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30/10/2006

Le monde de Ségolène (5ème chapitre - 05)

Doit-elle y aller ? Elle s’était donné jusqu’aux cantonales pour donner sa réponse. Maintenant on y est. Il est clair désormais que le sort de Niort est entre ses mains. Ses fidèles la pressent à prendre une décision. Debien, qui l’avait suivi au ministère en 1992 et qui a été son directeur de campagne pendant les législatives est résolument contre. Son principal argument c’est que l’on peut très bien faire une grande carrière politique sans devenir maire d’une ville importante. Son exemple c’est Mitterrand avec Château-Chinon. Joubert pense que l’idée de prendre la mairie " c’est un raisonnement trop politique, trop stratégique, pas un raisonnement de terrain ". Drapeau en convient, le terrain est miné, " Niort c’est les sunnites et les chiites ; une guerre entre les disciples et les enfants du prophète. " Mais c’est un enjeu à sa dimension. Il est donc pour. Grégoire est du même avis. Niort est de son niveau. Il y a là, en outre selon lui, une opportunité à saisir ; on pourrait réaliser une alliance entre Niort et le sud des Deux-Sèvres, et ainsi, faire contrepoids au conseil général. Elle trouve séduisante cette proposition ; elle se verrait bien maire de Niort tout en restant députée du Mellois. Elle doit bien ça à ses électeurs. Quant à la rumeur qui voudrait qu’elle fait ça pour laisser sa place en 1998 à François Hollande, c’est évidemment parfaitement absurde. Mais son principal argument, le seul qui lui semble susceptible d’être compris par la gauche niortaise, c’est celui de " l’encerclement ". Elle ne veut pas, et elle leur dira, se retrouver seule dans les Deux-Sèvres, encerclée par la droite avec la chute du chef-lieu.

Mais la clé de tout ça reste Bellec. Elle l’a déjà dit : elle ne briguera pas la mairie de Niort tant qu’il sera candidat. En 1989, elle a d’ailleurs pris " l’engagement par écrit de ne jamais être candidate contre lui à l’investiture de quelque mandat que ce soit. " Il faut pourtant qu’elle sache car Bellec est une énigme. Difficile de percer ses intentions. Va-t-il renoncer ? Acceptera-t-il un arrangement, comme une liste commune ? Il n’a pour l’instant donné aucun signe dans ce sens. Et les échos qu’elle a de l’ambiance qui règne au sein du conseil municipal donnent plutôt à penser qu’il n’a nullement l’intention de céder un pouce de terrain. Et puis Bellec n’est pas son seul soucis. S’il lui faut un jour qu’elle aille à la bataille, elle ne pourra y aller seule ; elle aura besoin, sur la place, d’alliés sûrs, capables d’entraîner avec eux une partie significative des militants niortais. Or Bellec a beau être critiqué par certains élus, il a des partisans. Et ce sont eux qui tiennent la section niortaise, qui est de loin la section la plus importante de la fédération. Il a donc, de son point de vue, tout intérêt à se déclarer le plus tard possible. Le moment est peut-être venu pour elle de précipiter tout ça, de compter ses partisans, d’évaluer enfin ce qu’elle pèse. Ce dont pourtant certains tentent de la dissuader. " Est-ce bien utile ", aurait dit Mitterrand. " Mais vous connaissez Ségolène ", lâche impuissant François Hollande en confidence à un ancien élu du Marais rencontré à Paris.

Ce samedi là, plusieurs conseillers sont réunis pour une séance de travail dans la grande salle du conseil de l’hôtel de ville. Josiane Métayer, l’adjointe qui gère toute la politique des contrats de ville, des centres de loisirs et des Maisons pour tous est aux côté de Claude-Odile Maillard, son amie. Josiane Métayer, professeur d’histoire-géographie, a adhéré au PS en 1973 et a été élue au conseil municipal la première fois en 1977. Jusqu’en 1989, elle était la seule femme du conseil. Très connue dans le milieu associatif, elle était numéro 7 sur la liste de Bernard Bellec en 1989. Claude-Odile Maillard est une haute-fonctionnaire. Formée à l’Institut Régional de l’Administration à Nantes, elle a été nommée en 1979 à la D.D.E. des Deux-Sèvres. Reçue à l’E.N.A., elle en est sortie en 1984 et a été nommée conseillère au Tribunal Administratif de Nantes. Son entrée au conseil municipal date de 1989. Les deux amies se posent depuis plusieurs mois la question de leur devenir dans un conseil où la plupart des décisions leur échappent. Depuis la démission de Geneviève Perrin-Gaillard début mai, puis de Jean-Paul Fredon en juillet, rien n’a changé, c’est même pire encore. Elles ont désormais le sentiment que tout leur échappe et qu’il va bien falloir un jour prochain percer l’abcès. Mais elles ont beau être très proches, elles n’ont toujours pas convenues de la façon de procéder. Ainsi quand Claude-Odile Maillard quitte précipitamment la séance en glissant à l’oreille de son amie : " J’ai un rendez-vous avec Le Courrier de l’Ouest ", Josiane Métayer ne se pose même pas la question de savoir quel est l’objet de cet entretien. Le lundi matin, alors qu’elle est au collège, elle reçoit un coup de téléphone de la mairie. C’est tout à fait inhabituel. C’est Bellec qui lui demande de s’associer à un texte condamnant Claude-Odile Maillard pour la déclaration qui vient de paraître dans la presse où l’adjointe à l’urbanisme demande à Bernard Bellec de retirer sa candidature à la mairie au profit de Ségolène Royal. Josiane Métayer se défend, explique qu’elle n’est au courant de rien, mais qu’elle refuse de signer ce texte. Plus tard elle apprend que deux autres conseillers, Alain Page et Robert Giraud ont eu la même attitude.

Les deux sœurs Gaillard, elles aussi, ne sont pas inactives. Françoise vient de créer un groupe de réflexion, " Horizon 95 ", pour " fédérer les initiatives ". Elle a beau déclarer en août : " Nous ne roulons pour personne, nous sommes un groupe de Niortais ", tout le monde a compris que le rapprochement avec Ségolène Royal est en cours. Geneviève joue une autre partie. Entre Ségolène Royal et elle, il n’y a jamais eu d’atomes crochus. Ainsi Geneviève ne peut donc avoir qu’un objectif, renégocier avec Bellec les termes d’un nouveau contrat. A cette tactique elle a associé Jean-Claude Alazard (1er fédéral radical), Guillaume Juin (7ème adjoint, radical), Catherine Tromas (Génération écologie, membre fondatrice de l’association contre l’autoroute dans le Marais) et Chantal Barret.

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