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03/11/2006

Quelle suite au « monde de Ségolène »?

Le monde de Ségolène ", le récit des sept premières années de l’installation de Ségolène Royal dans la région Poitou-Charentes, publié ici en cinq chapitres, s’achève sur sa défaite aux municipales de 1995 à Niort. Réélue députée des Deux-Sèvres en 1997 (puis en 2002), elle retrouve un poste de ministre dans le gouvernement Jospin. En 2004 elle devient la présidente de la région Poitou-Charentes. Elle est aujourd’hui candidate à la candidature pour la présidentielle de 2007.

Primitivement, " Le monde de Ségolène ", n’était que la première partie d’un livre dont j’avais eu l’idée en mars 2005. Je m’étais même fixé une date de publication : octobre-novembre 2005. A ce moment là Ségolène Royal n’était encore que la députée des Deux-Sèvres et, depuis un an, la nouvelle présidente de la région, et si l’on pouvait déjà se poser la question de son éventuelle candidature à la présidentielle de 2007, pour ce qui me concernait je n’envisageais nullement de travailler dans cette direction. Evidemment les éditeurs que j’avais contactés m’incitaient à travailler à une biographie, plutôt à charge. J’avais cependant réussi à convaincre l’un d’eux d’accepter mon point de vue.

Quel était donc le travail auquel je souhaitais m’atteler ? D’emblée j’avais écarté l’idée d’une biographie classique. Je laissais le soin aux journalistes parisiens de la réaliser avec tous ce talent dont ils sont pétris et dont je me sentais incapable. D’ailleurs, très vite, mon éditeur m’avertit (informé par Yvette Roudy) qu’un journaliste de Marianne travaillait depuis plusieurs mois à une telle biographie. Je souhaitais ensuite limiter mon travail à l’action de Ségolène Royal dans la région. J’habitais en Poitou-Charentes depuis quelque temps, j’y étais né, et puis surtout je trouvais qu’il était plus intéressant d’étudier les effets concrets de plus de vingt ans de décentralisation que de m’atteler à une biographie d’une femme politique qui sans m’être indifférente ne me captivait pas. En parlant de son action dans la région comme d’un travail de " laboratoire " pour une autre politique nationale, Ségolène Royal me tendait une perche. Somme toute, je m’étais dit que Ségolène Royal ferait une excellent prétexte pour parler de politique locale, thématique alors très en vogue depuis la nomination de Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre.

J’étais d’autant plus persuadé de la pertinence de mon idée que je venais de mettre la main sur un travail d’une géographe, Sylvie Vieillard-Coffre, qui avait consacré, précisément dans ce sens, sa thèse de DEA aux sept premières années de l’installation de Ségolène Royal dans les Deux-Sèvres.

Je ne partais pas de rien. Depuis le succès de son premier livre en 1987, " Le Printemps des grands-parents : la nouvelle alliance des âges ", l’obscure conseillère à l’Elysée, avait fait déjà l’objet de nombreux articles. Après son " parachutage " dans les Deux-Sèvres en 1988, puis la publication d’un nouveau pamphlet en 1989 (" Le Ras-le-bol des bébés zappeurs, Téléviolence : l’overdose), et sa nomination enfin en avril 1992 au ministère de l’Environnement, la machine s’était emballée. A n’en point douter, Ségolène Royal était devenue pour la presse, et les médias en général, une " bonne cliente ". Elle le savait et en usait. Je me plongeais dans toute cette littérature. J’y trouvais à boire et à manger. Surtout je m’apercevais, ayant commencé ma propre enquête, qu’entre ce que je pouvais lire et ce que j’avais moi-même trouvé, ça ne collait pas toujours. C’était parfois sur des détails, mais ces détails n’étaient pas anodins.

Exemple. C’est Ségolène Royal qui était censée s’exprimer. Elle évoquait son arrivée dans les Deux-Sèvres le 21 mai 1988 : " J'en avais assez de tournicoter dans les coulisses et je ressentais le besoin de conquérir une légitimité. In extremis, Louis Mermaz m'a déniché une circonscription, jouable, à Saint-Maixent. J'ai demandé à ma belle-mère de garder les enfants, sauté dans un train, et je suis arrivée juste dans les délais pour m'inscrire à la préfecture. Je débarquais dans une région où je ne connaissais personne. Heureusement, l'accueil des militants a été extraordinaire et, par la richesse de ses rapports humains, la campagne menée ensemble a fini de me convaincre que j'étais faite pour ça. "

C’était la " scène primitive ". Tout partait de là. Son évocation avait été publiée dans le Monde daté du 30 mars 2004, sous la plume de Robert Belleret et d’Isabelle Mandraud, juste après l’élection de la députée de la 2ème circonscription des Deux-Sèvres à la présidence de la région. Elle était parfaitement conforme avec tout ce que j’avais lu par ailleurs. Des journalistes du Courrier de l’Ouest (l’un des deux titres de la PQR locale) me l’avaient encore récemment confirmée : " Oui, Ségolène était bien arrivée un samedi soir par le dernier train en provenance de Paris ". Sauf que c’était inexact. En fait elle était arrivée en voiture officielle, semble-t-il prêtée par Matignon. Et alors, me direz-vous ?

