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01/11/2006

Le monde de Ségolène (5ème chapitre - 07)

Décidément cette année qui avait fort bien commencé, se termine plutôt mal pour Ségolène Royal. Contrainte à Niort à une triangulaire qu’elle aurait bien voulu éviter, elle voit également " son " candidat à la Présidentielle, Jacques Delors, dont elle attendait certainement beaucoup, renoncer le 11 décembre 1994 à se mesurer au scrutin des Français. Puis, toujours aussi peu perspicace quand il s’agit de discerner ce qui se passe dans son propre parti, elle s’oppose à ce que les militants choisissent par référendum, pour la première fois de leur histoire, leur candidat à la présidentielle.

Voilà donc Ségolène Royal engagée sur deux fronts à la fois, ce qui n’est pas sans risque au vue des enjeux. Localement, la principale difficulté à laquelle elle est confrontée n’est pas mince. Comment convaincre les électeurs, de gauche surtout, que celui dont on ne peut pas remettre en cause la gestion, n’est plus l’homme de la situation ? Dans l’une de ces premières déclarations de candidate, elle s’en sort astucieusement en évitant d’évoquer le nom de Bernard Bellec : " Niort souffre d’un déficit d’image ; dans la région Poitou-Charentes, c’est la cinquième roue du carrosse ! Je veux sortir Niort de l’anonymat. " C’est justement ce que ses partisans attendent d’elle. Ou encore : " J’ai l’intention de faire pour Niort ce que j’ai fait pour les Deux-Sèvres. Depuis que je suis députée, on sait enfin que les Deux-Sèvres existent. Comme il y aura peu de femmes maires, les gens entendront parler de Niort à travers moi. " 

Difficile cependant de faire une campagne électorale sur ce seul thème. Elle aura vite fait d’en épuiser les ressources. Mais Ségolène Royal a de la réserve. Depuis 1988 une bonne partie de son activité sur le terrain tourne autour de la thématique du  renouveau du monde rural. Autant que la défense de l’environnement, c’est ce qui a inspiré son combat contre la traversée du Marais par l’A83. Sur ce dossier, elle vient d’ailleurs d’obtenir gain de cause puisque le 25 octobre Michel Barret et Bernard Bosson ont décidé que cette autoroute passerait au nord de Niort, enterrant ainsi définitivement le projet de tracé au sud. Elle a également mis à profit son passage au ministère de l’Environnement pour publier un livre sur ce sujet : " Pays, Paysans, Paysages ". Mais il y a bien longtemps que Niort, dont l’économie tient essentiellement à la prospérité des mutuelles, ne s’occupe plus guère des campagnes qui l’entourent. Tout au plus servent-elles de déversoir à son trop plein de population. L’idée de Ségolène Royal s’est d’opérer un renversement de tendance : " Il ne faut rien plaquer d’artificiel sur cette ville. C’est ce qui a été fait avec le technopole. Où est l’identité de Niort ? Toutes les villes en ont déjà un. Il faut s’appuyer sur l’identité de la ville. Niort, c’est le Marais Poitevin. Il faut miser sur les valeurs environnementales, des valeurs d’avenir, en essayant de donner un coup de fouet à l’emploi tertiaire. Je vois bien un pôle de promotion de Niort à la gare Montparnasse proposant des séjours clés en main. La deuxième identité de Niort est rurale. Il faut retrouver les traditions niortaises sans pour autant transformer Niort en village. Si vous dépoussiérez la vieille foire aux anciens métiers, vous déplacerez des Parisiens très facilement. Voyez ce que j’ai fait sans beaucoup de moyens avec le festival du Chabichou…  (…)  Si je suis élue, toutes les réalisations dans le cadre des Grands Travaux du Marais Poitevin seraient réintégrées dans la Communauté de Communes de Niort pour rétablir un lien très fort entre Niort et le Marais. "

Surprenante proposition, à contre-courant de tout ce qui se fait ici et ailleurs. Ségolène Royal en a conscience puisqu’elle revient en conclusion à des objectifs de développement plus conforme à la norme : " L’identité des mutuelles, c’est l’identité de Niort ! La ville pourrait capter tout le marché des assurances et des mutuelles à l’échelle européenne. Niort peut se développer autour du thème de la sécurité, y compris dans l’industrie, l’équipement de la maison, des voitures, etc. " Mais en disant cela, en quoi Ségolène Royal se différentie-t-elle du programme du maire sortant ?

On en revient donc au principal, au " pilote " : " La défense de l’emploi n’est sans doute pas une priorité pour la municipalité sortante. Celle-ci n’est pas responsable de tout. Mais l’image des crises municipales à répétition est de très mauvais effet à l’extérieur. Quand un chef d’entreprise a des difficultés, il n’y a pas d’interlocuteurs nécessaires, si bien que les gens sont attirés ailleurs. " Phrase malheureuse, l’ancienne adjointe chargée des entreprises ayant été Claude-Odile Maillard (qui est dans l’équipe Royal), c’est tendre le bâton pour se faire battre. Ce dont ne se privera pas Alain Baudin (de l’équipe Bellec) qui accusera Maillard, pour le compte de Bernard Bellec, d’être la principale responsable de la dégradation économique dénoncée par Ségolène Royal. Et puis il y a enfin cette phrase étonnante : " L’autoroute risque de vider la ville de ses entreprises. Si on n’accompagne pas son arrivée, ce sera catastrophique. " Comment faut-il l’interpréter sinon comme un regret de n’avoir pas vu son projet d’autoroute urbaine (par Saint-Liguaire) aboutir. Ségolène Royal a-t-elle conscience que cet épisode de Saint-Liguaire va lui coûter, quoiqu’elle fasse, un bon paquet de voix. Pourquoi dès lors en rajouter ?

Personne n’a dicté à Ségolène Royal son idée de vouloir redonner une identité rurale à Niort. Mais en s’en prenant à ce que le maire de Niort considère comme son fleuron (le technopole), ou en l’accusant, inconsidérément, " d’avoir bétonné autant la ville ", elle laisse penser qu’elle est désormais sur la même longueur d’onde que " Réussir Niort " qui s’est justement fait une spécialité depuis longtemps de mettre en cause la plupart des réalisations du maire de Niort en les qualifiant d’ " irréalistes " et de " pharaoniques ". Certes, " Réussir Niort " a fait plus de 16% des voix en 1989 mais un sondage réalisé par La Nouvelle République en 1991 à propos des personnalités qui comptent à Niort n’a attribué qu’un seul point de notoriété à son chef de fil, Jacques Laroche contre 38 à Bernard Bellec. Pis, aux dernières élections (les législatives de 1993 et les cantonales de 1994), ses candidats n’ont pas fait mieux respectivement que 3,30% et 5,17%. En s’enfermant dans une critique pour le moins rétrograde du bilan de Bellec, Ségolène Royal n’est-elle pas déjà en train de se couper d’une partie de l’électorat de gauche qui souhaite peut-être se passer de Bellec, mais certainement pas remettre en cause une politique municipale qualifiée souvent de " visionnaire ", même par certains de ses détracteurs. Le flair politique de Ségolène Royal n’est peut-être pas sans défaillance.

Commentaires

Bonsoir,
Je viens de découvrir votre site. Si vous permettez, je ne mettrai pas de commentaires sur les idées. Je le lirai pour la littérature et pour apprendre quelque chose. Je ne suis pas militante. Seulement lectrice.
Je vous souhaite une bonne soirée.
Clémentine

Écrit par : clementine | 01/11/2006

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