Avertir le modérateur

31/10/2006

Le monde de Ségolène (5ème chapitre - 06)

Bernard Bellec y voit-il plus clair ? Alain Page l’a défini comme un hypersensible. Quand il annonce le 11 avril qu’il se met en congé du parti pour se " consacrer aux Niortais ", on peut y voir en effet tout simplement la réaction d’un homme las d’être la cible depuis un an d’attaques imméritées, selon lui, venant surtout de son propre camp ? Mais il y a très certainement aussi du calcul dans cet acte de retrait. " Je suis passionné par l’action municipale, mais il faut que cette action soit celle d’un groupe majoritaire qui ferait appel à moi. " Ainsi comme 1985, puis en 1993, Bellec a recours au stratagème, assez courant d’ailleurs, de quelqu’un qui cherche à créer autour de son nom, dramatisation et panique. Le procédé est astucieux, mais prend-t-il de si grands risques ? Sa réponse à une rumeur dont la presse locale se fait l’écho début septembre – Bernard Bellec serait candidat au Conseil économique et social (ce qui est faux ) – est sans appel : " Il n’appartient pas au majoritaire de céder le pas aux minoritaires. " Comme s’il était déjà certain du résultat du vote qui doit bientôt intervenir au sein des deux sections (la territoriale, plus d’une centaine de militants, dirigée par Gérard Doray, et la toute nouvelle section interentreprises créé en juin à l’initiative de Joël Renoux, qui regroupe une dizaine d’adhérents ) pour désigner la future tête de liste des socialistes. Mais peut-être bluffe-t-il ?

Bellec ruse-t-il encore quand après les annonces des candidatures à l’investiture le 23 septembre de Geneviève Perrin-Gaillard puis de sa sœur, et alors que l’on attend celle éminente de Claude-Odile Maillard, il accepte de rencontrer Ségolène Royal ? Ils se sont d’ailleurs déjà vu quelques jours auparavant lors d’une réunion de présentation par les services de l’Equipement des résultats de leurs travaux d’investigation concernant l’A83. Une photo les réunissant, assis côte à côte dans la salle de réunion du Crédit Agricole, est parue dans la presse. Le 24, ils déjeunent ensemble. Que se disent-ils ? On évoque la possibilité d’une liste commune. Ségolène serait tête de liste et Bellec, en deuxième position. Bellec aurait même dit (version Ségolène) : " Si un jour tu es maire de Niort, je souhaite rester président de la Communauté de communes ", puis se ravisant, considérant que cette présidence étant trop liée à la mairie, il aurait demandé de conserver seulement la présidence de la société d’économie mixte. Variante, il aurait été décidé d’attendre janvier pour désigner celui qui serait tête de liste, et d’ici là, de se mesurer uniquement par personne interposée, Alain Baudin représentant Bellec et Claude-Odile Maillard, Ségolène Royal. Mais en vérité on est sûr de rien. S’ensuit de multiples courriers entre eux, qui, d’accords en désaccords, finissent par brouiller totalement les cartes. Le 27 enfin, Bernard Bellec déclare ne pas être candidat. " Je me prononcerai, précise-t-il, après la présidentielle " qui est prévue le 23 avril et le 7 mai 1995 c’est à dire quelques semaines avant les municipales. Bellec attend son heure.

A trois jours du vote des militants, cette nouvelle manœuvre de Bernard Bellec laisse peu de choix à Ségolène Royal. Car n’étant plus officiellement candidat, Bernard Bellec a néanmoins demandé que le report des voix qu’il aurait pu obtenir s’opère sur Alain Baudin. Dans ces conditions, ou Ségolène Royal fait comme Bellec et mandate Claude-Odile Maillard pour la représenter, ou bien elle se présente elle même. Elle choisit la seconde solution, s’estimant délivrée de l’engagement qu’elle a pris en 1989 avec Bellec de ne jamais se présenter contre lui. Finalement ce sera Ségolène Royal contre le " champion " de Bellec, Alain Baudin, Geneviève Perrin-Gaillard ayant décidé de ne pas se présenter. Le vote se déroule au siège du PS, 25 ter rue de la Boule d’Or. Ségolène Royal est battue de 6 voix : 67 voix sont allées à Alain Baudin, et 50 (plus les 11 de la section interentreprises) à Ségolène Royal. On compte aussi trois abstentions.

C’est un coup dur pour Ségolène Royal. Elle a beau faire ensuite, convoquer dans la précipitation un conseil fédéral à la Maison pour tous du quartier Saint-Florent, demander le gel de ce vote - ce qu’on lui accorde à l’unanimité (moins une voix) - , et obtenir de Paris, dès le lendemain, l’investiture que Niort lui refuse, le mal est fait, Bellec a retrouvé ce qu’il estime être sa légitimité militante, toute relative certes (6 voix !), mais ça lui suffit. Une dernière tentative d’arbitrage par une commission nationale descendue tout exprès de Paris tourne court. Le 29 octobre, sans attendre la présidentielle, Bernard Bellec peut se déclarer candidat. Un sondage réalisé quelques jours plus tard par La Nouvelle République montre l’ampleur du rétablissement qu’il vient d’opérer : 80 % des élus du groupe socialiste et apparentés du conseil municipal appuierait sa candidature.