On comprend mieux l’importance du détail en lisant la suite de ce récit, poignant et édifiant. C’est François Bazin qui nous la livre dans un article du Nouvel Observateur du 1er avril 2004 : " C’est dans un hôtel de Saint-Maixent que le 21 mai 1988 la jeune Ségolène avait passé sa première nuit dans une région qu’elle ne connaissait pas la veille. Elle était la parachutée, celle qui s’était découvert in extremis une vocation de députée; la protégée de Mitterrand, celle qu’on n’attendait pas. Les militants du cru le lui avaient dit sans détour. Elle avait versé quelques larmes. Mais elle était restée. "

Une légende était née. Car l’épisode de la chambre d’hôtel à Saint-Maixent, du moins ce soir là, était aussi une pure fabulation. Comme je l’ai écrit dans " Le monde de Ségolène ", une fois réglé, le désistement en sa faveur du candidat choisi primitivement par le PS, le choix du suppléant et le dépôt de sa candidature à la préfecture de Niort, elle avait repris la route pour Tulle où l’attendait François Hollande. Avec le train, c’était impossible, mais elle disposait d’une voiture et d’un chauffeur.

Mais alors pourquoi cette histoire de train et de chambre d’hôtel ? Tout simplement parce que la vérité (l’arrivée en voiture officielle, la réception par le préfet) était moins conforme à l’image qu’elle voulait donner d’elle, celle d’une femme esseulée, sans expérience, sans soutien local ou national, jetée comme Blandine dans la fosse aux lions. François Bazin, toujours dans le même article confirmait : " Jusqu’en 1984, dira un jour Ségolène Royal, j’ai été incapable de prendre la parole en public, même dans les dîners, je demeurais silencieuse." Robert Belleret lui faisait échos dans Le Monde du 30 mars 2004 : " En 1988, aguerrie et militante, mais toujours incapable de s'exprimer en public, elle demande pourtant au président réélu de l'envoyer au front. "

Les journalistes étaient donc dupes de cette image qu’elle souhaitait donner d’elle, même si François Bazin avait comme un doute : " Le trait, tracé a posteriori, est peut-être un peu forcé. A cette époque, elle est quand même énarque et conseillère sociale du président de la République. Elle est aussi jeune conseillère municipale minoritaire de Trouville, dans le Calvados, élue au terme d’une campagne où son sectarisme en a laissé pantois plus d’un."

Ainsi j’apprenais, au détour d’un article, qu’avant de tenter sa chance dans les Deux-Sèvres, Ségolène Royal avait été conseillère municipale en Normandie. Elle ne s’en était vanté nulle part. Très certainement toujours et encore le besoin d’apparaître, en 1988, aux électeurs de sa nouvelle terre d’élection, comme fraîche, vierge surtout de tout engagement, disponible donc. Certainement aussi pour éviter que des petits malins aillent s’informer auprès des camarades de la fédération du Calvados d’un passé peut-être compromettant pour sa future carrière .

Daniel Bernard, le journaliste de Marianne qui m’avait précédé sur les traces de Ségolène, m’en apprit d’ailleurs un peu plus sur cet épisode trouvillois lorsque son livre, " Madame Royal ", excellent et très bien documenté, fut publié en septembre 2005. Selon lui, la démission de Ségolène Royal de son mandat municipal trouvillois et son départ du Calvados n’avait qu’une seule explication : en 1986, les socialistes locaux lui avaient refusé leur investiture pour le scrutin de liste, lui préférant Yvette Roudy qui fut d’ailleurs élue. Comme quoi, le besoin de " légitimité " de Ségolène Royal n’était pas nouveau. Ainsi cette première incursion en politique avait été vécue par elle comme un échec à rayer de sa mémoire, puisque aujourd’hui encore on ne trouve nulle trace de ce premier mandat ni sur le site de l’Assemblée nationale, ni sur celui de la région Poitou-Charentes. (à suivre)

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