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08/12/2006

Un week-end anti-libéral

Ce week-end, sur l'Ile Saint-Denis, un millier de délégués représentants quelque 700 collectifs locaux doivent se mettre d’accord sur le nom d’un candidat unique de la gauche anti-libérale pour 2007.

Tout le monde sait que les communistes souhaitent, au finish, installer Marie-Georges Buffet à la tête de ce rassemblement, où elle serait, pensent-ils, plus à son avantage que comme représentante d’un parti qui n’a cessé de décliner électoralement depuis trente ans. Ainsi, le PCF se présenterait à la présidentielle non sous sa propre bannière, mais sous celle, moins frelatée, du mouvement anti-libéral, revendiquant ainsi l’héritage du vote " noniste " au TCE de mai 2005.

Que les communistes soient en mesure d’imposer " démocratiquement " cette candidature, rien de plus aisé. Sauf qu’il était convenu dès le départ que la ou le candidat(e) ne devait pas être en même temps le porte parole ou le dirigeant d’un parti politique et que la question devait être réglée au consensus entre les différentes formations composantes du rassemblement.

Au dernier pointage, M.G. Buffet arriverait devant toutes les autres candidatures, aussi bien celle de Clémentine Autain (apparentée PC) ou celle de Yves Salesse (de la Fondation Copernic), ou celle de José Bové, qui a pourtant retiré sa candidature. Le PCF aurait donc réussi son pari  ? Rien est moins sûr. Ceux qui sont à l’origine de ce mouvement, et qui en assument la direction collégiale, ne devraient pas, sauf surprise, l’accepter. Le PC reviendra-t-il sur sa position ? Mais alors pourquoi avoir fait tout ça pour en arriver là ?

Petit retour en arrière

Juste après la victoire du " non ", plusieurs des composantes du rassemblement pour le " non " au TCE lancent l’idée d’une candidature unique de la gauche anti-libérale pour 2007. L’adhésion à ce rassemblement se fait, individuellement, sur la base d’un texte. Toutes les formations qui ont participé à la victoire du " non " sont sollicitées. Lutte ouvrière décline l’invitation. Avec la LCR – qui fut avec le PCF, ATTAC, José Bové et quelques personnalités de la gauche du PS très en pointe dans la campagne contre le référendum – et qui souscrit à cette idée de candidature commune, s’engage en revanche un " bras de fer ".

Dès le départ la majorité de cette formation explique en effet que ses militants n’adhéreront au mouvement que si le texte à signer comporte une close précisant qu’en aucune façon les formations participantes à ce rassemblement ne passeront un accord avec le PS pour présenter des candidatures communes aux législatives et à fortiori pour participer, éventuellement, à un gouvernement de gauche plurielle bis.

Devant le refus des collectifs d’inclure cette clause, la LCR reste en marge du rassemblement. Cependant une minorité, qui représente le tiers de la LCR, considère qu’il est préférable de porter le débat dans les collectifs et adhère en conséquence, toujours à titre individuel, aux collectifs locaux.

En septembre-octobre 2006 les collectifs se mettent d’accord sur un texte-programme (" Ambition - Stratégie - Candidatures ") et 119 propositions (125 à l’origine). Quant à la clause exigée par la LCR, et bien que ce texte multiplie les assurances qu’il s’agit de rompre avec toutes les politiques menées par la gauche depuis plus de vingt ans (" Nous ne serons pas d’un gouvernement dominé par le social-libéralisme "), elle n’y est pas explicitement intégrée. D’ailleurs le PCF y a mis son veto, considérant qu’il s’agit pour 2007 de rassembler TOUTE la gauche. Sous entendu, y compris le PS. Ainsi selon les communistes il serait possible d’imposer au PS un programme parfaitement contradictoire avec son propre projet ( ?)

Une partie à quatre, puis trois, puis deux bandes

La LCR. Cette formation a-t-elle sciemment dès l'origine souhaité torpiller le projet ? Dès le départ elle a en effet soupçonné le PCF de vouloir utiliser ce rassemblement pour son propre compte afin d’arriver aux législatives avec un meilleur rapport de force pour négocier le plus de circonscriptions possibles. D’où la clause de la LCR. La LCR a-t-elle pensé que le PCF allait céder ? Certainement pas. Si la LCR était entrée en totalité dans les collectifs est-ce que cela aurait freiné les appétits des communistes ? La question reste posée. Tout du moins la LCR aurait-elle pris moins de risque d’être considérée comme la principale responsable de l’échec de ce rassemblement.

José Bové. Le pari de l’ancien porte parole de la Confédération paysanne était que, fort de sa notoriété et de sa popularité, et n’étant pas marqué par une appartenance partidaire, il allait pouvoir s’imposer à tous comme le candidat du compromis. Le leader paysan a dû déchanter. Le PCF et la LCR ne sont pas comme le PS des partis d’adhérents. Ce qu’allait réussir Ségolène Royal chez les socialistes était impossible avec de telles formations. N’ayant en outre que peu de troupes à lui, il a fini par jeter l’éponge.

Le PCF. Les communistes, malgré des résultats calamiteux à la présidentielle, conservent encore une réserve d’électeurs importante. Mais pour avoir des élus, il leur faut presque partout passer des accords avec le PS. Or cette réserve s’érode d’année en année. Comment l’enrayer ? En se démarquant le plus possible du PS sur sa gauche mais sans aller jusqu’à la rupture, ce qui exclue une alliance avec la LCR. Bref le PCF fait du saut à l’élastique.

Les collectifs. Il y a un peu de tout dans ces collectifs. Beaucoup d’ex (du PS, du PCF, de la LCR…), des syndicalistes, des alter, des féministes, des écologistes, etc. Il y a surtout à leur tête des personnalités comme Yves Salesse (membre du bureau politique de la LCR pendant plus de dix ans) qui ont espéré profiter de la victoire du " non " pour imposer LEUR solution à cette gauche " à la gauche de la gauche ". Ont-ils eu la naïveté de croire que le PCF et la LCR allaient céder aussi facilement ?

Royal et la gauche anti-libérale

Paradoxalement le choix de Royal par les socialistes a été le plus mauvais service rendu à la gauche anti-libérale. Si DSK l’avait emporté, nul doute qu’un accord aurait été conclu rapidement entre le PCF, la LCR et les collectifs. A l’inverse, si Fabius s’était imposé, il est probable que communistes et socialistes auraient tout tenté pour arriver à un rassemblement de TOUTE la gauche, dès le premier tour, laissant ainsi les collectifs à leurs illusions.

Le choix de Royal contraint ainsi les communistes à réussir dans leur opération mais dans une configuration la plus casse-gueule qui soit. Parce que le vote utile risque de marcher à plein, parce qu’aussi, selon plusieurs enquêtes d’opinion, Royal n’est pas pour de nombreux électeurs de gauche (même chez les " nonistes ") ce repoussoir que l’on avait pensé, voire même espéré.

Conclusion provisoire

1ère hypothèse : M.G. Buffet est désignée. Cependant personne n’est dupe. Les collectifs se retirent. Le PCF se retrouve seul avec la dépouille du mouvement. L’effet souhaité n’a pas lieu.

2ème hypothèse : le PCF accepte de reconsidérer sa position. C’est Autain ou Salesse, voire Bové (qui est revenu) qui l’emporte. La LCR campe sur ses positions. Contre toute attente, le miracle a lieu. Les sondages donnent la ou le candidat(e) du mouvement à 7 ou 8 % devant Besancenot qui culmine à 3 %.

3ème hypothèse : prenant conscience que sans la LCR, rien n’est possible ; que l’on peut faire mieux que 7 à 8 % ; et la LCR n’arrivant pas à recueillir ses 500 signatures, tout le monde se revoit. On se met d’accord sur un nom. La magie opère.