Ségolène Royal s’aperçoit alors qu’elle s’est fait " rouler dans la farine " comme une bleue : " J’ai toujours dit que je n’avais aucune raison de venir à Niort si le maire se déclarait candidat. J’ai été candidate parce que Bernard Bellec ne l’a pas été. Je ne pouvais pas laisser investir un vrai-faux candidat (Alain Baudin). Maintenant, c’est Bernard Bellec qui est candidat contre moi. Je suis mal à l’aise. Je n’aime pas vivre dans les conflits. Mais je ne peux pas non plus dire : puisque c’est ça, je m’en vais…" Mais si Ségolène Royal a raté, bien que de peu, son examen de passage devant les militants niortais, à qui doit-elle s’en prendre sinon à elle-même ? Ne paye-t-elle pas en quelque sorte son manque d’intérêt pour la vie interne du parti ? Car pourquoi aller chercher aussi précipitamment la confrontation avec un second couteau, sinon parce qu’elle a cru sur parole ceux qui lui ont promis un succès assuré. A l’inverse Bernard Bellec, très certainement mieux informé de l’état d’esprit qui règnent dans les sections, sait que la partie n’était pas gagnée. Prudent, il s’abstient. Ségolène Royal battue par son adjoint, il peut alors relever la tête et fanfaronner. CQFD

Ségolène Royal est en quelque sorte victime du syndrome bonapartiste bien connu, croyant qu’il ne serait y avoir entre elle et les citoyens aucun corps intermédiaire. Un sondage qu’elle a commandé, la conforte dans son erreur. Que dit-il ? Qu’une liste de rassemblement à gauche conduite par Bellec serait largement battue par une droite unie autour de Jacques Brossard ; que de toute façon, moins de 30 % des Niortais souhaitent une réélection de Bernard Bellec ; qu’enfin Ségolène Royal l’emporterait au second tour face à Jacques Brossard dans un rapport de 53-47. Ainsi ne s’alarme-t-elle pas outre mesure de ce vote des militants. D’autant plus que l’hypothèse d’une triangulaire n’est pas retenue. Et puis surtout, pour elle ce sont avant tout les électeurs qui font les élections, oubliant quand même que depuis le début elle a toujours eu à ses côtés une petite équipe soudée de militants, souvent non-encartés mais bien implantés et très actifs, une équipe constituée, qui plus est, préalablement à son arrivée, et dont l’efficacité a contribué pour beaucoup à ses succès électoraux ; oubliant surtout qu’elle n’a eu jusqu’ici face à elle que des personnalités sans troupes.

A Niort, cette équipe et ce réseau, n’existent pas. Ils sont pourtant nécessaires, surtout pour affronter un maire légitimé par le vote de partisans bien groupés autour de leur leader. Mais les élus et les militants qui vont soutenir Ségolène Royal sont d’abord des individualités ; ils ne viennent pas en bloc sur la base d’une critique d’une politique municipale. La seule idée qui les réunit consiste seulement à substituer une personnalité à une autre, uniquement parce qu’ils estiment la première mieux en mesure de battre l’adversaire de droite, et peu importe comment et sur quel programme. Jean-Paul Fredon rend parfaitement compte de cet état d’esprit : " Je reste solidaire de la gestion municipale de Bernard Bellec. Mais il faut renouveler les structures. Les mêmes familles municipales sont en place depuis 1959. A force, cela ressemble au problème de la consanguinité des grandes familles. Bernard Bellec est victime de ce phénomène d’usure (…) Fragilisée, souffrant de déficit d’image, n’ayant pas d’alliées véritables, Niort doit rapidement se reconstituer un réseau à moins de voir la ville passer aux mains de la droite. Les Niortais sont prêts à se laisser séduire. Il ne faut pas se tromper de stratégie. C’est certainement injuste pour Bernard Bellec, qui a mis l’essentiel de son temps à servir la population, mais le sondage grandeur nature des législatives a prouvé qu’il n’était plus l’homme de la situation. La seule chance de la gauche passe par Ségolène Royal ! "

Mais après ça, il laisse Ségolène Royal se débrouiller seule avec l’intendance. Les cancans (" Niort est un gros bourg ") qui le présentent volontiers comme " un dangereux mégalomane tirant les ficelles dans l’ombre pour ne servir d’autres intérêts que les siens ", en sont pour leur frais. L’ancien adjoint de Bernard Bellec soutiendra Ségolène Royal mais ne participera pas à son équipe de campagne. Retiré au Vanneau, son Aventin, l’ancien adjoint de Gaillard est bien décidé à passer la main.

Seule peut-être Josiane Métayer, quand elle rend sa délégation quelques jours avant Noël (il n’y a plus alors que 28 conseillers sur 45 pour soutenir encore Bernard Bellec), se risque à aller au-delà de cette analyse " fredonnienne ", accusant le système Bellec de " dérive clientéliste ". Mais, faute de preuves tangibles, cette piste ne sera jamais creusée. Faut-il voir alors dans le ralliement de " Réussir Niort " à Ségolène Royal la preuve qui manquait pour considérer " Fiers de Niort et solidaire " (nom de la liste dont Ségolène prend la tête de liste) comme étant avant tout une coalition de mécontents sans réelle cohésion politique ?

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu