fossilisés du trotskisme (le Parti des travailleurs ou Lutte ouvrière). Il me dit : " La majorité a besoin de délégués pour le congrès. Débrouille toi pour te faire élire. " Pour lui faire plaisir j’acquiesçais, sans conviction, à sa requête. Ce fut mon dernier congrès. Quelques mois après je quittais la Ligue. Deux ans après, c’était son tour.

En 1997 j’appris que devenu énarque il était entré dans le cabinet de Jean-Claude Gayssot. Il en sortait en 1999 après un désaccord de fond sur la privatisation d’Aérospatiale. Car Yves Salesse n’avait pas renoncé. Avec quelques amis, il créait en 2000 la fondation Copernic. Son idée, " faire travailler ensemble les forces de la gauche anti-libérale et du mouvement social, prendre le temps de discuter les divergences et chercher toujours à approfondir les convergences, dépasser la seule dénonciation du système pour élaborer des réponses et des propositions." Toute cette activité débouchait en 2005 sur sa participation au rassemblement pour le " non " au TCE en tant qu’expert des questions européennes. Après la victoire du " non " il était l’un des premiers initiateurs des collectifs pour une candidature unique de la gauche antilibérale.

Voilà donc qui est cet homme de 61 ans, dont l’engagement politique sans faille remonte au tout début des années soixante (contre la guerre d’Algérie), qui fut aussi membre puis secrétaire du syndicat CGT des cheminots de la gare du Nord une dizaine d’années et qui, selon Apathie " s’imagine(rait) président

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