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05/11/2006

Quelle suite au « monde de Ségolène »?

La " pensée ségoliste "

Je n’abandonnais donc pas ma première idée. D’autant moins qu’avant même d’avoir mis la main sur " La Vérité d’une femme ", j’avais lu un autre ouvrage de Ségolène Royal, plus rarement cité, et peut être encore moins lu par les professionnels des médias : " Pays, paysans, paysages : la réconciliation est-elle possible ? " Publié en 1993 après son passage au ministère de l’Environnement, l’ancienne ministre y faisait certes le bilan de son action ministérielle, mais elle allait bien au-delà. Ce livre se voulait un plaidoyer pour une nouvelle ruralité comme réponse " aux risques d’explosion sociale urbaine et de désertification rurale ". Elle y affirmait ainsi dès les premières pages : " Soyons visionnaire, le renouveau du monde rural, c’est la grande affaire de notre société. "

Ce livre m’apparaissait comme annonciateur d’une réflexion politique assez originale – sans rapport avec la politique menée par son parti – qui devait aboutir trois ans plus tard dans " La Vérité d’une femme " à l’énonciation d’un véritable " discours programme ". Ce que je ne pouvais deviner alors – nous étions en mai-juin 2005 - c’est qu’entre 1993 et 1996, Ségolène Royal forgeait en grand partie les éléments essentiels à la base de son positionnement politique dans cette pré-campagne de la présidentielle 2007. Ce qui rend caduque, à mon sens toutes les accusations portées contre elle sur la vacuité de son discours et son absence de programme, tout aussi bien que l’idée maintes fois émise par ses adversaires comme quoi elle n’agirait qu’en fonction des sondages. On comprend mieux dès lors pourquoi son incursion dans cette pré-campagne présidentielle, qui n’était prévue par personne, a été mal perçue. Si les " observateurs " s’étaient penché un tant soit peu sur ce qu’elle disait dans ces deux livres au lieu de l’accabler, et sans vraiment chercher à la connaître sérieusement, ils auraient été moins pris en défaut.

Mais que disait-elle ? Dans " Pays, paysans, paysages " (1993), ceci par exemple : " … le 21ème siècle qui s’annonce sera celui de la mise en valeur de l’espace. " " Soyons visionnaire, le renouveau du monde rural, c’est la grande affaire de notre société. " (déjà cité) ; " Ce n’est (…) pas la mutation d’un secteur économique comme un autre qui est en cause (…) c’est toute une conception de l’équilibre d’un pays. " " La ville n’est plus le seul horizon de la vie collective (…) L’équilibre des territoires, les règles d’occupation de l’espace, les formes d’habitat constituent désormais des conditions de l’émergence d’une croissance durable, plus riche en emplois et tout aussi compétitive. " ; " Nous sortons d’une période de progrès quantitatifs pour entrer dans l’ère des choix orientés vers la qualité. Construire le durable, c’est à dire le progrès sans destruction ou sans faire porter par d’autres, notamment par les générations futures, le coût de ce progrès… " ; " … dans la dimension productive même de l’agriculture, on se focalise trop sur l’alimentaire, au point de ne plus voir la diversité des énergies naturelles utiles à l’homme " ; " Il faut maintenir dans les villages de France des services publics (…) Il faut veiller à maintenir le tissu social partout, et ce en surveillant l’évolution des services publics qui, d’une certaine façon, le protègent. " ; " Se réinventer des racines, un coin de terre, un lieu paisible, voilà une grande cause à laquelle je crois. "

Ainsi, à l’inverse de tous les discours alarmistes sur le " déclin français ", Ségolène Royal développait à cette époque une vision d’un avenir radieux possible où la ville se réconcilierait avec la campagne ; où la campagne au lieu de se désertifier serait le lieu d’une troisième révolution, celle de la reconquête de l’espace rural (" par les femmes "). La ruralité comme " nouvelle frontière " pour construire un nouveau modèle de société ". C’était sa manière, bien à elle, de trouver une issue à la crise qui montait. Ces propos étaient déjà surprenants en 1993. Aujourd’hui, alors qu’il n’est question que de s’adapter à la globalisation, ils détonnent encore plus.

Une nouvelle ruralité comme valeur refuge ( ?) face à la crise sociale et urbaine ? Déconcertant, limite risible peut-être. Daniel Bernard dans " Madame Royal " s’en moquait évidemment, réglant le problème en quelques lignes, qualifiant ce " fatras idéologique " de dérisoire, tout juste bon à alimenter une émission de télévision (une " Sacrée soirée " spéciale) animée par Jean-Pierre Foucault. On pouvait aussi comprendre que l’ancienne ministre de l’Environnement et la députée d’une circonscription rurale avait voulu mettre à profit ce qu’elle avait vu sur le terrain ou lu ici et là à ce propos. Dans cet ouvrage elle citait en effet abondamment le livre d’Eric Fottorino, " La France en friche " publié quelques années auparavant.

