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06/11/2006

Quelle suite au « monde de Ségolène »?

La " pensée ségoliste " (suite)

Mais c’est dans " La Vérité d’une femme " que Ségolène Royal allait donner la pleine mesure de cet " idéal ". Pour l’illustrer Daniel Bernard citait cette phrase : " Il faut rétablir un humanisme vivant qui permette aux gens de tenir debout en semble. " Un chapitre de ce livre ne s’intitulait-il pas " Le désordre spirituel. Donner un sens à l’engagement " ? La citation faite par Bernard en était précisément extraite. Assurément Daniel Bernard avait mis le doigt sur quelque chose d’essentiel et de décisif pour comprendre le ségolisme. L’inspiration de Ségolène Royal était bien là. Si peu cachée d’ailleurs, revendiquée même : " Que fait-on là ? Que fait-on TOUS là Il faut passer de la première question à la seconde. De l’individualisme au collectif. Redéfinir les règles du vivre ensemble. Construire un monde qui ne sache pas seulement produire, mais aussi partager. Bâtir un idéal de fraternité pour répondre à l’imprévisible, à l’irrationnel, à l’angoisse de la condition humaine. Faire surgir le côté positif et généreux qui est en chacun pour le mobiliser, à un moment où à un autre, de façon durable ou éphémère, pour une destinée commune. "

Quelle profession de foi ! On était très loin ici, à des années lumières, de la " madone des sondages ". Comment après cela - rappelons que le livre fut publié en 1996 - pourrait-on encore dire qu’elle ne trouve son inspiration que dans la dernière enquête d’opinion en date. A l’évidence bien des " concepts " du " ségolisme " d’aujourd’hui sont déjà là à cette époque. Il n’y a qu’à regarder la table du sommaire de " La Vérité d’une femme " : " Un nouvel ordre social. Le désordre politique. Pour une morale de l’action. Le désordre de l’exclusion des femmes. Vers une société paritaire. Le désordre du chômage. Le travail est une valeur. Le désordre spirituel. Donner un sens à l’engagement. Le désordre des droits humains. Europe, un peu de courage ! Le désordre de la violence. Lever tous les tabous. Le désordre du sous-développement. Notre avenir passe par l’Afrique. Le désordre du territoire. Reconquérir les racines du futur. Le désordre alimentaire. Pour une écologie de l’alimentation. Le désordre de l’environnement. De nouveaux métiers pour protéger la vie. Fin de siècle. Nous changeons la vie. " Eclairant !

Le contenu du livre l’était tout autant. Dès les premières pages : " (…) j’ai envie, en tant que femme politique de contribuer à éclairer l’avenir en disant à quelles conditions le monde serait vivable. Je suis attachée au plus profond de moi à la paix, à la paix longue, banale et même monotone (…) Plus que jamais, je crois aux solidarités, au partage, aux droit de chaque homme et de chaque femme. Je crois à une morale (…) Je crois à la famille (…) Je crois encore aux valeurs de la République (…) Mais ces convictions simples, suffisent-elles aujourd’hui pour réinventer le monde ? Assurément non. Il faut aussi de la rébellion, de l’insoumission pour inventer cet avenir, pour engager des ruptures… " Mais là, Ségolène Royal révélait un radicalisme foncièrement tempéré ; car elle poursuivait : " sans lesquelles la violence sociale imposera tôt ou tard une remise en ordre autoritaire, indifférente voire opposée aux valeurs qui m’importe ", même si, quelques lignes plus loin, elle précisait : " Devant tant de misère matérielle et morale, je m’étonne que la rébellion sociale ne soit pas plus radicale et violente. Je dois lutter contre mon propre penchant à considérer que seule une crise encore plus grave, encore plus dramatique, pourrait amener le changement vers une société plus juste. "

A lire ces lignes (et bien d’autres encore), il devient difficile d’accréditer l’idée (qui fait pourtant florès aujourd’hui) d’une quelconque parenté entre un tel idéalisme rétif et le pragmatisme d’un Tony Blair, pure soumission aux " désordres " de la mondialisation. D’ailleurs contrairement à Strauss-Kahn, voire à Fabius qui le cache bien aujourd’hui, elle met dans ce livre une telle distance entre elle et le " monde de l’entreprise ", que l’on voit très bien qu’elle n’espère pas grand chose de ce côté là : " Une éthique de l’entreprise est-elle possible ? Gardons nous de toute naïveté dans ce domaine. A part peut-être pour une frange éclairée du patronat, l’entreprise citoyenne reste au mieux un mythe, au pire une tromperie ou un leurre. Le capitalisme a mondialement imposé son désordre ; la rentabilité du capital, la compétitivité n’ont jamais si fortement qu’aujourd’hui dominé les motivation. D’ailleurs, le discours officiel du pouvoir ne demande rien d’autre à l’entreprise. " Fatalisme alors ? Non. Elle propose même d’inverser les rôles : " (…) contrairement aux lieux communs qui font du secteur productif le seul moteur de la société, ce secteur productif est largement dépendant de la société, puisque sa compétitivité dépend de la qualité des services publics (…) Le rentabilité privée dépend ainsi de l’efficacité et de l’accumulation des investissements et des savoir-faire publics et sociaux. Ce constat est essentiel. D’une part, il permet d’exiger de l’entreprise qu’elle rende à la société ce qui lui est donné ; d’autre part, il met en perspective le caractère destructeur des démantèlements et des reculs du service public minutieusement et implacablement organisé aujourd’hui par le libéralisme. " Et pour clore ce chapitre sur l’entreprise, cette dernière pique : " L’entreprise a toujours eu pour objet de rentabiliser ses investissements. Elle n’a aucun objectif civique, ni dans ses statuts ni dans sa pratique. Cette conception idéalisée a servi – et sert toujours – de prétexte à l’obtention de subventions publiques. Pour quelle efficacité sociale ? "

Avec " La Vérité d’une femme ", Ségolène Royal sortait donc de sa réserve. Elle abordait tous les champs de l’action politique. Son camp venait de connaître l’une des plus cruelles défaites de son histoire (les législatives de 1993). Elle n’en cachait pas les raisons profondes : " On avait commencé avec l’affirmation des droits de l’homme, l’abolition de la peine de mort, les lois Auroux et la cinquième semaine de congés payés. On terminait sur le mythe du franc fort, de l’inflation jugulée, de l’entreprise triomphante, de la France qui gagne – fût-ce de façon peu recommandable. La gauche était vivante, mais une certaine manière de la représenter était morte sous nos yeux, sans doute par manque de vigilance de notre part. " (à suivre)

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