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28/10/2006

Le monde de Ségolène (5ème chapitre - 03)

Comment interpréter le résultat de ces élections ? Première leçon du scrutin, malgré la présence de deux listes concurrentes (celle de Bellec et celle du trio Laroche-Grolleau-Sicaire de " Réussir Niort), la gauche obtient 64,23 % des suffrages au second tour contre 35,77 % pour la droite, divisée au premier tour. Seconde leçon, " Réussir Niort ", la liste dissidente, réussit une vraie percée : 14,28% au premier tour ; 16,39% au second. La victoire de Bellec (48,22 % au premier tour et 47,84 % au second) est donc toute relative, et constitue un avertissement, sans frais dans l’immédiat. Ces élections sont aussi l’occasion pour certains anciens de l’équipe Gaillard de découvrir que le nouveau maire est prêt à recourir à des procédés proscrits jusque là. Entre les deux tours, on leur demande ainsi de rappeler au téléphone les abstentionnistes (dont on s’est apparemment procuré les listes) pour les convaincre de voter Bellec. Ils réprouvent la méthode, mais s’exécutent craignant des représailles. Peine perdue, " Réussir Niort " récolte près de 700 voix supplémentaires au second tour contre 540 pour la liste Bellec. Mais quelque chose s’est brisé ce jour là. Le malaise s’installe. Le maire instaure peu à peu une relative mise à distance, insidieuse ou brutale, des élus, travaillant plus volontiers seul ou directement avec son cabinet. La confiance qui soudait les générations, se délite. Clert en bave. Quand le maire a un dossier à défendre à Paris, il envoie ses chefs de bureau, sans prévenir le député. Geneviève Perrin-Gaillard que Bellec appelle " l’autre " ou " Perrin ", déchante elle aussi. Un jour Bellec lui demande d’être " sa " candidate à la candidature aux cantonales dans le canton de Niort-Est. Deux autres socialistes briguent le mandat : André Clert et sa suppléante Françoise Gaillard. Le vote de la section ne suffit pas à les départager. Bellec demande alors à Geneviève Perrin-Gaillard de se retirer au profit de " son " nouveau poulain, Claude Pages. " Pas question, lui répond elle, à moins que tu te présentes toi-même. " Finalement la section entérine la candidature de Perrin-Gaillard.

Si Bernard Bellec choque en rompant avec les méthodes plus consensuelles de son prédécesseur, il est cependant un maire entreprenant. Sa conception du développement de la ville n’est pas étriquée. Il a des projets et il travaille dur pour les faire aboutir. Présent à la mairie dès l’aube, il ne la quitte que fort tard dans la soirée. C’est tout le paradoxe du cas Bernard Bellec. On critique ses méthodes mais on loue son esprit visionnaire, son travail et son bilan. Et on ne voit surtout personne qui pourrait lui contester son rôle de leader. Quand il est question de désigner le candidat des socialistes aux législatives de mars 1993, c’est tout naturellement vers lui que l’on se tourne. Tout comme en 1985, il hésite et s’interroge : " Suis-je le bon candidat ? " Le vote unanime de la section le rassure. Mais le 28 mars au soir les urnes ont rendu un tout autre verdict.

Il faut faire une analyse ! Tenter de comprendre les raisons de notre défaite ! " C’est Jean-Paul Fredon, le 1er adjoint qui montre le premier au créneau. Il tanne Bellec pour qu’il s’explique. André Clert qui en a soupé des humiliations vide son sac. On assiste à une véritable thérapie de groupe au sein de la majorité. Bellec n’en démord pas. Il ne pense pas avoir failli. Puis il part en vacances en Polynésie. Quand il rentre, ils comprennent tous qu’il ne veut plus entendre parler de ces élections. Les conflits de personnes se multiplient. Bellec et Fredon se querellent à propos du secrétariat général de la mairie. Claude-Odile Maillard redescend 12ème adjointe et se voit retirer le dossier de l’urbanisme que Bellec confie au communiste Robert Léon. Les élus de " Réussir Niort " sont exclus du Conseil d’administration de l’Office de HLM. Bellec s’en prend pour finir à la presse qui relate jour après jour tous ces incidents. On parle de plus en plus d’une démission éminente de Jean-Paul Fredon.

Le lundi 7 juin, c’est un double bang. Alors que l’on apprend que Geneviève Perrin-Gaillard a démissionné samedi, Fredon, qui aurait remis sa démission le 4 juin au préfet, pour la reprendre aussitôt, s’explique dans La Nouvelle République : " Je m’accorde un délai de réflexion ", explique-t-il, précisant que le problème est de savoir " pourquoi Bernard Bellec n’a fait que 41 % dans Niort en mars. " A part ça, il n’a pas de grands désaccords avec le maire. Il demande seulement à l’action municipale de " mieux coller à la réalité du terrain. " Il a donc simplement décidé de prendre quelques mois sabbatiques. Mais le journaliste ne veut pas en rester là. Il lâche ce qui est déjà sur toutes les lèvres : " On murmure le nom de Ségolène Royal au fauteuil de maire en 1995. " Réponse de Fredon : " Je suis prêt à participer au travail de toute équipe, que se soit avec Ségolène Royal, Vandier ou Bellec. " Son objectif en se retirant momentanément du conseil municipal est seulement de " secouer tout le monde, de créer un électrochoc. "

Jean-Paul Fredon, c’est, avec André Clert, l’un des piliers du conseil municipal depuis 25 ans. Elu conseiller municipal à 33 ans, il a appartenu à la première assemblée de la région Poitou-Charentes en 1974 où il a été élu de nouveau en mars 1992. Plus que la démission de Geneviève Perrin-Gaillard, son départ, même provisoire, du conseil municipal, est le signe que l’équipe municipale est ébranlée jusque dans ses fondements.

La réaction du maire est immédiate. Le jour même de la publication de la déclaration de Jean-Paul Fredon, les élus socialistes (moins Geneviève Perrin-Gaillard) prennent l’engagement collectif de tirer les enseignements des législatives. Le lendemain, La Nouvelle République consacre une page entière à la crise. Un entretien avec Ségolène Royal y figure en bonne place : " Je suis avec une grande attention ce qui se déroule ", déclare-t-elle. Et si la crise aboutit à des élections anticipées ? " Mon nom circule, c’est flatteur ", mais " je ne suis pas candidate. " Conclusions du journal : pour de nombreux élus, il est de plus en plus difficile de travailler avec Bernard Bellec. En cause : son autoritarisme. Mais il n’est plus tabou, note le journal, de parler de Ségolène Royal.

Apparemment la vraie-fausse sortie de Jean-Paul Fredon a eu l’effet escompté. On parle même de " normalisation " à la mairie. En témoigne une photo publiée le 11 juin par La Nouvelle République où l’on voit Bellec, Clert, Fredon et Vandier, tout sourire, lever leur verre en signe de réconciliation. " La famille socialiste réunie de nouveau " titre le journal. Illusion trompeuse, trois jours plus tard, Jean-Paul Fredon démissionne à nouveau : " J’ai voulu accélérer une nécessaire réflexion collective ; on m’a répondu par l’invective. " Cette fois-ci est-ce la bonne ? On se rappelle fort à propos que Fredon avait déjà le goût de ces " démissions spectacles " du temps de Gaillard. Mais pour Bellec nul doute que le problème Fredon est réglé, et la " nécessaire réflexion collective " bien enterrée. André Clert redevient 1er adjoint.

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