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02/11/2006

Le monde de Ségolène (5ème chapitre - 08 et fin)

Et ce n’est pas mieux au niveau national puisque à propos du référendum qui doit permettre aux militants socialistes de choisir leur champion pour la prochaine présidentielle, parce elle veut " éviter les ruptures dont le PS sortira épuisé ", Ségolène Royal propose la réunion d’un vague " comité d’éthique " pour rechercher un compromis. Devant le peu d’échos que rencontre sa proposition, elle démissionne alors avec fracas de la présidence du Conseil national du PS, précisant qu’elle restait membre du PS, " pour l’instant ", mais qu’elle pensait qu’il faudrait " imaginer de nouveaux visages, une nouvelle jeunesse et sans doute un nouveau mouvement. " Localement, elle appelle ainsi au boycott du scrutin, ce qui n’empêche nullement Lionel Jospin (dont la candidature est soutenue depuis le début par Bernard Bellec) de recueillir dans l’ensemble des Deux-Sèvres 82,5 % des suffrages exprimés et 86,32 % à Niort. Portant, en additionnant le nombre des abstentions et des votes blancs, ramenés aux 500 militants inscrits que compte le PS dans les Deux-Sèvres, cela donne 42,6 %. Il en faut pas plus à Ségolène Royal pour affirmer que son appel a été entendu. Ce mauvais choix tactique national ne fait qu’accentuer les divisions locales du PS. Vont-il lui coûter de nouvelles voix ? Pour le moins, Ségolène Royal accumule les bévues.

Et elle n’est pas au bout de ses peines. Autre sujet préoccupant, la question des alliances. Jamais le PS n’a remporté d’élections à Niort sans faire l’unité avec les autres composantes de la gauche locale. Dans l’immédiat, les radicaux de gauche et Génération écologie ont choisi d’attendre. Cependant leur présence dans le groupe de réflexion de Geneviève Perrin-Gaillard exclut pratiquement tout ralliement à sa liste. Et les communistes ? A un journaliste qui lui demande : " Le PC a-t-il choisi le maire sortant ? ", Ségolène Royal répond, indignée :  " C’est de " l’intox " locale ! Les communistes souhaitent une liste commune ; il y a des accords nationaux. Et dans la mesure où je suis la candidate officielle du PS (…) il y aura un communiqué commun. " Comment Ségolène Royal peut-elle croire que Robert Léon, le leader des communistes niortais, qui vient de se voir confier par Bellec la délégation de Claude-Odile Maillard, va se résoudre à lâcher la proie pour l’ombre ?

Reste l’adversaire de droite. Jusqu’ici, tous les pronostics sont basés sur la candidature de Jacques Brossard, maire de Chauray, député et conseiller général. Or le 17 février, celui-ci refuse d’être investi par l’UDF et le RPR. Ségolène Royal doit-elle se maintenir dans ces conditions? Certains de ses partisans commencent sérieusement à se poser la question. Mais Ségolène Royal écoute-t-elle celles et ceux qui lui avaient fait confiance, qui la trouvaient brillante et qui l’admiraient ? La petite histoire de la composition de sa liste en dit plus que toutes les déclarations qu’elle pourra faire alors. En mars, Jacques Vandier, le président influent de la MACIF occupe encore la 2ème place. A la veille du scrutin on le retrouve en 10ème position. Même sort pour Claude-Odile Maillard, reléguée en 11ème place et pour Josiane Métayer qui dégringole en 22ème position. Entre mars et mai, Ségolène fait et défait sa liste. Claude Vitellini, très certainement la personnalité la plus médiocre de l’équipe se retrouve ainsi n° 2 au moment du vote. Entre temps les communistes ont rejoint Bernard Bellec, suivis de Génération écologie, des Verts et du groupe de réflexion emmené par Geneviève Perrin-Gaillard. Une dernière tentative de conciliation initiée par le PC échoue.