A consulter : http://www.alternativeunitaire2007.org/spip/; http://www.alternativeagauche2007.org/spip.php?article222

Dans Libération : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/221268.FR.php ; http://www.liberation.fr/rebonds/220950.FR.php ; et cet étonnant éditorial de Joffrin dans Libération : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/221258.FR.php

Dans Marianne2007 : http://www.marianne2007.info/Les-antiliberaux-mettent-la-pression-sur-Buffet_a348.html?PHPSESSID=88486f48a476d44ef9c02077b739c6ec

Dans Le Monde, le chat avec Zappi : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-842767,0.html

Commentaires

Bonjour,

Pour moi qui suis de l'autre coté de la gauche (le PS) mais qui ait beaucoup discuté et manifesté avec la gauche de la gauche (dans des manif' - à Vitrolles du tps des Mégrets par ex - , dans des AG en fac, dans des réunions publiques) je trouve que le spectacle donné par ces différents mouvements est abbérant. La seule des 3 solutions que tu évoques qui soit viable est la 3. Et elle l'est, non seulement pour la gauche de la gauche, mais pour la gauche tout court, voire - mais je m'enflamme sans doute - pour le pays lui même. Car que provoquerait une désunion?

1. Au 1er tour, un éparpillement des voix qui pourrait aboutir à ce qu'aucun des candidats n'atteigne 5%. Avec, comme conséquence, la mort financière de beaucoup (dont celle du PCF qui porte quasiment à bouts de bras le financement de toutes les réunions petites ou grandes). Car qui dit moins de 5%, dit non remboursement des frais de campagne.
2. Cela pourrait aussi avoir pour conséquence de déclencher un vote utile PS par défaut. Et cela ne peut pas être positif car si la gauche veut gagner elle doit le faire sur une base comprenant un minimum d'enthousiasme.
3. Cela rendrait enfin, quel que soit le vainqueur du 2nd tour, le discours de cette partie de la gauche complètement inaudible. Fracassant ainsi pour longtemps tous les effets positifs du vote non au traité.

Pour conclure, je dirais que ce que l'électeur de gauche extérieur à ce mouvement que je suis voit c'est, au delà des bels et bons discours alternatifs, des fonctionnements politiques plus que traditionnels du style "c'est moi le big boss, non c'est moi non c'est moi ..." et que cela le désole car, sans avoir à être plurielle une seconde fois, la gauche doit rester polyphonique. Or, en l'espèce, il semblerait que l'on parle plutôt de cacophonie.

Écrit par : krissolo | 09/12/2006

Je viens de lire ton papier sur Yves Salesse et je te félicite de sa teneur. En effet Yves Salesse est quelqu'un que j'estime, bien que je ne le connaisse que très peu. Mais son intégrité et son dévouement aux causes les plus nobles ne peuvent être mises en doute.
En ce qui concerne un sujet bien préoccupant pour moi: le candidat de la gauche. Je ne puis qu'espérer que la troisième de tes solutions l'emporte, car elle seule pourrait nous sortir de ce bipartisme que l'on veut nous vendre à tout pris. De plus elle redonnerait espoir à des millions de gens qui attendent depuis le coup d'éclat de 2005 son prolongement à des élections nationales.

Écrit par : Henri | 09/12/2006

Je viens de lire ton papier sur Salesse chez Birenbaum et te remercie de l'avoir écrit, permettant de remettre un peu de justice et de justesse autour des commentaires "bienveillants" d'Apathie.

Apathie est un con.

Ce lien résumant mon état d'esprit: http://www.la-sociale.net/article.php3?id_article=236

A Plus.

Tony (ex de Mathilde)

Écrit par : Tonyo | 11/12/2006

Salut Tony. As-tu un e-mail que je puisse te joindre ?

Écrit par : Ajamais | 11/12/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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