Mais comment établir un lien entre ce qui était annoncé en 1993, repris et enrichi en 1996 dans " La Vérité d’une femme ", et enfin les thèmes majeures de sa campagne pour 2007 ? Pour Daniel Bernard ce lien résidait essentiellement dans ce qu’il appelait la méthode Royal de la " sublimation du concret ". Assez méchamment il expliquait qu’avec " Royal, de fait, la gauche est passée du Kapital au Manuel des castors juniors ". Plus sérieusement il établissait une continuité entre ce que les " transcourants " (un mini-courant du PS animé il y a une vingtaine d’années par François Hollande, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Pierre Mignard et Jean-Michel Gaillard, auxquels s’était joint Ségolène Royal) avaient théorisé dans les années quatre-vingt et ce que disait Ségolène Royal aujourd’hui. Il en voulait pour preuve, ce qu’ils avaient écrit en 1984 : " Qui ne voit pas que nous vivons la fin d’une époque (…) Les Français eux-mêmes ont changé. Hier encore, ils espéraient dans les solutions miraculeuses, c’est à dire idéologiques, de sortie de crise, aujourd’hui ils n’ont plus d’illusions. (…) Le Pays ne paraît plus attendre du politique sinon la sélection finale du meilleur. Finis les rêves, enterrées les illusions, évanouies les chimères. Le réel envahit tout. (…) Les pouvoirs se banalisent, les dirigeants se ressemblent, les partis bégaient. Faut-il dès lors se résoudre aux profils bas, aux discours vides ou aux miracles de la communication ? N’y a-t-il plus de place pour la politique ? La gauche a-t-elle épuisé son message historique ? Nous ne le pensons pas. (…) Le souci du concret marque désormais la plupart des formes de mobilisation. Et l’engagement, d’idéologique, devient émotionnel voire moral. " Et Daniel Bernard de conclure : " Des " transcourants ", assurément, l’élue des Deux-Sèvres est la meilleure élève ! "

Tout y était en effet, parfaitement conforme à la lecture partagée majoritairement, et paresseusement, par les " observateurs " : la dimension morale, le souci du concret, le ressort de l’émotion, jusqu’au discours " vide " et " au miracle de la communication. " Soulignant que dans les années quatre-vingt " Ségolène Royal ne s’était " illustrée sur aucun (des) grands sujets ou réputés tels ", Daniel Bernard poursuivait : " Royal a d’autres préoccupations. Plus élevées ? " Celles des Français, s’exclame-t-elle crânement en 2005, énumérant sans rire " l’éducation, la santé, la famille et l’environnement. " " Bien qu’il ait été, parmi tous ceux qui avaient publié des livres sur la candidate (le sien fut publié avant qu’elle ne se déclare), celui qui l’avait fait avec le plus de sérieux, Daniel Bernard n’avait quand même pas pu s’empêcher de déconsidérer les préoccupations majeures de Ségolène Royal eu égard aux grandes questions de la mondialisation, du chômage ou de la situation internationale.

Dans un autre chapitre de son livre (" Madame croit au ciel ") il allait cependant tenté de trouver les origines de la " pensée ségoliste ". Pour Jean-Pierre Mignard, l’ancien " transcourants ", l’ami du couple, cité par Bernard, il ne faisait aucun doute que Ségolène Royal avait gardé de son éducation familiale et de chez les sœurs " une mémoire génétique chrétienne ". Il précisait même : " Son corps de pensée, c’est la doctrine sociale de l’Eglise, pas la lutte de classe. " D’où le long flirt avec Delors jusqu’en 1997, son opposition au " techno-progressisme " des années quatre-vingt-dix dont Dominique Strauss-Kahn était sensé être le porte-drapeau, sa conception de la politique comme " morale de l’action, pour la condition humaine et la dignité " (extrait d’une interview à un magazine du groupe Bayard Presse). D’où vraisemblablement l’annonciation de cette " nouvelle ruralité " développée dans son livre " Pays, paysans, paysages " comme ayant été directement inspirée par l’influence persistante d’une mère " " écologiste avant l’heure "  et surtout catholique fervente ", enseignant " à sa tribu le respect de la Création " (Daniel Bernard). (à suivre)

Commentaires

Merci de poursuivre la démystification du phénomène SR. On voit qu'il y à la matière à travailler pour les prochaines échéances...

Écrit par : egdltp | 06/11/2006

Plus qu'un travail de démystification, il s'agit pour moi de rétablir une certaine vérité sur Ségolène Royal en particulier sur son « programme » dont une bonne partie est déjà à l'état d'ébauche dès les années quatre-vingt-dix, car contrairement à ce que l'on a entendu ici ou là ce qu'elle dit aujourd'hui n'est pas nouveau. Il y a donc pour moi une constance dans la façon qu'elle a d'appréhender la société française.

Écrit par : GS | 06/11/2006

Plus qu'un travail de démystification, il s'agit pour moi de rétablir une certaine vérité sur Ségolène Royal en particulier sur son « programme » dont une bonne partie est déjà à l'état d'ébauche dès les années quatre-vingt-dix, car contrairement à ce que l'on a entendu ici ou là ce qu'elle dit aujourd'hui n'est pas nouveau. Il y a donc pour moi une constance dans la façon qu'elle a d'appréhender la société française.

Écrit par : GS | 06/11/2006

Qu'en est-il de l'éventuelle filaition entre ségolène et françois mitterand?
Et le bruit court qu'elle serait née à Thouars et non à Dakar.

Qui peut éclairer ma pauvre lanterne?


Merci

Écrit par : le lulu | 13/11/2006

Ségo ne fait que reprendre les choses des autres! aucune créativité, aucune réflexion, rien du vent!! qu'a-t-elle fait en poitou charentes depuis 2004??? rien si ce n est aller au chili sur les fonds de la région via une subvention bidon à une association bidon, voila l'art de la royal, dissimuler
Elle a retardé de 10 ans la liaison de l autoroute niort nantes parce qu'elle ne voulait pas que l'autoroute passe dans SON marais!! pantalonade!!! elle a pour sobriquet pinochette ou stalinette dans le scouloirs de la région c'est pour donner une étendue de son humanisme!!!

Écrit par : le lulu | 28/11/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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