Pourtant, même si le doute s’installe, beaucoup des partisans de Ségolène Royal croit encore en sa victoire. La campagne du premier tour est riche et agressive, menée tambour battant avec beaucoup de porte à porte et de nombreuses réunions de quartier. Lionel Jospin, Robert Badinter, Claude Bartelone, Catherine Trautmann, Noël Mamère viennent apporter leur soutien à la candidate officielle du PS, alors que Bernard Bellec se voit interdire l’utilisation légal de son appartenance au PS. Il réplique en livrant à une petite guerre d’obstruction, interdisant par exemple à Ségolène Royal l’accès aux maisons de retraite. Qui va prendre l’ascendant sur l’autre ? A la veille du premier tour, les observateurs pensent encore qu’il ne restera qu’un seul candidat de gauche au second. Mais la droite, depuis l’intronisation de Jean Pillet, directeur général du Crédit agricole des Deux-Sèvres, comme tête de liste divers droite après le retrait de Jacques Brossard, est-elle encore en mesure de jouer le rôle qu’on lui promet ? Car c’est un fait que personne ne songe alors à ce que la droite qui venait de gagner la présidentielle un mois plutôt, s’effondre. Ainsi pariait-on plutôt, entre les deux tours, sur une réconciliation de la dernière chance entre les frères ennemis de la gauche, conscient cependant des difficultés de tous ordres à la mettre en œuvre après les déchirements du premier tour.

Mais les résultats au soir du 11 juin bouleversent tous les pronostics. Ségolène Royal certes arrive en tête (32,29 %) mais elle est talonnée de près par Bernard Bellec (31,86 %). Seulement 106 voix les séparent. Quant à Jean Pillet, avec 29,53 % des suffrages, soit moins de 600 voix que Bernard Bellec, il semble déjà condamné à jouer les seconds rôles. Un tel résultat était-il si imprévisible que cela ? En fait les deux camps retrouvent à quelque chose près les scores qu’ils avaient déjà réalisés en 1989. La gauche totalise 15.708 voix (14.033 en 1989) ; la droite, 7.230 voix (8.420 en 1989) ; les différences, d’environ 1.200 voix en moins pour la droite s’expliquant par la présence en 1995 d’un candidat du Front national, et d’un peu plus de 1.600 voix en plus pour la gauche, par une abstention moins importante en 1995 qu’en 1989. Ainsi, paradoxalement, la division mobilise l’électorat de gauche. Mais cette fois, contrairement à 1989, les deux candidats de gauche peuvent se maintenir. Ce qu’ils font, convaincus que la droite ne peut plus l’emporter.

Ségolène Royal pense-t-elle alors que cette élection lui est acquise ? Comment expliquer autrement son étrange comportement consistant pratiquement à ne plus faire campagne. " On ne bouge plus ! ", on crut entendre certains de ses partisans ; peut-être ont-ils mal interprété ses propos. Mais une chose est sure, cette campagne du second tour, elle la mène seule contre deux adversaires pour ainsi dire ligués contre elle par un pacte tacite. Bellec, prêt à tous les sacrifices, propose même à Geneviève Perrin-Gaillard de prendre sa place à la tête de sa liste, mais Alain Baudin et Françoise Billy s’y opposent.

Au premier tour, la campagne avait déjà été rude, les dérapages verbaux nombreux. Au second, c’est l’escalade. La permanence de Ségolène Royal est souillé d’excréments. Des tracts anonymes la désignent comme l’ennemi à abattre à tout prix. " Suivant vos convictions, votez Bellec, votez Pillet, votez libéral ou votez à gauche, mais n’institutionnalisez pas 6 ans de délire mégalomaniaque en votant Royal ", proclame l’un d’eux intitulé : " S. Royal dans la machine à perdre ". On peut y lire, entre autre, que Bernard Bellec est le candidat légitime du PS niortais et qu’il " s’est refait une santé " ; que " Mitterrand parti : fini le soutien " ; que Ségolène Royal a multiplié ces derniers temps les erreurs (appel au boycott pour l’investiture, démission de la présidence du conseil national du PS, etc.) Il ne faut pas être grand clerc pour deviner derrière l’apparente neutralité de ses auteurs, la patte des partisans de Bernard Bellec. C’est ni plus ni moins un appel du pied déguisé à la droite à voter Bellec. Bien vu. Car si la droite ne peut plus espérer remporter cette élection (à moins d’une exceptionnelle mobilisation des abstentionnistes de droite), elle peut encore contribuer à faire battre Ségolène Royal.

Le 18 juin, 3.200 voix supplémentaires vont se partager entre les trois candidats : 1.700 proviennent des abstentionnistes du 1er tour ; le reste, des électeurs qui avaient voté soit pour le FN, soit pour l’extrême-gauche. De ce pactole, Ségolène Royal n’empoche que 516 voix, Pillet, 1.214, et Bellec, 1.579. Avec 35,74 % des suffrages exprimés ce dernier remporte ainsi cette municipale qu’il était censé perdre un an auparavant.

Commentaires

On voit bien là la différence entre la tenacité et l'obstination

Écrit par : pépé | 02/11/2006

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